Hunt, Laird «Neverhome» (09.2015)

Hunt, Laird «Neverhome» (09.2015)

Grand prix de littérature américaine 2015 pour « Neverhome » (Actes Sud)

Résumé : (272 pages) Dans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir, Constance jouit enfin, auprès de son compagnon, d’un bonheur tranquille. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l’armée de l’Union, c’est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation, sous le nom d’Ash Thompson, la place de cet époux que sa santé fragile rend inapte à une guerre qu’elle considère comme impensable de ne pas mener. Ayant perdu la trace de son régiment après une bataille féroce où elle a été blessée, Constance, la rebelle, dépouillée de son uniforme, reprend, au sein de paysages dévastés, le chemin de la ferme, guidée par l’amour infini qu’elle porte à son bien-aimé mais profondément hantée par la violence et l’étrangeté des aventures qui ont marqué sa périlleuse initiation à l’univers impitoyable des champs de bataille et à leurs sordides coulisses. Abondant en rencontres aux frontières du réel avec les monstres que la guerre fait des hommes et des lieux, ce roman magistral, largement salué par la presse américaine, propose, à travers le parcours de son androgyne et farouche protagoniste immergée dans les ténèbres du chaos, une impressionnante méditation en forme d’épopée sur la fragilité des certitudes et l’inconstance de toute réalité. Dans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir, Constance jouit enfin, auprès de son compagnon, d’un bonheur tranquille. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l’armée de l’Union, c’est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation, sous le nom d’Ash Thompson, la place de cet époux que sa santé fragile rend inapte à une guerre qu’elle considère comme impensable de ne pas mener.

Ayant perdu la trace de son régiment après une bataille féroce où elle a été blessée, Constance, la rebelle, dépouillée de son uniforme, reprend, au sein de paysages dévastés, le chemin de la ferme, guidée par l’amour infini qu’elle porte à son bien-aimé mais profondément hantée par la violence et l’étrangeté des aventures qui ont marqué sa périlleuse initiation à l’univers impitoyable des champs de bataille et à leurs sordides coulisses.

Abondant en rencontres aux frontières du réel avec les monstres que la guerre fait des hommes et des lieux, ce roman magistral, largement salué par la presse américaine, propose, à travers le parcours de son androgyne et farouche protagoniste immergée dans les ténèbres du chaos, une impressionnante méditation en forme d’épopée sur la fragilité des certitudes et l’inconstance de toute réalité.

(* Figurait dans la 1ère et 2ème sélection du Femina Etranger 2015)

Contexte : Des centaines de femmes ont revêtu des habits d’hommes pour guerroyer pendant la guerre de Sécession ; ce roman est donc pas déconnecté de l’Histoire car il est fondé sur les lettres d’une femme qui est partie à la guerre (An Uncommon Soldier: the Civil War letters of Sarah Rosetta Wakeman, alias Private Lyons Wakeman, 153rd Regiment,) . Il y a même eu une femme officier (Loreta Janeta Velazquez qui a écrit son histoire The Woman in Battle: A Narrative of the Exploits, Adventures, and Travels of Madame Loreta Janeta Velazquez, Otherwise Known as Lieutenant Harry T. Buford, Confederate States Army) mais l’Histoire a tout fait pour effacer cet état de fait. Ce livre leur rend justice et rend un peu leur place aux femmes dans la guerre.

Mon avis :

La guerre va totalement chambouler la vie de Constance qui va partir en lieu et place de son homme, de constitution plus faible. Mais c’est un roman délicat bien que très fort, sur fond historique. C’est plus l’histoire d’une femme courageuse, intelligente et débrouille, qui sait manier un fusil et qui part sur les routes, avec sa part d’ombre et de générosité. L’humour et le sourire ne sont pas absents du livre. Il y a des scènes drôles et des dialogues aussi (« Pénélope partie à la guerre et Ulysse resté au foyer » (p. 212)

Cette femme est très attachante, dans une ambiance de folie, elle est à la fois violente et poétique, à la fois femme et homme. Elle a une grande sensibilité sous sa carapace ; la part féminine sous des dehors d’homme. Elle assume à la fois la robe et le pantalon. Et d’ailleurs le thème de l’homosexualité n’est pas absent du livre. Elle parle à sa mère, décédée depuis longtemps ; les fantômes sont présents – d’ailleurs elle a pour nom « Ash » (cendres) – vers la fin il y a la construction de la serre qui est une image qui m’a beaucoup touché) – Elle va non seulement connaitre les champs de bataille, mais la perte de son bataillon, le froid, la peur, l’enfermement, des accusations d’espionnage, l’asile. Elle va au cours du voyage croiser aussi une femme noire affranchie, et effleurer le thème de l’émancipation de l’esclavage.

La relation à la nature est belle aussi. On vit dans une ambiance embrumée, dans la fumée de la poudre, dans le brouillard, on oscille entre le rêve et le cauchemar. La langue de l’auteur est magnifique et l’opposition rêve/bataille, nature/champ de bataille, doutes/engagement,

Un très beau moment de lecture.

