Penny Louise « Sous la glace »

 

 

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Tome 2 : « Sous la glace »

Résumé : Lorsque l’inspecteur-chef Armand Gamache est chargé d’enquêter sur un nouveau meurtre survenu au sein de la petite communauté de Three Pines, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que la victime ne manquera à personne. D’ailleurs, personne ne l’a vue se faire électrocuter en plein milieu d’un lac gelé lors d’une compétition de curling. Pourtant, il y a forcément eu des témoins… Un deuxième roman qui confirme que Louise Penny est l’héritière naturelle d’Agatha Christie.

Mon avis :

Après l’automne et le tir à l’arc, voici l’hiver et le curling. J’ai retrouvé avec grand plaisir les habitants de « Three Pines » qui deviennent presque des voisins car on apprend à les connaitre, l’Inspecteur Gamache et son équipe, avec toujours son « boulet » l’agente Nichols… et un nouveau qui semble moins paumé. La nouvelle propriétaire de la maison Hadley de triste mémoire (voir le tome 1) ne va pas tarder à être assassinée. Il faut dire qu’elle semble aussi sinistre et peu fréquentable que la maison … Egocentrique, mauvaise, tyrannique, intéressée par l’argent… Et toujours Gamache, qui écoute, réfléchit, observe, recoupe, tente de se mettre à la place des meurtriers potentiels. L’humain à l’écoute du « monstre ».Décidemment la chaleur humaine opposée au froid des hivers canadiens… moi j’aime beaucoup… Une série qui s’installe, des personnages qui prennent le temps de vivre et de se fréquenter… avec de l’humour et une très belle construction de l’énigme. Les indices se découvrent petit à petit : l’intelligence et la déduction font le reste… Je ne suis jamais allée dans un petit village canadien mais j’ai l’impression d’y être…

Extraits :

Elles partageaient une aversion pour les livres durs. Pas par leur contenu, mais par leur couverture. Les couvertures rigides étaient vraiment trop difficiles à tenir, surtout au lit.

Il avait des relations dans le monde entier. Même – osait-elle y penser ? – au Museum of Modern Art de New York. Le MOMA. MOMA mia !

« Respire, respire », s’ordonna-t-elle, craignant un peu de mourir, tuée par des mots

Pendant mon adolescence, ma drogue, c’était la sympathie des autres, dans ma vingtaine, l’approbation, dans ma trentaine, l’amour, dans ma quarantaine, le scotch

..on suit la voie de Häagen Dazs. C’est la traversée du dessert…

Il est tellement plus réconfortant de constater le mal chez les autres ; cela excuse nos mauvais comportements. Il faut être vraiment remarquable pour considérer le bien.

Elle ouvrit les yeux et les laissa s’adapter à l’obscurité. De très loin, elle entendait Tchaïkovski. On aurait dit que la musique entrait dans son corps, non pas par ses faibles oreilles, mais par sa poitrine, droit au cœur, où venaient se loger les notes

Elle portait peu de maquillage, car elle aimait bien le visage qu’elle avait reçu.

Si vivre voulait dire se développer dans tous les sens, cela lui convenait

Comment peux-tu trouver la vérité de quelqu’un d’autre si tu ne t’avoues pas la vérité sur toi-même ?

En hiver, au Québec, tout le monde était pareil, semblable à des guimauves colorées

La neige craquait sous ses pas, signe évident d’une rapide baisse de température. Son visage lui donnait l’impression de traverser un nuage de fines aiguilles et ses yeux étaient légèrement larmoyants

Le meurtre est profondément humain ; la victime et le meurtrier. Décrire ce dernier sous un jour monstrueux ou grotesque, c’est lui donner un avantage injuste. Non. Les tueurs sont des humains et chaque meurtre prend racine dans une émotion. Pervertie, sans aucun doute. Tordue et laide. Mais tout de même une émotion. Si forte qu’elle avait poussé un homme à créer un fantôme

Il y a en toute chose une fêlure. — Par laquelle la lumière pénètre

Enfants, on s’est tous créé des mondes particuliers. Les cow-boys et les Indiens, les explorateurs de l’espace, les princes et les princesses

Vous ne pouvez vivre dans le passé, encore moins le défaire

Le passé peut ressurgir, s’emparer de vous et vous entraîner là où vous ne devriez pas aller

Je passe mes journées à examiner la pièce du fond, celle qu’on garde verrouillée et cachée, même à nos propres yeux. Celle qui contient tous nos monstres, fétides, pourrissants, qui attendent

Je comprends tes doutes, cependant. Ce sont eux qui font de toi un grand homme, pas tes certitudes

Il avait éteint dans la salle de séjour après le départ de tout le monde, et était resté assis là, tranquille, à goûter la paix, à contempler ce village qui posait la tête sur l’oreiller

Elle m’a enseigné que les paroles blessent et parfois tuent. Et qu’elles peuvent guérir

 

 

Article général sur la série : Enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Penny, Louise « Nature morte / En plein cœur »

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

 

Tome 1 : Nature morte / En plein cœur

Résumé : Au matin de Thanksgiving, on découvre dans le paisible petit village québécois de Three Pines le cadavre d’une vieille dame aimée de tous. L’inspecteur-chef Armand Gamache, de la Sûreté du Québec, est chargé de l’enquête. Qui pourrait souhaiter la mort d’une vieille dame aussi gentille ? Le mystère s’épaissit à mesure que l’on met au jour des œuvres d’art que la victime a longtemps gardées secrètes. Rustiques, primitives et troublantes, ces peintures touchent différemment tous ceux qui les voient… Le premier volet d’une série qui a reçu les récompenses les plus prestigieuses.

Mon avis : une enquête dans une petite communauté ou tout le monde vit paisiblement et semblerait en parfaite harmonie. On se demande bien qui pourrait avoir commis un crime. Une atmosphère feutrée, au cours d’un automne coloré, le tapis de feuilles mortes et la brume occultant indices et preuves.. Une petite communauté d’artistes, une ancienne psy, une auberge/gite tenue par un couple d’homosexuels, une vieille poétesse opiniâtre. Jamais on n’imagine un crime dans ce petit lieu loin de tout.. ou à peu de choses près..

Un Inspecteur chef qui se retrouve flanqué d’une nouvelle recrue qui détonne dans le paysage, avec ses manières brusques et peu humaines. Les personnages se découvrent, l’enquête progresse en douceur… comme hors du temps, dans un contexte doux et loin de l’excitation des grandes villes.. Un peu à la « Barnaby »…

Extraits :

…elle n’oubliait pas vraiment. La plupart des choses, oui. Mais elle en gardait secrètement et précieusement dans sa mémoire et y retournait lorsqu’elle avait besoin d’être rassurée par le manque de gentillesse des autres.

Selon Oscar Wilde, la conscience morale et la lâcheté ne sont qu’une seule et même chose. Ce qui nous empêche de commettre des gestes horribles, ce n’est pas notre conscience, mais la possibilité de nous faire prendre. Je me demande si c’est vrai

Il ressentait toujours un pincement au cœur en regardant les mains des nouveaux morts, imaginant tous les objets et les gens que ces mains avaient

Il serra les poings et sentit la douleur bienvenue de ses ongles qui lui mordaient les paumes. Cette douleur, il pouvait la comprendre ; l’autre, non.

Malheureusement, comme je l’ai dit, je suis souvent perdu dans mes pensées. Je n’ai jamais de pensées profondes ou importantes. Ça faisait rire ma mère : elle disait que certaines personnes essaient d’être à deux endroits en même temps, mais que moi, en général, je ne suis nulle part

Peut-être, disaient son cerveau et son éducation, que, si on bavarde assez longtemps en buvant du thé, le temps s’inverse et tout le mal se défait

Plus tôt dans la journée, elle avait cru s’être fait arracher le cœur et le cerveau. À présent, elle les avait retrouvés, mais en miettes

Pour la première fois de sa vie, il se demanda ce que ferait quelqu’un d’autre

Pour la première fois depuis qu’elle avait appris la nouvelle, son cœur et son esprit se calmèrent. Pour un seul instant de grâce, ils se posèrent dans l’amour plutôt que dans la perte.

Mais celle qu’il connaissait et aimait s’était fait avaler. Comme Jonas. Par une baleine blanche de perte et de chagrin, dans un océan de larmes.

