Bourdeaut, Olivier «En attendant Bojangles» (2016)

Bourdeaut, Olivier «En attendant Bojangles» (2016)

Résumé : Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

L’optimisme des comédies de Capra, allié à la fantaisie de L’Écume des jours.

Prix du Roman des étudiants France Culture – Télérama 2016 – Grand Prix RTL / Lire 2016 – Prix du Roman France-Télévision –

Mon avis : Jubilatoire! Les personnages : le père, la mère, le fils, », Mademoiselle Superfétatoire, un ami sénateur  présenté sous le nom de « l’Ordure  et Bill Bojangles Robinson (célèbre danseur de claquettes de Harlem mort en 1950 et chanté par Nina Simone, qui est le fil rouge du livre, son cœur en quelque sorte. (https://www.youtube.com/watch?v=eAW3y5l6Dm4 )

Une folie… qui n’est pas si douce que cela… Après un début « farce » on se rend compte que derrière le côté farfelu, il y a des sujets nettement plus graves… Les parents s’amusent, dansent la vie, entrainés par la mère, dont la façon d’être, fantasque et excentrique, cache une réalité plus sombre. Le but de la vie ? Chasser l’ennui et pour cela nier la réalité triste et morne, la rendre belle et joyeuse. Danse et démence… les deux notions se rejoignent… Abandon total et lâcher prise dans les deux cas.. . L’esthétisme prime sur le fond. Pour échapper à la réalité effrayante, prendre les chemins de traverse et fuir pour se réfugier dans « un château en Espagne » Un livre d’amour fou, plein, absolu, déjanté (ce qui fait que j’ai aimé ! )… On passe de l’utopie à la réalité. De la folie d’aller vivre dans un château en Espagne à la folie tout court. C’est un livre qui sous le couvert de la joie de vivre et de l’enchantement aborde des thèmes difficiles. Un livre fantaisiste, qui apporte la joie, la lumière. Les parents sont légèrement « à la masse ». Un doux délire qui amène à la folie… Original, pétillant, poétique, triste et bouleversant : on y parle folie, dépression, mort, asile psychiatrique avec fantaisie et légèreté. On remplace les mots effrayants de la réalité clinique par les mots des fables et de l’enchantement, on refuse la réalité sordide pour la magie de la vie… La magie blanche combat les forces des ténèbres. Mais le fait de vivre dans le déni, hors de la réalité, comme des personnages de roman, dans des décors plus que dans des lieux de vie habituels (les années 30, le mélange actuel / ancien ou l’ancien est le rêve et le présent est assimilé à la réalité) aura beau donner des couleurs à la vie, on comprend bien que la fin ne sera pas une fin heureuse de contes de fées…

L’auteur de ce premier roman – un OLNI – vient en quelques mois de remporter plusieurs prix et j’en suis ravie.

Extraits :

Mais la réponse des éditeurs était toujours la même : « C’est bien écrit, drôle, mais ça n’a ni queue, ni tête. »  Pour le consoler de ces refus, ma mère disait :
— A-t-on déjà vu un livre avec une queue et une tête, ça saurait !

Quand la réalité est banale et triste, inventez-moi une belle histoire, vous mentez si bien, ce serait dommage de nous en priver.

Sur la commode du salon, devant un immense cliché noir et blanc de Maman sautant dans une piscine en tenue de soirée, se trouvait un beau et vieux tourne-disque sur lequel passait toujours le même vinyle de Nina Simone, et la même chanson : « Mister Bojangles ». C’était le seul disque qui avait le droit de tourner sur l’appareil, les autres musiques devaient se réfugier dans une chaîne hi-fi plus moderne et un peu terne. Cette musique était vraiment folle, elle était triste et gaie en même temps, et elle mettait ma mère dans le même état.

…on mangeait plein de fruits, le jour, la nuit, on buvait des fruits, en dansant.

Le problème c’est qu’elle perdait complètement la tête. Bien sûr, la partie visible restait sur ses épaules, mais le reste, on ne savait pas où il allait.

Cette folie, je l’avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m’en imprégner, mais je craignais qu’une telle  folie douce ne soit pas éternelle.

Vous me direz, fréquenter des malades mentaux toute la journée, vous finissez par imprimer…

C’est vraiment différent de pleurer en plein jour, c’est un autre niveau de tristesse.

