Neuhaus, Nele « Méchant loup » (2014)

Neuhaus, Nele « Méchant loup » (2014)

Série : Oliver von Bodenstein et Pia Kirchhoff

Tome 04 : Méchant loup (2014)

Résumé : Le commissaire Oliver von Bodenstein et sa collègue Pia Kirchhoff sont confrontés à deux enquêtes à première vue fort différentes. La très jeune fille morte, apparemment torturée et violée, repêchée dans le Main, semble être tombée de la lune. Personne n’a signalé sa disparition et la police n’a aucune piste. Mais concernant Hanna Herzmann, la célèbre présentatrice d’une émission people, sauvagement agressée, les pistes foisonnent, tant cette carriériste sans scrupule est détestée aussi bien par ses collègues de la télévision et les victimes de ses émissions que par son ancien mari ou encore par sa fille adolescente.

Un homme fait vite figure de coupable idéal : un brillant avocat condamné pour le viol de sa fille. Non seulement il vit dans un camping près de l’endroit où a été trouvée la jeune noyée, mais il semble qu’il soit l’amant d’Hanna. Bientôt, pourtant, un meurtre affreux rebat les cartes et relance l’enquête…

Avec son intrigue surprenante, sa construction d’une précision horlogère et ses personnages inoubliables qui nous touchent parce qu’ils nous ressemblent, Méchant loup explore avec colère les noirceurs de la pédophilie.

Mon avis : Ah oui ! j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans les deux premiers. Le côté psychologique et l’étude des personnages. Une plongée sombre dans le monde de la manipulation, des violeurs d’enfants, des dégâts causés par les pédophiles, des réseaux d’influence… Il y a très très longtemps, j’avais lu un roman de Flora Rheta Schreiber « Sybil », paru en 1973, qui racontait l’ « histoire vraie » de Sybil, aux 16 personnalités, le concept de personnalité multiple, aujourd’hui appelé trouble dissociatif de l’identité, caractérisé par la présence de plusieurs identités ou « états de personnalité » distincts qui prennent tour à tour le contrôle du comportement d’une personne..

C’est un tout tout bon Nele Neuhaus !

Extraits :

Mais rien dans la vie ne dure comme le provisoire

Le milieu de la télévision était impitoyable : les hommes pouvaient avoir des cheveux gris mais, pour les femmes, ils étaient synonymes de relégation progressive dans les émissions culturelles ou culinaires de l’après-midi

Vêtus de combinaisons de protection blanches qui les faisaient ressembler, sous la lumière crue des projecteurs, à deux Martiens sur une scène flottante, chacun pointait un doigt accusateur vers l’autre comme des comédiens amateurs, le premier avec une arrogance altière, le second avec une colère noire.

Toute sa vie, elle avait considéré les obstacles et les problèmes comme des défis et des motivations, pas comme une raison de faire l’autruche. Et la douleur relevait uniquement du mental à condition de ne pas se laisser impressionner

..elle pouvait suivre une discussion en silence très longtemps mais quand elle ouvrait la bouche, ses paroles atteignaient leur cible avec la précision implacable d’un missile de longue portée et avec la plupart du temps un résultat tout aussi dévastateur

Ce réflexe de se défausser sur les autres est un signe du complet déclin de la moralité de notre société.

Politesse et courtoisie n’avaient pas cours dans le combat urbain pour une place de parking

Tu sais être persuasive même quand tu n’es pas persuadée de la chose toi-même.

Mais une des raisons qui lui faisaient aimer son travail, si frustrant et déprimant qu’il pût être, c’est qu’en élucidant les circonstances de leur mort elle avait le sentiment de respecter les victimes et de leur rendre ainsi un peu de leur dignité. Car qui a moins de dignité qu’un cadavre sans nom, qu’un homme à qui on a volé son identité, qu’on a enfoui quelque part ou simplement jeté comme un déchet biodégradable. Aucun destin n’est plus triste que de pourrir dans un appartement pendant des semaines ou des mois et de ne manquer à personne

— On ne montre pas les gens du doigt, la réprimanda Pia.

— Avec quoi alors ? demanda Lilly.

Elle était rationnelle et discrète. Elle ne faisait pas partie de ces femmes qui se plaignent auprès de leurs amies. Dès son plus jeune âge, elle avait été habituée à garder ses problèmes pour elle et cela lui coûtait beaucoup d’en parler. Elle préférait évacuer ses soucis en étant continuellement affairée et, jusque-là, ça lui avait assez bien réussi

La pensée lui traversa l’esprit quand des mains lui attrapèrent les bras. À la vitesse de l’éclair, elle se pencha en avant et fit en même temps un pas en arrière. L’agresseur desserra son étreinte si bien qu’elle put se retourner et lui envoyer son genou dans les parties

si à l’extérieur elle ressemblait à une souris grise, elle était à l’intérieur un véritable cerbère au cœur de pierre, incorruptible.

Il avait perdu le contrôle de son existence et il ne pouvait rien contre ça. Son autonomie appartenait au passé, son couple était ruiné, sa réputation irrémédiablement détruite. Tout ce qui avait constitué sa personnalité et sa vie, son identité même, lui avait été retiré en même temps que sa chemise, son costume et ses chaussures

Des lambeaux de souvenirs virevoltaient dans sa tête, pareils à des chauves-souris. Des images fugitives, fragmentaires s’amalgamaient puis se fractionnaient

Malgré son professionnalisme, elle ne pouvait pas rester indifférente à la souffrance humaine à laquelle elle était confrontée chaque jour et son jardin était le meilleur remède à son travail. En taillant ses rosiers, dépotant ou arrosant, elle pouvait échapper à ses pensées, se détendre et reprendre des forces

Des lambeaux de souvenirs brillaient dans le brouillard de son esprit, importuns et épars

 

Lien vers la présentation de la série : Oliver von Bodenstein et Pia Kirchhoff

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