Une autre vague de tristesse la submergea. Elle avait perdu sa partenaire de murmures. Celle avec qui elle se livrait à de réconfortants babillages

Les gens qui se battent aux premiers rangs sont ceux qui en ont le moins besoin. Les vrais indigents sont assis en silence à l’arrière, trop faibles pour lutter. Il en va de même dans la tragédie. Souvent, les plus affligés sont ceux qui manifestent le moins leur peine

Mais ne prenez jamais, au grand jamais, la gentillesse pour de la faiblesse

… une maison est un autoportrait. Chacun des choix d’une personne – couleurs, meubles, images –, chaque touche révèle l’individu. Si Dieu, ou le diable, est dans les détails, l’humain l’est aussi. Est-ce sale, désordonné, d’une propreté maniaque ? Les décorations ont-elles été choisies pour impressionner ou est-ce un bric-à-brac d’histoire personnelle ? L’espace est-il encombré ou dégagé ? Chaque fois qu’il entrait dans une maison au cours d’une enquête, un frisson le parcourait

Généralement, la mort vient la nuit, surprend une personne dans son sommeil, arrête son cœur ou la réveille par un chatouillement, l’amène à la salle de bain avec un mal de tête atroce et inonde son cerveau de sang. Elle attend dans les ruelles et les stations de métro. À la nuit tombante, des gardiens en blanc effectuent des débranchements, et la mort est invitée dans une salle aseptisée.

tout parent d’adolescent redoute d’héberger en fait un étranger

D’après sa théorie, vivre, c’est perdre, dit Myrna au bout d’un moment. Perdre ses parents, ses amours, ses emplois. On doit donc donner à sa vie un sens qui transcende ces choses et ces gens. Autrement, on court à sa perte

je pense que bien des gens adorent leurs problèmes. Ça leur donne toutes sortes d’excuses pour éviter de grandir et de se mettre à vivre.

La vie est changement. Si tu ne grandis pas et n’évolues pas, tu restes immobile et tu te fais dépasser. La plupart de ces gens sont très immatures. Ils mènent une vie « immobile », à attendre.

Nous sommes les seuls à pouvoir changer notre vie, la retourner. Alors, toutes ces années à attendre qu’un autre le fasse sont perdues

 

Article général sur la série : Enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Penny, Louise : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Biographie :

Louise Penny est née à Toronto (Canada) en 1958.  Elle a longtemps travaillé comme journaliste à la radio anglaise de Radio-Canada avant de s’imposer comme « la plus récompensée des auteurs canadiens de romans policiers » (Maclean’s).  Si « En plein cœur » (Flammarion Québec), le premier titre de sa série « Armand Gamache enquête », a remporté un nombre remarquable de prix, les ouvrages suivants ont plus que confirmé ce succès.
Ses romans figurent aux palmarès des meilleures ventes. Comme plusieurs de ses personnages, elle habite les Cantons-de-l’Est.  En 2011, elle demeure à Sutton au Québec où se situe le décor des enquêtes de l’inspecteur québécois Armand Gamache de la Sûreté du Québec. Les livres de cette série lui ont valu quatre fois de suite (2007–2010) le prix Agatha pour le roman policier de l’année qui se conforme au style d’Agatha Christie.

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

( clic sur le titre pour le lien sur l’article consacré au roman)

Tome 1 : Nature morte / En plein cœur

Résumé : Au matin de Thanksgiving, on découvre dans le paisible petit village québécois de Three Pines le cadavre d’une vieille dame aimée de tous. L’inspecteur-chef Armand Gamache, de la Sûreté du Québec, est chargé de l’enquête. Qui pourrait souhaiter la mort d’une vieille dame aussi gentille ? Le mystère s’épaissit à mesure que l’on met au jour des œuvres d’art que la victime a longtemps gardées secrètes. Rustiques, primitives et troublantes, ces peintures touchent différemment tous ceux qui les voient… Le premier volet d’une série qui a reçu les récompenses les plus prestigieuses.

Tome 2 : Sous la glace

Résumé : Lorsque l’inspecteur-chef Armand Gamache est chargé d’enquêter sur un nouveau meurtre survenu au sein de la petite communauté de Three Pines, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que la victime ne manquera à personne. D’ailleurs, personne ne l’a vue se faire électrocuter en plein milieu d’un lac gelé lors d’une compétition de curling. Pourtant, il y a forcément eu des témoins… Un deuxième roman qui confirme que Louise Penny est l’héritière naturelle d’Agatha Christie.

Tome 3 : Le Mois le plus cruel

Résumé : Un groupe d’habitants du petit village de Three Pines décide d’organiser une séance de spiritisme pour débarrasser leur commune du Mal. Mais lors de la séance, l’une des participantes meurt de peur. À moins qu’elle n’ait été assassinée… Le troisième volet des enquêtes du délicieux inspecteur Gamache.

Tome 4 : Défense de tuer

Résumé : Au plus fort de l’été, le Manoir Bellechasse, un hôtel luxueux des Cantons-de-l’Est, accueille les membres d’une riche famille anglo-canadienne réunis pour rendre hommage à leur défunt patriarche. L’inspecteur-chef Armand Gamache, venu célébrer avec sa femme leur trente-cinquième anniversaire de mariage, constate rapidement le troublant comportement de cette famille aux apparences parfaites. Sous la surface trop lisse bouillonne une inavouable rancune longtemps refoulée. Dans les esprits comme dans le ciel, l’atmosphère s’alourdit. Bientôt une tempête s’abat, laissant derrière elle un cadavre étrangement mis en scène. Mais qui aurait l’audace de commettre un homicide sous les yeux de l’inspecteur ?

Avec cette quatrième enquête de l’inspecteur-chef Armand Gamache, Louise Penny fait une nouvelle fois preuve d’une ingéniosité subtile et d’une véritable compréhension du psychisme humain. Instaurant un huis-clos tout aussi charmant que déstabilisant, elle laisse ses personnages évoluer jusqu’à ce que leur nature véritable se dévoile dans toute sa laideur. Plus que jamais elle s’impose comme un véritable maître du mystère.

Tome 5 : Révélation brutale

Résumé : L’été s’achève et la nature réserve aux habitants de Three Pines un dernier éclat… terrifiant. Un mort est découvert dans l’endroit le plus vivant du village : le bistro d’Olivier. De prime abord, personne n’admet connaître le vieil ermite assassiné. Armand Gamache et son équipe reviennent dans les Cantons-de-l’Est pour sonder les strates de mensonges et de non-dits que dissimule le vernis idyllique des lieux. Des sentiers oubliés les conduisent au fond des bois, là où se cachent des secrets et des trésors honteux. Insidieuse – ment, le chaos s’est infiltré dans cette beauté sauvage, et ce qui attend l’inspecteur-chef n’est rien de moins qu’une révélation brutale.

À l’instar de son héros, Armand Gamache, Louise Penny déploie des merveilles d’élégance, de profondeur et de finesse. Cinquième volet d’une série dont le succès va croissant, Révélation brutale a remporté l’Agatha Award et l’Anthony Award du meilleur roman policier. Louise Penny est, par ailleurs, le premier écrivain à avoir reçu quatre Agatha Awards consécutifs.

Tome 6: Enterrez vos morts

Résumé : Tandis que le Vieux-Québec scintille sous la neige et s’égaye des flonflons du carnaval, Armand Gamache tente de se remettre du traumatisme d’une opération policière qui a mal tourné. Mais, pour l’inspecteur-chef de la SQ, impossible d’échapper longtemps à un nouveau crime, surtout lorsqu’il survient dans la vénérable Literary and Historical Society, une institution de la minorité anglophone de Québec. La victime est un archéologue amateur connu pour sa quête obsessive de la sépulture de Champlain. Existerait-il donc, enfoui depuis quatre cents ans, un secret assez terrible pour engendrer un meurtre ? Confronté aux blessures de l’histoire, hanté par ses dernières enquêtes, Gamache doit replonger dans le passé pour pouvoir enfin enterrer ses morts.

Tome 7 : Illusion de lumière

Résumé : Quand il se réalise, le rêve d’une vie peut virer au cauchemar. Lors du vernissage de sa première exposition au Musée d’art contemporain de Montréal, un mauvais pressentiment hante Clara Morrow. De fait, le lendemain de la fête à Three Pines, une femme est trouvée la nuque brisée au milieu des fleurs de son jardin. Qui était cette invitée que personne ne reconnaît ? Peu à peu, le tableau du crime prend forme et l’inspecteur-chef Armand Gamache apprend que dans le monde de l’art chaque sourire dissimule une moquerie, chaque gentillesse cache un cœur brisé. Dans cette affaire, la vérité est déformée par un jeu d’ombre et de lumière qui crée l’illusion.

« Une intrigue faussement charmante? Sous chaque éclat de discorde conjugale ou de jalousie professionnelle se trouve une vérité plus profonde sur la confiance trahie et la nécessité d’expier et de pardonner. » The New York Times

 Tome 8 : Le Beau Mystère

Résumé : Caché au creux d’une forêt sauvage du Québec, le monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups n’admet aucun étranger. Vingt-quatre moines y vivent cloîtrés. Ils cultivent des légumes, élèvent des poules, fabriquent du chocolat et prient. Ironiquement, la communauté qui a fait vœu de silence est devenue mondialement célèbre pour ses chants grégoriens, dont l’effet est si puissant qu’on le nomme « le beau mystère ». Cette harmonie est rompue par l’assassinat du chef de chœur et l’intrusion de l’inspecteur Armand Gamache et de son adjoint Jean-Guy Beauvoir. Les enquêteurs cherchent l’accroc dans ces vies consacrées à l’amour de Dieu, mais cette retraite forcée les place aussi face à leurs propres failles. Pour trouver le coupable, Gamache devra d’abord contempler le divin, l’humain, et la distance qui les sépare.

