Poulain, Catherine «Le Grand Marin» (2016)

L’auteur : Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a été, au gré de ses voyages, employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux U.S.A., travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong-Kong, et a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman.

Prix:  Gens de Mer 2016 – Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs 2016 – Prix Nicolas Bouvier 2016 – Prix Joseph-Kessel 2016 – Prix Mac Orlan 2016 – Sélection Prix Goncourt du premier roman –

Résumé :

Une femme rêvait de partir.
De prendre le large.
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures…
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade.
Traîne dans les bars.
En attendant de rembarquer.
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

Mon avis et analyse :

Elle part Lili. Elle part au bout d’elle-même, pour s’asseoir les jambes pendantes au bout du monde. Elle nous entraine dans une sorte de récit initiatique, de passage à l’âge adulte en s’affrontant elle-même . C’est violent, riche, dense, violent, dur. Un roman qui a en toile de fond  la vie de l’auteur. Alors partons sur les traces de Lili pour découvrir le monde des extrêmes, de la violence des gens, des éléments, des conditions de travail. Affrontons nous à l’inhumain. Direction Kodiak, Alaska.

On largue les amarres, on quitte tout, on se défait de sa vie d’avant. Place au monde « physique », où il faut faire sa place en étant fort et utile. Faut s’accrocher… C’est ce que j’ai fait pour aller au bout de l’enfer, au bout du livre aussi.. Faut passer outre le froid, la douleur, la saleté, la poiscaille… Aller ! On se bourre la gueule et on avance…

Kodiak, c’est un monde à part… un monde où il faut faire son trou mais où l’estime est basée sur la valeur des individus ; homme, femme, jeune, vieux : finalement cela n’a aucune importance. L’important c’est d’y croire, de se battre, d’avancer, de résister, de vaincre, de relever ses propres défis.

Etre à terre, c’est l’enfer : on s’ennuie, on passe son temps dans les bars à se torcher, on attend de vivre… Et vivre, c’est partir pêcher, dans le froid : c’est affronter la peur, la violence, le monde sans sommeil… mais le monde qui bouge, le monde en mouvement.

Cela risque d’en étonner certains mais pour moi, Lili est une migrante d’un autre type.. Elle quitte un pays, une vie qui ne correspond pas à ses attentes pour aller chercher ce qui est pour elle sa vie rêvée à l’autre bout de la planète… Elle migre non vers l’argent mais vers ce qui est pour elle la liberté. Elle part vers une vie qui en vaut la peine à ses yeux. Vivre libre c’est son objectif et elle préfère la mort à une vie étriquée. Et pour elle vivre c’est se surpasser, vaincre les doutes, et une fois qu’on trouve sa raison de vivre, de se battre, il faut rien lâcher et aller au bout de soi, quelque soient les conditions d’apprentissage et la fin de l’aventure. Tout plutôt que de survivre et de végéter sans but et sans raison de vivre. Cela me fait penser à ces jeunes qui s’ennuient, partent faire « le djihad »,  à la poursuite d’un idéal, souhaitent vivre une vie exaltante, se surpasser, recherchent une reconnaissance de ceux qui les entourent, quitte à en baver et en mourir, pour se prouver quelque chose…

Et le grand marin dans tout ça ?  c’est un homme de 36 ans… et une rencontre. Un homme qui se loue de bateau en bateau, de saison de pêche en saison de pêche ; qui vit de cigarettes et de bitures… mais qui tout au fond de lui, voudrait bien avoir une maison et un fils. Ce que Lili ne peut pas imaginer. L’immobilité, la terre ferme, c’est la mort pour elle. Pour vivre, il faut bouger, sur des éléments en mouvement… et même si cet homme l’attire, la pèche s’obsède davantage.. Un roman d’amour ? Non : l’histoire de rencontres, de personnes qui se croisent de loin en loin, au détour des saisons de pêche… histoire d’amitié de personnes qui fuient, se fuient, se cherchent, se confrontent à elles-mêmes… Enfin si, une histoire d’amour entre Lili et le monde de la mer, des marins,  la pêche… et un rêve : aller au bout du bout du bout du monde… Une vie de tout ou rien… sans milieu…

Bon je me suis dépassée en allant jusqu’au bout ! Cela ne m’a pas fait rêver. Même si il y a de belles images, quand elle est seule, de quart, à regarder le ciel et la nature… et une écriture qui fait la part belle aux nuances, aux couleurs vives qui transpercent soudain un monde gris et sombre.. Faut dire que la course, l’effort physique… cela n’a jamais été mon truc…

Extraits :

Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska. Mais y arriver à quoi bon.

Et puis faut laisser personne te toucher, c’est ça, le respect.

Faut toujours s’arracher. Quand tu dois y aller, faut y aller…

Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie, t’as plus rien à toi.

Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu’on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui !

le vert c’est la couleur des arbres et de l’herbe, ça va attirer ton rafiot vers la terre.

Notre lassitude a disparu dans l’excitation de l’urgence.

J’foutais rien de ma vie. Un jour j’ai fait mon sac, j’ai dit salut à tout le monde, j’suis parti…

Je pense au chant des vagues, aux longs frissons de la houle, océan et ciel basculés. Ici tout est fixe.

Ils étaient dans la vraie vie. Et moi au port, en rade, dans ce rien quotidien ponctué de règles, le jour, la nuit, divisés. Le temps captif, les heures morcelées en un ordre fixe.

L’important c’est de tenir bon, regarder, observer, de se souvenir, d’avoir de la jugeote. Ne jamais lâcher. Jamais te laisser démonter par les coups de gueule des hommes. Tu peux tout faire. L’oublie pas. N’abandonne jamais.

C’est comme ça que tu gagneras d’abord leur respect, et surtout le tien. Marcher le menton haut parce que tu sais que tu as vraiment tout donné de toi.

Qu’est-ce tu veux foutre à Point Barrow ?
– C’est le bout. Après y a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais bien y aller. M’asseoir au bout, tout en haut du monde. J’imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide… Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai. Je saurai bien que je ne peux pas aller plus loin parce que la Terre est finie.

Il fallait que je parte tu comprends, mon avenir était là devant moi, sans question, sans surprise ; comme l’horizon il était, plat et droit comme la grande prairie qui s’étendait de tous les côtés.

Que je donne mes forces jusqu’à mourir à la vie d’avant, ou à mourir tout court, que l’usure et l’exténuement me polissent jusqu’au cristal, ne laissant que la mer en moi, sous moi, autour de moi,

J’ai arrêté de boire. J’vais pas retomber dans cette merde sous prétexte que je me fais chier.

Peut-être aussi que je voulais aller me battre pour quelque chose de puissant et beau, je continue en suivant des yeux l’oiseau. Risquer de perdre la vie mais au moins la trouver avant… Et puis je rêvais d’aller au bout du monde, trouver sa limite, là où ça s’arrête.
– Et après ?
– Après quand je suis au bout, je saute.
– Et après ?
– Après je m’envole.
– Tu t’envoles jamais, tu meurs.
– Je meurs ?

En dessous, l’eau sombre a une densité redoutable. Elle se meut lentement, va et vient en ondulations régulières comme si elle respirait, le souffle immense venu du ventre de la mer.

– T’as pas vraiment de chez-toi alors ?

Il a ri, sans joie cette fois, avec indifférence.
– Non. J’ai le bateau quand j’embarque. Le motel, des fois, quand je suis à terre. Les bars. Tu crois pas que c’est assez ?

– Je veux plus être sur terre. Je crois que j’aime mieux me noyer.

« Pour dormir, il m’a toujours fallu être épuisé, de tout, toujours. D’alcool, de sexe, ou de travail. »

Moi je veux pas d’une maison, je veux plus, moi, j’veux vivre ! J’veux partir et aller pêcher comme vous. J’attends pas moi. Non j’attends pas. Moi je cours.

Vous êtes comme tous ces soldats qui partent affronter le combat, comme si votre vie ne vous suffisait plus… s’il fallait trouver une raison de mourir. Ou comme s’il vous fallait expier quelque chose.

Ce qu’ils ont retrouvé ici, en pêchant, le désir de vivre, brutal, le vrai combat avec la nature vraie…

Tout est dans la course Lili. Les étoiles aussi, la nuit et le jour, la lumière, tout court et nous on fait pareil. Autrement on est morts.

Ses yeux avaient les mêmes reflets que les eaux gris ardoise du port.

Mais quoi faire avec cette rage, cette chose furieuse que j’ai à l’intérieur ? Comment faire vraiment pour la calmer autrement qu’en l’écrasant ? L’épuisement. Tout est bon pour. Plus c’est violent meilleur c’est.

Il pleut pendant trois jours et c’est l’automne – the fall, ils disent. La chute de quoi ? Des feuilles, de la lumière… La nôtre ? Le soleil de l’été a brûlé nos ailes et nous retombons comme Icare.

– Je veux me battre, je continue dans un souffle, j’veux aller voir la mort en face. Et revenir peut-être. Si je suis capable.

Résister. Lutter pour notre vie dans des éléments qui nous dépasseront toujours, qui seront toujours les plus forts. Le challenge, aller au bout, mourir ou survivre.

On oscille sans cesse entre la lumière et l’obscurité. Toujours les deux courent et se poursuivent, toujours l’une veut gagner sur l’autre, et l’on bascule du soleil de minuit à la grande nuit d’hiver.

