del Arbol, Victor : La Tristesse du Samouraï (2012) 352 pages
Résumé : Mise élégante et port altier, une femme arpente les quais de la gare de Mérida au petit matin. Des passagers apeurés n’osent croire que la guerre est finie, mais Isabel fait partie de la caste des vainqueurs et n’a rien à redouter des phalangistes arrogants qui battent le pavé en ce rude hiver 1941. Elle presse la main de son plus jeune fils et écrit à l’aîné, qu’elle s’apprête à abandonner, les raisons de sa fuite. Le train pour Lisbonne partira sans elle. L’enfant rentre seul chez son père, obnubilé par le sabre qu’un homme vient de lui promettre. Il n’est encore qu’un petit garçon vulnérable, très attaché à sa mère. Et Isabel disparaît pour toujours.
Mon avis : 🖤🖤🖤🖤🖤
Avis 2011 :
C’est l’un des meilleurs livres de ces dernières années ! Ceux qui me connaissent savent que j’aime les auteurs espagnols. Une fois encore je craque! Un roman noir oui. Mais surtout un roman… Complots, torture, enlèvements, violence contre les femmes, silences, … enquête et ambition politique… tout est là. Magistral! Un crime qui gangrène 3 générations. Des années 40 aux années 80. Une tragédie, une enquête. Un livre pas toujours facile à suivre car les cheminements des vies et les retours en arrière se croisent ……. Des êtres fracassés, les vies des parents conditionnent les enfants qui se vengent et cherchent à comprendre…
Sommes-nous responsables des actes de nos parents ? Devons-nous en porter le poids ? Est-il possible d’en réchapper? Parfois on se demande comment les vies s’imbriquent mais petit à petit on comprend comment les destins des protagonistes se mêlent. Les victimes sont les coupables, les coupables les victimes. Un roman fort, impitoyable… La langue est belle, la poésie sous-jacente, ce qui ne gâche rien!
Avis – Complément 2026 :
J’avais lu ce roman à sa sortie (2011) et il fait partie de mes romans « culte ». J’ai été encore plus impressionnée par cette deuxième lecture que par la première, je me suis davantage attachée et/ou révoltée en fonction des personnages.
Ce roman se déroule sur un mode passé – présent. Deux années marquantes 1941 et 1981. Deux femmes en sont les deux principales protagonistes: Isabel, mère de deux enfants, qui disparait en 1941, au moment où elle se préparait à quitter son mari et fuir pour Lisbonne et Maris, une avocate en 1981. Qui est responsable de la mort d’Isabel? Qui l’a tuée? Quel est le lien entre ces deux femmes? Comme dans les romans de cet auteur, l’Histoire est au coeur du roman; l’histoire de l’Espagne, la politique, le Franquisme, les phalangistes. Des secrets du passé, des haines viscérales , les complots du pouvoir, un roman sur les origines et sur les racines et les secrets de famille… Une enquête de police certes, mais qui remonte dans le passé, qui parle de mémoire et d’oubli. Un roman qui parle aussi de liens familiaux faits d’amour et de haine, des personnages effroyables, avec des psychologies extrêmement retorses et un suspense jusque’au bout…
J’ai également rajouté des extraits relatifs au titre : « la tristesse du samouraï » qui fait référence à une arme redoutable, un sabre japonais
Extraits:
Rappelle-toi la devise du samouraï. L’honneur ou le déshonneur ne sont pas dans l’épée, mais dans la main qui l’empoigne.
Pour se suicider, il faut un certain courage. Quand la vie n’est plus un choix, il ne faut pas laisser le hasard vous arracher le dernier acte digne qui vous reste.
Peu d’êtres humains supportent leur propre regard, car les miroirs déclenchent un phénomène curieux : vous regardez ce que vous voyez, mais si vous traversez la surface, vous avez l’impression désagréable que c’est le reflet qui vous regarde avec insolence. Il vous demande qui vous êtes. Comme si l’étranger, c’était vous et pas lui.
— On n’oublie jamais le passé, on ne l’efface jamais… Je le sais.
Les Allemands sont très portés sur le ménage, c’est vrai. D’abord les gens de gauche, puis ceux du centre, les bourgeois, les juifs, les homosexuels, les gitans, les bons à rien, les catholiques… A la fin, ils se dévoreront entre eux, comme les chiens enragés qui ne savent plus qui mordre. Pour des gens cultivés, ces nazis sont un peu obtus. Mais très propres sur eux, c’est vrai.
