Guez, Olivier «La disparition de Josef Mengele» RL2017

Auteur : Basé à Paris depuis 2009, après avoir vécu Berlin, Londres, Bruxelles et Managua, il travaille régulièrement pour plusieurs grands médias internationnaux dont le New York Times, Le Monde, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Politique Internationale, Der Freitag, Der Tages Anzeiger, Das Magazin et Il Foglio.
Il a par ailleurs collaboré à Foreign Policy édition française, L’Arche, Transfuges, L’Histoire, Books, Le Meilleur des Mondes, Cicero, die Jüdische Allgemeine en Allemagne, Le Temps en Suisse, Gazeta Wyborcza en Pologne.
Entre 2000 et 2005, il fut reporter au service service Economie Internationale de la Tribune. Enquêtes et reportages sur l’Europe centrale, l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Union européenne, la géopolitique du pétrole.
Précédemment, il a travaillé à Bruxelles pour Libération et effectué des reportages en Amérique latine, en Europe et au Moyen-Orient.
Auteur de plusieurs essais (La Grande Alliance. De la Tchétchénie à l’Irak, un nouvel ordre mondial 2003 – L’Impossible Retour. Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 2007 – La Chute du mur 2009 – American Spleen. Un voyage d’Olivier Guez au cœur du déclin américain 2012 – Éloge de l’esquive 2014 ) et de deux romans : « Les Révolutions de Jacques Koskas », éditions Belfond, 2014, 331 p. et La Disparition de Josef Mengele, éditions Grasset et Fasquelle, 2017, 240 p.

 

Résumé : Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Mon avis : Ce livre complète des livres j’ai déjà chroniqués : le 5ème tome des enquêtes de la Série Bernhard Gunther (Bernie) de Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010) et le livre de Vuillard, Eric « L’ordre du jour » (2017). Un livre sur celui qui représente le mal absolu. Cet homme inhumain avait-il une part d’humanité ? Le portrait par l’auteur Mengele révèle un être plein de contradictions (mains de travailleur manuel et ongles impeccables – être délicat mais capable des pires choses). Mengele est un nazi asservi à Hitler, obéissant aux ordres, ambitieux, dénué de compassion et qui ne s’intéresse qu’à lui. A la fin de la guerre, il va tenter de se créer une nouvelle identité , une nouvelle vie mais il ne connaitra jamais de repos, traqué par le Mossad en premier lieu puis par le célebre chasseur de nazis, Simon Wiesenthal qui contribuera a créer le mythe du meurtrier insaisissable. Si il n’a pas été rattrapé par un procès, il est loin d’avoir vécu la vie idyllique à laquelle il aspirait, toujours aux aguets et terrorisé par la perspective d’être reconnu et/ou trahi..
Le point de départ de la disparition sera le labyrinthe portègne (des habitants de Buenos-Aires). Lors de la fuite de Mengele on croisera/évoquera d’autres nazis (Eichmann, Herbert Cukurs,  « le bourreau de Riga »..) .. et on va parcourir d’autres pays d’Amérique du Sud qui ont été des refuges pour les criminels nazis (Argentine avec entre autres un petit tour aussi par une partie de la Patagonie qui est devenue un vrai petit coin allemand ( Bariloche, lacs Nahuel Huapi et Moreno )Paraguay, Brésil …) On y découvre L’Argentine de Perón, qui pense que « L’Allemagne et l’Italie défaites, l’Argentine va prendre leur relève et Perón réussir là où Mussolini et Hitler ont échoué : les Soviétiques et les Américains ne tarderont pas à s’anéantir à coups de bombes atomiques. » jusqu’à l’accession au pouvoir d’Aramburu.
Un roman (une biographie ?) de la fin de Mengele, passionnante, extrêmement documentée. Un style fluide qui nous fait pénétrer le cerveau du médecin chef d’Auschwitz, connu sous le nom de « Lange de la mort ». Vie sinistre, personnage sinistre qui n’aura jamais ni regrets ni remords, n’aura de pitié que pour lui et trouvera toujours son action totalement justifiée par sa loyauté à la nation allemande et au Fuhrer..
Le plus incroyable est le soutien de sa famille, par peur des représailles et du qu’en dira-t-on..
Un livre à lire, extrêmement instructif qui donne froid dans le dos.

Extraits :

Ne jamais s’abandonner à un sentiment humain. La pitié est une faiblesse

Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l’homme nouveau : une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après guerre.

À son entrée dans la SS, en 1938, il a refusé de se faire tatouer son numéro de matricule sous l’aisselle ou sur la poitrine comme l’exigeait le règlement

Longtemps, l’ingénieur de la race aryenne s’est demandé quelle était l’origine de son mystérieux nom. Mengele, cela sonne comme une sorte de gâteau de Noël ou d’arachnide velue.

À Buenos Aires voisinent palais et taudis, le théâtre Colón et les bordels de La Boca.

Seul le péronisme surpassera l’individualisme et le collectivisme. C’est un catéchisme simple et populaire qui offre un compromis inédit entre le corps et l’âme, le monastère et le supermarché.

en Argentine, terre de fuyards grande comme l’Inde, le passé n’existe pas

Le volcan Hitler hypnotise les masses : l’Histoire devient théâtre, la volonté triomphe, et comme dans Tempête sur le mont Blanc et L’Ivresse blanche, les films avec Leni Riefenstahl que Perón découvre à l’occasion de son pèlerinage allemand, le courage et la mort fraternisent. La lave hitlérienne détruira tout sur son passage.

Perón ouvre les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l’Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance.

À la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l’ordre noir déchu.

« Le châtiment correspond à la faute : être privé de tout plaisir de vivre, être porté au plus haut degré de dégoût de la vie. » KIERKEGAARD

Quel pays en ce bas monde punit ses plus zélés serviteurs et ses meilleurs patriotes ? L’Allemagne d’Adenauer, c’est un ogre qui dévore ses enfants. Nous y passerons tous, les uns après les autres, pauvres de nous…

S’il méprisait les Argentins, il honnit les Brésiliens, métis d’Indiens, d’Africains et d’Européens, peuple antéchrist pour un théoricien fanatique de la race, et regrette l’abolition de l’esclavage.

Le métissage est une malédiction, la cause du déclin de toute culture.

Mengele, maniaque, éprouve un dégoût pathologique pour la saleté

Il avait eu le courage d’éliminer la maladie en éliminant les malades, le système l’y encourageait, ses lois l’autorisaient, le meurtre était une entreprise d’État.

En travaillant main dans la main à Auschwitz, industries, banques et organismes gouvernementaux en ont tiré des profits exorbitants ; lui qui ne s’est pas enrichi d’un pfennig doit payer seul l’addition

« J’ai obéi aux ordres parce que j’aimais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission.

la conscience est une instance malade, inventée par des êtres morbides afin d’entraver l’action et de paralyser l’acteur

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

 

INFO : Hanté par la mort et les camps nazis, Tinguely a composé son Mengele – danse macabre voir : https://www.myswitzerland.com/fr-ch/mengele-totentanz.html

https://www.youtube.com/watch?v=DKdTF77RoxU

 

 

 

 

McCoy, Sarah «Un goût de cannelle et d’espoir» (2014)

Auteur : Fille de militaire, Sarah McCoy a déménagé toute son enfance au gré des affectations de son père. Elle a ainsi vécu en Allemagne, où elle a souvent séjourné depuis. Résidant actuellement à El Paso au Texas, elle y donne des cours d’écriture à l’université tout en se consacrant à la rédaction de ses romans.

« Un goût de cannelle et d’espoir » (Les Escales, 2014) est son premier ouvrage publié en France. En 2016 a paru « Un parfum d’encre et de liberté » (Michel Lafon). Ils sont aussi disponibles en poche chez Pocket. En 2017 elle publie « Le souffle des feuilles et des promesses » (Michel Lafon).

