Enriquez, Mariana « La descente c’est le pire» (2026) 320 pages

Enriquez, Mariana « La descente c’est le pire» (2026) 320 pages

Autrice : Née à Buenos Aires en 1973, elle a fait des études de journalisme à l’université de La Plata et dirige Radar, le supplément culturel du journal Página/12. Elle a passé son enfance à Corrientes. Elle a publié deux recueils de nouvelles, dont le très remarqué Ce que nous avons perdu dans le feu, publié aux Editions du sous-sol en 2017 (Points, 2021). Elle a reçu le prestigieux prix Heralde et le prix de la Critique pour son premier roman Notre part de nuit, succès de librairie en Espagne et en Amérique latine et en cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues. Succès de la rentrée étrangère de 2021, elle a reçu les prestigieux prix de l’Imaginaire, prix Imaginales, prix des Libraires du Québec, prix Payot du roman étranger pour Notre part de nuit. Les Dangers de fumer au lit a été finaliste de l’édition 2021 de l’International Booker Prize.

Romans :  Bajar es lo peor (Espasa Calpe, 1995), Cómo desaparecer completamente (Emecé, 2004) –  Notre part de nuit(Anagrama, 2019 / Editions du Sous-Sol 2021 ) – La petite soeur
Nouvelles : « Les dangers de fumer au lit» (Los peligros de fumar en la cama (Emecé, 2009), « Ce que nous avons perdu dans le feu » – 2019 (Las cosas que perdimos en el fuego – Editorial Anagrama, 2016) et le roman court Chicos que vuelven (Eduvim, 2010), Un lieu ensoleillé pour personnes sombres (2025)

Editions du Sous-Sol – 07.05.2026 – 320 pages –  (Bajar es lo peor – 1995 – Traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet )

Résumé:
Dans le Buenos Aires interlope et vibrant des années 1990, Narval, un garçon tourmenté par des créatures obscures et des hallucinations macabres, trouve refuge dans les bras de Facundo, jeune homme à la beauté froide et magnétique qui se prostitue pour vivre. Un troisième personnage, l’instable Carolina, complète ce trio qui plonge dans l’abîme de la drogue, de la violence et de l’amour.

Porté par une bande-son underground et punk, La descente, c’est le pire est un roman urbain, gothique, aussi cru qu’il est romantique, dont les personnages semblent tout droit sortis de My Own Private Idaho de Gus Van Sant ou Entretien avec un vampire de Neil Jordan. C’est le premier texte de Mariana Enriquez, qui avait à peine dix-neuf ans quand elle l’a écrit. Il est devenu immédiatement culte à sa parution en Argentine.

“À travers la chronique d’une jeunesse fracassée, errant dans un Buenos Aires nocturne et impitoyable, Mariana Enriquez signe un premier roman d’une maturité saisissante. Un livre d’une poésie crépusculaire qui vous saute à la gorge pour ne plus vous lâcher.” Jean-Baptiste Del Amo

Mon avis: ❤️❤️❤️
Ce premier roman de l’autrice écrit alors qu’elle avait à peine 20 ans est violent, dur, cru… Il nous entraine dans les nuits glauques du Buenos-Aires des années 90.. et l’atmosphère semble extrêmement bien décrite … on craint vraiment de s’y aventurer.  Pour qui a apprécié la suite des écrits de l’autrice il est interessant de suivre ses premiers pas.
Certes c’est un premier roman mais il donne des indices sur les thèmes que l’autrice va developper dans la suite de son oeuvre : violence, sexe, la beauté malsaine, la drogueries esprits et présences surnaturelles, la mort, le coté maudit des personnages.. Concernant les relations entre les personnages, j’ai apprécie la différenciation entre amour et désir. Le sexe est omniprésent, et aussi la jeunesse qui erre sans but dans la vie, sans autre occupation que boire, se droguer, « baiser » et trouver l’argent pour arriver à survivre . Une jeunesse désenchantée et paumée, qui vit au jour le jour…
Plongée dans les affres de la drogue, de la défonce, de la prostitution, du sexe, des hallucinations… Mais aussi la vision de cette jeunesse attachante et perdue, qui est construite sur des failles et des blessures, qui découle d’un passé difficile et secret. 

Facundo, Narval, Carolina, Esteban, Mauri …
Facundo (dont le prénom signifie « celui qui parle avec aisance » ou « éloquent ».
Narval est un poisson unicorne de la mer du Nord…. Peut-être une référence au poète maudit Nerval ? ( je sais que j’ai entendu cette idée quelque part). Et puis dans la tête de Narval, il y a Elle, l’-Homme-avec-des-trous-à-la-place-des-yeux, l’-Homme-aux-araignées,

Carolina (copine-ex-ou-quoi-que-ce-soit de Facundo)
Mauri ( le frère de Carolina) qui tente de recentrer sa soeur
Esteban ((ami inséparable de Carolina et client de Negro) a seulement deux sujets de conversation : son goût du pervers et ses contacts avec l’au-delà.

