Smith, Patti «Glaneurs de rêves» (2014)

Smith, Patti «Glaneurs de rêves» (2014)

112 pages, 20 illustrations [Woolgathering]

Résumé : Dans ce récit autobiographique bref et lumineux, Patti Smith, qui a été distinguée par le National Book Award, revient sur les moments les plus précieux de son enfance, les convoquant avec un réalisme saisissant qui confine au fantastique. L’auteur mêle l’évocation de la petite fille qu’elle était à des souvenirs à la fois authentiques et imaginaires de sa jeunesse new-yorkaise, passée parmi les cafés de la rue MacDougal. Glaneurs de rêves, dont l’écriture a été achevée le jour du quarante-cinquième anniversaire de Patti Smith, dans le Michigan, a été initialement publié aux États-Unis sous la forme d’un mince volume. Vingt ans plus tard, le texte est réédité et paraît enfin en France dans une version augmentée, complétée de fragments inédits et accompagnée de nouvelles photographies et illustrations.

Mon avis : J’avais envie de lire ce livre depuis que j’avais entendu l’interview de Patti Smith par François Busnel lors d’un déplacement à New York de La grande Librairie (émission du 27.11.2014). Un petit opus qui mêle poésie et souvenirs. Elle parle de son enfance dans une famille de la classe moyenne ou il fallait se battre pour exister, comme c’est toujours le cas dans le monde artistique dans lequel elle vit. La poésie… l’essence même de Patti Smith. Dans ce petit livre, elle nous invite dans son enfance, dans le temps de l’innocence, dans le temps où elle croyait à l’existence d’un autre monde, peuplé de djinns et d’autres personnages de contes de fée. De son amour et du fil qui la reliait à sa chienne, par delà les sentiments, jusqu’à la mort…

Extraits :

Je n’avais jamais l’impression que la capacité de vaincre venait de moi. Il me semblait toujours qu’elle se trouvait dans l’objet lui-même. Un éclat de magie animé par mon toucher. De cette façon, je trouvais de la magie en toutes choses, comme si toutes choses, tous les fragments de la nature, portaient l’empreinte d’un djinn.

on escaladait le mur de pierre qui protégeait, tels les bras d’une mère, le cimetière des Amis

arracher une pensée fugace, telle une touffe de laine, au peigne du vent.

Détendu, sous le ciel, il médite sur tout et rien. La nature du travail. La nature de l’oisiveté et le ciel lui-même avec ses masses qui se gonflent si près qu’on pourrait attraper un nuage au lasso pour y poser sa tête ou s’en remplir le ventre.

Attention à la façon dont tu dénudes ton âme
Attention à ne pas la dénuder tout entière

Des pages de calligraphie éparpillées tels les câbles du monde.

Tous les hommes sont frères. Si seulement c’était vrai. Et le marin pourrait dormir en paix dans le cratère du désert et le musulman dans les bras d’un vaisseau chrétien

Elle sait, me suis-je dit. Elle sait. J’ai cessé d’essayer de cacher ce qui allait se passer et je lui ai tout dit, sans mots. Je lui ai dit par mes yeux, de tout mon cœur.

Je n’ai pas pleuré. La complexité de mes émotions était si profonde qu’elle me portait au-delà du royaume des larmes.

Et dans mes voyages, lorsque je vois une colline constellée de moutons ou une équipe d’ouvriers agricoles qui se reposent à l’ombre des noisetiers, je suis prise d’un désir nostalgique de redevenir celle que je n’ai pas été.

Mais mon bureau m’attend pour écrire, mon journal ouvert, mes plumes d’oie, mes encres, et des mots précieux restent à moudre.

…quelque chose dans l’atmosphère – la lumière filtrée, le parfum des choses – m’a ramenée dans le passé…

Comme nous sommes heureux lorsque nous sommes enfants. Comme la voix de la raison étouffe la lumière.

photo : bol thibétain 1996( Photo scannée du livre de Patti Smith )

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