 

Résumé : Une boulangerie allemande prise dans les tourments de l’histoire., une famille déchirée par les horreurs de la guerre, l’innocence confrontée à un choix terrible… Bouleversant d’émotion, un roman porteur d’une magnifique leçon de vie et de tolérance. Garmisch, 1944. Elsie Schmidt, seize ans, traverse la guerre à l’abri dans la boulangerie de ses parents et sous la protection d’un officier nazi qui la courtise. Mais, quand un petit garçon juif frappe à sa porte, la suppliant de le cacher, la jeune fille doit choisir son camp… Soixante ans plus tard. A El Paso, près de la frontière mexicaine, la journaliste Reba Adams réalise un reportage sur la boulangerie tenue par Elsie. Peu à peu, elle comprend que la vieille dame a beaucoup plus à révéler qu’elle ne veut bien le dire. Comment la jeune Allemande est-elle arrivée au Texas ? Quels drames elle et les siens ont-ils traversés ? Qui a pu être sauvé ?

« Un dilemme passionnant, un roman déchirant à dévorer d’une traite. »ELLE

« Un bijou de roman, aussi beau que déchirant, écrit juste comme je les aime : le passé qui revient hanter le présent, des héroïnes attachantes, une fin lumineuse pleine d’espoir. »Tatiana de Rosnay

 Mon avis : Le vrai page-turner féminin… Sur fond de guerre en Allemagne. Les habitants font ce qu’il faut pour survivre, certains croient en Hitler et en la grandeur de l’Allemagne ou font semblant d’y croire, d’autres font selon leur cœur et leur conscience, en secret et dans la peur.
Au XXIème siècle, ce ne sont pas les juifs qui sont chassés quand ils tentent de quitter l’Allemagne mais les chicanos quand ils essaient de venir en Amérique pour avoir une vie meilleure..
Un roman feministe ; les femmes ont la vedette . Il y a les fortes et les faibles, la solidarité, la peur d’aimer, de se lancer et la question : carrière ou amour ? Le poids des non-dits, des secrets, des mensonges… et pour être heureux.. il faut s’accepter tel qu’on est et accepter les autres tels qu’ils sont.
Jolie histoire avec des personnages attachants sur fond de pâtisserie… A la fin les recettes : je retiens celle du crumble épicé… qui doit être dans mes compétences…

 Extraits:

Tant que le monde tournera, les hommes continueront à se réveiller affamés le matin.

Elle ne reconnut pas les battements de son cœur, comme si quelqu’un d’autre s’était introduit en elle pour marteler cérémonieusement, alors que le reste de son corps gisait inerte et froid.

C’est une ville frontalière, ça, c’est sûr, un endroit de transit, de passage, mais certains y restent pour de bon. Coincés entre là où ils étaient et là où ils se rendaient. Et après quelques années, on ne se souvient plus de sa destination, de toute façon. Alors, on s’installe.

Ce n’est pas parce que vous êtes née quelque part que vous êtes chez vous,

C’était comme se rappeler le goût d’un fruit qu’on aurait vu seulement en peinture, mais jamais mangé.

Ça faisait du bien de faire comme si le monde était merveilleux ; avaler les peurs, engloutir les souvenirs, baisser la garde et profiter, ne serait-ce que l’espace de quelques heures.

La tristesse l’avait frappée de plein fouet ce soir-là, la rongeant de l’intérieur.

Le mensonge semblait pourtant la voie la plus simple vers la réinvention

Elle avait espéré qu’en parlant d’amour elle échapperait à ses démons. Comme ce ne fut pas le cas, elle se mit à se demander si l’amour suffisait.

Les gens se languissent souvent de choses qui n’existent pas, des choses qui ont été, mais ne sont plus.

Dans l’obscurité, la vapeur de la bouilloire s’éleva tel un fantôme en colère.

Être nazi est un positionnement politique, pas une ethnie. Le fait que je sois allemande ne fait pas de moi une nazie.

Il avait compris qu’on pouvait influencer son prochain par le discours bien plus que par n’importe quelle autre force.

Plus il vieillissait, plus il avait l’impression que tout le monde rajeunissait autour de lui.

Il voyait la vie en noir et blanc, et elle avait toujours trouvé cela rassurant. Qu’il parte explorer les différentes teintes de gris la dérangeait.

— Ce n’est qu’une tempête, l’avait-il rassurée.
— Oui, mais ça me rappelle qu’elles peuvent encore éclater.

  Baisse la tête, fais ce que tu as à faire, ne pose pas de questions et tu seras récompensé au bout du compte

les marques sur nos vies sont comme des notes de musique sur une page : elles chantent une chanson.

la vérité peut être une chose incroyablement difficile à saisir. Elle est embrouillée par le temps et l’humanité, et par la façon dont chacun vit sa propre expérience.

Elle en avait assez de faire semblant de croire ce qu’elle ne croyait pas et d’être ce qu’elle n’était pas.

Sors la tête de l’eau. Souviens-toi de ce que je t’ai dit : lève la tête, ma belle, ou tu vas rater l’arc-en-ciel !

on ne peut pas forcer quelqu’un à voir notre vérité

c’est ma tête qui mentait à mon cœur

Nous portons tous nos propres secrets. Certains sont plus à leur place enterrés avec nous dans la tombe. Ils ne font aucun bien aux vivants.

Elle avait appris que le passé était une mosaïque floue faite de bon et de mauvais. Il fallait admettre sa part dans les deux et s’en souvenir. Si on essayait d’oublier, de fuir ses peurs, ses regrets et ses fautes, ils finissaient par vous retrouver et vous consumer

Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

5ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie)
(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)
L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48

La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
La Dame de Zagreb (en français 2016) – se déroule en 1942
Les Pièges de l’exil (en français 2017) – se déroule dans les années 1950
Prussian Blue (2017 en anglais)

Résumé : 1950. À la fin de La Mort, entre autres, embarqué sous un faux nom pour l’Argentine avec Adolf Eichman, Bernie Gunther va y retrouver le gratin des criminels nazis en exil. Ayant révélé sa véritable identité au chef de la police de Buenos Aires, il constate que sa réputation de détective l’y a précédé. Une jeune fille est assassinée dans des circonstances atroces, et Bernie se dit que cette affaire ressemble étrangement à une enquête non élucidée qui lui avait été confiée lorsqu’il était flic à Berlin sous la république de Weimar. Soupçonnant l’un des très nombreux nazis réfugiés dans sa ville, le chef de la police, sollicite l’aide de Bernie qui accepte sans grand enthousiasme. Une série de flash-backs nous ramènent à Berlin en 1932, éclairant les progrès de ses investigations, qui posent d’embarrassantes questions sur les rapports entre le gouvernement de Perón et les nazis.

Mon avis : Bienvenue à Buenos-Aires ! Dans l’Argentine de Juan et Evita Perón. On continue notre périple en compagnie de Bernie. On se retrouve en Argentine et Bernie va mener l’enquête. De fait des crimes qui ressemblent diablement à une enquête non élucidée se produisent. Quel est le criminel qui a traversé les océans pour continuer ses méfaits. Un criminel reste un criminel. Ce n’est pas le fait de changer de nom qui va changer le bonhomme… Et comme c’est la suite du précédent, nous savons bien qu’il a fui l’Allemagne pour l’Argentine en empruntant la filière nazie mais qu’il est loin d’en être un. J’ai beaucoup aimé ce livre qui éclaire à la fois les politiciens argentins et les anciens SS qui ont fui l’Allemagne. Mengele, Adolf Eichmann, Kammler : des hommes qui nous font frémir… Bernie lui est pareil à lui-même, il ne change pas beaucoup avec les années… toujours aussi incisif, caustique, attachant, et imprévisible ( j’ai halluciné en lisant la scène de la bagarre au concombre…) Historiquement parlant, l’auteur est toujours aussi intéressant à lire. Décidemment j’aime revivre l’histoire avec Bernie. Et comme en fin de livre il quitte l’Argentine, je me réjouis de visiter d’autres pays en sa compagnie…

Extraits :

Quelque part au fond du fleuve, près de Montevideo, gisait l’épave du Graf Spee, un cuirassé de poche invinciblement sabordé par son capitaine en décembre 1939 pour éviter qu’il ne tombe aux mains des Britanniques. À ma connaissance, c’était la seule et unique incursion de la guerre en Argentine.

Pour pratiquer la langue de Gœthe et de Schiller, vous avez intérêt à aiguiser vos voyelles avec un taille-crayon.

L’humour n’est pas la qualité première des Argentins. Ils sont beaucoup trop soucieux de leur dignité pour rire de grand-chose, sans parler d’eux-mêmes.