Tome 9 : La Faille en toute chose

Résumé : Noël approche : la campagne revêt son blanc manteau et s’égaye de joyeuses lumières. Toutefois, pour l’inspecteur-chef Armand Gamache, le temps des retrouvailles au coin du feu est troublé par des ombres menaçantes. Ses meilleurs agents ont quitté la section des homicides, son fidèle lieutenant Jean-Guy Beauvoir ne lui parle plus depuis des mois et des forces hostiles semblent liguées contre lui. Quand Myrna Landers, la libraire de Three Pines, lui demande de l’aider à retrouver l’amie qui devait la rejoindre pour les Fêtes, il saisit l’occasion d’aller se réfugier dans les Cantons-de-l’Est avec ceux qui lui sont restés loyaux. Intrigué par le refus de Myrna de révéler l’identité de la disparue, Gamache découvre qu’il s’agit de la dernière des quintuplées Ouellet. Au terme de son enquête, il trouvera certainement un assassin, mais pourra-t-il enfin trouver la paix ?

Tome 10 : Un long retour  ( paru au Canada en septembre 2015)

Résumé : Dans sa retraite de Three Pines, l’ex-inspecteur-chef Armand Gamache croit avoir découvert la paix à laquelle il aspirait en quittant la tête de la section des homicides de la Sûreté du Québec. Toutefois, comment refuser son aide à son amie Clara lorsqu’elle lui demande de retrouver son mari, Peter Morrow ? Le couple avait décidé de se séparer pour un an, mais le temps a passé et Peter n’a pas donné de nouvelles

Tome 11 : Le retour de la bête  ( paru au Canada en septembre 2016)

Résumé : Chaque jour, ou presque, le jeune Laurent Lepage invente une catastrophe : des dinosaures dans le village, des arbres qui marchent, un débarquement d’extraterrestres. Le garçon de neuf ans a l’imagination si fertile que plus personne ne le croit. Pas même Armand Gamache et Reine-Marie, qui ont pris leur retraite à Three Pines. Cependant, quand l’enfant disparaît, il faut bien envisager que l’une de ses histoires puisse être vraie. Une traque effrénée se met en branle pour le retrouver. Au fin fond de la forêt, Gamache et ses anciens lieutenants de la SQ, Jean-Guy Beauvoir et Isabelle Lacoste, déterrent de sombres secrets qui mènent à un meurtre, à une trahison et à Ruth Zardo, la vieille poète excentrique. Un monstre est autrefois venu à Three Pines, il y a semé le malheur, et le voilà de retour. En refusant de prêter foi à un enfant, l’ex-inspecteur-chef n’a-t-il pas joué un rôle funeste dans ce qui est arrivé ?

 

TOME 12 : Un outrage mortel ( paru au Canada en aout 2017)

Résumé : Quittant sa retraite de Three Pines, Armand Gamache accepte de reprendre du service à titre de commandant de l’école de police de la Sûreté. À cette occasion, Olivier lui offre une curiosité : une carte centenaire qui était emmurée dans la salle à manger du bistro du village. Il n’en faut pas plus pour mettre l’ancien enquêteur sur la piste d’un passé qu’il préférerait sans doute oublier. C’est alors qu’entrent en scène quatre étudiants de l’école de police et un professeur… découvert assassiné. Dans la table de nuit de la victime, une copie de la carte de Gamache fait peser de lourds soupçons sur ce dernier. D’autant que son comportement avec une recrue au profil inquiétant désarçonne tout le monde, y compris le fidèle Beauvoir. Le commandant a ses secrets, mais les outrages du passé ne sont-ils pas plus dangereux lorsqu’on veut les occulter ?

 

( clic sur le titre pour le lien sur l’article consacré au roman)

Higashino, Keigo « La maison où je suis mort autrefois » (2010)

Auteur : Keigo Higashino né le 4 février 1958 à Osaka sur l’île d’Honshū, est un écrivain japonais, auteur de romans policiers.

Il est l’auteur d’une série qui met en scène le Physicien Yukawa : Le Dévouement du suspect X (2011) , Un café maison (2012), L’Équation de plein été (2014).

Et de plusieurs autres romans : La Maison où je suis mort autrefois (2010)La Prophétie de l’abeille (2013) – La Lumière de la nuit (2015) – La Fleur de l’illusion (2016)

Résumé :
Sayaka Kurahashi va mal. Mariée à un homme d’affaires absent, mère d’une fillette de trois ans qu’elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n’a aucun souvenir avant l’âge de cinq ans. Plus étrange encore, les albums de famille ne renferment aucune photo d’elle au berceau, faisant ses premiers pas… Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être. Elle demande à son ancien petit ami de l’y accompagner. Ils découvrent une construction apparemment abandonnée. L’entrée a été condamnée. Toutes les horloges sont arrêtées à la même heure. Dans une chambre d’enfant, ils trouvent le journal intime d’un petit garçon et comprennent peu à peu que cette inquiétante demeure a été le théâtre d’événements tragiques…

Mon avis :
La vie de Sayaka commence à l’âge de 5 ans. Tout son passé est effacé. Le présent est difficile pour elle, car elle n’arrive pas à avoir des relations normales avec les autres, et en particulier avec sa petite fille, qu’elle ne supporte pas, qu’elle a envie de maltraiter pour soigner ensuite. Ces relations anormales avec les autres et les enfants en particulier pourraient-elle avoir un rapport avec cette enfance dont elle ignore tout ? A la mort de son père, elle trouve une carte et une clé. A quoi cela peut-il correspondre ? Elle demande à son ancien petit ami de l’accompagner sur place. Une construction isolée, au milieu de nulle part… Ils décident de tout fouiller et petit à petit, ils trouvent certains éléments, quelques souvenirs remontent… Ils tentent de reconstruire la vie des personnes qui hantent les murs de cette maison. Inhabitée depuis plus de 23 ans, elle semble toutefois avoir été entretenue…
Un roman à suspense, psychologique. Ce n’est pas un polar. C’est une quête d’identité, la recherche de construction d’un passé basé sur des impressions éphémères plutôt que sur des souvenirs. La lecture du journal intime du petit garçon donne des pistes, mais encore faut- il comprendre à quels évènements et à qui il fait référence. Un indice amène souvent plus de questions que de réponses… Pourquoi toute la vie s’est arrêtée un certain jour à une certaine heure ? Les habitants sont-ils partis, ont-ils été tués, personne ne le sait… Personne dans la région ne se souvient avoir vu des gens dans cette maison, qui semble pourtant avoir été habitée par une famille. Quel est le lien entre Sayaka et la maison ? Existe-t-il vraiment ?
Un petit livre que je recommande vivement.

Extraits:
Ses yeux, lorsqu’ elle regardait ses camarades rire bêtement, étaient semblables à ceux d’un scientifique observant des animaux de laboratoire.

D’ailleurs, chacun n’a-t-il pas une maison où l’enfant qu’il était est mort autrefois ? On fait seulement semblant de ne pas voir qu’il s’y trouve encore parce qu’on ne tient pas à le rencontrer.

Ces images passaient en boucle dans ma tête. Elles finirent par s’estomper, ne me laissant plus que des fragments de souvenirs aux tons sépia.

Autre livre commenté : Un café maison

 

Higashino, Keigo «Un café maison» (2012)

Auteur : Keigo Higashino né le 4 février 1958 à Osaka sur l’île d’Honshū, est un écrivain japonais, auteur de romans policiers.

Il est l’auteur d’une série qui met en scène le Physicien Yukawa : Le Dévouement du suspect X (2011) , Un café maison (2012), L’Équation de plein été (2014).

Et de plusieurs autres romans : La Maison où je suis mort autrefois (2010)La Prophétie de l’abeille (2013) – La Lumière de la nuit (2015) – La Fleur de l’illusion (2016)

Résumé :

Dans une maison des beaux quartiers de Tokyo, Yoshitaka Mashiba annonce froidement à son épouse Ayané qu’il va la quitter et qu’elle ne doit pas en être surprise, puisqu’elle n’a pas respecté les conditions du contrat qui les liait en ne lui donnant pas d’enfant. Qui plus est, il a rencontré une autre femme, et il veut reprendre sa liberté. Elle décide alors de partir passer quelques jours chez ses parents, à Sapporo.