Goetz, Adrien «À bas la nuit !» (2006)

Résumé : Qui est Maher ? L’homme dont tout le monde parle, sur qui chacun a un avis, dont tous prétendent connaître les secrets ? Comment un jeune homme d’origine tunisienne, né dans un quartier de La Plaine-Saint-Denis, se retrouve-t-il au premier plan du monde de l’art, des grands collectionneurs et des marchands parisiens ? Les ragots vont bon train. Une bien curieuse réussite ! Un beur ! Comment a-t-il pu hériter la collection de Laura Bagenfeld, la riche excentrique amie de Peggy Guggenheim et Clara Haskil ? Et prendre son nom ? Un couple de conservateurs de musée le rencontre lors d’une fête à Florence. Sous leurs yeux, la petite amie de Maher, Jeanne, est enlevée. La rançon : sept tableaux de la collection Bagenfeld, que rien ne lie en apparence les uns aux autres. Le couple se retrouve entraîné de la Suisse à l’Italie, en passant par une île mystérieuse au cœur du Pacifique et les caves d’une cité de la Seine-Saint-Denis, dans une traque où la personnalité de Maher est au centre de l’intrigue. Rejeté par le monde des collectionneurs, paria dans sa cité, seul au monde, il émerveille et fascine, magnifique et pitoyable Gatsby des temps modernes. Dans ce roman dont le narrateur est le couple de conservateurs, écrit à la première personne du pluriel, les œuvres d’art sont ainsi des personnages : Ucello, Watteau ou Caravage accompagnent comme des ombres le destin mystérieux de Maher

Mon avis : Si il y avait un petit bémol : parfois un peu trop érudit au risque de perdre l’action au profit de l’art ; sinon je ne boude pas mon plaisir. J’ai beaucoup aimé les personnages, l’analyse de l’ascenseur social et du malaise qu’il peut engendrer. La perte des repères, la peur de l’autre, la solitude de la différence et de l’argent. Alors oui, il y a une intrigue policière, mais elle est annexe. Et je trouve aussi qu’il y a de l’humour dans les descriptions, des réflexions justes sur la vie.. J’ai beaucoup aimé – comme toujours –  la promenade artistique offerte par Adrien Goetz , auteur que j’ai découvert grâce à Pénélope ( voir article)

Extraits :

Elle hochait la tête comme un grand dinosaure érudit et myope.

Le brouhaha, autour de nous, formait des vagues au centre desquelles ce piano laqué semblait une île.

« Le berceau de la famille », disait-il, avec le sourire de celui qui n’y avait pas été bercé.

Ceux qui connaissent l’art sont des espèces de clochards à côté de ceux qui possèdent les œuvres.

Il n’oublie rien de ce qu’il a vu ; à trop haute dose, c’est une maladie vous savez, les psychiatres appellent cela l’hypermnésie.

Plus savant qu’eux, largement plus riche, brillant et beau, il ressemblait à ce qu’ils auraient voulu être, lui, un inconnu, un paria, un métis. Le savoir mêlé à une affaire de truands ne pouvait que les réjouir, les inciter à achever la bête : la dernière estocade. Le salir. Le dénoncer dans les dîners. L’insulter en face. Le dézinguer. Ne pas se priver. Le petit beur sur un plat d’argent. Bon appétit, messieurs.

enfant de nulle part, dont la peinture était la seule terre natale, cherchait sans cesse à se réfugier dans ses paysages.

Je collectionne les instants, les lieux. C’est une collection imaginaire qu’on ne me volera pas.

…notre peur de la nuit : une hantise que je ressens, même ce soir, devant l’effacement du jour. Nous n’avons peur ni de l’avenir, ni du lendemain, ni de l’aurore, ni de faire la sieste ou la grasse matinée : nous avons peur de la nuit noire. Pour nous, il ne devrait y avoir ni lune, ni saisons, ni années. L’âge venant ne nous surprendra pas. Nous vivons au jour le jour et laissons la nuit à la nuit. »

Paris connaissait une de ces journées d’inondation qui font sortir les photographes de leurs coquilles.

Nous y logions depuis deux mois, peut-être ne l’habitions-nous pas encore.

« Le hasard » – il n’insistait pas – avait fait que, très tôt, il avait cherché dans la peinture la part de merveilleux dont il avait besoin. Des représentations de forêts, d’océans, de montagnes, de villes semblaient faites, pour ses yeux d’enfant qui n’avait rien vu d’autre, avec les morceaux d’un monde irréel.

J’aurais gardé des souvenirs, que j’aurais partagés avec elle. Nous aurions pu vivre n’importe où, de n’importe quoi, loin. J’ai voulu continuer mes savantes comparaisons hors du temps. Poursuivre mon travail au lieu de poursuivre le bonheur.

au moment où je me sentais devenir adulte, tu m’as aidé à ne pas trop grandir

Les pires souvenirs se bonifient à l’usage

je vivais dans l’illusion que toutes les formes de bonheur iraient s’additionnant. Je ne soupçonnais pas qu’elles allaient se détruire.

Je rêve parfois en tableaux, comme certains rêvent dans d’autres langues. Je vois d’abord des couleurs, puis des détails ; mon œil bouge, grossit, rapetisse ; mon œil chemine, déforme les visages. Parfois, au lever, je ne me souviens pas. Je ne retrouve plus les peintures rêvées.

Que va-t-il devenir ? Maintenant ? Seul notre ennemi héréditaire, l’avenir, nous l’apprendra ! »

Je préférais ne rien lui dire, pour ne pas donner vie, par des paroles, à tout ce qui en moi désirait être mort.

Malgré l’obscurité de ses origines, pour eux qui avaient l’air d’émerger de la nuit des temps, le « futur » de leur fille allait être « un jeune homme qui aime le passé », ce qui, à tout prendre, leur allait mieux qu’un garçon « plein d’avenir ».

Ces constructions n’ont pas pris la patine d’un immeuble d’il y a cinquante ans, elles ont pris la crasse, se sont cassées et on les démolira.

Aucun des parents ici ne parlait français, mais tous les enfants voulaient s’en sortir : la drogue, le sport, les trafics, les braquages, c’est aussi le moyen de parvenir, les études ne sont qu’un cas particulier.

En classe, quand j’ai été, par hasard, le meilleur, ce fut pire. Les « Français » de l’école ne me le pardonnaient pas, les « Tunisiens », les « Algériens », les « Marocains », me voyaient comme un traître.

C’était l’époque, vers dix ans, où j’ai lu mille choses, bien au-dessus de mon âge, pour fuir. Ce qui me consolait le plus, c’étaient les livres qui parlaient de peinture. Je les dévorais à la bibliothèque du collège, je les relisais, j’observais la même page pendant des heures. J’étais si seul. Un autre univers, d’autres formes, des images d’un pays où je me sentais bien.

Ils vivaient dans le même monde intérieur, le royaume des images peintes. Ils s’étaient rencontrés.

Une sculpture de Maillol décidée à régler son compte à un Giacometti.

 

Van Cauwelaert, Didier «Jules» (2015)

Résumé : « À trente ans, Alice recouvre la vue. Pour Jules, son chien guide, c’est une catastrophe. Et en plus on les sépare. Alors, il se raccroche à moi. En moins de vingt-quatre heures, ce labrador en déroute me fait perdre mon emploi, mon logement, tous mes repères. Il ne me reste plus qu’une obsession – la sienne : retrouver la jeune femme qui nous a brisé le cœur. »

Entre une miraculée de la chirurgie et un vendeur de macarons, une histoire de renaissance mutuelle et de passion volcanique orchestrée, avec l’énergie du désespoir, par le plus roublard des chiens d’aveugle.

il y a une suite si jamais : Van Cauwelaert, Didier « Le Retour de Jules » (2017)

Mon avis : Il n’y a pas à dire .. c’est un auteur que j’adore ! Une fois de plus, je suis sous le charme.. Magnifique ! Plein de tendresse ! Un roman sur l’amour, l’amitié, la reconstruction. Un livre aussi sur l’importance de l’amour que nous portent les animaux. Le personnage principal ? Un chien d’aveugle. Les chantiers de reconstructions ouverts : une vie qu’un viol a chamboulée, la renaissance après une opération, la remontée dans l’estime de soi après avoir été démoli par la cupidité. L’influence de l’argent (petit clin d’œil : Trouville, Ladurée, Louboutin , de l’appartenance sociale(le monde diplomatique, les intellectuels, les personnes qui ont des relations) , de l’apparence physique ( beau ou pas, arabe ou pas, jeune ou pas,)…Un livre tout en délicatesse qui fait la part belle aux solitaires- solidaires, à l’instinct, à la fidélité, à la confiance.. Il faut croire en soi et en les autres, avoir un but, ne pas se laisser rabaisser, être soi-même… et surtout dans la vie, il faut se sentir utile, important pour autrui pour se sentir bien dans sa peau…

Un livre qui fait du bien, plein de sourires, d’éclats de rire, mais aussi de vérités… Et hop .. dans les coups de cœur…

Extraits :

Hauts talons canari, minishort rouge et top turquoise, elle ne risquait pas de se faire écraser par temps de brume.

j’ai une conception trop haute de l’amour pour y mêler notaires ou avocats. Je préfère garder les bons souvenirs en évacuant le reste. Ce que ma mère appelle « se faire piétiner » – alors que, justement, je survole.

Trois titres universitaires en arts martiaux m’ont donné un ascendant naturel que j’évite généralement d’exercer, parce que j’y prends un plaisir malsain qui me reste ensuite sur l’estomac pendant trois jours. Sauf dans les cas d’urgence, il est tellement plus gratifiant d’abandonner à son adversaire l’illusion de la victoire tout en sachant combien il serait facile de l’écraser.

Il doit être sexy comme une pâte à tarte, mais bon.

Dans l’immédiat, ça me fout le cerveau en jacuzzi et j’ai l’impression d’être expulsée de mon crâne par la montée des eaux.

