Stanciu Lacroix, Corinne « La mansuétude des orques est immense » (2026) 288 pages

Stanciu Lacroix, Corinne « La mansuétude des orques est immense » (2026) 288 pages

Autrice:  Autrice française née le 23.01.1968. Corinne Stanciu Lacroix a quitté une première vie en France où elle œuvrait comme chirurgien-dentiste. En Grande-Bretagne elle a choisi de s’adonner à un insistant démon, la passion de l’écriture.La Mansuétude des orques est immense, son premier roman, paraît en juin 2026 dans la collection Rouergue noir.

Rouergue noir -03. 06.  2026 – 288 pages

Résumé:

Sauvagement belle, illuminée par le ciel et fouettée par les vents, Dartmoor est au sud-ouest de l’Angleterre une lande montagneuse qui exhale un parfum de bout du monde. C’est là que s’installe Colline, avec son fils, Paul, et son nouvel amour, Pierce. Leurs plus proches voisins sont un couple d’éleveurs, Joy et Andy. Tout autour, déambulent les troupeaux de welsh blacks, bovins musculeux auxquels Colline découvre une douceur de géants.
Alors qu’une première vache est découverte assassinée dans son étable, une psychose s’empare du pays.
Quels barbares peuvent bien s’en prendre aux animaux paisibles qui peuplent la campagne??
Les humains qui vivent avec eux sont-ils menacés??
Freya Di-Mayo, lieutenant de police et chasseuse de graffiti à ses heures, mène l’enquête. Et s’il fallait pour comprendre s’intéresser à l’obsession de certains habitants pour les mammifères marins??
Dans ce premier roman où il suffit de fermer les yeux pour se croire une orque en chasse dans les mers australes, Corinne Stanciu Lacroix promène son lecteur dans des paysages sublimes et dans une affaire criminelle qui donne du fil à retordre.

Mon avis: ❤️ ❤️ ❤️ ❤️ ❤️

Très belle découverte que le premier roman de cette autrice et une écriture que j’ai particulièrement aimée. Un régal. Avec ses mots l’autrice rend les êtres, les animaux et les éléments vivants, avec des descriptions de paysages et de personnages qui sont un enchantement. 

Dès que j’ai vu la maison qui avait conquis leur coeur, j’ai eu envie de m’installer avec Colline et Pierce Coventry et leur fils Paul.
Bienvenue dans le Dartmoor, ses paysages, ses habitants rudes, à la fois fermés et tellement profonds et attachants. Une terre sauvage, un pays d’éleveurs qui aiment leurs animaux par dessus tout : les vaches, les moutons,  les chiens, les chats, les races native comme les poneys du Dartmoor qui étaient déjà là au XI ème siècle  … Des gens qui vivent par et pour leur métier, leur terre, leurs animaux, pour l’amour de la nature comme Andy et Joy.
Des relations humaines parfois difficiles mais qui semblent sincères et loyales, qui privilégient le vrai à l’apparence, mais des failles profondes qui sont bien enfouies dans le passé de certains personnages. Dans cette région montagneuse du centre du Devon, les relations humaines sont indispensables à la survie. 

Et puis il y a l’évasion, l’amour des mammifères marins… les 4èmes rugissants, les phoques, les éléphants de mer, les manchots et puis les orques… La plupart de ces animaux ne sont pas visibles dans les environs mais ils sont présents tout au long du roman : dans la vie du vieux vétérinaire, de Bethany –  la femme de Travis le riche propriétaire – dans les passions de deux jeunes adoleçcents  Harry – l’un des fils de Bettany – est Paul – le fils de , dans la lecture de Moby Dick…

Et enfin il y a l’enquête et l’enquêtrice, Freya Di-Mayo,  qui se passionne pour les graffitis anciens dans les églises et monuments et va devoir enquêter sur des agressions qui visent les animaux et sur un accident qui pourrait bien se trouver être en fait un meurtre prémédité… Le suspense va durer jusqu’au bout… 

Juste un petit regret : les animaux marins – et les orques en particulier – auraient pu être un peu plus présents dans le récit… mais c’est personnel : je les préfère aux vaches… 

Extraits:

Dès qu’ils pénètrent dans Clovelly Park Farm, qui est une ancienne ferme hissée au haut d’un promontoire, sous l’effet d’une curieuse petite magie il leur semble que leur bonheur ronronne déjà entre ses murs. 

