Ferrante, Elena «Poupée volée» (2009)

Ferrante, Elena «Poupée volée» (2009)

Auteur : Elena Ferrante (née, selon ses propres dires, en 1943 à Naples) est une écrivaine italienne. L’auteur derrière le pseudonyme tient absolument à rester dans l’ombre.  Elle est surtout connue pour sa Saga L’Amie prodigieuse (L’amie prodigieuse 2014 – Le nouveau Nom 2016 – Celle qui fuit et celle qui reste 2017 – L’Enfant perdue 2018 ) – Auparavant elle a publié L’Amour harcelant (1995) – Les Jours de mon abandon (2004) – Poupée volée (2009)

Titre original : La figlia oscura (2006)   Gallimard – 09.04.2009 – 175 pages / Folio – 07.09-2017 – 208 pages

Résumé : Pourquoi Leda interrompt-elle brusquement ses vacances ? Enseignante à l’université de Florence, seule depuis que ses deux filles sont parties rejoindre leur père au Canada, elle passe quelques semaines au bord de la mer et, parmi les estivants qu’elle observe chaque jour sur la plage, s’intéresse surtout à une famille, une véritable tribu. Elle se lie plus particulièrement d’amitié avec Nina, jeune femme mariée à un homme plus âgé, et sa fille Elena, qui semblent très complices et comme étrangères à une famille un peu rustre. Cette rencontre constitue pour Leda l’occasion de réfléchir à ses rapports avec ses propres filles, qu’elle a abandonnées pendant trois ans alors qu’elles étaient encore enfants, et à une maternité qu’elle n’a jamais pleinement assumée. Saura-t-elle se montrer à la hauteur cette fois ? Magnifique portrait de femme, Poupée volée est une réflexion lucide sur la difficulté d’être mère, à laquelle l’écriture puissante et viscérale d’Elena Ferrante confère toute son universalité.

Mon avis : Depuis le temps que tout le monde me parle de Elena Ferrante, j’ai franchi le pas mais j’ai commencé par le roman qu’elle (?) a écrit avant sa fameuse Série. Je dois dire que j’ai beaucoup aimé. Un livre court sur la difficulté d’être fille, d’être femme, d’etre mère. Un livre sur la complexité des rapports familiaux, sur la difficulté de celles qui veulent vivre leur vie …

Les rôles de la femme et de la mère sont remis en question par deux femmes. D’un coté il y a Léda, l’intellectuelle, mère de deux filles de 23 et 25 ans et qui a fait le choix (mal assumé) de faire passer sa vie à elle avant celle de ses enfants. Est-ce un choix ou le mal-être engendré par la maternité ? De l’autre, une jeune femme, Nina qui étouffe dans le carcan familial.

Un été à la plage… Leda prend des vacances, seule et va rencontrer sur la plage un clan napolitain … elle va les observer, et lorsqu’elle retrouve une fillette qui s’était perdue, des liens vont se tisser entre elle et la tribu … Principalement avec la mère de la fillette qui se dévoile mal dans sa peau malgré l’image du parfait amour mère/fille qu’elle semblait donner de prime abord. Le déclencheur : la disparition de la poupée de la petite…  En au cœur du roman, l’énigme de la poupée … pourquoi a-t-elle été subtilisée ? pourquoi n’est-elle pas rendue ? quel symbole représente-t-elle qui fait qu’elle ait été volée et qu’il soit si difficile de la rendre… Car cette poupée est un personnage à part entière de cette histoire…

J’ai beaucoup aimé l’écriture, l’analyse des sentiments, le cheminement psychologique des protagonistes. Et après avoir lu ce livre, je pense que la suite logique s’impose… attaquer prochainement la lecture de l’amie prodigieuse

Extraits :

Le plus difficile à raconter, c’est ce que nous ne parvenons pas nous-mêmes à comprendre.

Pour moi, les langues contiennent un poison secret qui de temps en temps écume et pour lequel il n’existe pas d’antidote.

Des ordres, des cris, des insultes ; dans ses paroles, c’était toute la vie qui se tendait, on aurait dit un nerf fatigué qui, à peine effleuré, chassait douloureusement toute retenue.

Mais je n’invente rien, il suffit d’écouter, le non-dit est plus éloquent que ce qui est dit.

Je me suis sentie comme une goutte qui glisse le long d’une feuille après la pluie, entraînée par un mouvement aussi limpide qu’inévitable.

Ma mère dégageait une puissante chaleur vitale, je me sentais au contraire aussi froide que si j’avais des veines en métal.

Combien de choses gâchées, perdues, avais-je derrière moi, et pourtant elles étaient présentes maintenant, elles étaient là, dans un tourbillon d’images.

Quelle sottise de croire que l’on peut se raconter à ses enfants avant qu’ils aient au moins cinquante ans ! Prétendre qu’ils nous voient comme une personne et non comme une fonction. Leur dire : je suis votre histoire, c’est avec moi que vous commencez, écoutez-moi, cela pourrait vous servir.

On attend, on se lasse, on recommence à attendre. Quelque chose finira bien par se produire et entre-temps on ne supporte plus rien, on risque de devenir dangereuse.

Je me sentais très malheureuse. C’était une impression de dissolution, comme si, pendant toute la journée, le vent avait soufflé sur le petit tas de poussière bien ordonné que j’étais, jusqu’à ce que je me retrouve suspendue et informe dans l’air.

Même cette manière de se plaindre du présent et du passé proche, d’idéaliser le passé lointain, ne m’agaçait pas comme c’est le cas d’habitude. Cela me semblait plutôt une manière comme tant d’autres de se convaincre qu’il y a toujours une mince branche de sa propre vie à laquelle on s’accroche et d’où l’on s’habitue, suspendu, à la nécessité de tomber.

« Le bouleversement. »
Je me souvins de ma mère et dis :
« Ma mère utilisait un autre mot, elle appelait ça le broyage. »
Elle reconnut son sentiment dans ce mot et eut le regard d’une petite fille apeurée.
« C’est vrai, ton cœur est broyé : tu n’arrives pas à supporter de rester avec toi-même et tu as certaines pensées que tu ne peux pas dire. »

Je me dis qu’ils étaient beaux, ce qui me surprit moi-même : des corps solides, bien plantés dans l’asphalte de la rue comme des plantes habituées à pomper la plus infime trace d’humidité. Ce sont de robustes coques de bateau, pensai-je, rien ne peut les arrêter.

Pas comme moi, qui ne suis que remous. C’est la peur que j’ai de ces gens depuis l’enfance, parfois le dégoût, et aussi ma présomption d’avoir un destin raffiné et une grande sensibilité, qui m’ont empêchée jusqu’à présent d’admirer leur détermination.

Je m’imaginais comme une tesselle brillante dans la mosaïque du futur.

 

2 Replies to “Ferrante, Elena «Poupée volée» (2009)”

  1. Tu commences bien le mois, ai adoré la saga de l’amie prodigieuse… Me reste le dernier volume. Comme toi ai choisi un autre roman , « les jours de mon abandon » mais un peu déçue …. Par contre « poupée volée » me tente. Bonne suite des tes lectures Bises Béa

    1. Le premier tome de la saga est dans ma pile. J’aime bien lire les sagas en blog mais je préfère me familiariser un peu avant d’attaquer un gros morceau… Sympa de te lire ici 😉

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