Dans la réalité, j’ai lu poliment la Bible et le Coran, mais je préférais Jules Verne et Alexandre Dumas

A défaut de me reconnaître, je me redécouvrais.

Je veux vivre, c’est tout. Arrêter de compenser, de recréer, de me faire avoir par les apparences – les pires : celles que j’ai projetées.

Uniformisés, formatés, aseptisés par le politiquement correct, la sinistrose chronique, la dictature du bio, la mauvaise conscience et le nombrilisme actif. Ce « développement personnel » dont les médias leur bourrent le crâne, et qui n’est qu’un élevage en batterie.

Bien sûr, je t’aime toujours. Mais autrement. Avec un « bien sûr », et un « toujours » qui signifie « encore ».

Mon chien me manque. Terriblement. Lui seul savait anticiper mes détresses, désamorcer mes coups de blues, amplifier mes joies, les faire siennes…

C’est fou comme je ressemble à ce chien. Diffamé, désaffecté, abandonné, indésirable. Et pourtant prêt à repartir comme avant, à décrocher la lune dès qu’on m’en croit capable.

Voilà que, feuille après feuille, je m’autorise à revisiter le passé, à le remettre en forme, moi qui ne vivais qu’à l’indicatif présent et au futur simple. Je revois ma vie d’avant le noir, je renoue le fil, je mesure le changement. J’essaie de fixer les émotions. D’exprimer l’essentiel.

Un seul grand principe : c’est notre désir de communiquer qui crée la liaison mentale. Les animaux n’attendent que ça, et le captent aussitôt. Leur grand problème, voyez-vous, c’est leur difficulté à se faire entendre.

Ce sont nos rêves impossibles qui gouvernent nos vies, vous ne croyez pas ?

La reconnaissance et l’ingratitude s’affrontent en moi. La stabilité que je lui dois et l’envie de prendre le large. Elle n’est pas ma bouée, non. Elle est mon ancre.

Tout a un sens, pour peu qu’on ait un but. Le hasard sourit aux gens préparés, comme dit le proverbe arabe.

Le dîner s’alourdit comme un entracte qui n’en finit plus.

Je ne sais pas où on va. Mais quel bonheur d’y aller à l’aveuglette.

je ne supportais pas la violence que je percevais en lui. La violence pure, au service des grands idéaux et des grands mythes. La pire, peut-être. Celle qui veut notre bien et contre laquelle on ne gagne jamais.

 

En couverture : ma chienne, une labrador ( pas golden 😉 mais labrador quand même..

Hinkson, Jake «L’Homme posthume» (03/2016)

Résumé : Les choses ont vraiment mal tourné quand Elliott s’est suicidé. Ou plutôt quand il a raté son suicide. Car après être resté mort pendant trois minutes, le voici ramené à la vie. Et il y a cette jeune infirmière un peu étrange qui prend soin de lui. Il n’a toujours rien à perdre alors pourquoi ne pas faire un bout de chemin avec elle. Mais une fille comme ça ne voyage jamais seule, alors Elliott devra composer avec des jumeaux débiles. Et Stan the Man.

Dans la presse :

L’Homme posthume a les belles couleurs noir et blanc d’un film d’horreur des années 30 et tient du rêve, ou plutôt du cauchemar éveillé. Alain Léauthier, (Marianne)

Un roman noir intense qui commence en nous faisant rire et peu à peu nous asphyxie, façon étrangleur ottoman. Arnaud Gonzague, (L’OBS)

Chaque once de L’Homme posthume est tout aussi incroyable que son sensationnel premier roman, L’Enfer de Church Street. (Scott Phillips)

 

Mon avis : Ben évidemment… quand je vois Stan the Man… je fonce ! et comme les éditions Gallmeister sont pour moi gage de qualité… Ben j’ai pas été déçue ! Comme dans les matchs en 5 sets… suspense jusqu’au bout… Attaque en douceur… moyennement sûr de ce qu’on propose, on monte en intensité et on finit par faire des coups totalement hallucinants ! Composer avec le jeu de l’adversaire… écarter les pièges, faire face aux retournements de situation, tenter des choses, improviser, renverser le cours de l’affrontement… Bien difficile de savoir avant la dernière page qui va sortir vivant de cette histoire… J’ai été tout d’abord amusée et intriguée, puis plus amusée du tout.. prise par l’action, l’angoisse, l’ambiance glauque… Alors rédemption ou pas à la fin ? ce qui est sûr c’est que je vais enchainer très rapidement sur son premier livre ( paru en 2015: « L’enfer de Church Street » a reçu le prix mystère de la critique – Meilleur roman étranger)

Merci à « Loup » de me l’avoir conseillé 😉

Extraits :

— C’était le meilleur moment de la journée, dis-je. Bon, la journée a été profondément merdique, mais quand même…

De toute manière, l’humidité estivale collait à tout : à moi, à elle, aux arbres épuisés, aux pelouses et aux trottoirs moites.

— Tu sais parler, non, mon garçon ? On a déjà un muet dans la bande.
— Je parle.
— Alors, vas-y.

Sa voix nasillarde avait une drôle de tonalité changeante, qui passait du tranchant au sirupeux en une seconde.

Je ne sais pas ce que j’attendais de sa part, à cet instant-là, mais elle ne me donna rien.

Il lui rendit son arme.
Elle la reprit.
— Fais attention avec ça, dit-il. C’est pas les armes qui tuent les gens, ce sont les gens.

Ma vie passée me paraissait tellement lointaine à ce moment-là qu’elle aurait aussi bien pu être celle de quelqu’un d’autre.

En réalité, le problème de la cupidité est qu’elle propose un remède matériel à un besoin spirituel, comme si on donnait de l’eau salée à un homme assoiffé.

Commettre un crime, avais-je découvert, n’était pas si effrayant. Essayer de ne pas se faire prendre, par contre, était terrifiant.

Stan the Man était sans pitié, mais il était humain. Il ressentait quelque chose, à l’intérieur. Un signal quelconque provenant de sa conscience remontait dans ses circuits et le dérangeait.

On aurait dit un souvenir d’enfance, ou pire, un de ces vagues souvenirs qui pourraient être constitués à parts égales de mémoire et d’imagination.

Personne ne connaît personne. On ne fait que deviner.

Bennett, Alan «La Reine des lectrices» (2009)

Résumé : Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture? Si, tout d’un coup, plus rien n’arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu’elle en vienne à négliger ses engagements royaux?

C’est à cette drôle de fictions que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d’autres défilent sous l’œil implacable d’Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s’inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d’aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l’implacable protocole de la maison Windsor.

C’est en maître de l’humour décalé qu’Alan Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.

Mon avis : Un petit livre ( tout petit 120 pages) très sympa bourré d’humour et qui est moins anodin qu’il n’y parait… C’est fou ce que le temps octroyé à la lecture peut mettre la pagaille dans l’organisation… Quand les livres prennent le pas sur le protocole, quand on commence à poser des questions sur des livres/auteurs à des gens qui ne lisent pas.. Et en plus, la Reine semble par le biais de la lecture se rapprocher des gens… Est-elle malade ? Est-ce de la sénilité ? Quel remède à la lecture ? Il convient de faire le vide, d’éloigner cette menace, de faire disparaitre les livres.. Et en plus.. elle envisage l’écriture.. et pas simplement ses mémoires « people »… Alerte maximale ! et en même temps petit manuel explication à l’usage de ceux qui ne comprennent pas que l’on puisse devenir «  livre-addict ».. Et rien que d’imaginer la tête de Sarkozy quand la Reine lui pose une question sur Jean Genet… j’explose de rire !

Merci à toi , You, de me l’avoir recommandé. J’ai passé un excellent moment! Petit livre à glisser dans la valise pour les vacances…

Extraits :

Il lui arrivait de lire, bien sûr, comme tout le monde, mais l’amour des livres était un passe-temps qu’elle laissait volontiers aux autres. Il s’agissait d’un hobby et la nature même de sa fonction excluait qu’elle eût des hobbies – qu’il s’agisse du jogging, de la culture des roses, des échecs, de l’escalade en montagne, de la décoration des gâteaux ou des modèles réduits d’avions.

Tout hobby implique une préférence ; et les préférences devaient être évitées, car elles excluent trop de gens.

Sa charge impliquait qu’elle manifeste de l’intérêt envers un certain nombre d’activités, non qu’elle s’y intéresse pour de bon. De surcroît, lire n’était pas agir. Et elle était une femme d’action.

Une fois que je commence un livre, je le termine. C’est ainsi qu’on était élevé jadis : qu’il s’agisse des livres, des tartines beurrées ou de la purée de pommes de terre, il fallait toujours finir ce qu’il y avait dans son assiette. Ma philosophie n’a jamais varié sur ce point.

Elle découvrait également que chaque livre l’entraînait vers d’autres livres, que les portes ne cessaient de s’ouvrir, quels que soient les chemins empruntés, et que les journées n’étaient pas assez longues pour lire autant qu’elle l’aurait voulu.

Les livres sont tout sauf un passe-temps. Ils sont là pour vous parler d’autres vies, d’autres mondes

Elle en tira la conclusion qu’il valait mieux rencontrer les auteurs dans les pages de leurs livres, puisqu’ils vivaient sans doute autant dans l’imagination de leurs lecteurs que leurs personnages.

Après tout (comme elle le nota dans un carnet), les romans ne sont pas nécessairement conçus pour suivre le plus court chemin, d’un point à un autre. »

la maladie d’Alzheimer est ordinaire, mais la reine n’est pas quelqu’un d’ordinaire, donc la reine ne peut pas avoir la maladie d’Alzheimer.

Lorsqu’on a quatre-vingts ans, les événements ne se produisent plus : ils se reproduisent.