Quand Joy parle de ses bêtes, la fierté point dans ses yeux et de la tendresse coule de sa voix. Ses vaches, c’est le plus grand chapitre de sa vie.

Heureusement les animaux ont cette sagesse en eux qui veut qu’ils ne perdent jamais leur temps à faire semblant. La véracité de tout ce qui les concerne gagne celui qui les observe, et lui ouvre les portes du royaume de l’instant présent.

Toutes ces vaches deviendront de plus en plus familières à leurs yeux. Ils les trouveront plus belles, plus malignes, plus câlines, ou au contraire plus revêches, mais en tout cas plus spéciales que toutes les autres vaches qui traversaient autrefois la campagne devant leurs yeux indifférents. Et à force de les caresser du regard, leurs sentiments s’infléchiront vers elles.

Des amies à poils et à cornes qu’importe, l’amitié n’est pas sectaire, un cœur qui s’éprend saute toutes les barrières. 

Un jour quelqu’un de gentil lui a dit que leur couple était beau comme le mélange des couleurs de l’été et de l’automne réunies. Cette phrase c’est le rayon de soleil sur ses hivers. Parfois le bonheur ne tient qu’à quelques mots, à un rêve qu’on poursuit, à l’envie qu’on a d’aimer sa vie telle qu’elle est.

L’étrangeté c’est qu’on ne vieillit jamais autrement que par à-coups, par secousses qu’on prend et qui nous chavirent. Les rides nous attaquent par surprise.

L’horloge des saisons, c’est la prison qu’il a choisie pour s’isoler du reste du monde.

Les grands espaces de Dartmoor qu’il arpente sont campés assez haut et assez loin de la société consumériste pour le tenir à l’abri de la vacuité aspirante des influenceurs. 

Cinq îles volcaniques se hérissent au cœur des quarantièmes rugissants, à des latitudes où l’hiver peut ressurgir à tout moment et ensevelir la côte sous son frimas, ses bourrasques de neige et son blizzard glaçant. Le ciel alors devient livide et la mer méchante. Ses flots sombres mordent le rivage à grands coups de vagues.

Il est d’autres moyens de s’évader sans bouger de chez soi… lire notamment, permet non seulement de voyager à travers le monde mais à travers les époques… mieux que les profondeurs, mieux que les endroits les plus reculés de la Terre ou de l’espace… lire permet d’accéder à l’univers le plus riche et le plus secret qui existe : celui de la pensée. Même le plus aventureux des voyages ne permettra jamais d’aller aussi loin qu’avec les livres… c’est parce que l’imaginaire est sans limite que Travis et moi encourageons plutôt nos enfants à lire…

La peur c’est comme le ver dans les fruits : ça se répand et ça pourrit tout sur son passage !

Le large est un lieu de fulgurance et d’éblouissement, paradisiaque sous la caresse du soleil il devient effroyablement hostile dès lors que les éléments se déchaînent. Un lieu où l’homme est ramené à sa véritable dimension : c’est-à-dire infime face à l’immensité de la mer.

Les animaux sont comme nous les humains, ou plutôt nous les humains sommes des animaux comme les autres : nous tendons à nous attaquer aux plus faibles. La domination des plus forts sur les plus faibles est universelle.

Elle dépistait le chagrin chez les autres comme certains dépistent les maladies, mais comme elle n’avait pas fait d’études elle ne se fiait qu’à son instinct, à son intelligence du cœur. 

Les taiseux sont des orateurs redoutables : quand ils ouvrent la bouche ils ont des années de réflexion derrière eux.

9 Replies to “Stanciu Lacroix, Corinne « La mansuétude des orques est immense » (2026) 288 pages”

  1. Chère Catherine,
    C’est mon attachée de presse Nelly Mladenov qui m’a envoyé le lien vers votre chronique ce matin. Et quelle chronique! Du fond de mon âme, je vous remercie d’ avoir si bien écrit sur La mansuétude…et d’en avoir dit tellement de bien. C’est toujours terriblement émouvant de s’apercevoir que ses mots sont arrivés à destination…JOIE PURE!!! Vous avez fait ma journée!