S’il n’avait pas l’air d’un commissariat, il en avait indéniablement l’odeur. Tous les commissariats sentent la merde et la peur.

Un homme ne devient pas un psychopathe rien qu’en endossant un uniforme, par conséquent on peut supposer que beaucoup de psychopathes ont trouvé, dans la SS et la Gestapo, un abri douillet en tant qu’assassins et tortionnaires patentés.

Ils ont de nouveaux noms, de nouveaux visages pour certains. Nouveaux noms, nouveaux visages et amnésie. I

Ses sarcasmes étaient aussi caustiques que de l’acide de batterie et, avec un entourage aux capacités intellectuelles inférieures aux siennes, cela faisait fréquemment des éclaboussures.

Difficile de  persuader un homme de nous parler une fois qu’on lui a tranché la tête !

Tous les journaux sont fascistes par nature, Bernie. Quel que soit le pays. Tous les rédacteurs en chef sont des dictateurs. Tout journalisme est autoritaire. Voilà pourquoi les gens s’en servent pour tapisser les cages à oiseaux. »

Parfois, il vaut mieux ne pas lâcher la proie pour l’ombre. C’est ce qu’on appelle la politique.

Romulus et Rémus ont été abandonnés non pas parce qu’ils étaient malades, mais parce que leur mère était une vestale qui avait violé son vœu de chasteté.

« Qu’est-ce que prétend Hitler ? demandai-je. Que la force réside non dans la défense mais dans l’attaque ? »

Mais je suis du genre optimiste. Il faut ça pour être flic. Et quelquefois, il suffit de suivre son instinct.

« Oh, je ne suis pas un hitlérien fervent, mais je crois en Hermann Gœring. C’est un personnage beaucoup plus imposant que Hitler.
— En diamètre, c’est sûr. » Ce fut à mon tour de sourire de ma petite plaisanterie.

Si je n’étais pas flic, je croirais peut-être aux miracles. Mais je le suis et je n’y crois pas. Dans ce boulot, on rencontre des fainéants, des idiots, des pervers et des je-m’en-foutistes. Hélas, c’est ce qu’on appelle un électorat ! »

Et de vous à moi ? Je n’aime pas les nazis. C’est juste que j’aime les communistes un peu moins.

« Ça ne t’arrive jamais d’avoir mal à la bouche ? Avec toutes les saloperies qui en sortent ?

« Et ce n’est pas que j’adore les Juifs. C’est juste que j’adore les antisémites un petit peu moins. »

Voilà le problème d’être un espion. On a vite fait de se croire espionné soi-même.

En Argentine, il vaut mieux tout savoir plutôt que d’en savoir trop.

J’ai été flic, vous vous souvenez ? Nous faisons tout ce que font les criminels, mais pour beaucoup moins d’argent. Ou même pour rien, dans le cas présent.

Je sais la boucler.
— Tout le monde, répondit Skorzeny. Le truc, c’est de le faire et de rester en vie en même temps. »

Mon espagnol s’était beaucoup amélioré, mais il tombait en pièces comme un costume bon marché dès qu’il affrontait l’argot local.

Mais, alors que Berlin faisait étalage de son vice et de sa corruption, Buenos Aires cachait son goût pour la dépravation comme un vieux prêtre qui dissimule une bouteille de cognac dans sa poche de soutane.

Tout le monde disparaît à un moment ou à un autre en Argentine. C’est un passe-temps national.

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Photo : Argentine – Buenos Aires . Casa Rosada

Kerr, Philip «La mort, entre autres» (2009)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

4ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie)
(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)
L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48
La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
La Dame de Zagreb (en français 2016) – se déroule en 1942
Les Pièges de l’exil (en français 2017) – se déroule dans les années 1950
Prussian Blue (2017 en anglais)

 

Résumé : 1949. Munich rasée par les bombardements et occupée par les Américains se reconstruit lentement. Bernie Gunther aussi : redevenu détective privé, il vit une passe difficile. Sa femme meurt, il a peu d’argent et surtout, il craint que le matricule SS dont il garde la trace sous le bras ne lui joue de sales tours. Une cliente affriolante lui demande de vérifier que son mari est bien mort, et le voici embarqué dans une aventure qui le dépasse. Tel Phil Marlowe, et en dépit de son cynisme, Gunther est une proie facile pour les femmes fatales. L’Allemagne d’après-guerre reste le miroir de toutes les facettes du Mal et le vrai problème pour Gunther est bientôt de sauver sa peau en essayant de sauver les apparences de la morale. Atmosphère suffocante, hypocrisies et manipulations, faits historiques avérés façonnés au profit de la fiction : du Philip Kerr en très grande forme.

Mon avis : Après la « Trilogie berlinoise » j’ai retrouvé avec plaisir Bernie. Moi qui ne suis pas une grande amatrice de cette période de l’Histoire (je préfère ce qui va de la Préhistoire à la Belle Epoque) j’apprécie les livres de Philip Kerr et leur contexte historique. Dans ce roman j’en ai beaucoup appris sur les brigades du Nakam, ou brigades de la Vengeance israéliennes, sur le camp de Lemberg-Janowska – où fut interné Simon Wiesenthal – et aussi sur les filières d’exfiltration des nazis. En plus (c’est comme quand j’étais petite devant un film), comme je sais qu’il y a encore plusieurs tomes des enquêtes de Bernie, je suis rassurée sur son sort, même quand il se retrouve dans des situations périlleuses… Cet auteur allie l’humour au sens des descriptions et il nous entraine dans des aventures palpitantes. Je ne vais pas tarder à enchaîner avec le suivant…

Extraits :

Il était souriant, mais ses yeux démentaient ce sourire.

Dans ce bâtiment, et entouré de tous ces uniformes noirs, il avait l’air d’un enfant de chœur essayant de se lier d’amitié avec une meute de hyènes.

La petite bouche se crispa sur un sourire qui n’était que lèvres, sans les dents, telle une cicatrice que l’on vient de recoudre.

Je n’avais guère d’autre choix que le désastre ou l’inacceptable.

Le Caire était le diamant serti sur le manche de l’éventail du delta du Nil.

 Là, la quasi-totalité des bâtiments me renvoyaient à ma propre personne – seule leur façade était encore debout, si bien que, dans son aspect général, la rue semblait à peu près intacte, alors qu’en réalité tout était endommagé en profondeur, ravagé par les incendies. Il était grand temps de procéder à quelques réparations.

Il s’exprimait à la cadence d’un canon, c’étaient des salves de mots, courtes et virulentes, comme s’il avait appris comment se comporter envers les malades aux commandes d’un Messerschmitt 109.

Elle donnait autant l’impression d’avoir besoin d’aide que Venise de pluie.

Certaines personnes fument pour se détendre. D’autres pour stimuler leur imagination ou pour se concentrer. Dans mon cas, c’était un mélange des trois.

Son visage évoquait moins Jésus que Ponce Pilate. Les sourcils épais et noirs étaient ses seuls ornements pileux. Le crâne ressemblait au dôme rotatif de l’observatoire de Gôttingen, et chaque oreille privée de lobe à l’aile du démon.

C’était le jour. La lumière se déversait par les fenêtres. Des grains de poussière flottaient au milieu d’éclatantes barres de lumière obliques, comme de minuscules personnages issus de je ne sais quel projecteur de cinéma céleste. Il ne s’agissait peut-être que d’angelots envoyés pour me conduire vers une version possible du paradis. Ou de petits filaments de mon âme, impatients d’accéder à la gloire, partis en éclaireurs sur la route des étoiles avant le reste de ma personne, tâchant de devancer la ruée.

Henkell était de la taille d’un réverbère, avec des cheveux gris-Wehrmacht et un nez en forme d’épaulette de général français. Ses yeux étaient d’un bleu laiteux, avec des iris de la taille d’une pointe de pinceau. Ils ressemblaient à deux petits tas de caviar dans leur soucoupe en porcelaine de Meissen. Son front était creusé d’une ride aussi profonde qu’une tranchée de chemin de fer, et une fossette prêtait à son menton le relief d’un insigne de Volkswagen.

Tu sais, moi, j’ai une théorie : l’amour n’est qu’une forme temporaire de maladie mentale. Une fois qu’on l’a compris, ça se traite. Ça se traite avec des médicaments.