 

 

Larsson, Björn – Le cercle celtique (1995)

(1995 – Nouvelle édition 2014)

Auteur suédois mais la destination est l’Ecosse – le thème du livre c’est « découvrir surtout le secret du Cercle celtique, avec ses mystérieux rites ».

Résumé : Un voilier vogue au large de l’Écosse. Bravant les rigueurs de la mer du Nord en plein hiver, ses deux passagers se dirigent vers des périls sans nom. Car plus effrayants que la nature déchaînée sont les dangers dont les hommes les menacent.

Poursuivis sur les mers par des inconnus, volés, espionnés, ils n’en sont pas moins déterminés à découvrir la clef de la malédiction qui pèse sur MacDuff et Mary, amoureux en fuite. À découvrir surtout le secret du Cercle celtique, avec ses mystérieux rites meurtriers.

De pays en pays, de tempête en bourrasque, de surprise en révélation, les deux aventuriers de la mer vont accomplir un étonnant voyage et mettre au jour quelques sinistres vérités…

Mon avis : Alors c’est un roman d’aventure maritime hivernal. C’est principalement une découverte à la voile de cette partie du globe. Un roman aussi d’amitié et d’amour, fondé sur les sentiments qui se tissent entre les personnages. Les personnages principaux ? L’Ecosse, la mer du Nord, le voilier.. et comme il faut un contexte, c’est le cercle celtique qui insuffle de la tension et de la crainte et gonfle les voiles… Bien aimé ce roman qui est un suspense très différent des livres que je lis d’habitude. Une ode aux navigateurs et un hommage aux iles désertique de l’Ecosse… Je vous souhaite une belle navigation ( si vous n’aimez pas la mer et l’Ecosse, n’embarquez pas 😉 )

 

Extraits :

Je n’arrivais jamais à destination, je ne faisais que des aller et retour.

D’après les pêcheurs, il faut attendre le 15 février pour savoir si l’hiver sera sans glace.

Le temps instable a toujours influencé mon état d’esprit, de sorte que je m’attends à tout et à n’importe quoi.

Plus tard, j’ai appris que la grande importance attribuée au patronyme en Écosse et en Irlande était un héritage millénaire des Celtes. Pour eux, ne pas avoir de nom revenait à la mort. Et oublier le nom d’une personne, c’était la tuer.

Il est toujours possible de s’approcher de la limite, la toucher, obliquer et la suivre pour enfin la dépasser à l’endroit où elle se termine.

Je n’ai jamais rencontré un être ayant une telle soif de savoir, mais qui ne ressentait pas pour autant le désir de voir ses connaissances certifiées ou mises en pratique. Des mots comme carrière, ambition, prestige, perspectives d’avenir ou honneur lui étaient totalement étrangers.

Son esprit se concentrait totalement sur la personne avec laquelle il parlait, de sorte qu’on ressentait le fait de s’entretenir avec lui comme un privilège.

À mes yeux, fixer à l’avance le moment du départ a toujours été un signe caractéristique de mauvaises prévisions. L’important n’est pas de décider l’époque, même pas de voyager. Ce qui est important, c’est qu’on puisse voyager lorsque le moment est venu.

Il n’est jamais possible de dire quand l’obscurité disparaît pour laisser place à la lumière. On se doute tout à coup, plus qu’on ne voit, de la présence d’un ton gris dans la nuit, ou dans ce qui, l’instant d’avant, avait été la nuit.

La nuit est un cocon douillet, l’aube, un no man’s land sans ciel ni terre.

les druides, qui étaient tout à la fois prêtres, juges, bibliothécaires et enseignants des Celtes, avaient une grande influence sur le bonheur et le malheur de leur peuple.

Beaucoup prétendent que les Celtes croyaient que ce qui était écrit mourait. Et d’une certaine manière ils avaient raison. Si toutes les connaissances doivent entrer dans la mémoire de l’homme et être transmises oralement, elles doivent être maintenues en vie.

Un port sans bateaux me fait toujours penser à un cimetière, et je n’ai jamais aimé les cimetières.

il n’y avait pas de différence fondamentale entre la fiction et la réalité, et s’il y avait quelque chose de réel, c’était la fiction et les mots.

Mais dans mon moi subconscient, ces petits mots À moins que agissaient de façon insidieuse.

il y avait deux stades dans le mal de mer : le premier, quand on croit qu’on va mourir ; le second, quand on commence à craindre de ne pas mourir.

Je suis sûr que nous éprouvions tous deux la même chose, et que pour cette raison, juste à ce moment-là, nous rompions la solitude qui trop souvent est la seule chose qui unit les hommes.

Ne jamais vivre aux dépens des autres était pratiquement le seul principe moral important auquel j’essayais de me conformer.

Il faut protéger une vie que l’on reçoit en cadeau une deuxième fois. Combien ont cette chance ?

D’après les sagas irlandaises, il y avait un rocher, Lia Fâl, que chaque roi d’Irlande devait gravir pour que son pouvoir soit reconnu. Il paraît que ce rocher a été apporté en Irlande par la famille de la déesse Dana. Les Irlandais emportèrent avec eux Lia Fâl lorsqu’ils émigrèrent en Écosse.

les mots étaient ciselés avec un ciseau à froid très coupant et semblaient les rendre étrangers l’un à l’autre.

Nous en fûmes réduits à jouer le rôle de spectateurs dans un théâtre où les acteurs auraient oublié qu’ils étaient face à un public.

C’était apprendre à vivre dans une perpétuelle mobilité, à ne rien considérer comme acquis, à s’entraîner constamment à toujours plus d’humilité et de respect envers ce qu’on ne maîtrise pas, et à profiter pleinement de chaque instant. C’est en mer que l’on saisissait les vraies dimensions et la juste valeur de l’être humain.

Je vous recommande de commencer avec du Glen Morangie. Il est doux et rond, c’est pour cela qu’il faut le boire en premier.

c’était comme marcher sur la glace au printemps ou dans des marécages. Soudain, il y avait un trou et on commençait à s’enfoncer dans des sables mouvants alors qu’on cherchait fébrilement quelque chose à quoi se raccrocher.

Je mis beaucoup de temps à me rendormir. Lorsque je me réveillai, l’instant avant que le réveil ne sonnât, il me sembla que je venais seulement de m’endormir. J’avais fait des rêves désagréables, mais seul un malaise restait gravé dans ma mémoire.

Je fais partie de ces gens qui ne s’attendent à rien et qui évitent de prendre quoi que ce soit pour acquis, que ce soit noir ou blanc. Un optimiste n’est jamais totalement agréablement surpris. Un pessimiste a déjà tellement anticipé ses malheurs futurs que la joie suffit à peine à regagner le terrain perdu, si son pessimisme se révèle infondé.

Mais un souvenir est toujours moins réel que la réalité elle-même, pour autant que l’on n’a pas définitivement sombré dans la folie.

Garrido, Antonio « La Scribe » (2009)

Auteur : Il fait des études d’ingénieur industriel à l’université polytechnique de Las Palmas. Il est ensuite professeur à l’Université CEU Cardinal Herrera de Valence, puis à l’Université polytechnique de Valence. Il vit à Valence.

Il amorce sa carrière littéraire en 2008 avec le roman policier historique La Scribe (La escriba), dont l’action se déroule dans la Franconie, en l’an 799, à la veille du sacre de Charlemagne. Theresa, la fille d’un scribe byzantin, se réfugie dans l’abbaye de Fulda et devient la scribe du moine Alcuin d’York, grâce auquel elle participe à des enquêtes sur des morts suspectes. L’ouvrage devient un best-seller traduit dans une douzaine de langues. Le Lecteur de cadavres (El Lector de Cadáveres), paru en 2011, est un second roman policier historique, dont le héros, inspiré d’un personnage réel de la Chine impériale du XIIIe siècle, a le don d’expliquer les causes d’un décès grâce à un examen minutieux des corps. Le dernier paradis est son troisième roman.

Résumé : Un thriller médiéval à mi-chemin entre Le Nom de la rose et Les Piliers de la terre, best-seller en Espagne.

Et si une jeune scribe tenait entre ses mains le destin de l’Occident ?

Franconie, an 799, à la veille du sacre de Charlemagne. Fille d’un célèbre scribe byzantin, Theresa est apprentie parcheminière. Contrairement aux jeunes femmes de son âge dont le rêve est de fonder une famille, elle n’aspire qu’à une chose : vivre parmi les livres. Mais un drame l’oblige à quitter sa ville et à se réfugier dans la cité abbatiale de Fulda. Là, elle devient la scribe du moine Alcuin d’York, véritable Sherlock Holmes en robe de bure. Alors que Theresa l’assiste dans ses enquêtes, elle découvre qu’à son insu elle a emporté dans sa fuite un précieux parchemin qui pourrait bien sceller l’avenir de la chrétienté…

A travers les aventures de Theresa, jeune femme hors norme et attachante, La Scribe évoque une page décisive du christianisme au Moyen Age. Coups de théâtre, érudition et étonnants personnages fictifs ou réels sont les ingrédients de ce roman historique au rythme trépidant.

 

Mon avis : Nous voici au VIIIème siècle . J’avais adoré « les piliers de la terre », les romans de Ildefonso Falcones (La Cathédrale de la mer ( la suite est annoncée pour l’été 2016) – Les révoltés de Cordoue La Reine aux pieds nus)  , de Tim Willocks (La religionLes douze enfants de Paris)  . J’avais aussi beaucoup aimé « Le lecteur de cadavres» (2014) de Garrido qui se passait en Chine médiévale. Dans la lignée, j’ai dévoré « la scribe ». J’aime ces romans historiques, qui me permettent de voyager à une autre époque, de vivre des aventures, de découvrir des pans d’histoire que je connais mal. Pour ce qui est du livre « Le nom de la rose », c’est un des rares livres que je n’ai jamais réussi à lire… je lis quelques pages et je bloque… et même le film ne m’a pas tenue en haleine… Pourtant j’apprécie l’auteur..