Le surlendemain, on retrouve le cadavre de Yoshitaka gisant dans son salon à côté d’une tasse de café renversée. Kusanagi et son équipe sont dépêchés sur les lieux. Prévenue, l’épouse de la victime rentre de Sapporo, et visiblement l’inspecteur n’est pas insensible à ses attraits. Sur le front de l’enquête, il est rapidement établi que le café bu par Mashiba contenait de l’arsenic, mais le meurtre a autrement toutes les apparences du crime parfait. Soupçonnant Ayané Mashiba, la collègue de Kusanagi prend alors contact avec le physicien Yukawa, qui a déjà aidé la police dans le cadre d’affaires apparemment insolubles. Il refuse d’abord de l’aider, mais change d’avis lorsqu’elle lui apprend que les sentiments de Kusanagi pour la suspecte semblent l’égarer.

Keigo Higashino reprend le couple Kusanagi-Yukawa, déjà rencontré dans Le Dévouement du suspect X, et noue une nouvelle fois une énigme pleine de nuances, dans laquelle séduction et déduction se livrent à une joute délicieuse qui fait tout le charme de ce roman, couronné du prix Naoki, l’un des plus prestigieux au Japon.

Mon avis :

Une fois de plus j’ai beaucoup apprécié le livre de cet écrivain. Tout en finesse, une traque psychologique, fondée sur l’observation et l’intuition ; un jeu de patience, pas de sang, pas de violence. J’avais été bouleversée par « la maison où je suis mort autrefois » et je suis impressionnée par la maitrise de l’auteur.

Extraits

— Il y a une différence entre un trucage criminel et un tour de passe-passe. Vous la saisissez ? Il continua en la voyant faire non de la tête. Commençons par la similitude : il y a une astuce au départ. Mais la manière de la traiter n’est pas du tout la même. Dans le cas de la magie, une fois que le spectacle est terminé, le spectateur perd la chance de la déceler. Dans le cas d’une astuce criminelle, les enquêteurs ont la possibilité d’analyser les lieux du crime jusqu’à ce qu’ils soient satisfaits. Un dispositif, quel qu’il soit, laisse obligatoirement des traces. Le plus difficile pour un criminel est de parvenir à les faire disparaître complètement

Mashiba fumait cigarette sur cigarette, mais il n’était pas du genre à fumer deux cigarettes en même temps. — Que voulez-vous dire ? — Il changeait souvent de partenaire, mais n’en avait jamais deux à la fois. J’imagine que s’il avait une maîtresse, il délaissait sa femme

… à ses yeux, ses employés devaient n’être que des rouages de sa société, et les consommateurs, des citrons à presser.

— Tu ne me déçois jamais ! Tes réponses sont immanquablement celles que j’attends. — J’ai comme l’impression que tu te moques de moi.

Détaché de ses amarres, son cœur flottait à la dérive dans le ciel

Peut-être lui semblait-il plus simple qu’elles ne soient pas pourvues d’accessoires potentiellement embarrassants, comme des amis

La technique, c’est comme le corps. Si on ne l’entretient pas, on la perd

Une trace de sourire y demeurait, mais son apparence gracieuse commençait à s’assombrir, comme le soleil couchant.

 

De Récondo, Léonor «Pietra viva» (08/2013)

Auteur : Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait. Depuis 2012, elle publie chez Sabine Wespieser éditeur : en 2012, Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Son nouveau roman, Point cardinal, paraît en août 2017, toujours chez Sabine Wespieser éditeur.

Résumé : En 1505, Michelangelo quitte Rome après avoir découvert le corps inerte d’Andrea, un jeune moine qui le fascinait. Il part pour Carrare choisir des marbres pour un tombeau commandé par le pape Jules II. Le soir, il lit un ouvrage de Pétrarque et la bible d’Andrea, ne cessant de s’interroger sur les raisons de sa mort. Le jour, il croise les tailleurs de pierre…

Mon Avis : Gros coup de cœur. J’avais beaucoup aimé son précédent livre ( Rêves oubliés )et je me réjouissais de lire celui-ci. Je suis ravie.

Quelques mois dans la vie de Michel-Ange. A la suite de la mort d’un moine, il part pour Carrare. Au contact d’un carrier, il retrouve son enfance et lorsqu’il repartira, ce sera un homme différent.

Le père de la romancière est sculpteur et elle a vécu plusieurs années en Toscane. Elle écrit aussi un livre qui parle d’un lieu sur lequel plane l’ombre de la présence de Michel-Ange, qui y vient pour choisir les blocs qui sont la matière première de son art. La romancière explique lors d’une interview que ce séjour (point de départ du roman) est un tournant dans l’œuvre de Michel-Ange. Il a du se passer quelque chose. En effet à partir de ce moment plus aucune sculpture n’est totalement achevée dans l’œuvre du sculpteur. Elle explique aussi que la « Pietra viva » est un terme technique : c’est la pierre juste coupée, fraîche et pas encore sèche, « vivante ». C’est aussi, dans son roman, le lâcher prise, le rentrer en soi, c’est tout ce dont on est fait à l’intérieur et qui amène l’inspiration (vie, désespoir, expériences)

On remarquera (tout comme dans son précédent roman ou il était question de l’art de la céramique, l’importance des mains : elles racontent la vie, c’est le moyen d’expression des artistes. une phrase l’exprime dans son roman « Apprendre à maitriser la pierre pour apprendre à maitriser le monde ». La romancière (qui est aussi violoniste de talent) explique lors d’une interview que le chemin de l’artiste est de passer de la maitrise au lâcher prise. La maitrise du travail du marbre lui permet de maitriser la beauté.

La mort de la mère de Michelangelo, alors qu’il a six ans, lui « verrouille le cœur ». Dans ce livre qui mélange la vraie vie de Michel-Ange et l’imaginaire du roman, on est en contact permanent avec la matière et les sentiments. On assiste à l’éclosion d’un être nouveau, par une rencontre (le roman) entre le sculpteur, un enfant qui a son âge au moment où sa mère meurt (et pour lui enfant l’abandonne) et un homme du village qui se prend pour un cheval (Cavallino) et prend tous les autres habitants pour des animaux. Cet enfant le force à regarder en arrière, à ouvrir sa mémoire, à se fissurer, lui qui vit protégé par une carapace (il est d’ailleurs perçu comme très désagréable dans la vraie vie). De fait ces deux personnages restés dans le monde de l’innocence et de l’enfance le forcent à se montrer tel qu’il est au fond de lui ; ils agissent comme des révélateurs.

Il faut aussi remarquer l’importance de l’écrit des lettres qui souvent ne sont pas envoyées) pour permettre à Michel-Ange de s’exprimer à la première personne et non comme personnage de roman.

Et aussi il convient de remarquer le rapport entre le sculpteur et la nature (la montagne, la plage, le sable, le ciel). Un petit bijou que je recommande vivement.

Et je ne peux m’empêcher de vous suggérer d’enchainer sur le livre de Mathias Enard « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » si vous aimez la vie de Michelangelo Buonarotti

 

Extraits :

Soudain, sous ses yeux, une phrase flotte au-dessus des autres : « La mort fait l’éloge de la vie comme la nuit celle du jour »(Pétrarque)

À force de scruter la mer, il a réussi à vider son esprit.

Les paysages s’engouffrent dans son esprit, laissant des empreintes fugaces. Il retient certaines d’entre elles, en oublie d’autres. Elles sont le terreau d’impressions et de couleurs qu’il utilisera plus tard. Il ne peut deviner lesquelles mourront ou ressusciteront dans sa création

Il observe leurs coups de ciseaux et comment les éclats de marbre se détachent, à chaque impulsion, de la masse. Le sculpteur imagine ainsi de quelle chair est fait le cœur de chacun des blocs.

Michelangelo s’évade au gré des notes du petit orgue en bois qui ponctuent les prières, au gré des chants qui, au-delà de la pierre, filent droit vers le ciel

… oublier les autres et plonger en lui-même. Elle avait employé ces termes. Et quand, la tête la première, il plongea dans son magma intérieur, il s’aperçut que sa chair était faite de pierre vive. De pietra viva.

il devient orphelin de mère et de mémoire.

La clairvoyance de son ami le plonge un peu plus profondément dans sa pietra viva. Il se sent captif de cette pierre, de ses pensées et de ses sentiments obscurs. Il voudrait pouvoir s’en extraire pour retrouver l’insouciance, mais il est lesté. Et, soudain, il imagine un homme prisonnier d’un bloc. Un personnage qui hésiterait entre sortir du marbre ou y rester et qui, troublé par la dualité de ses sentiments, aurait le visage inondé de souffrance et de plaisir

Le ciel commence là où le sol s’arrête

la lecture d’une fragile lettre, quelques mots sur du papier, a immobilisé le temps

J’aimerais que ta peau devienne pierre. Le seul élément que je maîtrise.

Cette promenade le long de l’eau délie son corps. Il avance au rythme des vagues. Sa respiration se pose sur l’écume, puis s’estompe.

La beauté miraculeuse de la nature alentour lui signifie que tout est possible, qu’en créant, il devient maître de lui-même et de sa force.