Quelle était la réplique de Sherlock Holmes au docteur Watson ? Vous voyez, mais vous n’observez pas.

Les gens du cru sont à peu près aussi affables qu’une fourche aux dents froides.
— En réalité, ils sont tout à fait amicaux quand vous apprenez à les connaître.
— C’est drôle. Les gens vous disent la même chose quand leur chien vient de vous mordre.

Je suis allemand, et je ne peux rien y changer. Pour l’heure, c’est un peu comme d’avoir sur soi la marque de Caïn.

Je me sentais comme un tableau de grand maître de très petit format, cerné, piégé dans un énorme cadre doré – le genre de cadre qui est censé mettre en valeur l’importance de la toile. Piégé.

il y avait un vieux dicton : ce qui compte, ce n’est pas avec quoi tu tires, mais où tu vises.

Image : Janowska était un camp de travail Nazi, un camp de transit à la périphérie de Lwów (alors en Pologne, actuellement partie de l’Ukraine) créé en septembre 1941. Le camp est appelé Janowska en raison de la rue proche ulica quand la ville a été intégrée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Le camp est détruit en novembre 1943. Selon le Procureur Soviétique au Procès de Nuremberg, Yanov aurait été un camp d’extermination qui aurait fait 200 000 victimes.

 

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Pastor, Ben « Lumen » (2012)

Pastor, Ben « Lumen » (2012)

 

Auteur : Ben Pastor, de son vrai nom Maria Verbena Volpi, est née à Rome mais vit depuis trente ans aux USA, mariée et bénéficiant de la double nationalité. Elle enseigne les sciences sociales au Vermont College. Ecrits en anglais, ses romans ont été publiés dans plusieurs pays.

Résumé : Dans la Pologne que l’armée allemande envahit durement en 1939, l’assassinat de la mère Kazimierza, religieuse connue pour ses dons de prophétie, pourrait mettre le feu aux poudres. Un duo improbable enquête : Martin Bora, officier du renseignement allemand, et le père Malecki, américain, prêtre à Chicago, envoyé par le Vatican. Deux hommes honnêtes dans une période de l’histoire où le mépris de l’individu est de rigueur.

Confronté avec horreur au comportement assassin des troupes de son pays, Martin Bora est coincé entre la loyauté et un idéal humaniste, qui l’amène à apprécier la discussion, pas toujours facile, avec le père Malecki. Le couvent abrite-t-il des résistants, les sœurs leur apportent elles de l’aide ? Les prophéties gênaient-elles l’occupant dans sa propagande ?

Et la belle actrice Ewa Kowalska, qui ne laisse pas indifférent un Martin Bora éloigné de son épouse et dont le couple bat de l’aile, quel jeu joue-t-elle exactement ?

“Lumen Christi adjuva nos”, plus que jamais la devise de la mère Kazimierza est de mise. Intrigue politique, thriller psychologique et mystère religieux tout à la fois, ce premier volet des enquêtes de Martin Bora dans les années troubles de la Seconde Guerre mondiale est une réussite incontestable.

 

Mon avis : Alors je suis assez mitigée. Le contexte est très bien rendu, mais j’ai trouvé un peu fouillis et un peu lent. De longs moments d’introspection qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire… Et surtout je n’ai pas d’affection pour les protagonistes, même si Bora, avec ses problèmes de conscience est un personnage intéressant, mais pas sympathique malgré tout.. Ce que j’ai bien aimé c’est l’histoire raconté de différents points de vue .. pas vraiment concordants.

 

Extraits :

Les livres tombaient l’un après l’autre, tantôt ouverts, tantôt fermés. Comme des langues de serpent noires et rouges, les rubans marque-pages jaillissaient de sous les couvertures.

— On se sent puissante, quand on peut reconquérir un homme.

— Mais si vous êtes catholique, vous devez croire aux miracles !

C’était l’un de ces moments où l’on prend parfaitement conscience de tout : du temps, du lieu, des circonstances, comme si l’éternité se révélait au sein de l’instant éphémère.

— Je voudrais seulement qu’on me fasse travailler en plein jour, voyez-vous. Parfois, j’ai l’impression que je vais mourir comme Goethe, en réclamant de la lumière.

À cet instant précis, il n’avait pas envie de ressentir quoi que ce soit. La colère et la honte le rendaient égoïste.

Devant lui, sur une étagère, les vers de Garcia Lorca, ruisselant de sang féminin et de sueur délicate, lui étaient défendus ; mieux valait se diriger vers les classiques grecs alignés à côté de la poésie latine, ou vers la fiction allemande contemporaine.

Puis, d’une petite voix, elle répliqua :
— Oui, il faut être saint pour vivre avec une sainte.

— “Si donc la lumière qui est en vous n’est que ténèbres, combien seront grandes les ténèbres mêmes !” Voilà la citation tirée de Matthieu, capitaine.

Le bruissement de sa jupe, avait écrit Garcia Lorca, ressemblait à des couteaux fendant lair.

— C’est une bonne idée de vous avoir transféré au renseignement, je trouve vraiment. Vous aimez creuser. Vous risquez de déterrer un os si vous continuez.

Il évita le pire, mais c’en était fini de l’euphorie et de la détente. On venait de lui remémorer sa condition de mortel, son insécurité suprême.

— Les Allemands et les Russes sont-ils vraiment faits pour s’entendre?

— La carte de la Pologne en est la preuve vivante, commissaire.

— Une preuve pas très vivante, mais vous avez raison.

Je me suis souvenu que, en philosophie, on appelle lumen naturale les pouvoirs cognitifs de l’esprit humain, non aidé par la grâce de Dieu.

Après tout, le mot nonne signifiait autrefois “vieille dame”.

En vérité, il commençait à sentir le poids de cette journée. Comme une charge de pierres qu’on lui aurait soudain attachée au cou, toute cette tension nerveuse le faisait souffrir physiquement.

Que ressentiriez-vous si on vous annonçait que votre maîtresse est aussi votre mère ?
— Je ne prendrais jamais une maîtresse beaucoup plus âgée que moi.

Le bruit de pas résonna dans l’église comme si l’on avait giflé l’espace voûté.

— L’Église m’a appris que le désespoir est un péché mortel.
— Oui, tout comme l’orgueil, mais les hommes ont tendance à ressentir l’un et l’autre dans les situations extrêmes, dans le malheur ou dans le bonheur.

— Si un nègre enfile mon uniforme, ce n’est plus un nègre ? Bien sûr que non. Il reste un nègre.

Les mots se heurtèrent, s’affrontèrent en lui jusqu’à ce qu’il les fasse taire, non sans lassitude, grâce à une maîtrise de soi longuement exercée. Il eut l’habileté d’ouvrir une plaie moins douloureuse pour laisser s’épancher son angoisse.

Les hommes à la moralité solide ne peuvent s’empêcher de désirer ce qu’ils se refusent. Pour ma part, je suis prêt à me montrer très indulgent envers leur frustration.

Comme si les morts passaient les premiers. Comme si notre dette envers les morts l’emportait sur les désirs des vivants.

Un faisceau subtil de lumière nette transperçait la pièce, rendant les ombres plus denses, comme un liquide noir se massant autour d’un filament d’or.

 

“L’esprit, quand on dort, a des yeux perçants.

À la lumière du jour, les choses sont moins visibles aux hommes.”

 

Dans le noir tout le monde devenait aveugle, les préjugés perdaient de leur vigueur. Seul le soupçon restait assez aigu pour découper des formes dans son esprit.

 

Faites votre travail, ouvrez l’œil, prenez des notes mentalement. Surtout, prenez des notes dans votre cœur, car c’est la meilleure place.

 

Des papiers tourbillonnaient dans les airs et tombaient comme des oiseaux abattus.

 

Kerr, Philip « La trilogie berlinoise »

La Trilogie Berlinoise:

Tome 1 : « L’été de cristal » (1993)

Résumé : Vétéran du front turc et ancien policier, Bernie Gunther, trente-huit ans, est devenu détective privé, spécialisé dans la recherche des personnes disparues. Et le travail ne manque pas, à Berlin, durant cet été 1936 où les S.A., à la veille des jeux Olympiques, se chargent de rendre la ville accueillante aux touristes.