Dans « la scribe » j’aime aussi – je suis incorrigible – l’histoire d’amour, les personnages sont attachants., et aussi l’intrigue, le polar historique … Et comme j’aime les livres et la calligraphie… évidemment la naissance de la « Caroline » me plait bien… Rendez-vous prochainement pour commenter le 3ème livre de l’auteur..

 

Un peu d’histoire : Alcuin, l’un des personnages principaux de La Scribe, a réellement existé et a joué un rôle prépondérant dans l’élaboration de l’écriture caroline. C’est d’ailleurs ce que découvre Theresa dans un codex dont les lettres sont « plus petites et plus faciles à déchiffrer que d’habitude ». Savant et religieux anglais né à York vers 735, Alcuin fut l’un des plus proches conseillers de Charlemagne, qui le plaça à la tête de l’école palatine d’Aix-la-Chapelle, future capitale de l’empire, en 782. En 796, il fut nommé abbé du monastère bénédictin de Saint-Martin de Tours, où il fonda un scriptorium, c’est-à-dire un atelier où les moines réalisaient des copies de manuscrits. La réputation de ce scriptorium s’étendit à tout l’empire carolingien. Théologien, exégète, hagiographe et poète, Alcuin fut un acteur majeur de la renaissance carolingienne. (Source : Site Presses de la Cité)

Calligraphie : la « Caroline » : http://college.belrem.free.fr/idd/carol/carol.htm

Extraits :

Peu après, un vortex de nuages boucha le firmament, puis vomit brutalement des trombes d’eau qui éveillèrent l’effroi des paysans les plus aguerris, persuadés de voir survenir la fin du monde.

À vos yeux, l’existence est un banquet auquel vous avez été invités, une fête où vous pourrez savourer les liqueurs et les mets les plus raffinés.

Beaucoup imaginent qu’il n’y a qu’une seule sorte de mort, mais ils se trompent. La mort d’un enfant frappe aussi ses parents. C’est ainsi que par un tour ironique plus la vie est vide, plus elle paraît pesante.

Chaque mensonge en entraînait un autre, et à ce dernier succédait un nouveau, encore plus énorme.

Toutes les maladies tirent leur origine des quatre humeurs, le sang, la bile jaune, la bile noire et le flegme. Quand elles augmentent dans des proportions anormales, les maladies se déclarent. Le sang et la bile jaune provoquent les maux aigus, alors que le flegme et la bile noire sont à l’origine des maux chroniques.

« Médecine » vient de « mesure », de modération pour ainsi dire, le principe qui doit guider tous nos actes. Les Grecs furent les pères de cet art qu’Apollon initia et que son fils Esculape perpétua. Plus tard, Hippocrate reprit et améliora cet art. C’est à lui que nous devons de comprendre la guérison, en nous fondant sur le raisonnement, l’expérimentation et l’observation.

La lecture est un processus complexe, qui requiert des efforts et exige des capacités que tous ne possèdent pas. Pour extraordinaire que cela paraisse, il existe des copistes aptes à reproduire des lettres avec une maîtrise absolue, sans en comprendre la signification. Bien sûr, ceux-là sont incapables d’écrire sous la dictée. Donc, il y a ceux qui peuvent écrire, ou plus précisément transcrire, mais ne peuvent lire. Ceux qui, sachant moyennement lire, n’ont pas appris à écrire.

Ce qui me plaît vraiment, c’est lire ! Quand cela m’arrive, j’ai l’impression de voyager dans d’autres pays, d’apprendre d’autres langues, de vivre plusieurs vies. Je crois qu’il n’existe rien de comparable. Parfois, j’imagine que j’écris. Pas comme un scribe ou un copiste, mais pour exprimer mes propres pensées.

Alcuin acheta une douzaine de noix, expliquant à Theresa qu’en brûlant les coquilles et en mélangeant leurs cendres avec de l’huile il obtiendrait une encre de bonne qualité.

Quand on faisait un pâté sur un parchemin, il était possible de se rattraper en grattant l’endroit abîmé jusqu’à éliminer la tâche. En appliquant ce traitement à toute la peau, on obtenait un parchemin qui semblait neuf, prêt à être réutilisé. Toutefois, il était moins épais et plus clair. C’était ce que les scribes appelaient un palimpseste.

En général, à la tête d’un monastère ou d’une abbaye, on trouve un abbé. Lorsque celui-ci doit s’absenter, le prieur le remplace. S’il n’y a pas d’abbé, le monastère est dirigé par un prieur, et prend alors le nom de prieuré.

— Aux yeux de Dieu, les deux sexes sont égaux, mais évidemment pas aux yeux des hommes. Un homme produit biens et argent. Une femme engendre enfants et problèmes.

Le pape de Rome dirige le patriarcat d’Occident, auquel il convient d’ajouter les quatre patriarcats d’Orient : Constantinople, Antioche, Alexandrie et Jérusalem. Chacun exerce sa tutelle sur plusieurs royaumes et nations. Dans chaque territoire, le doyen des archevêques dirige l’archidiocèse principal, qu’on appelle aussi primauté, et relaie l’autorité du patriarche.

— Le comportement humain comprend autant de nuances que le temps qu’il fait. Parfois tiède et ensoleillé, il fournit de la chaleur et de bonnes récoltes. D’autres fois, il apporte le froid et la tempête.

Mais qu’est-ce que la politique, sinon l’appétit de pouvoir, l’envie qui a poussé Caïn à tuer son frère ?

de Kerangal, Maylis «Tangente vers l’est» (2012)

(Prix Landerneau 2012)

Contexte:  28 mai 2010, à Moscou, un petit groupe d’écrivains français (et deux photographes) montent à bord du Transsibérien, dans deux wagons de première classe fraîchement repeints aux couleurs de l’année France-Russie. Direction Vladivostok, à marche lente, au gré d’un programme de rencontres et de visites supposées promouvoir l’amitié franco-russe et les échanges littéraires entre les deux pays. Sylvie Germain, Mathias Enard et Olivier Rolin ont évoqué ce voyage sans en témoigner vraiment, dans des livres parus en 2011.

Aujourd’hui, près d’un siècle après la publication de ce poème mythique, ces auteurs représentatifs de la littérature française contemporaine, dont certains ont déjà écrit leurs textes sur ce voyage, accompliront le voyage imaginé par le poète: Patrick Deville, Géraldine Dunbar (Seule sur le Transsibérien- Transboréal- 2010), Jean Echenoz, Mathias Enard (L’alcool et la nostalgie- Inculte éditions, 2011), Dominique Fernandez (Transsibérien-Grasset, 2012), Sylvie Germain (Le monde sans vous- Albin Michel, 2011), Guy Goffette, Minh Tran Huy, Maylis de Kerangal (Tangente vers l’est- Verticales, 2012), Kris, Wilfried N’Sondé, Jean-Noël Pancrazi, Olivier Rolin (Sibérie – Inculte éditions, 2011), Danièle Sallenave (Sibir- Gallimard, 2012), et Eugène Savitskaya accompagnés des photographes Tadeusz Kluba et Ferrante Ferranti, se sont lancés dans l’aventure en traversant la Russie d’Ouest en Est.

Résumé : «Ceux-là viennent de Moscou et ne savent pas où ils vont. Ils sont nombreux, plus d’une centaine, des gars jeunes, blancs, pâles même, hâves et tondus, les bras veineux le regard qui piétine, le torse encagé dans un marcel kaki, allongés sur les couchettes, laissant pendre leur ennui résigné dans le vide, plus de quarante heures qu’ils sont là, à touche-touche, coincés dans la latence du train, les conscrits.»

Pendant quelques jours, le jeune appelé Aliocha et Hélène, une Française montée en gare de Krasnoïarsk, vont partager en secret le même compartiment, supporter les malentendus de cette promiscuité forcée et déjouer la traque au déserteur qui fait rage d’un bout à l’autre du Transsibérien. Les voilà condamnés à fuir vers l’est, chacun selon sa logique propre et incommunicable.