Dans un geste désespéré, il tente de les extirper du brasier, mais le bûcher est trop affamé de beauté. En un instant, il les a toutes englouties. Il lui faut toujours plus de poésie, de chair, de rêves, d’intelligence, afin que la vanité de l’ignorance règne en maîtresse absolue.

Le printemps étant de retour, les conversations sortent des murs et prennent l’air frais du crépuscule.

Il a assez d’esprit pour savoir que refuser la rencontre avec autrui, c’est s’appauvrir.

tu es la beauté que je ne saurai jamais atteindre avec mon ciseau. Tu es la preuve ultime de la supériorité de la nature sur mon art. Te voir me rappelle mon inutilité.

Dénuder la pierre et ne laisser, en son centre, que son cœur battant

Se laisser happer par ce qui prend forme, ce qui se métamorphose

De la sienne, bien vivante, naît la main morte d’un autre. Une main qui, maintenant prise dans le marbre, conquiert son éternité minérale

– C’est quoi, le talent ? » Michelangelo réfléchit. « C’est ce qu’on a en soi et qu’on se croit obligé d’exprimer. »

Son parfum traverse les années, l’inconscience et le sommeil

Le silence les fige. Plus une trace de gaieté, de parfum, de danse ni de saveur. Simplement l’oubli

Son désir de vie, lié à son esprit créatif, ne lui laisse d’autre choix que d’avancer, de continuer et, sur le chemin, de parfois oublier

J’ai grandi parce qu’elle est entrée tout entière dans mon âme. Je la porte. Elle voit ce que je vois. Je lui parle et, même si elle garde toujours le silence, je sais qu’elle m’écoute. Une partie de moi est avec elle, une partie d’elle cavale avec moi.

 

Sorti chez Point poche en janvier 2015

 

Malzieu, Mathias «Le plus petit baiser jamais recensé» 2013

Résumé : Un inventeur-dépressif rencontre une fille qui disparaît quand on l’embrasse. Alors qu’ils échangent le plus petit baiser jamais recensé, elle se volatilise d’un coup. Aidé d’un détective à la retraite et d’un perroquet hors du commun, l’inventeur se lance alors à la recherche de celle qui « fait pousser des roses dans le trou d’obus qui lui sert de cœur ». Ces deux grands brûlés de l’amour sauront- ils affronter leurs peurs pour vivre leur histoire ? Le plus petit baiser jamais recensé, est un vrai faux polar romantique. Suite métaphorique de La Mécanique du cœur, ce roman teinté de mélancolie regorge de gourmandise explosive. Comme si Amélie Poulain dansait le rock’n’roll et croisait le Petit Prince avec un verre de whisky.

Mon avis : Les contes poétiques décalés de Mathias Malzieu sont un enchantement. Des friandises à déguster comme des baisers chocolatés, emprunts de douceur, de pudeur, de rêves et de nostalgie. Une imagination féérique et ouatée, une réflexion sur l’amour, le manque, le passé, le présent et le futur. Le temps suspendu… Un univers fantaisiste et romantique… à déguster, savourer, et gouter encore et encore…

Extraits :

Le souvenir de ce baiser est aussi intact que si j’étais en train de le vivre. Comme s’il se régénérait à chaque seconde. — C’est parce que vous y pensez tout le temps, vous l’entretenez

Elle coiffe ses cheveux comme on monte les œufs à la neige

J’avais rapidement planté quelques livres sur les étagères, histoire de me convaincre que c’était bien chez moi

Je suis un homme-grenier. Je garde tout

Pourtant, ce souvenir avait fait pousser une fleur étrange au fond du trou d’obus qui me servait de cœur

Elle était plus pulpeuse qu’une armée d’oranges

Je tentais d’en photographier la sensation avec des mots

La voisine rentra chez elle, pareille à un coucou qui a sonné minuit

Ses souffrances résonnaient avec les miennes et je me blottissais dans cet écho

Le contact de sa peau était musical, chaque embryon de caresse me donnait l’impression d’être aux commandes d’un piano aux touches de vent

L’amour est une équation poétique, cher ami ! Tu dois chercher à la résoudre quoi qu’il advienne

Il existe des femmes dont le mystère s’évente d’un seul coup lorsqu’elles se mettent à rire. Comme si quelqu’un allumait des néons de salle de bains au milieu d’une forêt de conte de fées.

« Comment convaincre une électrocutée de l’amour de dépasser sa peur pour vivre pleinement son histoire d’amour

Un éclair de peut-être, violemment joyeux

À vivre trop longtemps avec un bunker à la place du cœur, on s’habitue à l’obscurité

J’avais appris à vivre avec ce trou à la place du cœur.

L’aimant du passé se réactivait. L’orage magnétique menaçait, m’appelait. Il emportait toutes les particules de mes pensées

Sept ans de rêves plus grands que la réalité devenus accident d’amour

Elle souffrait de ne pas parvenir à accélérer ma guérison, mais travaillait tous les jours à assembler les pièces de mon passé, les recoller avec mon présent pour que l’idée de futur puisse se dessiner dans ma tête.

Cette espèce d’analyse du film de notre histoire était censée nous permettre de nous comprendre. En réalité, elle écrasait ce qui restait de subjectivité magique

Le grand cœur-circuit. Le plus intense baiser jamais recensé

Le ciel explose en sanglots de pluie contre la vitre

Tous les livres de la bibliothèque se sont envolés. Ils se sont mis à battre leurs ailes-pages et leurs mots se sont imprimés dans les nuages. A chaque fois que l’on s’embrasse, ça recommence.

156 pages, paru en édition poche (J’ai lu 10712)

 

Indridason, Arnaldur «Le livre du roi» (2013)

Résumé : En 1955, un jeune étudiant islandais arrive à Copenhague pour faire ses études. Là il va se lier d’amitié avec un étrange professeur, bourru, érudit et buvant sec, spécialiste des Sagas islandaises, ce patrimoine culturel inestimable qu’ont protégé les Islandais au long des siècles comme symbole de leur nation. Il découvre le secret du professeur, l’Edda poétique, le précieux Livre du roi, dont les récits sont à l’origine des mythes fondateurs germaniques, lui a été volée pendant la guerre par des nazis avides de légitimité symbolique. Ensemble, le professeur et son disciple réticent, qui ne rêve que de tranquillité, vont traverser l’Europe à la recherche du manuscrit. Un trésor pour lequel certains sont prêts à voler et à tuer. Un trésor aussi sur lequel on peut veiller et qu’on peut aimer sans en connaître la valeur. Une histoire inhabituelle et une aventure passionnante sur ce qu’on peut sacrifier et ce qu’on doit sacrifier pour un objet aussi emblématique qu’un livre. Arnaldur Indridason met son talent et son savoir-faire de conteur au service de son amour des livres. Et de ce livre mythique en particulier.

Précision historique de l’auteur : L’Edda poétique, rédigée au XIIIe siècle, est un recueil d’une quarantaine de poèmes islandais mythologiques et héroïques du Nord ancien. C’est avec l’Edda en prose, rédigée vers 1220 par Snorri Sturluson, notre principale source écrite sur la mythologie nordique

Mon avis : Si vous vous attendez à une enquête du même style que les autres romans islandais de l’auteur vous allez être déçus. Même si les thèmes du passé, de la disparition, du manque et de la culpabilité sont toujours les éléments centraux du livre. Cette fois ci il s’agit d’une quête « historique » qui nous fait voyager en Europe du Nord. C’est une quête historique, menée par deux personnes, un vieux prof et son étudiant. L’un est passionné et aventureux, l’autre est un « suiveur » qui se demande un peu ce qu’il est venu faire dans cette galère mais qui voit mal comment faire pour y échapper. La naissance de la confiance entre deux personnes, des non-dits qui laissent planer des mystères sur le passé. Bref un roman qui fouille dans l’histoire et dans les êtres. Mais si vous ne connaissez rien (comme c’est mon cas) à l’histoire des manuscrits nordiques, il faut un petit effort d’adaptation au début car le livre démarre un peu lentement et vous présente aussi le côté historique de l’intrigue. Amateurs de romans historiques, de manuscrits et de l’ « Edda poétique », je pense que le livre est fait pour vous… Coté polar.. la quête n’est pas de tout repos… il y a aussi les méchants…

Ce livre devrait plaire aux amateurs d’ambiances du Nord… Tu vois que je pense à toi la miss ?

Extraits :

Il ne parlait jamais de son amour. On aurait dit qu’il voulait garder sa mémoire à l’abri des mots inutiles, lui qui, mieux que quiconque en connaissait le pouvoir.