L’amour était une chose superflue et inutile dans ce monde où tout était obéissance.
Peu à peu, María comprit combien la prison peut transformer un homme : annuler toutes ses velléités, faire du silence la façon la plus sûre de communiquer et de connaître l’autre.
— Ne pleure pas sur ton père, mon garçon. Les héros n’existent pas. Et ceux de l’enfance encore moins que tous les autres.
Le petit matin était lourd de brume, comme s’il portait dans sa couleur grise le souvenir de lieux oubliés.
les morts haïssent avec plus d’intensité que les vivants.
Quand un homme meurt, justement ou pas, il ne se passe rien de particulier. La vie continue. Le paysage ne change pas, il n’y a pas plus de place dans le monde, sauf peut-être un peu plus de douleur chez ceux qui ont vécu cette mort de près. Mais même cette douleur est vite oubliée par la nécessité péremptoire de vivre, de travailler, de reprendre la routine.
elle réalisa sans doute à cet instant que ce ne sont pas les lieux qui s’égarent au fond de notre mémoire, mais notre regard sur eux.
La défaite. La fatigue. La vieillesse. La mort prochaine. Ils étaient là tous les deux, face à face, comme deux vieux chiens édentés, lourds de rancœur, prêts à s’entretuer, même s’ils n’en avaient plus la force. Consumer la haine était tout ce qui les attendait.
En réalité, un katana n’était pas une épée, mais un sabre.
— Il est beaucoup plus mortel et maniable qu’une épée. L’épée frappe. Le sabre tranche, dit-il sur un ton professionnel, sans émotion. Quant au nom, il n’est pas de moi. C’est celui que portait l’original dont je me suis inspiré. Il appartenait à Toshi Yamato, un samouraï du XVIIe siècle, un des guerriers les plus sanguinaires de son temps, vénéré pour sa vigueur et sa cruauté au combat.
Cette arme incarne les plus belles qualités du guerrier : courage, loyauté, ardeur, élégance, précision et pouvoir, et en même temps elle évoque le pire : mort, douleur, souffrance, folie meurtrière.
L’ignorance ne rachète pas la faute.
Le destin était étrange, il décrivait des cercles qui reliaient des événements apparemment sans liens entre eux et soudain tout s’expliquait. Il comprenait maintenant qu’il était enfermé dans ce cercle et que d’une certaine façon les enfants paient pour les crimes commis par les parents.
Et elle se dit que c’était une femme d’une autre époque, qui avait l’élégance d’un film en noir et blanc. La plénitude au cœur de l’absence.
Coincer quelqu’un entre l’arbre et l’écorce, c’était ce qu’elle avait fait toute sa vie devant les tribunaux.
C’est curieux, cette façon qu’ont parfois les gens de croiser et même de fondre leurs destins.
Pourtant, nous éprouvons parfois le besoin de réparer le mal que d’autres ont commis et de nous débarrasser d’un poids que nous supportons injustement.
— La vie n’est pas juste : nous cherchons des consolations à l’inconsolable, des explications à l’incompréhensible, des justifications à l’injustifiable. Il n’y a pas de raison dans la folie, pas de logique dans le cœur que l’existence empoisonne. Je me suis demandé pourquoi les hommes bons sont ceux qui connaissent la douleur de perdre ceux qu’ils aiment, qui connaissent la trahison, l’oubli et l’humiliation.
— Il y a des plaies incurables, María. Mais nous devons avancer avec ce que nous sommes. Il ne faut pas demander pardon, ça ne sert à rien. Il faut simplement avancer, il n’y a pas d’autre solution.
* la photo est celle de ma maman
6 Replies to “del Arbol, Victor : La Tristesse du Samouraï (2012) 352 pages”
Ben voilà, tu sembles tellement aimer et apprécier cet auteur espagnol que l’un de ses romans a fini par me sauter dans les mains…
Toutefois, il s’agit de la version en français… mes connaissances en espagnol étant plus que limitées, pour ne pas dire nulles 😉
Ah comme je suis contente! je suis certaine que tu vas tomber sous le charme !
Livre extraordinaire ,c’est ma première rencontre avec cet auteur .
Roman effroyable mais très beau , d’une grande intensité de bout en bout . Des personnages inoubliables. Merci Catherine de me l’avoir conseillé.
j’avais beaucoup aimé « Toutes les vagues de l’océan » , j’ai adoré celui-là.