C’est cependant une mission un peu particulière que lui propose un puissant industriel,

Hermann Six : ce dernier n’a plus à chercher sa fille, assassinée chez elle en même temps que son mari, mais les bijoux qui ont disparu du coffre-fort.

Bernie se met en chasse. Et cet été là, l’ordre nouveau qui règne sur l’Allemagne va se révéler à lui, faisant voler en éclats le peu d’illusions qui lui restent…

Considéré comme un des espoirs les plus prometteurs du roman policier anglais, Philip Kerr a reçu pour ce premier livre le Prix du roman d’aventures.

Mon avis : Dommage de ne pas lui avoir laissé le titre original « Violettes de mars » avec toute sa signification historique (Les violettes de mars, le surnom que les Nazis attribuaient à leurs compatriotes ayant rejoint le parti sur le tard.) mais sinon c’est un livre que j’ai dévoré. Le personnage Bernie est attachant, atypique, l’écriture fluide et il y a de l’humour, c’est bien documenté sans faire sentir le poids de l’érudition. On plonge dans Berlin, dans les intrigues, on découvre le nazisme, l’histoire, et l’intrigue est de plus intéressante et un bon support pour s’instruire. Je continue avec le tome 2

Extraits :

Je pensais la voir sortir en m’ignorant, mais elle me coula un regard et dit : « Bonne nuit, qui que vous soyez. » Puis la porte de la bibliothèque l’avala avant que j’aie pu le faire moi même.

C’est un sous-marin juif.
— Un quoi ?
— Un Juif qui se cache.
— Qu’a-t-il fait pour devoir se cacher ?
— À part d’être juif, vous voulez dire ?

Il était si furieux que son visage était aussi rouge qu’une tranche de foie

il fut pris d’une quinte d’une telle violence qu’elle n’avait plus rien d’humain. On aurait dit le bruit d’une voiture qu’on essaie de faire démarrer avec une batterie à plat.

L’expérience m’a appris qu’une femme n’a jamais son content de compliments, tout comme un chien ne se lasse jamais de dévorer des biscuits.

Et si elle était prête à offrir son corps, elle pouvait même demander la lune, avec quelques galaxies pour faire le compte

J’adorais cette ville autrefois, avant qu’elle ne tombe amoureuse de son propre reflet et se mette à porter les corsets rigides qui l’étouffaient peu à peu.

Ce sont là des blessures anciennes, et à mon avis, il est malsain de toujours les ressasser.

Comme à son habitude, il jouerait de sa voix en chef d’orchestre accompli, faisant alterner la douceur persuasive du violon et le son alerte et moqueur de la trompette

L’appartement était de la taille d’un modeste aéroport, et à peine plus luxueux qu’un décor de Cecil B. de Mille,

Une chose est mystérieuse lorsqu’elle se situe au-delà de la compréhension et du savoir humains, ce qui voudrait dire que mon travail est une pure perte de temps. Or cette affaire est une simple énigme, et il se trouve que j’adore les énigmes.

Mes revenus ? Ils sont aussi confortables qu’un fauteuil du Bauhaus.

Leur mariage est devenu une simple feuille de vigne, une couverture respectable

Ça n’a pas débouché sur grand-chose. Le pauvre, il aura passé sa vie à déboucher sur rien…

Quant à son sourire, c’était un mélange de pré-maya et de gothique tardif.

Je veux bien m’arranger, mais uniquement avec les gens qui n’ont rien de plus dangereux dans la main droite qu’un verre de schnaps.

J’ai fait l’école de détectives Don Quichotte et j’ai eu une mention bien à l’option Noble Sentiment.

Je me réveillai l’esprit plus creux que la coque d’une pirogue taillée dans un tronc d’arbre

le cœur battant comme une fourchette qui monte des blancs d’œufs dans un bol

Quand vous adoptez un chat pour attraper les souris à la cuisine, vous ne pouvez pas l’empêcher d’aller courir après les rats du grenier.

Quand on attend, l’imagination prend peu à peu le pas sur tout le reste, et transforme votre cerveau en enfer

Il existe beaucoup de choses qui peuvent libérer l’homme, mais le travail n’en fait certainement pas partie

Dans cette clinique, la mort est à peu près le seul médicament disponible, vous savez.

Tome 2 : « La pale figure » (1994)

Résumé : Septembre 1938. Cependant que Berlin attend l’issue des pourparlers de Munich, le détective privé Bernhard Gunther est appelé par Frau Lange, une importante éditrice, qui subit un chantage relatif à son fils, homosexuel. Une dénonciation signifierait pour lui le camp de concentration. Au même moment, un ami policier propose à Gunther une autre mission, difficile à refuser : travailler pour les services du tout-puissant responsable nazi Heydrich, qui le lance sur la piste d’un tueur en série.

Au fil d’un thriller qui nous conduit des cliniques psychiatriques aux coulisses du pouvoir hitlérien, l’auteur de L’Eté de cristal — Prix du Roman d’aventures 1993 —ressuscite l’ambiance d’une ville où s’appesantit la folie totalitaire, avec une véracité et une précision saisissantes jusqu’au malaise.

Mon avis : J’aime toujours autant ses descriptions et son humour ! Nous sommes en 1938, le roman se passe deux ans après le tome 1. Il devient de plus en plus difficile de vivre librement dans l’Allemagne nazie. On en apprend beaucoup sur les rapports entre SS, les inimitiés, les trafics d’influence. Ca magouille beaucoup et je me demande ce qui est le plus important dans cette série : les crimes ou la description de la vie en Allemagne nazie ? Pour moi sans conteste la reconstitution de la vie en cette période noire de l’histoire.

Extraits :

Les adeptes de la pipe sont les champions du tripotage et de l’agitation futile, et représentent pour notre monde une calamité aussi grave qu’un missionnaire débarquant à Tahiti avec une valise de soutien-gorge.

Il arborait en effet un appendice nasal protubérant comme une aiguille de cadran solaire, qui déformait sa lèvre supérieure en un éternel sourire moqueur.

Un nazi tendance beefsteak ? Ça alors, ça me la coupe !
— Brun à l’extérieur, c’est vrai, dit-il. Quant à l’intérieur, je ne sais pas de quelle couleur je suis. En tout cas, pas rouge – je ne suis pas bolchevik. Mais pas brun non plus.

Elle devait avoir dans les 55 ans. Peu importe, à vrai dire. Lorsqu’une femme dépasse la cinquantaine, son âge n’a plus d’intérêt pour personne, sauf pour elle. Alors que pour les hommes, c’est exactement le contraire.

Mais il est vrai qu’il n’y a plus beaucoup de touristes ces temps-ci. Le national-socialisme en a fait un spectacle aussi rare que Fred Astaire en godillots.

leur sens de l’humour paraît cruel à qui ne le comprend pas, et encore plus cruel à qui le comprend.

Être cynique c’est, pour un détective, l’équivalent de la main verte pour un jardinier,

Retournez à votre poussière. C’est pas ce qui manque.

— Elle n’est pas en tenue pour recevoir des messieurs.
— Ça n’a aucune importance. Je n’ai apporté ni fleurs ni chocolats.

Les lois ne sont que des arceaux par lesquels nous devons faire passer le peuple, en le forçant plus ou moins. Et aucun mouvement n’est possible sans le maillet. Le croquet est un jeu parfait pour un policier.

L’information est le sang qui irrigue une enquête criminelle, et si cette information est contaminée, alors c’est toute l’enquête qui est empoisonnée.

On ne peut rien enseigner à celui qui ne veut pas apprendre.

Chacun d’entre nous est capable de cruauté. Chacun d’entre nous est un criminel en puissance. La vie n’est qu’une longue bataille pour conserver une enveloppe civilisée. L’exemple de nombreux tueurs sadiques montre que cette enveloppe ne se déchire que de temps en temps

Je préfère les tomates quand elles sont encore un peu vertes. Elles sont alors douces et fermes, avec une peau lisse et fraîche, parfaites pour la salade. Si on les laisse vieillir, elles se rident, deviennent trop molles pour être manipulées et prennent un goût amer.

C’est la même chose avec les femmes. Sauf que celle-ci était peut-être un peu trop verte pour moi, et sans doute trop fraîche pour son propre intérêt.