Je n’avais encore jamais pris le train et j’ai trouvé que ce mode de transport me convenait tout à fait, avec la vue sur le paysage, le bruit rythmé des roues, un agréable balancement sur mon siège et ce sentiment d’être hors du temps qui vous accompagne tout au long du voyage

Je jetai un coup d’œil par la fenêtre du train. Il m’était agréable de me déplacer avec ces lents serpents dans lesquels on peut se tenir debout et voir le paysage défiler, même quand il fait sombre et qu’il y a de l’orage et qu’il pleut, comme ce soir-là, et que le véhicule n’est pas de toute première qualité : un wagon qui date de l’entre-deux-guerres et qui a fait son temps

S’il existe une sorte de système immunitaire du corps, il doit aussi exister une sorte de système immunitaire de l’âme qui n’en est pas moins important

«Je me faisais l’effet d’une brindille de bouleau au beau milieu d’un incendie de forêt.»

«J’aurais dû les laisser m’arracher le cœur et me moquer d’eux plutôt que de céder, dit-il à voix si basse que c’est à peine si je l’entendis.»

Quand tu l’ouvriras et que tu en feuilletteras les pages, quand tu en respireras l’odeur. Quand tu sentiras la sueur te couler au bout des doigts et que tu percevras son insupportable légèreté et son incommensurable poids. Alors seulement tu comprendras quel genre de livre c’est.

Importants ou non, les livres voyagent partout. Bons ou mauvais, ils ne choisissent pas leurs propriétaires, pas plus que le genre de maison dans laquelle ils vont se retrouver ou l’étagère sur laquelle on les rangera.

Il m’avait ouvert, chose rare, son univers mental et m’avait fait entrevoir avec quelle intensité il vivait plongé dans ces anciens poèmes héroïques qui lui offraient un modèle de vie. Il avait failli à cet idéal. Il avait failli à sa tâche vis-à-vis de ses héros. Il avait failli à ses devoirs envers le Livre du roi. Mais, en premier lieu, il avait failli à lui-même.

Je me faisais l’effet d’une pièce rapportée, assis là à cette table en cette fin d’après-midi où elle était venue me rendre visite à l’improviste et essayait pendant un bref instant de témoigner quelque intérêt pour ma situation.

Est-ce que ça s’est passé comme ça ou est-ce que le temps, mes souvenirs et mes pensées ont modifié le cours des événements, y ont ajouté des choses ou l’ont même défiguré ? Je sais qu’il y a des choses que je ne pourrai jamais oublier et que je garderai dans mon cœur jusqu’à ma mort exactement telles que je les ai vécues. Personne ne pourra rien y changer. Ce sont les détails dont je suis moins sûr. Le temps les a recouverts du voile de l’oubli ou, ce qui est pire, il les a peut-être déformés, même quand ils étaient vrais

Difficile à expliquer la solitude qui survient alors et la douleur d’avoir perdu une personne aimée dans la fleur de l’âge. Elle te manque tous les jours, et cela jusqu’à la fin de ta vie.

C’est une part de soi qui meurt, mais cette part n’est pas enterrée, elle est au contraire omniprésente. Elle te suit où que tu ailles et entretient le souvenir. C’est la mort qui habite en toi. Et, bien que tu saches très bien que la vie ne te doit rien et qu’on ne peut rien exiger d’elle, on ne se débarrasse jamais de ce deuil et de ce manque.

Parfois, ma mère me manque, avouai-je après un long silence. Pas celle que j’ai, plutôt celle que j’aurais voulu avoir. Celle que j’ai rêvé qu’elle soit.

Il ne faut pas que tu penses à la mort. Elle viendra assez tôt. Même pour un vieux barbon comme moi qui ai eu une longue vie. En un clin d’œil, te voilà parti, décédé, trépassé. Le monde suit son cours. Il ne bouge pas

Tu es jeune et je sais que tu penses que ça n’arrivera jamais, mais je peux te dire que la mort survient en un instant, même si tu es heureux d’avoir atteint un grand âge

En mer, personne ne demande des nouvelles des disparus.

Il est prêt à prendre la vie à bras-le-corps, peu importe où elle va le mener

Sa taille est à peine celle d’un livre de poche et, pourtant, sa grandeur est infinie. Bien qu’insignifiant et usé, son énergie vitale est illimitée. Les mots écrits en petits caractères sont des géants dans l’histoire de la civilisation. C’est quasiment un être vivant. Son cuir se rétrécit et se dilate selon le degré d’humidité, si bien qu’on dirait qu’il vit et respire.

(paru chez Point poche en novembre 2014)

 

Du même auteur : Série du commissaire Erlendur Sveinsson

Prudhomme Sylvain « Les grands » 2014

Ce roman a été classé Révélation française de l’année par le magazine Lire (n°431 de l’année 2014) – paru chez Gallimard/L’Arbalète (256p)

Résumé : Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d’un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d’expédients. Alors qu’un coup d’État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d’un ami à l’autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d’une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d’un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l’élan et la fierté d’un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s’affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d’autres anciens du groupe ont rendez-vous : c’est soir de concert au Chiringuitó.

Mon avis : Un roman percutant, qui aurait pu avoir pour titre «  Saudade », si l’on se réfère à la définition qui suit « La saudade est différente de la nostalgie. Dans cette dernière, il y a un sentiment mêlé de joie et de tristesse, le souvenir du bonheur, mais aussi la mélancolie d’une existence unique dans le passé et d’un retour en arrière impossible. La saudade exprime un désir intense, pour quelque chose que l’on aime et que l’on a perdu, mais qui pourrait revenir dans un avenir incertain. On parle de saudade dans deux cas, d’abord pour quelqu’un qui est éloigné de son pays, et qui garde l’espoir de revenir un jour ; le terme est également employé par les Portugais pour évoquer la nostalgie du passé. Elle peut également s’appliquer à celui qui, resté au pays, se souvient de l’être cher parti.

Le guitariste imaginaire d’un groupe mythique en Guinée Bissau (qui a existé) apprend la mort de la grande chanteuse du groupe qui a été son amour de jeunesse. Cela se passe le jour du coup d’état programmé; tout le livre se passe sur une seule journée, presque une seule soirée. Couto part se promener dans la ville et se remémore l’histoire de sa vie, du groupe, de son pays… tout revient. Description de sa vie, du passé, du présent. On est à la fois à la fin des années 70 et dans l’Afrique contemporaine. Un homme du passé qui a gardé l’aura du passé et son charisme d’antan. Description très sensuelle, vivante et colorée de l’Afrique. Une langue vivante mêlant le français, le créole. Et aussi un petit tour en Europe, ou certains membres du groupe se sont échoués, à la poursuite d’un rêve de gloire et qui sont devenus des sans-papiers. Un livre qui se vit dans l’urgence du présent même s’il fait référence au passé.

La seule critique qui je puisse faire : je ne me suis pas sentie partie prenante de l’histoire, je suis restée extérieure à observer. Dommage car j’aurais voulu faire partie de l’aventure et ne pas être que spectatrice. Mais qui mérite amplement son classement de« révélation de l’année de la revue Lire ».

Extraits :

Il n’y avait rien eu que cet engourdissement, cette torpeur qui l’avait lentement gagné et lui avait d’abord semblé le contraire d’une douleur, un effondrement par atonie plutôt, débranchement de tout son être devenu incapable de plus rien sentir, d’éprouver la moindre peine, de verser une larme, ses yeux désespérément secs, son souffle vaguement empêché seulement par quelque chose qui aurait aussi bien pu n’être qu’une profonde fatigue

Les mille accidents du sol qui semblaient faits pour obliger le passant à s’arrêter discuter devant chaque pas de porte

Concluant comme il commandait. Sans rien faire pour se rendre doux ni agréable. À la hache

Quand nous aurons notre pays et que notre peuple ne saura ni lire ni écrire, nous n’aurons encore rien

si l’un de vous porte un fusil et un autre un outil, le plus important des deux est celui qui a l’outil.

les dates se mélangeaient, les lieux se confondaient, ce n’était plus qu’un seul et même tourbillon ininterrompu qu’il regardait aujourd’hui non sans perplexité, comme une autre vie, une success-story qui le laissait presque incrédule.

Bande de fouines qui lisaient dans la démarche et les yeux de chaque passant. Qui devinaient les pensées du premier venu rien qu’à l’énergie de ses foulées.

Une chose l’avait déçu : la tenue des gens. Leurs habits mal taillés, faits au kilomètre pour d’autres corps que les leurs, dans des matières ternes. Leur pas voûté dans de grands manteaux qui noyaient leurs silhouettes. C’était ça les Européens, c’étaient ces gens fatigués, finis ? Ici même le dernier traîne-savate du marché avait la silhouette altière, l’allure noble. Pourquoi on ne classait pas les pays en fonction de ça aussi ? L’habileté des gens à se vêtir. À préparer leur corps pour les autres. À l’offrir aux regards sans gêne ni gestes superflus, toujours soigné, toujours parfumé, lavé à grande eau après chaque suée, chaque effort, frotté de cet éternel savon brun dont la pâte mal dégrossie griffait la peau, la réveillait, l’imprégnait de cette odeur de propre qui ensuite ne la lâchait plus, même enduite des onguents les plus entêtants, même rincée mille fois comme les feuilles des arbres brillantes après la pluie.

