Ellena, Jean-Claude « Journal d’un parfumeur » (2011)

Ellena, Jean-Claude « Journal d’un parfumeur » (2011)

L’auteur : Né à Grasse, en Côte d’Azur, d’un père parfumeur, Jean-Claude Ellena a débuté à l’âge de seize ans chez Chiris avant de rejoindre l’école Givaudan de Parfumerie en 1968 à Genève.Il a réalisé de nombreux parfums à succès parmi lesquels First (1976) pour Van Cleef & Arpels, l’Eau parfumée (1992) pour Bvlgari ou Déclaration (1998) pour Cartier. Il devient le parfumeur exclusif de la maison Hermès en 2004.

Résumé :

Pendant un an, j’ai tenu ce journal de façon assidue ou plus relâchée, décousue, sporadique, régulière, souhaitant partager quelque aperçu sur la vie d’un nez. J’imaginais que dans le désordre apparent de cette pensée ainsi exposée, au-delà des digressions ou des chemins de traverse, le lecteur entrant dans mes pas pouvait se construire une vision globale assez fidèle, significative, de ce qu’est la réalité d’un compositeur de parfums. Le fait est que beaucoup d’éléments de ma vie sont tendus vers cette forme d’expression particulière qu’est la composition d’un parfum. Mes pensées quotidiennes m’y ramènent souvent, en tout cas finissent toujours par y revenir, comme si j’étais tissé de cela. Les odeurs sont mes mots. Le maniement que j’en ai découle d’une logique, d’un instinct, d’un travail que je crois comparables à la démarche d’un écrivain lorsqu’il s’attelle à un livre. Je sais aussi que ce métier, parce qu’il est un art, est irréductible au langage et aux concepts. Avec ce journal, j’ai voulu simplement partager une expérience.

Mon avis :

Au moment où l’envie de trouver un nouveau parfum me titille, je viens de lire ce petit livre du « nez » d’Hermès. Depuis toujours les parfums ont marqué ma vie. Les odeurs ravivent les souvenirs. « Mitsouko » et ma grand-mère se matérialise dans ma mémoire… « Shalimar » et Maman surgit… « Paris » me fait penser à une autre personne qui m’était très proche…

L’auteur se décrit comme un « écrivain d’odeurs », il compose par touches, par notes . En nous offrant ce journal, il nous parle de son univers de sa vie, de sa façon de créer. Il n’hésite pas à critiquer le coté marketing, nous entraine dans les effluves, dans la nature.. Il fait le parallèle avec d’autres plaisirs de la vie, la cuisine, le vin, mais aussi les promenades sur les marchés, dans la forêt. A la fois artiste et artisan, il nous fait partager sa recherche et son cheminement. J’ai beaucoup aimé. Le livre est suivi d’un « abrégé d’odeurs » Là… Je rêve nettement moins.. le mot « jacinthe » me fait voyager… Mais « alcool phényléthyque – acétate de benzyle-galbanum » ne me fait pas du tout penser à mon parfum…..

 

Extraits:

« L’odeur est un mot, le parfum est la littérature. «

« Un parfum ne se raconte véritablement que lorsqu’il est senti et porté.

J’aime le plaisir quand il est partagé, c’est ma définition du luxe. Je transpose cette vision aux parfums que je crée et qui sont, pour la plupart, à partager. »

« Plaisir, petit plaisir : j’aime les plaisirs volés au quotidien, ils éclairent la journée. Ils sont banals, ils ont le gout des redites, ils sont rassurants. En faire l’impasse, ce serait se priver de ces joies qui rendent la vie supportable. »

« Je lis du bout des lèvres en articulant les mots en silence. J’ai besoin d’entendre dans ma tête la musique des mots, le rythme des phrases, les silences.

« Si, traditionnellement, le parfumeur est comparé à un compositeur de musique, je me suis toujours senti écrivain d’odeurs. »

« Pour les non-initiés, découvrir un parfum par la liste de ses matériaux, c’est comme lire les ingrédients d’une recette de cuisine avec la frustration de ne pouvoir imaginer le goût du plat. »

« Comment avais-je pu être séduit à ce point et lassé si vite ? Comment faire pour que mes parfums ne se réduisent pas à une seule lecture ?

« Le rapport amoureux que j’ai eu avec lui n’aura duré que le temps de sa création. »

« les familles olfactives étaient principalement les floraux, les orientaux, les chyprés, les citrus, les fougères.

« J’aime l’idée qu’à l’âge de vingt ans une femme ou un homme choisissent un parfum et puissent le retrouver à soixante ans, après avoir satisfait quelques infidélités. »

«Le terme « ukiyo » désigne le « monde flottant », lequel est issu de la philosophie bouddhiste, qui nous invite à méditer sur la beauté poignante des choses fragiles. Elle nous enseigne que le monde est toujours changeant, éphémère, évanescent, et résiste a toute modélisation. Ce terme « ukiyo » fait écho à ma vision du parfum. »

« Est-ce la peur de notre époque ? Nous sommes tous responsables de cette censure excessive qui ne favorise jamais la créativité, et ne fait que l’entraver. »

« Construire une mémoire c’est donner un contour olfactif à l’odeur ou, plus exactement, faire en sorte que l’odeur ne soit plus seulement une forme sensible mais devienne un objet intelligible, afin de pouvoir être utilisé, manipulé, orienté. »

« Pour moi, le parfum murmure au nez, s’adresse à l’intime, se lie à la pensée. »

« Je sais que les mots, et plus encore les odeurs, n’ont pas la même signification pour chacun de nous »

 

Un blog en parle : http://graindemusc.blogspot.ch/2011/04/journal-dun-parfumeur-de-jean-claude.html

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