Alors dire que j’ai aimé, c’est peut-être un peu beaucoup. Mais l’écriture de l’autrice est déjà bien centrée dans ce premier roman, l’ambiance des bas-fonds de Buenos Aires est bien anxiogène, les fantômes et angoisses existentielles au programme et ce roman peut donner un aperçu de ses prochains écrits. Mais je répète qu’elle ne fait pas dans la dentelle! 

Extraits: 

« Celui qui combat des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »  Friedrich Nietzche

Les bateaux. Pour lui, les bateaux n’appareillaient jamais, ils demeuraient immobiles, morts, abandonnés. Des fantômes gigantesques, entourés par la brume du matin, une brume qui donnait la sensation de voir les choses comme à travers une vitre embuée.

Ce qui était étrange avec les cauchemars, c’était qu’ils avaient beau être terrifiants, ils se diluaient au bout d’un moment, au point qu’on pouvait ensuite les raconter comme un téléfilm d’horreur. On s’habituait à la peur.

D’une certaine manière, Narval, Negro et Facundo étaient associés ; Facundo était celui qui apportait le capital, Narval celui qui vendait et Negro, le fournisseur principal. Ce qui n’empêchait pas Facundo d’acheter du crack ou de la marijuana directement à Negro quand il voulait toucher sa part.

Il se parla intérieurement, percevant un murmure irrépressible dans son cerveau, comme des milliers de voix qui lui susurraient en même temps

Ne pas s’intégrer, c’est différent. C’est percevoir qu’on ne fait pas partie de quelque chose. Je parle non seulement d’être étranger pour les autres, mais aussi de sentir que les autres nous sont étrangers. Comme si on n’appartenait pas à ce monde, comme si on était spectateur.

En ce qui me concerne, j’ignore si les histoires des autres m’intéressent, mais ça me fait marrer de voir qu’ils me font une place. Je crois que j’aime bien avoir l’illusion de faire partie de quelque chose. Les gens ne m’ennuient pas, ne m’amusent pas, je ne les déteste pas pour autant. Je ne sais pas, ils n’ont pas tant d’importance que ça.

Tu sais ce que je ressens ? Comme si j’allais décoller. Les choses tremblent, je ne peux pas les regarder fixement. Comme si j’étais une fusée. Ça me fait toujours ça.

Je crois que nous vibrons tous à une fréquence déterminée. Mais cela ne signifie pas qu’il n’existe pas d’autres fréquences.

Ça rend fou de ne pas savoir ce qu’on a, d’être incapable d’expliquer d’où sortent ces images si fortes qui envahissent le cerveau. Elles ont l’air réelles, mais c’est faux. Elles ne peuvent pas être réelles. Le doute est là. C’est la même sensation quand on trébuche, l’instant précis où on est suspendu en l’air, tu comprends ? Non. Bon, au moment où on perd l’équilibre, et où on ignore si on va rester debout ou s’affaler par terre. Où on l’ignore vraiment. Les deux options ont exactement les mêmes probabilités. Mais on finit toujours par terre ou debout. Personne ne demeure jamais en l’air, dans le doute. C’est-à-dire que je peux confondre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Mais à la fin je devrais savoir : et je ne peux pas. C’est comme si je restais suspendu en l’air et j’ignore si je vais continuer ma route tranquille ou me casser la gueule. Je l’ignore. Je suis entre les deux.

— J’ai le défaut de toujours croire que tout est plus compliqué qu’il y paraît. Je ne pense pas que les gens soient aussi simples.

Voilà, j’invente des situations et ça me dépasse totalement ; je veux dire, je suis incapable de savoir si je les invente et donc si je peux les contrôler. Ce sont comme des hallucinations. Et, de temps en temps, j’ai même envie qu’elles surviennent… J’oublie que c’est moi qui les provoque. Elles ont l’air réelles, de se produire vraiment, étrangères à moi. Au point que je doute de tout imaginer. Il ne peut pas en être autrement pourtant, mais sincèrement je ne sais pas.

Enfant, je n’avais pas d’amis. Je n’étais pas timide, j’étais asocial, les gens ne m’intéressaient pas. Alors je m’inventais des compagnons imaginaires, comme des amis invisibles, mais rudimentaires. Je ne désirais être avec personne d’autre.

— Tu aurais du Valium ou du Rohypnol, Diabla ? J’ai besoin de dormir.
— Dormir. Mourir. Peut-être rêver,

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