Dans l’intérêt de Baudelaire pour la violence, dans sa nostalgie du passé et dans sa révélation du monde de la mort et de la corruption, je percevais l’écho d’une litanie diabolique beaucoup plus contemporaine, j’y distinguais la pâle figure d’un autre genre de criminel, un criminel dont le spleen avait force de loi.

N’y a-t-il pas des tas de façons d’échapper à ce qui nous fait peur, et l’une des plus répandues n’est-elle pas la haine ?

… demandez aussi à un agent de nous préparer du café. Je travaille beaucoup mieux quand je suis réveillé.

Je préfère prendre des notes moi-même plutôt que d’avoir à déchiffrer ensuite les pattes de mouches d’une forme de vie encore primitive.

la matière grise est aussi rare que la fourrure sur un poisson.

Si vous voulez mon avis, dis-je, nous sommes tous dans la poche arrière de Hitler. Et il s’apprête à dévaler une montagne sur le cul.

Au contraire, il m’a paru avoir le sang-froid d’une couleuvre congelée.

Un flic qui n’obéit pas de temps en temps à une intuition ne prend jamais de risques. Et on ne résout jamais d’affaire sans prendre de risques.

La vérité toute nue, c’est qu’un homme qui se réveille le matin seul dans son lit pensera à une femme aussi sûrement qu’un homme marié pensera à son petit-déjeuner.

La pièce avait quelque chose de typiquement allemand, c’est-à-dire qu’elle était à peu près aussi intime et chaleureuse qu’un couteau suisse.

Cet homme avait le sang-froid d’un saumon de la Baltique, et il était tout aussi insaisissable.

Le pâle ciel d’automne était empli de l’exode de millions de feuilles que le vent déportait aux quatre coins de la ville, loin des branches qui leur avaient donné vie.

Tome 3 : « Un requiem allemand » (1995)

Résumé : C’est dans le Berlin de 1947 que nous retrouvons Bernie Gunther, le détective privé familier des lecteurs de L’Été de cristal (Prix du Roman d’aventures 1993). Un Berlin de cauchemar, écrasé sous les bombes, en proie au marché noir, à la prostitution, aux exactions de la soldatesque rouge… C’est dans ce contexte que Gunther est contacté par un colonel du renseignement soviétique, dans le but de sauver de la potence un nommé Becker, accusé du meurtre d’un officier américain. Mais quel rôle jouait au juste ce Becker – que Bernie Gunther a connu quelques années plus tôt ? Trafiquant ? Espion ? Coupable idéal ? A Berlin, puis à Vienne, tandis que la dénazification entraîne la valse des identités et des faux certificats, Bernie va devoir prouver que son passage sur le front de l’Est n’a pas entamé ses capacités. D’autant qu’il s’agit aussi de sauver sa peau…

Mon avis : Superbe trilogie. Quelle bonne nouvelle qu’il ait décidé de continuer les enquêtes de Bernie. J’ai dévoré les trois tomes et tout est bon. Et le personnage de Bernie me plait beaucoup.

Extraits :

Les mains tremblantes de fatigue, le cerveau douloureux comme si on me l’avait passé à l’attendrisseur, je me traînai jusqu’à mon lit avec la vivacité d’un bœuf en train de ruminer.

Les gens là-bas ressemblent à leur ville, dit-il en vérifiant sa tenue dans le reflet de la fenêtre. Tout est dans la façade. Il n’y a que la surface qui paraît intéressante. Dessous ils sont très différents.

Ce qui s’est passé n’est pas bien. Mais nous devons reconstruire, recommencer autre chose. On n’y arrivera jamais si la guerre nous colle à la peau comme une mauvaise odeur.

En ce moment, les seules femmes en qui on peut avoir confiance, ce sont les femmes des autres.

La plus terrible punition qu’inflige la Loi à un homme, c’est ce qu’elle déclenche dans son imagination

Quelqu’un qui savait s’orienter dans ces ruelles en ruine et qui connaissait bien ces traboules pouvait donner plus de fil à retordre à une meute de policiers que Jean Valjean à ses poursuivants.

Tel un homme qui s’est gavé de pruneaux au petit déjeuner, je me dis que quelque chose n’allait pas tarder à se produire

Le langage bureaucratique était la seule langue qu’un Britannique pourrait jamais parler en dehors de la sienne.

Celui qui désire être informé doit d’abord douter de tout. Le doute provoque des questions, et les questions demandent des réponses.

Les Viennois n’aiment rien autant qu’être douillettement installés. Ils recherchent ce confort dans les bars et les restaurants, au son d’un quatuor composé d’une contrebasse, d’un violon, d’un accordéon et d’une cithare, instrument étrange qui ressemble à une grande boîte de chocolats vide munie de trente ou quarante cordes disposées comme celles d’une guitare. Cette invariable combinaison d’instruments représentait à mes yeux tout ce que Vienne avait de faux et de frelaté, au même titre que le sentimentalisme sirupeux et la politesse affectée

Je ne pensais pas tomber amoureuse de lui, vous savez.

— On n’y pense jamais avant, dis-je. (Je remarquai que ma main s’était posée sur la sienne.) Ça vous tombe dessus. Comme un accident de voiture.

C’est une des choses que j’ai apprises dans ce boulot : quand t’as un doute, fais-le macérer dans l’alcool.

Il avait un tel accent bavarois que ses paroles semblaient surmontées d’un faux-col de mousse.

L’Allemagne n’aura peut-être plus jamais la primauté militaire, mais elle parviendra à la première place grâce à l’économie. C’est le mark, pas la svastika, qui soumettra l’Europe. Doutez-vous de mes prévisions ?

Je fouillai dans mon classeur mental. La plupart des fiches étaient éparpillées par terre, mais celles que je ramassai me rappelèrent quelque chose.

Vous autres Boches n’avez jamais entendu parler des capotes anglaises ?

— Les Parisians ? Bien sûr que si. Mais on ne les utilise pas. On les donne aux nazis de la Cinquième colonne qui percent des trous dedans et les refilent aux GI’s pour qu’ils chopent la vérole en baisant nos femmes.

 

 

Kerr, Philip Série Bernhard Gunther (La trilogie berlinoise et la suite)

Kerr, Philip Série Bernhard Gunther (La trilogie berlinoise et la suite)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

Série Bernhard Gunther (Bernie)

(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)

  1. March Violets (1989) L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
  2. The Pale Criminal (1990) La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
  3. A German Requiem (1991) Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48
  4. The One From the Other (2006) La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
  5. A Quiet Flame (2008) Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
  6. If The Dead Rise Not (2009) Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
  7. Field Grey (2010) Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
  8. Prague Fatale (2011) Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
  9. A Man Without Breath (2013) Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
  10. The lady from Zagreb (2015)  La Dame de Zagreb (en français 2015)  – se déroule en 1942
  11. The Other Side of Silence (2016)  Les Pièges de l’exil (en français 2017)
  12. Prussian Blue (2017)

La Trilogie Berlinoise:

Tome 1 : « L’été de cristal » (1993) (voir article)

Vétéran du front turc et ancien policier, Bernie Gunther, trente-huit ans, est devenu détective privé, spécialisé dans la recherche des personnes disparues. Et le travail ne manque pas, à Berlin, durant cet été 1936 où les S.A., à la veille des jeux Olympiques, se hargent de rendre la ville accueillante aux touristes.
C’est cependant une mission un peu particulière que lui propose un puissant industriel,
Hermann Six : ce dernier n’a plus à chercher sa fille, assassinée chez elle en même temps que son mari, mais les bijoux qui ont disparu du coffre-fort.
Bernie se met en chasse. Et cet été-là, l’ordre nouveau qui règne sur l’Allemagne va se révéler à lui, faisant voler en éclats le peu d’illusions qui lui restent…
Considéré comme un des espoirs les plus prometteurs du roman policier anglais, Philip Kerr a reçu pour ce premier livre le Prix du roman d’aventures.