Mon avis : Ce petit livre de 136 pages a été écrit dans ce contexte bien particulier, déjà évoqué dans le commentaire du livre de Sylvie Germain « Un monde sans vous » (voir article). Le cahier des charges de ce voyage était de faire un « carnet de bord » du voyage, lors de son trajet sur la partie orientale de la ligne, les quelques 6000 kms qui relient/séparent Novossibirsk de Vladivostok : écrire un texte destiné à être lu à la radio, dans un format spécifique; ce roman est le texte remanié de la lecture du récit radiophonique intitulé « Ligne de fuite ». De fait ce n’est pas à proprement parler un carnet de voyage mais un texte inspiré par la ligne ferroviaire de 9000 km de long, plus d’ailleurs par la ligne que par le train mythique et romantique incarné par les wagons de 1ère classe. Ce voyage dans le Transsibérien aura tout d’une double fuite sous la plume de Maylis de Kérangal. Un train, des rencontres… Dans les grands espaces de la Sibérie, la rencontre improbable entre un jeune homme russe et une femme française. Le Transsibérien, une ligne « politique » d’abord construite pour sécuriser les confins de l’empire du Tzar, sur laquelle des jeunes appelés voyagent en 3ème classe, en même temps que les voyageurs de prestige, les étrangers, les riches voyagent « en première ». Un espace compartimenté, « un huis-clos en mouvement «  comme le dit l’auteur. Deux êtres qui fuient la Sibérie, de manière différente pour des raisons opposées. La fuite, l’urgence… Barrière culturelle, barrière de la langue, barrière culturelle, mais rencontre pour atteindre le salut, la liberté, se soustraire à l’emprise d’autrui. Et ce que j’aime comme toujours dans l’écriture de cette romancière, c’est le rythme, la respiration des textes en adéquation avec le vécu des personnages. Le phrasé suit l’évolution du récit. Et le résultat donne un texte très humain, fondé sur des non-dits, des impressions, des sensations, à fleur de peau et en même temps avec une intensité dramatique qui repose sur le suspense et l’urgence… On y découvre l’univers du train, de la « déportation des appelés, les dessous du système… et aussi la solidarité, le don de soi, la douceur et la violence.. La rencontre de deux fugitifs, de deux paumés qui ont peur de l’avenir qui leur est tracé et qui n’ont qu’un seul but : y échapper… A l’arrivée, l’océan, la clarté de l’air et les eaux couleur métal ; le vocabulaire de la santé et du cœur : l’ électrocardiogramme.. qui signifie qu’ils sont vivants… et tout se termine.. sur une photo…

Le balancement du train, les erreurs d’aiguillages, le désir de sortir des rails ; la nature, la Sibérie, la solitude, le bouillonnement des eaux de la rivière, le calme du lac, l’opacité de la nuit… ;

Extraits :

Putain la Sibérie ! Voilà ce qu’il pense une pierre dans le ventre, et comme pris de panique à l’idée de s’enfoncer plus avant dans ce qu’il sait être une terre de bannissement, oubliette géante de l’empire tsariste avant de virer pays du goulag. Un périmètre interdit, une zone mutique et sans visage. Un trou noir.

La cadence du train, monotone, loin d’ankyloser son angoisse, l’agite et la ravive,….

Attendre, se faire oublier, se fondre caméléon parmi ceux qui sont là, devenir transparent,…

il n’est plus que ce point de fuite qui dévore l’espace et le temps, coïncide avec lui, s’en obsède, prêt à verser lui aussi dans le grand trou noir, à y basculer tête la première,

la nuit trouble, opaque sans être noire – amie, ennemie, là encore, il ne sait pas

Chacun de ses mouvements joue à présent comme une valve distribuant deux suites symétriquement contraires, et irréconciliables, qui se divisent à leur tour, se divisent, se divisent encore, s’enfoncent dans un temps matériel, un futur ramifié dans l’obscurité trouble du wagon, un futur qui recèle sa liberté,

pour se souvenir et imaginer – deux manières d’y voir clair –

Il l’écoutait, tendu, avide, savait tout du bouillonnement qui l’agitait, une effervescence pas moins forte, pas moins exceptionnelle que celle qui fracassait l’atmosphère à quelques centaines de mètres derrière eux, l’écoutait avec une telle attention qu’il finissait par entendre tout ce qu’elle ne disait pas, sa difficulté à vivre ici, hors socle, hors de son climat, hors de sa langue, aveugle et sourde elle répétait en riant, et solitaire – c’est la vie sibérienne plaisantait-il les premiers jours, la vie dans un monde retourné comme un gant, brut, sauvage, vide, tu verras que tu t’y feras !

Le lac est tour à tour la mer intérieure et le ciel inversé, le gouffre et le sanctuaire, l’abysse et la pureté, le tabernacle et le diamant, il est l’œil bleu de la Terre, la beauté du monde,

 

 

Dahl, Kjell Ola – L’homme dans la vitrine (2012)

Série Gunnarstranda et Frank Frölich ( 1er titre traduit en français)

Résumé : Un matin d’hiver, Reidar Folke Jespersen, antiquaire à Oslo, va se poster dans un café non loin de chez lui. Après quelques heures d’attente, il aperçoit son épouse qui va retrouver son amant. Ensuite, Jespersen quitte le café pour se rendre chez ses frères pour un important rendez-vous d’affaires. La réunion se passe mal et les frères se séparent fâchés.
Le lendemain matin, on retrouve le corps sans vie de Jespersen, placé nu dans un fauteuil de la vitrine de son magasin. Le commissaire Gunnarstranda arrive sur les lieux du crime avec l’inspecteur Frank Frølich. Les indices dont ils disposent ne sont pas nombreux : une série de chiffres tracés au feutre sur le cadavre et des objets volés. L’enquête s’annonce d’autant plus difficile que de nombreuses personnes semblent très contentes de la disparition du vieil homme.
Avec L’homme dans la vitrine, Kjell Ola Dahl signe un roman dense et complexe, une histoire d’amour et de vengeance sur laquelle plane l’ombre du passé et des heures les plus sombres de l’histoire norvégienne.

Mon avis : Très belle découverte que cet auteur de polars norvégien. On entre petit à petit dans l’intrigue ; on fait la connaissance des personnages, et plus on avance plus on se demande qui est le meurtrier.. Il faut dire que la victime ne brille pas par son côté sympa et que tout le monde pourrait bien avoir eu envie de le faire disparaitre… A relever le contexte historique (et oui.. un petit contexte historique dans un polar est toujours un plus)… Dans ce cas il s’agit d’un petit détour dans le passé, au temps de la IIème guerre mondiale et du gouvernement collaborationniste de Vidkun Quisling qui s’installe au pouvoir en Norvège en 1942. Un suspense classique, efficace, peu de personnages sympathiques, plus de psychologie que de sang.. et ça moi j’aime bien… je vous invite à faire connaissance de cet auteur et du tandem de flics (le commissaire Gunnarstranda et son adjoint Frölich) que je vais me faire un plaisir de suivre ans de nouvelles aventures glacées…

Extraits :

C’était comme si elle avait emballé et caché une partie d’elle-même dans du papier de soie, un petit paquet qu’elle ouvrait en compagnie de l’homme habitant de l’autre côté de la rue.

plus il sentait la colère monter en lui. En même temps, il percevait que la résignation essayait de contenir sa fureur. C’était là un sentiment qu’il haïssait par-dessus tout, la façon qu’avait cette apathie d’un vieux monsieur de s’insinuer dans sa conscience, semblable à une nappe de brouillard qui se pose sur un bois et le rend impénétrable et incolore. C’était une apathie qui cherchait à faire croire à son corps qu’il ne possédait ni la force ni l’énergie de relever le gant. Cette agressivité mêlée de résignation lui fit croire, pendant quelques secondes, qu’il allait étouffer.

L’idée de s’être infligé une existence totalement inutile était tellement terrifiante qu’elle la balaya sur-le-champ. Même si elle parvint à peu près à chasser cette perspective, cette dernière traînait autre chose dans son sillage, chose qui la tourmentait tandis qu’elle attendait que le sommeil veuille bien montrer le bout de son nez.

Ce que tu aimes, ce que tu as autour de toi, cela en dit long sur toi en tant que personne.

« Tu t’ennuies ? » demanda-t-elle.
Il se mit à zapper avec la télécommande.
« M’ennuyer, moi ? Non… »

Par cette température, les gens prennent de l’huile de foie de morue et des vitamines, mais ce n’est pas nécessaire. Tout ce qu’il faut, c’est manger épicé. Penses-y. Tu mets quatre oignons dans tes sandwiches du petit déjeuner, et tu rajoutes du piment rouge — du genre brûle-gueule, à te couper le souffle. Avec ce type de munition, t’es blindé, et t’auras pas froid aux mains. Tu peux même te promener à poil par – 20 oC, et tu verras le nuage de vapeur autour de toi. Il n’y aura pas un virus, pas un bacille qui passera par ta bouche, et rien qu’avec ton haleine tu vas tuer raide les plantes vertes. T’es immortel, mon vieux, immortel.

D’un autre côté, il y a une énergie qui ne dépend pas de la proximité physique. Le désir, sentimental et psychologique, qu’éprouvent deux personnes l’une pour l’autre, c’est une forme d’amour authentique. Le désir, c’est l’amour qui ne connaît pas de limites. Le désir ne peut jamais être détruit, disparaître ou mourir.

« Quand l’essentiel se réduit à quelques souvenirs, ce sont toujours des fragments des bons côtés des choses. C’est le bon côté qui survit et qui fait de la mémoire la qualité la plus importante que tu puisses posséder. La capacité de se souvenir, non seulement pour revenir au passé, mais aussi pour conserver qui tu es, et ton âme. »

Bien des gens doivent se confronter, tôt ou tard, à leurs rêves, à ce qu’ils sont. Certains sont plus précoces, d’autres n’en feront jamais l’expérience. »
« Mais comment les gens se rencontrent et se marient, c’est un peu comme les fleurs et les abeilles : ils se trouvent mutuellement, ils travaillent ensemble.

Il n’y a ni honte ni déshonneur dans l’amour. Les gens qui aiment sont innocents, quelle que soit la personne qu’ils aiment, et quelles que soient les raisons de leur amour. »

— Dans le meilleur des cas, la réalité de la guerre est surréaliste. Il est vain de vouloir comprendre la guerre avec la paix comme référence.

Lenormand, Frédéric : « Le Carnaval des assassins» (2016)

Les mystères de Venise – Une série policière à Venise au XVIIIème siècle – Tome 6

Résumé : Quand la Sérénissime République apprend que le nouvel ambassadeur du Monténégro a été assassiné à Trieste avant même d’avoir atteint la lagune, elle confie l’affaire à son meilleur espion, Ottorino, secondé par Leonora et Flaminio. Hélas, le malheureux émissaire du doge est tué à son tour sous les yeux de nos héros, qui décident de rentrer poursuivre l’enquête à Venise. Flaminio se fera passer pour l’ambassadeur auprès des Monténégrins, installés dans un palais gothique où tout n’est que secrets, luxe et intrigues. De fêtes costumées en batailles de gondoles, il faudra toute l’ingéniosité de Leonora pour dénouer les fils d’une énigme périlleuse, entre canaux et campaniles.