Lire : https://www.playlistsociety.fr/2015/10/neverhome-de-laird-hunt-lhomme-qui-aimait-les-femmes/123356/

Extraits :

Ma mère aimait raconter l’histoire d’un homme ayant entendu dire que la Mort l’attendait au tournant. Il changea de direction et partit dans l’autre sens.

La seule personne avec qui j’abordai le sujet était ma mère, laquelle, bien sûr, était depuis longtemps morte et enterrée

Nous avions un jeu, tous les deux, à celui qui voyait sortir la première jonquille au printemps, la première tulipe, le premier iris laissant éclater le cœur de sa fleur, d’un violet flambant neuf. Le premier à voir cette première fleur devait la cueillir et la placer en évidence pour que l’autre la trouve.

Aujourd’hui je pose des questions qui font croître le silence plutôt qu’y mettre un terme. Ainsi en va-t-il dans la province de la littérature, pas dans celle du commandement. Ce que savait Marc Aurèle.

Est-ce là la formule qui vous vient à l’esprit ? Est-ce là ce qui émerge du cerveau mystérieux menant sa vie marécageuse entre vos oreilles ?

Aujourd’hui encore je lèverais mon arme contre le premier rebelle se présentant à mes yeux, mais le spectacle de cette rangée de cavaliers superbes vous arrivant dessus à travers la fumée était fort beau à voir. Il y avait dans cette charge la part du Sud qui valait la peine d’être sauvée. Pas la part des maîtres qui utilisaient des esclaves pour leur gratter le dos et faire leur lit. Travailler leurs terres. Construire leurs demeures. Les fouetter quand l’envie les en prenait. Non. C’étaient ces cavaliers, courbés sur leur monture, pistolet au poing, sabre brandi. Ils ressemblaient à des chevaliers. Comme si ce n’était pas de la poudre qui leur noircissait le visage mais le sombre foulard d’une dame en guise de manches.

— Juste une feuille de papier. Une page toute douce. Ça fait un an que je n’ai eu en main que de vieux lambeaux. Que j’écris mes lettres à ma famille sur une pile de vieux carrés de papier peint. Tu as déjà essayé d’écrire d’une belle écriture sur du papier peint ? Le papier, c’est ça que vous nous avez volé, plus encore que nos maisons et nos terres.

Je m’éveillai avec le poing du soleil dans la figure et un tintement aux oreilles.

On ne peut jamais savoir quand le monde déjà mort va vous revenir. Juste qu’il finira par revenir.

Elle ne montrait pas trop son sourire à la lumière du jour mais elle en avait un. Je le vis.

Il me disait : “Mais je t’aimerai jusqu’au jour où je m’envolerai au ciel et saurai que tu t’es envolée aussi.”

Il n’avait plus l’air d’un grand homme grisonnant. Il avait l’air vieux. Comme si les premières années du grand âge avaient trouvé son visage et frappé un coup sans retour.

Le soir même, en rêve, je partis comme une flèche par-dessus le sommet des arbres, le long des rivières, à travers l’air frais des montagnes, filant comme un esprit vers le nord et l’ouest, par la neige et la tourmente, pour rentrer enfin dans l’éclat d’un soleil blanc

Les larmes de ma mère durent se frayer un chemin hors du rêve et jusqu’à mon visage, car quand je m’éveillai elles étaient là. De lourds et chauds fantômes venus me hanter la face.

J’ignore pourquoi j’ai cette image ­imprimée dans la tête, d’une route déserte, sans nous ni quoi que ce soit d’autre, avec seulement la lune qui la change en ruban blanc.

Je m’accroupis un instant et raclai la surface tendre. Je m’allongeai sur le flanc, l’oreille contre le sol. Avec le soleil pour couverture.

C’était le genre de lit dans lequel on pouvait s’enfouir pour laisser la chaude douceur étouffer vos rêves.

Sa guerre, telle qu’il m’en parla, était celle que l’on trouve narrée dans les livres si l’on se donne la peine de lire. J’ai autour de moi certains de ces livres. Je les ai soigneusement parcourus. De plus d’un, on retire l’impression que ce ne furent que capitaines, colonels et généraux s’entraînant à se livrer mutuellement des assauts de plus en plus éclatants. Il y a des dates de ceci, des batailles cela. Les hommes : des fantassins dans la guerre des cieux. Et bon nombre des femmes : des saintes, voire des anges, tout aussi bénies que dépourvues de la moindre égratignure

À force de raconter les choses d’une façon au lieu de l’autre, peut-être qu’elles finissent par cesser de venir vous ramper autour jusque dans votre lit, et de vous caresser la joue à coups de griffes.”

..je sortis au frais dans l’idée de marcher un peu au milieu des pêchers. Ceux-ci étaient vieux et entrelacés, aussi dus-je me baisser pour arriver à passer entre eux, pour finir par renoncer et m’asseoir contre un tronc, à peu près au milieu du verger.

Sommeil sans rêve. Tunnel sans fin. Ciel sans étoile. Arc-en-ciel éclaté en fragments couleur de sang.

 

 

 

 

 

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