Tome 2 : « La pale figure » (1994)  (voir article)

Septembre 1938. Cependant que Berlin attend l’issue des pourparlers de Munich, le détective privé Bernhard Gunther est appelé par Frau Lange, une importante éditrice, qui subit un chantage relatif à son fils, homosexuel. Une dénonciation signifierait pour lui le camp de concentration. Au même moment, un ami policier propose à Gunther une autre mission, difficile à refuser : travailler pour les services du tout-puissant responsable nazi Heydrich, qui le lance sur la piste d’un tueur en série.
Au fil d’un thriller qui nous conduit des cliniques psy chiatriques aux coulisses du pouvoir hitlérien, l’auteur de L’Eté de cristal — Prix du Roman d’aventures 1993 —ressuscite l’ambiance d’une ville où s’appesantit la folie totalitaire, avec une véracité et une précision saisissantes jusqu’au malaise.

Tome 3 : « Un requiem allemand » (1995)  (voir article)

C’est dans le Berlin de 1947 que nous retrouvons Bernie Gunther, le détective privé familier des lecteurs de L’Été de cristal (Prix du Roman d’aventures 1993). Un Berlin de cauchemar, écrasé sous les bombes, en proie au marché noir, à la prostitution, aux exactions de la soldatesque rouge… C’est dans ce contexte que Gunther est contacté par un colonel du renseignement soviétique, dans le but de sauver de la potence un nommé Becker, accusé du meurtre d’un officier américain. Mais quel rôle jouait au juste ce Becker – que Bernie Gunther a connu quelques années plus tôt ? Trafiquant ? espion ? coupable idéal ? A Berlin, puis à Vienne, tandis que la dénazification entraîne la valse des identités et des faux certificats, Bernie va devoir prouver que son passage sur le front de l’Est n’a pas entamé ses capacités. D’autant qu’il s’agit aussi de sauver sa peau…

Tome 4 : « La Mort, entre autres » (2009) (voir article)

On se souvient de Bernie Gunther, l’ex-commissaire de police devenu détective privé, qui, à la fin de La Trilogie berlinoise, assistait à la chute du IIIe Reich, conscient de la corruption qui, à Berlin comme à Vienne, minait le régime. 1949. Bernie vit une passe difficile. Sa femme se meurt, et il craint que le matricule SS dont il garde la trace sous le bras ne lui joue de sales tours. Une cliente affriolante lui demande de retrouver la trace de son époux nazi, et le voici embarqué dans une aventure qui le dépasse. Tel Philip Marlowe, son alter ego californien, et en dépit de son cynisme, Gunther est une proie facile pour les femmes fatales… Atmosphère suffocante, manipulations, et toujours l’Histoire qui sous-tend habilement la fiction : du Philip Kerr en très grande forme.

Tome 5: « Une douce flamme » (2010)  (voir article)

1950. Bernie Gunther est en Argentine, où il retrouve le gratin des criminels nazis en exil. Une jeune fille est assassinée, et pour Bernie cette affaire ressemble étrangement à une autre non élucidée qui lui avait été confiée lorsqu’il était flic à Berlin sous la république de Weimar. Le chef de la police de Buenos Aires le sollicite pour l’enquête, et Bernie accepte sans enthousiasme…

 

Tome 6 : Hôtel Adlon (2012)

Berlin, 1934. Bernie Gunther, chassé de la Kripo, gangrenée par les nazis, en raison de ses sympathies pour la république de Weimar, s’est reconverti : il est maintenant responsable de la sécurité de l’Hôtel Adlon. Alors qu’il s’échine à effacer de sa généalogie un quart de sang juif, le patron d’une entreprise de construction est assassiné dans sa chambre après avoir passé la soirée avec un homme d’affaires américain véreux, ami de hauts dignitaires nazis. Une séduisante journaliste, chargée par le Herald Tribune d’enquêter sur la préparation des Jeux olympiques de Berlin, engage Bernie. Le sort d’un boxeur juif dont le corps a été repêché dans la Spree lui semble le bon moyen pour rendre compte du climat de démence meurtrière et de répression antisémite qui règne sur la capitale allemande.

Tome 7 : Vert-de-gris (2013)

1954. Alors qu’il tente de fuir Cuba en bateau, Bernie Gunther est arrêté par la CIA et transféré à la prison de Landsberg à Berlin. La guerre froide fait rage et les Américains, qui ont besoin d’informations sur l’Allemagne de l’Est et les Soviétiques, passent un marché avec Gunther : sa liberté dépendra de ce qu’il leur révélera sur un ancien de la SS, Erich Mielke, le chef de la nouvelle Stasi.
Au fil des interrogatoires qu’il subit, Gunther se raconte : son entrée dans la SS, la traque des communistes allemands dans les camps français, les mois passés en URSS comme prisonnier de guerre, et sa volonté farouche de sauver, à tout prix, sa peau.

Tome 8 : Prague Fatale (2014) – (voir article)

Quand, en septembre 1941, Bernie Gunther revient du front russe, la capitale du Reich a bien changé. Pénurie, rationnement, couvre-feu, crimes… Berlin rime avec misère et terreur. La découverte d’un cadavre sur une voie de chemin de fer puis l’agression d’une jeune femme précipitent Bernie, affecté au département des homicides de la sinistre Kripo, dans de nouvelles enquêtes criminelles. Invité par le général SS Reinhard Heydrich à le rejoindre à Prague pour démasquer un espion infiltré dans son entourage, Bernie est à peine arrivé qu’un des fidèles du Reichsprotektor de Bohême-Moravie est assassiné. Bernie doit trouver le coupable… et vite, s’il veut sauver sa peau.

Tome 9 : Les Ombres de Katyn (2015)

Mars 1943. Le Reich vient de perdre Stalingrad et le moral est au plus bas. Pour Joseph Goebbels, il faut absolument redonner du panache à l’armée allemande et porter un coup aux Alliés. Or sur le territoire soviétique, près de la frontière biélorusse, à Smolensk, ville occupée par les Allemands depuis 1941, la rumeur enfle. Des milliers de soldats polonais auraient été assassinés et enterrés dans des fosses communes. Dans la forêt de Katyn, aux abords de la ville, des loups auraient d’ailleurs déterré des fragments de corps. Qui est responsable de ce massacre ? L’Armée rouge sans doute. Pour Goebbels, c’est l’occasion rêvée pour discréditer les Russes et affaiblir les Alliés. Il a l’idée d’envoyer sur place une autorité neutre, le Bureau des crimes de guerre, réputé anti-nazi, pour enquêter objectivement sur cette triste affaire. Le capitaine Bernie Gunther, qui y officie est la personne idéale pour accomplir cette délicate mission. Gunther se retrouve dans la forêt de Katyn avec une équipe pour exhumer les quatre mille corps des officiers polonais et découvrir la vérité, quelle qu’elle soit.

Tome 10 : La Dame de Zagreb (2016) 

Été 1943. Il y a des endroits pires que Zurich, et Bernie Gunther est bien placé pour le savoir. Quand Joseph Goebbels, ministre en charge de la propagande, lui demande de retrouver l’éblouissante Dalia Dresner, étoile montante du cinéma allemand qui se cache d’après la rumeur à Zurich, il n’a d’autre choix que d’accepter. Mais, très vite, cette  mission en apparence aussi aguichante que l’objet de la recherche, prend un tour bien plus sinistre. Car le père de Dalia Dresner est en fait un croate antisémite de la première heure, sadique notoire, qui dirige un tristement célèbre camp de concentration de la région. Et la police suisse exige au même moment que Gunther fasse la lumière sur une vieille affaire qui risque de  compromettre des proches de Hitler.

Tome 11 Les Pièges de l’exil (2017)

Au milieu des années 1950, Bernie Gunther est l’estimé concierge du Grand-Hôtel de Saint-Jean-Cap-Ferrat, sous une identité d’emprunt qui le met à l’abri des représailles et des poursuites (il figure sur les listes de criminels nazis recherchés). Mais son ancienne activité de détective et son pays lui manquent. Pour tromper son ennui, il joue au bridge avec un couple d’Anglais et le directeur italien du casino de Nice. Introduit à la Villa Mauresque où réside Somerset Maugham, l’auteur le plus célèbre de son temps, il trouve enfin l’occasion d’éprouver quelques frissons : Maugham, victime d’un maître chanteur qui détient des photos compromettantes où il figure en compagnie d’Anthony Blunt et de Guy Burgess, deux des traîtres de la bande de Cambridge, a besoin d’un coup de main… Très vite, la situation se corse, car Gunther est dangereusement rattrapé par son passé. Le roman offre un éblouissant portrait romanesque de l’écrivain, ancien espion de la Couronne, tout en entraînant le lecteur dans une machination palpitante.