Mon avis : Retrouvé avec plaisir Leonora, mais ce n’est pas mon tome préféré… Oui ce fut un moment agréable de lecture – je ne vais pas bouder mon plaisir – mais je l’ai trouvé moins fantaisiste et moins pétillant que les précédents ( plus « Perrier » que « Champagne » mais frétillant quand même). Mais j’attends mon prochain rendez-vous vénitien avec impatience quand même… Et comme toujours j’apprécie de découvrir des pans de l’histoire que je ne connais pas toujours bien. Peut-être un petit manque de Venise… et j’aime aussi les personnages secondaires qui sont peu présents cette fois… mais il faut bien changer parfois pour avoir le plaisir de les retrouver la prochaine fois… Et surtout, ceux qui ne connaissent pas les aventures vénitiennes de Leonora, attaquez par le tome 1 !

Extraits :

Ce petit pays montagneux situé sur l’autre rive de l’Adriatique était une théocratie gouvernée par un moine, principalement pour cette raison que les religieux avaient longtemps été les seuls Monténégrins à savoir lire. Cela pouvait sembler une bizarrerie, mais de l’opinion de l’inquisiteur comme de tout bon Vénitien, l’ensemble des régimes politiques autres que les belles républiques aristocratiques dominées par une caste héréditaire de négociants paraissaient farfelus et archaïques. Leonora demanda pour quelle raison la Sérénissime s’inquiétait d’un si modeste Etat gouverné par un homme d’Eglise. C’était que le modeste Etat jouait un rôle dans une partie de carte internationale où il n’existait point de couleur sans valeur.

– Je suppose qu’ils ont prononcé le nom d’un métal moins prisé que l’or ?
Il y avait en effet du Plomb dans l’air.

Ils imaginèrent les avenues de Vienne, son architecture, ses fastes, les élégantes, l’opéra, le chocolat viennois, les viennoiseries croustillantes et dorées…

La pièce d’or qu’il avait versée dans ce but avait constitué le seul aspect brillant de l’inhumation.

L’homme était le principal accessoire d’une femme, de même que le châle rabattu sur les cheveux et les souliers à semelle rainurée qui ne glissent pas sur les pavés mouillés.

Avec la politique, on s’arrange toujours ; avec l’argent, on ne plaisante pas !

 

 

Série Les mystères de Venise : voir la présentation

Lenormand, Frédéric « La baronne meurt à cinq heures » (2011)

« Série Voltaire mène l’enquête »

Tome 1 : La baronne meurt à cinq heures (2011)

Résumé : Voltaire est menacé. On a retrouvé sa protectrice, la baronne de Fontaine-Martel, assassinée dans son lit, et pour l’heure aucun suspect. S’il ne veut pas se retrouver à la rue en ce froid février 1733 (ou pire, à la Bastille !), il lui faut faire preuve de ressources et retrouver le criminel avant que celui-ci n’aille s’en prendre à d’autres honnêtes gens, lui par exemple… Heureusement, de ressources, Voltaire n’en manque pas. Car il sera bientôt rejoint par Émilie du Châtelet ! Brillante femme de sciences, enceinte jusqu’au cou, elle va l’accompagner dans son enquête, résolvant plus d’une énigme. Mais leur mission n’est pas sans dangers : il leur faudra affronter de redoutables héritières en jupons, des abbés benêts, des airs de flûte assassins, des codes mystérieux, et un lieutenant-général de police qui guette la première occasion d’embastillonner notre philosophe

Mon avis : Jubilatoire ! Le bonheur commence par les titres des chapitres ! les tout simplement hilarants. Humour, ironie, pince-sans rire. L’esprit de Voltaire et celui de Lenormand ! On en redemande.. et cela tombe bien.. il y a encore plusieurs tomes en attente… Voltaire menait déjà l’enquête dans sa vie (l’affaire Calas par exemple) et sa vie nous est largement dévoilée par ses écrits; c’est une excellente idée de lui confier d’autres enquêtes, inventées celles-là. L’important à mes yeux n’est pas tant l’intrigue mais l’ambiance, les descriptions, le côté historique de la narration, l’humour, la façon d’écrire… et quand on connait le côté libre – penseur de Voltaire, on imagine assez bien le marchandage.. on ferme les yeux sur les écrits et en contre-partie, ouvrez l’œil… Totalement politiquement incorrect, cela me ravit!

Donc après Venise et Léonora, me voici en France avec Voltaire et ensuite la Chine…

Extraits :

Aux boucles aujourd’hui blanches de la baronne, à ses sourcils parfaitement dessinés, on devinait des beautés anciennes dont les restes les plus visibles étaient trois rangs de grosses perles en tour-de-cou, quelques bijoux rutilants, un immeuble à viager perpétuel et de confortables revenus obtenus par protection.

Les soupers sont le pivot de la société ! Il ne s’agit pas de manger, mais de donner à manger !

J’ignorais qu’il était permis d’être grotesque quand on est anglaise.

La littérature était un jeu auquel il s’efforçait de toujours ramasser la mise.

Après avoir savouré sa boisson et les médisances répandues par les Hollandais sur le compte des Français, il repartit vers sa demeure sans se presser.

Une fille de joie, un monte-en-l’air, un policier… Voltaire se dit que les lieux étaient décidément mal famés.

Cette trahison jeta une ombre sur la fidélité des domestiques, d’une nuance déjà fort sombre.

– Vous croyez aux vampires, vous, l’ennemi de la superstition ?
– Je le suis des fariboles répandues par les prêtres de chez nous. Loin d’ici, ce ne sont que de sympathiques croyances populaires. Les vampires ne me dérangent pas, du moment qu’ils n’émargent pas à l’évêché de Paris. Les Valaques ont leurs suceurs de sang, nous avons nos jansénistes et nos jésuites.

Le commentaire de ses propres textes commençait à lui prendre plus de temps que leur rédaction.

– La défunte était-elle bien chrétienne ? demanda-t-il en constatant qu’aucun signe de religion ne décorait la chambre.
– Sûrement, cette dame n’est pas morte mahométane,

Au petit matin, Voltaire, dont le sommeil avait été aussi léger qu’une théorie de Leibniz, …

La neige avait redoublé, on était passé des belles steppes de Russie aux fjords impraticables de la Scandinavie.

– Avec ce que je sais de l’un et de l’autre, je les tiens aussi bien qu’une souris dans la mâchoire d’un chat,

C’était cette sorte de moment où l’on regrette de ne pouvoir faire appel au Dieu des chrétiens parce qu’on a le malheur de penser par soi-même.

Petit à petit, elle démaillotait le mystère comme Pénélope sa tapisserie.

Le plus alligator des deux n’étant pas le visiteur, Voltaire entama les manœuvres d’encerclement caractéristiques de la prédation carnassière.

Qu’ont-elles de si choquant, vos Lettres ?
– J’y défends la liberté de penser.
– Allons donc ! Vous n’avez peur de rien !
Il avait peur de tout, mais la défense de la liberté était chez lui une impulsion irrésistible :
– J’aimerais mieux mourir que de n’écrire point.

Tout le monde peut apprécier un bon livre, sauf un écrivain. S’il n’y avait que des écrivains en France, ce serait chaque jour la Saint-Barthélemy. Jamais ils ne diront du bien de mes œuvres, ou alors après ma mort : seuls les morts ne font plus d’ombre.

Des adjectifs désobligeants fusèrent. Étant donné la liste impressionnante d’injures pleines d’invention dont disposait Voltaire, il aurait été intéressant de l’élire à l’Académie rien que pour enrichir le Dictionnaire – une fois mis à part, bien sûr, les noms propres de ses ennemis, dont il usait sans retenue pour exprimer les sentiments que ceux-ci lui inspiraient.

Voltaire songea que les enquêtes étaient comme la philosophie : la découverte d’une certitude amenait cent nouvelles interrogations. Autant dire que c’était là l’occupation de toute une vie et une tâche trop délicate pour la laisser aux mains de la police.

l’argent corrompt plus vite que les sentiments, c’est pour cela qu’on l’a inventé.

Quelqu’un me veut du mal.
– Oui. Cessez d’écrire.
– Souhaiteriez-vous ma mort ?
– Je laisse cela à vos lecteurs.

Saint Hermès, patron des déséquilibrés  ( je le note pour m’en souvenir car je ne le savais pas…)

– Je ne gagne pas d’argent avec mes livres : j’écris pour les gens instruits, ils formeront toujours le plus petit nombre.

Lien vers : présentation de la série « Voltaire mène l’enquête »

 

Lenormand, Fréderic «Série Voltaire mène l’enquête»

Spécialiste du XVIIIe siècle et de la Révolution, Frédéric Lenormand a publié chez Lattès les six premiers volumes des aventures de Voltaire (La baronne meurt à cinq heures, 2011, Meurtre dans le boudoir, 2012, Le diable s’habille en Voltaire, 2013, Crimes et Condiments, 2014, Élémentaire, mon cher Voltaire, 2015, Docteur Voltaire et Mister Hyde (2016).

