Bouhier, Odile « La nuit in extremis » (2013)

Bouhier, Odile « La nuit in extremis » (2013)

Les enquêtes du commissaire Kolvair et du Professeur Salacan

La nuit in extremis 03 (2013)

Résumé : La troisième aventure des experts lyonnais ou l’alliance parfaite du scientifique intègre (Salacan) et du policier humaniste (Kolvair), qui par le biais de cette nouvelle affaire retrouve les démons de la Grande Guerre. Lyon, novembre 1921. Quand Anthelme Frachant, incarcéré en 17 après s’être mutiné, sort de prison, seul le commissaire Kolvair s’en inquiète. Celui qui a été son compagnon de tranchée est un assassin. Criminel récidiviste ou poilu en guerre contre lui-même : qui est-il ? Une certitude : Anthelme tuera de nouveau. La conviction du policier Kolvair devient une intime obsession. Il doit affronter ses pires cauchemars. Cette troisième affaire des premiers experts est une enquête in extremis. Un compte à rebours qui a commencé trop tard.

 

Mon avis : En 1921, découverte de l’insuline, procès de Landru, invention du test de Rorschach (lire dans les taches). Salacan est le scientifique de la série et les autres personnages servent l’histoire. Avec l’auteur on remonte l’époque et on découvre l’histoire de l’année en cours.

Le livre nous entraine sur les traces d’un schizophrène (et non dans le monde de la schizophrénie). On y parle des psychoses et des choses qui hantent Kolvair. Au début, Kolvair est absent, il manque à l’appel… Kolvair, un personnage de plus en plus surprenant qu’on découvre dans ce livre ; un grand traumatisé de la Première Guerre Mondiale, qui prend de la cocaïne (qu’il planque dans sa jambe de bois) et est fragile et dépendant par la faute de ce qu’il a vécu lors de la première guerre mondiale. Touché dans sa chair et dans son âme. Une enquête qui se passe à rebours, une plongée dans la nuit, dans les réminiscences de la première guerre mondiale. L’enquête révèle les failles des personnages, continue de présenter les personnages de la série.

 

Extraits :

Il ressemblait au port d’attache où larguer ses amarres devenait un jour possible.

Impitoyable mais juste, elle avait élevé son fils comme le soldat aiguise son épée

Il répétait, non sans humour, que le crime, en effet, ne payait pas : en particulier ceux dont le métier était de le décortiquer

Elle n’aimait pas se l’avouer et resta sur ses gardes : c’est quand tout va bien que les ennuis commencent.

Le calme était revenu, personne d’autre ne s’était aventuré dehors malgré la détonation et le remue-ménage. Le policier ne fut pas surpris d’apercevoir un rideau bouger dans une maison en face et une lumière s’éteindre dans celle d’à côté. L’incarnation de la pleutrerie. Rien vu, rien entendu, ou le credo de la vie collective.

La réussite d’une enquête résidait dans l’articulation de menus détails, parvenir à se mettre dans la tête du criminel qu’il pourchassait était une particularité du policier

Rater des épisodes n’empêchait pas de déchiffrer les grandes lignes, mais il fallait bien se donner une contenance.

Au rythme où valsaient les mauvaises nouvelles, la symphonie était à redouter.

Remarquer la jeunesse des autres était apparemment un trouble du vieillissement

En principe, les criminels, désormais au fait des techniques scientifiques d’investigation, redoublaient de prudence : ils tentaient de les contourner. La prison restait la meilleure école des dernières méthodes employées par la police, les taulards se refilant les tuyaux

Le bonhomme avait cet air sûr de lui des incompétents

Des bouchons dans le courant, voilà ce que nous sommes tous, clama-t-il en lui-même

.. A quoi bon ressasser ses manques et ses lacunes ? La culpabilité n’était pas au programme de la vie du commissaire, en tout cas pas la sienne

Vol et délation rampaient dans les rangs des armées ; l’entraide, la solidarité vantées par l’état-major et colportées par la presse n’étaient qu’illusions. Les hommes restaient des hommes, la guerre ne faisait qu’exacerber leurs tares et leurs faiblesses

Le malheur s’annonçait rarement, mieux valait rester éveillé

Un renard affamé sort toujours de son terrier, pensa le policier. Il suffit d’être plus patient que lui.

Au fond, le policier s’échinait à faire parler les vivants, le légiste les morts

Les légistes lisent les corps, les psychiatres, les âmes et, songea Kolvair, moi je feuillette leurs rapports.

Le mobile était une des quatre composantes à fournir des indications sur le criminel et sa victime. La confrontation de ces quatre composantes était essentielle. C’était mathématique, tout était lié : la scène de crime, la victime du crime, l’auteur du crime, le mobile du crime

Aucun mobile apparent ne signifiait pas qu’il n’en existait pas un, secret et d’autant plus terrible.

Lorsqu’une situation vous échappait, mieux valait s’appuyer dessus pour la dépasser

Schizophrénie. En 1911, le psychiatre suisse Eugen Bleuler avait récusé le terme de « démence précoce » et inventé ce mot, inspiré du grec, afin de désigner la fragmentation de l’esprit qui touchait certains aliénés

La schizophrénie est une nuit dont on ne sort pas. Sous-jacente pendant l’enfance, elle se déploie à l’adolescence

Pour cueillir un fruit pourri, il suffisait de se placer sous le bon arbre

L’ancienne capitale des Trois Gaules tissait, outre la soie, des liens étroits avec l’anarchisme.

La vie, c’est comme un film, expliqua Legone. Les déchets, les chutes, les dommages collatéraux…

se rappelant la recommandation de Voltaire : décider d’être heureux était bon pour la santé.

… il n’y avait pas plus infaillible que l’écriture pour identifier une personne ? Même maquillée, elle ne mentait pas

Grâce à la guerre, il avait réinventé son passé, métamorphosé son présent et transformé son avenir

C’est la Prohibition qui donne à l’alcool sa saveur.

Il y a des lignes dans ce monde qu’il est préférable de ne pas franchir, et des tranchées qu’il faut arrêter de creuser

On ne peut pas ouvrir les gens, les feuilleter comme un livre et les refermer ensuite

 

 

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