Parlez-lui avec les mains, les yeux et le cœur, c’est encore ce qu’il y a de meilleur pour communiquer !

… dans l’arbre, ta Maman, ce sont les racines, les feuilles, les branches et la tête en même temps, et nous, nous sommes les jardiniers, nous allons faire en sorte que l’arbre tienne debout et qu’il ne finisse pas déraciné,…

Il profitait de cette dernière nuit pour faire la conversation de toute une vie.

 

7 Replies to “Bourdeaut, Olivier «En attendant Bojangles» (2016)”

  1. Je suis un fan des films de Capra qui vont à contrecourant de la pensée américaine, avec une libre entreprise portée au pinacle et qui viendrait à bout de tout…
    Ce qui explique le relatif faible succès de « La vie est belle ».
    Ici, le thème fait plutôt songer à « Vous ne l’emporterez pas avec vous » de 1938, avec la famille Sycomore (serait-ce parce qu’il permet de s’élever vers le ciel ou parce que le sycomore américain est un des plus vieux arbres de Manhattan et posséderait une sagesse liée à l’ancienneté ?) qui sont de doux dingues qui ont pour devise : « Nous trimons un peu, dansons un peu, et rions beaucoup »
    Seulement, à lire la critique positive du livre de Bourdeaut, on a le sentiment qu’on rit moins, au fond. Un peu comme le contraste entre la photo ci-dessus de Mr Bojangles et la chanson de Nina Simone qui ne soulève pas la joie folle et incontrôlée.

  2. Alors j’y allais complètement à reculons déjà pour la couverture qui me fait penser à l’émission « les z’amours » sur France2 qui est insupportable et le présentateur encore plus, bref…au final, jolie surprise, pas un coup de coeur absolu non plus. Au travers de cette joie et folie de vivre se cache un drame immense où toute l’énergie est mise à son service pour perdre le contact avec cette réalité, cette vérité. C’est surtout un beau roman sur l’amour d’un couple, ils ne respirent qu’à travers l’autre sous un semblant de relations fantasques, la vie comme un jeu, le sens de la repartie avec un humour fin et pertinent en guise de je t’aime. Pour moi, il est là le fort du livre, ce grand amour, le fils n’est pas en reste, ils l’ont englobé dans leur délire avec tant de tendresse et bienveillance. À découvrir… sous le couvert de toute cette fantaisie, c’est un livre très triste !

  3. Un petit bijou de 98 pages qui se dévore rapidement. On passe de la fête aux larmes dans un style jubilatoire. Le extraits sur la page représentent bien le style, toujours plein de surprises. Il est comparé à Vian et c’est vrai qu’il y a quelque chose. Quand à la couverture, moi elle me plait, elle dénote des autres sur les tables des libraires et a participé à mon envie de lire ce livre. J’ai été touchée par ce livre extravagant et très rythmé.
    Les prix reçus à ce jour:
    Grand Prix RTL / Lire
    Le Roman des étudiants France Culture / Télérama
    Prix roman France Télévisions Presse

  4. Je l’ai lu et trouvé très bien.J’ai été attristée par la fin .C’est un livre plein de rythme ,avec un regard pertinent sur bien des sujets .Je trouve qu’il n’est pas aussi délirant que cela ,il y a de la profondeur et une grande observation du genre humain .
    Je n’avais pas très envie de le lire ,mais quel bon moment j’ai passé en le lisant !

  5. Quand plusieurs amies lectrices me conseillent un roman, je finis souvent par me laisser tenter. Et si en plus le quatrième de couverture évoque l’esprit de Boris Vian, je ne pouvais que craquer.
    Et je suis tombée sous le charme de ce roman tendre, drôle et fantaisiste qui parle de l’amour et de la folie avec beaucoup de sensibilité. Un vrai petit bijou !

  6. Quel beau roman ! je l’ai lu à sa sortie et relu aujourd’hui et je suis toujours complètement sous le charme de ce merveilleux roman et partage complètement ton analyse .
    Passage qui m’a émue entre autres: « … J’allais pouvoir enfin répondre à une question que je me posais tout le temps. Comment font les autres enfants pour vivre sans Mes parents? »

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