Ils l’avaient regardée s’éloigner. Elle avait dû sentir leurs yeux accrochés à ses talons, car ses déhanchements s’étaient insensiblement modifiés. À présent chaque roulis de sa taille n’était plus simplement offert au ciel comme le souffle du vent et le bercement des palmes. Il leur était offert à eux.

Auprès d’eux c’était comme si son blindage se fissurait, comme si s’effondraient d’un coup toutes les défenses dont il avait lentement appris à s’armer pour étouffer en lui cet appel qui devait sans cesse revenir le tarauder : et pourquoi pas rentrer

Les paroles de ses chansons lui venaient pendant les répètes, en impro. Il les notait vite, pour ne pas perdre l’élan. Les retravaillait ensuite pendant des heures, ramassant, resserrant, condensant. À la fin ses couplets étaient durs comme des cailloux.

Lui est comme un fauve aux aguets, un animal à l’ouïe suraiguë qui perçoit chaque note émise, chaque dissonance voulue ou non, chaque moment de grâce

Il y a des soirs où quand tu joues, avait dit autrefois Couto dans une interview, tu sens que ton esprit s’en va se promener. Tu es tellement bien que tu t’en vas, ton esprit part faire un tour ailleurs, s’en va visiter l’esprit des autres musiciens, visiter les visages des spectateurs qui sont là, tout près de toi, en train de sourire. Tu sens que c’est bon, tu ne penses plus à rien, tu n’écoutes plus ce que font tes doigts, tu regardes simplement ceux qui jouent à côté de toi et tu vois le sourire sur leur visage, tu n’as même pas besoin de leur parler, simplement tu sais, tu vois qu’eux aussi savent, c’est très bon

Enfin la pluie avait cessé et ç’avait été comme si le silence à son tour éclatait, prodigieux soudain, si profond qu’il leur avait semblé percevoir à nouveau chaque bruit dehors, recommencer d’entendre le ruissellement de l’eau dans les caniveaux, le coassement çà et là d’un crapaud ressuscité, le bruit partout dans la nuit des gouttes achevant de tomber des toits et des branches d’arbres essorées.

 

Loubière Sophie « L’enfant aux cailloux » 2011

Résumé : Elsa Préau, une sexagénaire ancienne directrice d’école, rentre chez elle, dans sa maison de la banlieue parisienne, après quelques années d’absence. Sa semaine est bien réglée, entre visite chez le kiné et le médecin, les rendez-vous avec son fils une fois par semaine, les courses… Mais le dimanche, il n’y a rien à faire et Elsa reste à sa fenêtre et observe ses voisins, un couple avec enfants. Elle voit jouer les deux petits, mais le plus âgé ne joue pas et empile des cailloux. Son expérience d’enseignante lui dit que ce n’est pas normal, d’autant qu’elle ne voit cet enfant que le dimanche. Elle veut sauver ce petit garçon, qui ressemble tant à son petit-fils et va alerter les services sociaux, mais après vérification, le couple n’a que deux enfants… L’enfant aux cailloux existe-t-il vraiment ? Elsa a-t-elle perdu la tête ?

Mon avis : Un roman policier certes, mais un roman psychologique, un roman sur la maltraitance des enfants. Au-delà de l’enquête, des suspicions de la vieille dame, de la difficulté à se faire entendre. Pas de sang mais une atmosphère lourde et pesante. Une ancienne directrice d’école, qui ait comment parler aux enfants va réussir à établir le contact avec des enfants en souffrance. Mais établir le contact avec des adultes va s’avérer nettement plus difficile. Une personne fragilisée par la vie est-elle crédible ? Une personne fragilisée par la vie a-t-elle toute sa tête ? Beaucoup de sensibilité dans ce livre qui m’a bouleversée.

Je vous conseille également le deuxième livre de cette romancière, « Black Coffee » paru en 2013 et qui vous emmène sur la fameuse « Route 66 »

Extraits :

l’enfant déballait son cadeau avec l’enthousiasme d’un condamné à mort

On n’oublie jamais le parfum d’une maison

Certaines personnes farcissent l’intérieur somptueux de leur villa d’objets authentiques comme on jette un os à son chien

Une famille unie se fondait sur la sincérité, non sur les maux que l’on tait.

Quand je suis parvenue au salon, j’ai vu la fenêtre qui donne sur la rue battre au vent, et les rideaux s’agiter comme s’ils étaient en colère.

Les souvenirs font partie de la vie, je ne vois pas en quoi cela peut être dérangeant.

— Vous savez ce qu’a dit Albert Schweitzer : Il y a deux moyens d’oublier les tracas de la vie : la musique et les chats.

Jamais elle n’aurait imaginé que le temps puisse s’écouler avec autant de paresse et les heures se frotter les unes aux autres au mépris de son impatience.

Suter, Martin « Le temps, le temps » 2013

Résumé : Peter Taler peine à continuer à vivre : depuis que son épouse Laura a été tuée au bas de leur immeuble, le chagrin et le désir de vengeance l’assaillent. Il est toutefois décidé à mener sa propre enquête. Les indices sont faibles. Seule demeure une infime impression du jour tragique : quelque chose, dans son panorama quotidien, n’est plus pareil… Son voisin Knupp ne cesse de l’observer par la fenêtre et semble s’adonner à de mystérieuses activités. Les deux hommes font peu à peu connaissance, jusqu’au jour où Knupp parvient à enrôler Taler dans son projet fou : celui de mettre le temps en échec et, avec lui, la disparition de sa femme. Au sommet de son art, Martin Suter échafaude un roman presque hitchcockien qui mêle intrigue policière et éléments fantastiques, humour et mélancolie. Dans cet univers où il suffit de revenir au décor antérieur pour abolir les effets du temps, où toute réalité devient trompe-l’œil, le lecteur est tenu en haleine jusqu’au retournement final insoupçonné.

Mon avis : polar du style « Depuis la lecture de « Small World » je suis cet auteur suisse avec beaucoup d’intérêt. Une fois encore j’ai beaucoup aimé le thème choisi. Le temps qui passe … ou pas et le drame du deuil. On commence comme dans un film du style « Fenêtre sur cour »… Un homme qui a perdu sa femme qui a été assassinée il y a une année regarde par la fenêtre ; dès la première phrase du roman, il annonce la couleur : « quelque chose n’était pas pareil, mais il ne savait pas quoi » ; et bien on va chercher… On va faire un retour vers le futur, et tout mettre en œuvre pour retrouver le passé. Deux hommes qui ont perdu leur femme et qui vivent le présent à travers elles et en leur compagnie même si elles ne sont plus là… ; l’un dont le but est de retrouver son assassin et l’autre qui veut remonter le temps pour changer l’avenir. Deux hommes que tout oppose et qui vont finir par s’unir. Un roman psychologique, un brin fantastique et absurde, sur l’obsession, sur l’immortalité, sur le passé, le manque, l’absence, la mémoire, sur le déni du deuil. Je regrette que la fin ne soit pas à la hauteur du livre.. C’est dommage mais finalement ce n’est pas bien grave, car l’important c’est l’histoire que nous raconte Suter et pas vraiment son dénouement.

Extraits :

Le temps ne passe pas, mais tout le reste passe. La nature. La matière. L’humanité. Mais pas le temps. Le temps n’existe pas

La transformation crée l’illusion du temps. La répétition est sa mort. Un jour où tout serait identique à la veille serait la preuve qu’en réalité c’est le temps qui ne se manifeste pas

— Voyez-vous le présent ? Non, vous ne le voyez pas. Il est toujours déjà passé. Même si vous divisez les secondes par deux, par dix, par cent, par mille. Même si vous en faites des millionièmes, des milliardièmes – ça sera toujours passé.

Pouvoir se taire ensemble, avait un jour remarqué Laura, témoignait d’une plus grande harmonie que parler ensemble.

même plus d’un an après, il ne voulait pas revenir aux choses quotidiennes. Il voulait donner tort à tous ceux qui disaient que la vie continue.

Le livre était usé par les lectures successives. Quelqu’un avait corné de nombreuses pages. D’autres étaient intégralement griffonnées, les lignes de beaucoup de paragraphes étaient soulignées, les marges grouillaient de notes, de petites étoiles, de renvois et de points d’exclamation.

« Nous pouvons prendre la matière dans nos mains, cela prouve qu’elle existe. Nous ne pouvons certes pas saisir la pesanteur ou la lumière du soleil, mais elles existent tout de même parce qu’elles agissent sur la matière. La pesanteur fait tomber les choses par terre, les rayons du soleil nous réchauffent la peau. »

… l’impression, en feuilletant ce livre usé, de se trouver à la fenêtre et de voir sans être vu. Il observait secrètement ce lecteur inconnu que cette lecture avait tellement bouleversé.