«Ce diable d’homme.» Il faut dire qu’en son temps Voltaire incarnait pour certains le Malin. Il attaquait l’Eglise. Il sapait l’absolutisme royal. Et en plus, l’homme se révélait insaisissable. Un était jour ici, le lendemain ailleurs. Dès 1750, l’écrivain quitte du reste la France, où il ne reviendra que pour mourir en 1778. C’est durant les années 1730 que se situe la série «Voltaire mène l’enquête». Comme le titre l’indique, il s’agit de polars historiques. Le public les doit à Frédéric Lenormand. Né en 1964, l’homme a commencé par donner des ouvrages se situant à la fin du XVIIIe siècle, et en particulier sous la Révolution (source article Tribune de Genève)

Tome 1 : La baronne meurt à cinq heures (2011)
Voltaire est menacé. On a retrouvé sa protectrice, la baronne de Fontaine-Martel, assassinée dans son lit, et pour l’heure aucun suspect. S’il ne veut pas se retrouver à la rue en ce froid février 1733 (ou pire, à la Bastille !), il lui faut faire preuve de ressources et retrouver le criminel avant que celui-ci n’aille s’en prendre à d’autres honnêtes gens, lui par exemple… Heureusement, de ressources, Voltaire n’en manque pas. Car il sera bientôt rejoint par Émilie du Châtelet ! Brillante femme de sciences, enceinte jusqu’au cou, elle va l’accompagner dans son enquête, résolvant plus d’une énigme. Mais leur mission n’est pas sans dangers : il leur faudra affronter de redoutables héritières en jupons, des abbés benêts, des airs de flûte assassins, des codes mystérieux, et un lieutenant-général de police qui guette la première occasion d’embastillonner notre philosophe

Mon avis : (voir article)

Tome 2 : Meurtre dans le boudoir (2012)
Alors qu’il est sur le point de faire paraître ses Lettres philosophiques anglaises, écrit subversif qu’il nie avoir écrit, Voltaire s’empêtre à nouveau dans des crimes qu’il n’a pas commis. Un assassin s’en prend à des hommes d’importance, de préférence en aimable compagnie, et les élimine suivant des mises en scène inspirées d’ouvrages licencieux. Soucieux d’amadouer le lieutenant de police Hérault, voici Voltaire contraint de hanter les maisons de passe, les librairies clandestines et les bureaux de la censure sur les traces d’un illuminé qui qui semble s’être pris de haine pour les libertins. L’aide du bon abbé Linant et de la brillante Émilie du Châtelet ne sera pas de trop pour tenter de garder en vie l’esprit le plus pétulant de son siècle.

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Tome 3 : Le diable s’habille en Voltaire (2013)
Voltaire a enfin trouvé un adversaire à sa mesure : le diable en personne ! Belzébuth sème des cadavres à travers Paris, au point que l’Église, soucieuse d’éviter tout scandale, fait appel au célèbre philosophe pour mener une enquête discrète en cachette de la police. Dans un Paris des Lumières encore très empreint de croyances irrationnelles, où vampires, démons et morts-vivants semblent se promener à leur gré, qui d’autre envoyer sur leurs traces qu’un philosophe connu pour ne croire à rien ? En échange, le cardinal de Fleury, qui gouverne la France, autorisera la publication des Lettres philosophiques, ce brûlot sulfureux. Il ne reste plus à Voltaire qu’à montrer ce que peut la philosophie contre la superstition. Et aussi à découvrir qui sème des morceaux de corps humains jusque dans le bain de l’écrivain, à percer le secret d’un mystérieux jupon convoité par un assassin, sans oublier de faire jouer sa nouvelle tragédie à la Comédie-Française, afin de révolutionner un art théâtral poussiéreux !

Mon avis : (voir article)

Tome 4 : Crimes et Condiments (2014)
En pleine révolution culinaire, Voltaire enquête sur les traces d’un assassin qui sème derrière lui tartes au cyanure et ragoûts à l’arsenic. L’aide de la brillante marquise du Châtelet, experte en recherches scientifiques, et de l’abbé Linant, fin gourmet, ne sera pas de trop pour rendre l’appétit aux gastronomes !
Après La baronne meurt à cinq heures (prix Historia, prix Arsène-Lupin et prix du Zinc de Montmorillon), Meurtre dans le boudoir et Le diable s’habille en Voltaire, une nouvelle aventure du philosophe truffée d’humour.

Mon avis : (voir article)

Tome 5 : Élémentaire, mon cher Voltaire ! (2015)
Qui en veut à la marquise du Châtelet ? Sa servante assassinée, la voilà aux prises avec la police. Voltaire vole à son secours pour dénouer une intrigue où s’entremêlent la couture, l’horlogerie et le commerce des poupées. Prêt à tout, virevoltant, multipliant les mots d’esprit, notre San Antonio des Lumières nous entraîne une nouvelle fois dans une folle sarabande. Depuis les salons parisiens jusque dans les taudis sous les ponts de la Seine, il déjoue la mécanique du crime, tire son épingle du jeu et démontre une fois de plus que, pour un philosophe comme lui, découvrir la vérité n’est qu’un jeu d’enfant.

Mon avis : (pas lu)

Novella : Querelle de Dieppe: Une enquête de Voltaire (2015)

A l’automne 1728, Voltaire ne connaît pas un retour d’exil triomphal. Il a décidé de passer l’hiver à Dieppe avant de se risquer à Paris. Habilement caché sous l’identité de « Sir Francis Volty, sujet de la couronne britannique », il s’installe chez l’apothicaire Tranquillain Féret. Il en profite pour s’initier à la médecine et pour essayer sur lui-même toutes sortes de médicaments dans l’espoir de guérir son « état de langueur ». En fait, les sujets d’intérêt ne manquent pas. Qui a tué cette jeune femme en capeline rouge dont il découvre le cadavre en bas de la falaise au cours d’une promenade de santé en chaise à porteurs ? Qui a fait disparaître le copiste chargé de multiplier ses brillants manuscrits philosophiques ? Que veut cet inquiétant vicomte dont le manoir normand ressemble au repaire d’un savant fou ? Il ne reste plus à notre philosophe, entre deux pilules, qu’à éclairer les Dieppois de ses Lumières.

Mon avis : (pas lu)

Tome 6 : Docteur Voltaire et Mister Hyde (2016)
Panique à Paris ! La peste est de retour ! Voltaire aussi !
Tandis qu’une maladie mystérieuse affole la capitale, le voilà coincé entre police, assassins, les médecins et son frère Armand, religieux intransigeant avec qui on le confond sans cesse. Déterminé à dissiper les brumes qui obscurcissent la raison et à éclairer l’intrigue de ses lumières, Voltaire prodigue aux populations effrayées les bienfaits de la philosophie en action. Hélas la police continue de penser que c’est encore la faute à Voltaire…
Nous voici à nouveau embarqués dans une réjouissante aventure policière du philosophe le plus pétulant de l’histoire de France. On se régale à le regarder faire preuve d’esprit et de férocité envers ses contemporains, en enquêteur égocentrique, persuadé de sa supériorité, jamais à court d’idées, mais toujours là pour faire surgir la vérité.
Impossible de coller une étiquette sur Frédéric Lenormand. Il n’est pas seulement auteur de romans policiers : c’est un romancier à part entière, capable dans un même récit de mélanger différents genres littéraires (polar, aventures picaresques, conte philosophique). C’est sous cet angle qu’il faut lire la série Voltaire mène l’enquête. On peut alors découvrir avec délectation une plume savoureuse. Mensonges en entrée, crime en plat principal, perfidies au dessert, c’est le menu très complet qu’il nous concocte pour nous servir les aventures d’un Voltaire capable de réjouir ceux qui l’aiment et ceux qui le détestent : un Voltaire délicieux, pimenté, irrésistible.

Mon avis : (pas lu)

Novella : Meurtre à langlaise (2016) 124 p
1726. Voltaire a traversé la Manche après un nouveau séjour à la Bastille à cause d’une fâcheuse histoire de coups de bâton assénés sur sa perruque à bouclettes. Miracle ! Il découvre à Londres une société idéale fondée sur le droit, sur le respect des concitoyens et des libertés publiques ! Hélas, comme aucun bonheur parfait ne saurait durer longtemps, les cadavres ne tardent pas à tomber autour de ses dentelles. Contraint à remonter ses finances, il accepte une place de conseiller auprès d’un policier britannique. Le voilà en visite dans tous les endroits louches de la capitale, dans les ruelles mal famées, dans les coffee-houses, dans les clubs les plus sélects, dans les manoirs des duchesses, dans les théâtres où Macbeth succède à Hamlet, plus déterminé que jamais à faire la lumière sur les turpitudes de son siècle, qu’elles soient saupoudrées d’arsenic ou nappées de sauce à la menthe. Avec cette novella, Frédéric Lenormand poursuit les aventures policières de son célèbre détective en perruque poudrée, digne prédécesseur d’Hercule Poirot.

Mon avis : (pas lu)

Tome 7 : Ne tirez pas sur le philosophe (2017)
Voltaire rentre d’un an d’exil en Lorraine, mais les Parisiens, peuple frivole, l’ont oublié : Les Lettres philosophiques, c’était l’année précédente, ils sont passés à autre chose. Aux grands maux les grands remèdes ! Notre philosophe décide de se refaire une réputation par la défense de belles causes. Le hasard place sur sa route une servante pendue pour vol qui s’est réveillée sur la table de dissection d’un chirurgien. Il faut l’innocenter, ou bien la justice du roi l’accrochera de nouveau à sa potence. Sauver l’orpheline injustement condamnée, voilà un défi à la mesure du plus brillant penseur du siècle des Lumières ! En San Antonio du thriller historique, Frédéric Lenormand crée des héros infatigables, hauts en couleur, qui caracolent au rythme d’un XVIIIe siècle plein de surprises. Cette nouvelle aventure de Voltaire est un dessert à la fois léger et subtil, moitié miel, moitié arsenic.

Mon avis : (pas lu)