    Un tout petit petit bémol, et là c’est la femme coquette que je suis qui vous parle, vous m’avez vieillie de 5 ans, je suis née le 23 janvier 1968… 68 une année facile à retenir…aucune importance puisque nous savons toutes les deux que l’âge n’a rien à voir avec la jeunesse!
    Ne changez rien, prenez soin de vous, sachez que dorénavant je vous lis et…encore MERCIIII
    Avec coeur,
    Corinne

    1. Je vous remercie infiniment d’avoir pris la peine de mettre ce mot sur mon blog.
      J’ai adoré cette lecture tout comme j’avais aimé le titre du roman qui a attiré mon attention.
      j’ai rectifié votre date de naissance… si vous êtes plus jeune cela veut dire qu’il y a encore plus de chances de me régaler de vos romans pendant longtemps !

      1. Chère Catherine, décidément vous avez beaucoup de classe…chaque fois que je vous lis une petite joie me saute au coeur.

    1. Merci pour votre message. Grégoire Delacourt , (qui a connu un succès planétaire avec sa liste à lui d’envies) est l’un de mes auteurs préférés…c’est forcément un signe

  2. Quelle belle recommandation ! et quel plaisir de voir l’autrice se manifester sur ton blog Cath qui mérite d’être connue, avec tes descriptions toujours justes, ta façon à toi de résumer sans dévoiler et puis cerise sur le gâteau : les photos en noir et blanc qui illustrent le livre qui pourraient souvent faire office de couverture. Bref, trêve de compliments qui sont pourtant largement mérités.
    Je viens de terminer « La mansuétude des orques est immense » et c’est un coup de coeur également. L’écriture qui parle, qui nous parle, qui nous touche. La construction du livre qui nous présente les protagonistes où il n’y a pas de second rôle, c’est rare pour le souligner. Chacun a sa part pleinement dans le livre. Le vocabulaire où j’ai appris quelques mots, même ma Vivlio a calé et il m’a fallu aller sur le net pour avoir la définition exacte. J’ai beaucoup aimé l’utilisation de certains mots dont on connaît l’étymologie mais sans connaître du moins pour ma part les mots comme « enfurier » de furie, « illunée » de lune, « faseyent », « flavescente », « tonitruent », « adornent », « lambinard », « algide », « étarqué » et j’en ai relevé d’autres.
    Le monde paysan, abordé sous le regard de l’amour de leurs bêtes. Et contrairement à toi Cath, je préfère les vaches aux orques, ces êtres si sensibles pour les avoir côtoyés dans mon village, les mères qui meuglent pendant des jours quand on leur enlève leur veau, et les veaux avec leur mufle humide et leur yeux qui pleurent de vraies larmes d’ailleurs il y a une scène particulièrement bien décrite quand sévit le serial killer où j’ai eu l’impression d’assister en direct à la mort de la vache, ce fût particulièrement éprouvant presque illisible, j’ai ressenti la terreur, la douleur de l’animal, atroce…
    Donc, j’ai tout aimé sauf la fin où j’aurais aimé que la découverte du meurtrier ou meurtrière et son explication soit moins concise. En fait, j’aurais souhaité que ça se prolonge, que ce soit plus approfondi, plus exploité. J’attends donc avec impatience son prochain livre.

    1. Chère Cat Woman, je découvre à l’instant votre message et il fait mon bonheur. En publiant mon histoire je rêvais secrètement qu’elle aille au-devant de lecteur(trice)s comme vous : Passionné(e)s, sensibles, et critiques à bon escient…J’ai bu du petit lait en vous lisant, j’ai bien pris note également de ce qui vous avait frustré. J’espère vous combler le prochain coup! Je suis en pleine écriture de mon second roman, savoir que des lectrices de votre trempe l’attendent me donne des ailes! Je vous remercie du fond du coeur.

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