Ce que nous considérons comme le temps, écrivait-il, n’est que la méthode permettant de mesurer le changement

Elle accomplissait son travail avec un manque de concentration angoissant. Elle était capable de lui raconter sa vie, de téléphoner, de boire un café ou de feuilleter des magazines tout en saisissant des factures ou enregistrer des paiements sans commettre la moindre erreur, comme s’il s’agissait de mots croisés pour débutants

Mais la vérité, c’est que plus on devient vieux, moins le temps a d’importance. Même si l’on ne croit pas à son inexistence. Et de l’insignifiance à l’inexistence, il n’y a qu’un tout petit pas.

Lorsqu’il sortit dans la nuit étoilée, peu avant minuit, il eut l’impression de quitter le passé pour entrer dans le présent

Les choses qui l’entouraient avaient perdu leur évidence. Toutes portaient leur histoire comme des étiquettes, toutes lui imposaient les souvenirs auxquels elles s’attachaient.

La fonction du temps, c’est de séparer, tu comprends ? Il nous sépare de nos ancêtres et de nos descendants, il nous sépare de nous lorsque nous étions enfants, adolescents, adultes, vieillards, défunts. Il est au service de l’ordre. Il nous offre l’avant, le maintenant et l’après. Si le temps n’existait pas, tout serait empilé en un tas.

On faisait moins longtemps attendre des gens debout que des gens assis.

 

Voir article sur Martin Suter « Auteur coup de cœur »

Treize à table (au profit des Restos du Cœur) 2014

Résumé :Treize à table peut porter bonheur ! Treize nouvelles inédites signées par treize auteurs français de renom seront publiées le 6 novembre au profit des Restos du Cœur par les Éditions Pocket, permettant à l’association de distribuer trois repas pour chaque livre acheté.

« Toute la chaîne du livre s’est mobilisée autour de ce projet entièrement bénévole, dont les profits seront reversés aux Restos du Cœur. Notre souhait est d’atteindre 300 000 exemplaires vendus et de distribuer ainsi un million de repas », précise Pocket.

Ce recueil, intitulé 13 à table ! et vendu 5 euros, fourmille d’intrigues policières autour d’un thème : le repas. Réunions de famille qui dérapent, retrouvailles inattendues, suspense, humour, absurde, tendresse, chacun des auteurs a sa recette.

Les écrivains engagés dans ce livre solidaire sont Françoise Bourdin, Maxime Chattam, Alexandra Lapierre, Agnès Ledig, Gilles Legardinier, Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, Marc Levy, Guillaume Musso, Jean-Marie Perier, Tatiana de Rosnay, Eric-Emmanuel Schmitt, Franck Thilliez et Bernard Weber.

Créés en 1985 par Coluche, les Restos du Coeur offrent des repas gratuits aux plus démunis et participent à leur insertion sociale et économique. Grâce à l’action de 66 000 bénévoles, 130 millions de repas sont distribués chaque année à plus d’un million de personnes, et les demandes ne cessent de croître. De fin novembre à fin mars, les 2 070 centres ouvrent leurs portes quotidiennement, ou au moins deux fois par semaine, pour offrir des paniers-repas. Le reste de l’année, les deux tiers des centres restent ouverts, mais se concentrent sur les plus fragiles.

Mon avis: Coup double! Bonne action pour les resto du cœur et offrir des petits moments de lecture. (petite attention à ceux et celles qui m’offrent des petits gâteaux faits maison en cette période de fêtes). Et bien « triple-bang ».. car c’est un vrai plaisir de lire ces petites nouvelles sur le thème de la nourriture, même pour moi qui ne suis pas branchée « nouvelles ». J’avais déjà lu la plupart des écrivains qui ont participé à cette belle idée et j’ai été ravie de les retrouver dans cette opération généreuse. Un peu déçue aussi de trouver que certains (Musso et Levy) n’ont pas totalement joué le jeu en proposant des textes assez éloignés de la nourriture.. J’ai découvert Alexandra Lapierre et sa merveilleuse idée ( qui m’irait parfaitement) ; Toujours un gros coup de cœur pour l’humanité d’Agnès Ledig et Gilles Legardinier; Bien aimé aussi le récit de Pierre Lemaître plein de sensibilité et celui de Eric-Emmanuel Schmitt pour les mêmes raisons. La petite nouvelle de Werber sur les langoustes clôt ce recueil sur une note humoristique.

Alors faites vous plaisir et faites plaisir autour de vous… Pour la bonne cause… car « Aujourdhui on n’ a plus le droit. Ni d’ avoir faim ni d’ avoir froid… »

Extraits:

  1. Olympe et Tatan (Françoise Bourdin)

« Pris séparément, les membres de la famille étaient des gens normaux, mais l’obligation de se retrouver tous ensemble, heureusement limitée à cet unique dîner annuel, les rendait détestables. »

  1. Maligne (Maxime Chattam)

« Détourner les yeux de ce qui nous dérange ne le fait pas disparaître pour autant, au contraire, il ne le fait que pourrir davantage dans son coin »

3.Nulle, nullissime en cuisine ! (Alexandra Lapierre)

« Je te propose une chose… Je range le studio et je dresse une jolie table : cela, je maîtrise. Je cuis les  pâtes et réchauffe la sauce tomate : de cela aussi, je suis capable… Nous le recevons. Nous lui offrons un verre. Puis, au moment de servir, je fais tomber le plat dans la cuisine en poussant des hurlements : cela surtout, je sais le faire ! Et ensuite, on l’emmène au restaurant… »

  1. Un petit morceau de pain (Agnès Ledig)

« Et c’est lui qui a tartiné une bonne couche de générosité sur mon cœur à moi »

« Depuis, il m’arrive souvent de repenser à cette première rencontre quand, dans la vie, j’ai quelque chose qu’un autre n’a pas et que je réfléchis à la façon dont je pourrais partager pour qu’il arrête de pleurer, au propre ou au figuré. »

  1. Mange le dessert d’abord (Gilles Legardinier)

« […] La solitude n’est pas forcément une malédiction, parce qu’elle constitue le meilleur premier pas vers la découverte »

« Chacun de nous sait que même les mets les plus fins ont moins de saveur si on les déguste seul »

« On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Ne perds pas de temps. Si c’est ce que tu préfères, mange le dessert d’abord. »

  1. Une initiative (Pierre Lemaître)

« C’est quand on croit que tout est perdu que s’ouvre parfois la seule porte par où on peut passer »

  1. Dissemblance (Marc Levy)

« – A quoi réfléchis-tu ? – A mon père. Moi aussi j’ai une – A quoi réfléchis-tu ?

– A mon père. Moi aussi j’ai une absence ; je n’arrive pas à me souvenir de son visage. Ce matin encore, à mon réveil, ses traits étaient encore présent, mais depuis ta satanée histoire avec ta mère, je pense à lui et je n’arrive plus à me représenter ses yeux, est-ce qu’ils étaient bleus ou marrons ? Merde alors, on ne peut quand même pas oublier la couleur des yeux de son propre père ;absence ; je n’arrive pas à me souvenir de son visage. Ce matin encore, à mon réveil, ses traits étaient encore présent, mais depuis ta satanée histoire avec ta mère, je pense à lui et je n’arrive plus à me représenter ses yeux, est-ce qu’ils étaient bleus ou marrons ? Merde alors, on ne peut quand même pas oublier la couleur des yeux de son propre père ; »

« Chez nous, on dit qu’apprendre le prénom de quelqu’un c’est le connaître un peu, et il est plus difficile de tirer sur quelqu’un que l’on connaît un peu, c’est pas idiot comme raisonnement. »

  1. Fantôme (Guillaume Musso)
  2. Jules et Jim (Jean-Marie Périer)

« Il n’est jamais aisé de recevoir ses amis lorsque, de tous, on est le plus riche. Il ne faut pas les éclabousser de l’abondance du parvenu tout en s’offrant le plaisir d’afficher une certaine décontraction »

« Ce n’était donc ni une femme ni le hasard qui les avaient séparés. Simplement, l’un s’était fixé une ambition, l’autre n’en avait jamais eu »

  1. Le Parfait (Tatiana de Rosnay)

« Ce repas, ce fichu repas, ce satané repas, les invités se douteront ils un instant du calvaire que cela a été pour Monique de choisir, de commander, de s’assurer que le menu convenait à tout le monde, à sa fille, son gendre, la belle-famille, et surtout à Mamie ? »

« … sa belle-mère est devenue une caricature d’elle-même, un tyran miniature aux allures de momie desséchée … »

« Et le regard aux reflets d’huitre balaie la robe grise avec remontrance »

  1. La Part de Reine (Eric-Emmanuel Schmitt)

« Si tu t’empoisonnes le présent avec un avenir qui n’existe pas, tu files un mauvais coton. »

12. Gabrielle (Franck Thilliez)

13. Langouste Blues (Bernard Werber)

… « chacun sait qu’un plat qui nécessite une sauce pour exister a forcément un déficit de goût. »