 

Tome 12 : Prussian Blue (2017 en anglais)

 

Kerr, Philip « Prague fatale » (2014)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

Série Bernhard Gunther (Bernie)

(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)

  1. March Violets (1989) L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
  2. The Pale Criminal (1990) La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
  3. A German Requiem (1991) Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48
  4. The One From the Other (2006) La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
  5. A Quiet Flame (2008) Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
  6. If The Dead Rise Not (2009) Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
  7. Field Grey (2010) Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
  8. Prague Fatale (2011) Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
  9. A Man Without Breath (2013) Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
  10. The lady from Zagreb (2015) – se déroule en 1942

Résumé : Quand, en septembre 1941, Bernie Gunther revient du front russe, la capitale du Reich a bien changé. Pénurie, rationnement, couvre-feu, crimes… Berlin rime avec misère et terreur. La découverte d’un cadavre sur une voie de chemin de fer puis l’agression d’une jeune femme précipitent Bernie, affecté au département des homicides de la sinistre Kripo, dans de nouvelles enquêtes criminelles. Invité par le général SS Reinhard Heydrich à le rejoindre à Prague pour démasquer un espion infiltré dans son entourage, Bernie est à peine arrivé qu’un des fidèles du Reichsprotektor de Bohême-Moravie est assassiné. Bernie doit trouver le coupable… et vite, s’il veut sauver sa peau.

Mon avis :

Mais depuis le temps que tu me dis de le lire, ce Philip Kerr .. Maintenant je comprends. Tout y est : l’Histoire, le contexte, un personnage intéressant et atypique, une écriture plaisante et le sens de l’humour… et l’intrigue… Je viens de découvrir un « incontournable » Merci Sœurette de m’avoir offert « Prague fatale » car tu sais que j’adore Prague et que tu aimes cette série… Belle découverte ! J’ai donc commencé à découvrir « Bernie » avec le tome 8.. La bonne nouvelle c’est qu’il y en a 7 avant … ; la mauvaise… les heures de lecture ne sont pas extensibles à l’infini… et d’autres après..

Dans une Allemagne nazie, rencontre des grands dignitaires autour d’un meurtre. Bernie, électron libre dans un monde soumis ; un clin d’œil à Agatha Christie aussi… Je n’en dis pas plus ! Lisez ! et je suis sure que vous allez vouloir lire l’avant et l’après…

Extraits :

Pour ma part, je préfère les héros qui entretiennent de bonnes relations de travail avec les dieux plutôt qu’avec les forces titanesques des ténèbres et du chaos. Surtout en Allemagne.

comme l’a fait remarquer un autre fou allemand célèbre, il est difficile de regarder par-dessus le bord de l’abîme sans que l’abîme regarde en vous.

Malgré l’obscurité, je pouvais presque sentir son bronzage. Tandis que nous échangions cigarettes et banalités d’usage, je me demandais si la raison de l’antipathie qu’éprouvaient les Berlinois à l’égard des Américains ne tenait pas moins à Roosevelt et à ses discours antiallemands qu’à leur meilleure santé, leurs meilleurs cheveux, leurs meilleurs vêtements et leur existence également meilleure.

Un nuage passa devant la lune, telle une ombre sur mon âme.

Les flics de Berlin avaient cessé de se comporter comme des êtres humains depuis qu’ils avaient épousé l’Office central de la sécurité du Reich – le RSHA – et rejoint une famille de style gothique incluant la Gestapo, la SS et le SD.

L’un des types portait un veston croisé bleu marine à rayures craie et l’autre un costume trois pièces gris foncé avec une chaîne de montre non moins brillante que ses yeux. Celui aux rayures craie avait une tête pleine de cheveux blonds coupés court, aussi soigneusement disposés que les lignes d’une feuille de papier à lettres ; l’autre était encore plus blond, sauf qu’il les perdait sur le devant, à croire qu’on lui avait épilé le front, à l’instar d’une demoiselle du Moyen Âge sur une de ces peintures à l’huile plutôt insipides

Je m’assis à la table et pris la carte des vins. Les prix me firent le même effet que du gaz moutarde dans les globes oculaires.

Il n’était que trop facile de les imaginer propageant l’infection du nazisme – le bacille en chemise brune de la mort et de la destruction, et le typhus de demain.

en général, être détective consiste à affronter l’ennui et l’énorme frustration de savoir que ce n’est pas toujours comme dans les livres ou les films. D’autres choses doivent avoir lieu pour qu’un événement puisse se produire. Parfois, ce sont des crimes supplémentaires. Parfois, non. Et parfois, il est difficile de distinguer entre les deux – par exemple, quand on adopte une nouvelle loi ou qu’un policier de haut rang est promu. Ça, c’est de la jurisprudence pour vous, style nazi.

Elle avait une silhouette comme une flûte de charmeur de serpent.

C’était un de ces après-midi du début octobre qui vous font croire que l’hiver n’est qu’un mot et qu’il n’y a absolument aucune raison que le soleil cesse de briller

La nappe blanche était aussi raide que la voile d’une goélette gelée

Je préférais son profil. Quand on voyait son profil, ça voulait dire qu’il ne vous regardait pas. Quand il vous regardait, il n’était que trop facile de se sentir la proie sans défense d’une bête féroce. C’était un visage sans expression, derrière lequel s’effectuait un calcul impitoyable.

Le plus souvent, ce sont les ennuis qui viennent me chercher, si bien que je n’ai pas à m’aventurer trop loin. Sur ce plan, j’ai toujours eu de la chance.

un de ces nazis manufacturés faisant penser à de la porcelaine de Meissen non peinte : blafard, froid, dur et à manier avec une extrême prudence

Travailler pour Heydrich, c’était comme faire des risettes à un sale matou tout en cherchant autour de soi le trou de souris le plus proche

Prague à l’automne 1941 offrait l’image d’une couronne d’épines avec des pointes en plus, telle qu’aurait pu la peindre Lucas Cranach. Une ville de flèches d’église, à coup sûr. Même les flèches avaient des flèches plus petites, à la façon de jeunes carottes poussant sur de plus grosses. Ce qui conférait à la vaste capitale de la Bohême quelque chose d’étrangement tranchant et déchiqueté. Où que vous tourniez les yeux, c’était comme voir une hallebarde suisse dans un porte-parapluies. Un sentiment de malaise médiéval accentué par les sculptures omniprésentes.

Le majordome me dévisagea un long moment, plissant les yeux avec une expression de désapprobation muette comme un chat dans une poissonnerie vide

Un mystère, n’est-ce pas ?

— Non, pas vraiment. Des affaires de ce genre, j’en résous sans arrêt. Habituellement dans l’avant-dernier chapitre. J’aime bien garder les dernières pages pour rétablir une sorte de normalité dans le monde.

Ces jours-ci, ma devise est : vivre et laisser vivre, et si nous pouvons apprendre à le faire, alors peut-être que nous serons capables de nous comporter à nouveau comme un pays civilisé. Mais je crains que ce ne soit déjà trop tard.

J’avais déjà vu des hommes boire ainsi, et cela permettait d’expliquer pourquoi nous avions à peu près le même âge, mais avec des cartes différentes sur la figure. La mienne était passable, je suppose, mais la sienne ressemblait au delta du Gange.

Un fragment insaisissable d’une idée réelle lançait des éclairs comme une boîte de poudre de magnésium dans la chambre noire que constituait mon crâne, puis c’était à nouveau les ténèbres. Un bref instant, chaque élément s’illuminait, je comprenais tout, et j’étais sur le point de définir exactement en quoi consistait le problème et où résidait la solution

Pour être courageux, il faut d’abord avoir peur. Fais-moi confiance. Tout le reste n’est que témérité. Et ce n’est pas le courage qui permet de rester en vie, mon ange. C’est la peur.

Il sourit, de son sourire en coupe-papier, et me porta un toast en silence.

Vue du ciel, Berlin continuait à faire bonne figure. La survoler était probablement la meilleure façon de voir la ville, verte et insouciante, un endroit où il faisait bon vivre, comme le vieux Berlin de ma jeunesse. De là-haut, on ne pouvait pas distinguer la corruption et la barbarie.

 

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)