Sansal, Boualem « Petit éloge de la mémoire »

« Petit éloge de la mémoire. Quatre mille et une années de nostalgie »

Collection Folio 2 € (n° 4486), Gallimard – Parution : 04-01-2007

Série : « Petit éloge » : voir page sur le blog

Résumé : « C’est le plus lointain, celui que j’aime à explorer, qui me donne le plus de frissons. Écoutez-moi raconter mon pays, l’Égypte, la mère du monde. Remplissez bien votre clepsydre, le voyage compte quatre mille et une années et il n’y a pas de halte.

Jadis, en ces temps fort lointains, avant la Malédiction, j’ai vécu en Égypte au temps de Pharaon. J’y suis né et c’est là que je suis mort, bien avancé en âge… »

Mon avis : J’ai découvert Boualem Sansal en lisant «2084. La fin du monde» comme beaucoup de personnes je pense mais je suis un peu passée à coté de l’engouement général… . Comme j’aime cette série « Petite éloge », j’ai continué ma découverte de l’auteur. Et puis, quand on me parle d’Egypte… je lis… Sa nostalgie est segmentée en trois périodes de l’histoire : L’Egypte, la Numidie, l’Algérie. Trop factuel, trop de références, qui s’enchainent en toute logique certes mais sont trop livre d’histoire/géo ; Alors oui, le thème est passionnant ; le passé et le coté historique très instructifs ; je comprends le chemin pour nous amener à sa conclusion mais un peu indigeste quand même. A part ça, très bien écrit et nombre de phrases/citations parlantes. Une fois encore, pas convaincue. Intéressée mais pas accrochée.

Lire aussi ce commentaire : http://la-plume-francophone.over-blog.com/article-24146958.html

Extraits :

la nostalgie, le mal du pays comme on dit, est une richesse, un formidable gisement. Le tout est de savoir où est son pays, ce qu’il a été, ce qu’il est devenu, comment et pourquoi on s’en est éloigné, et par quel fil on s’y rattache encore. C’est tout le problème. Cela fait que souvent la nostalgie mène à l’errance, à l’apathie, à la colère, au renoncement. Au mieux, on s’invente un mythe et l’on s’y réfugie comme dans une prison.

La nostalgie est comme la spéléologie, une démarche risquée, on entre en soi, on avance pas à pas dans les profondeurs de son âme, de sa mémoire, de son histoire, avec toujours l’espoir d’atteindre le fond et de pouvoir retrouver le chemin du retour.

l’Égypte, la mère du monde. Remplissez bien votre clepsydre, le voyage compte quatre mille et une années et il n’y a pas de halte.

je faisais l’apprentissage de la nostalgie et découvrais combien elle aide à passer les jours, à se reposer de ses peines, à échanger des rêves, à se construire un avenir commun.

le temps est avant tout une illusion et la mémoire une sensation fugitive.

Ainsi vont les choses, on palabre pour s’aider à passer les jours, à se reposer de ses peines, puis on échange des rêves et des amabilités et l’on se construit un avenir commun.

Pourquoi, comment, je ne le sais pas, l’histoire donne peut-être la direction mais la géographie a le dernier mot.

Si le Nil, l’Euphrate, le Gange furent sacralisés, c’est bien que la civilisation sur leurs rives a atteint des cimes et donné le vertige aux hommes.

L’histoire a deux portes, la monumentale par laquelle s’invitent les conquérants et les bâtisseurs d’empires, et une petite, dérobée et branlante, par laquelle disparaissent les perdants et les oisifs.

La légende commence où s’arrête l’histoire.

Comme le roulement de tonnerre survient après l’éclair, le mal arrive après le choc et parfois si longtemps après qu’on y voit un nouveau coup des dieux.

C’est par le rêve et l’imagination que l’on peut sonder le passé lointain et c’est bien ainsi, nos lointains descendants oublieront nos misères et nos mesquineries et nous verront avec des yeux pleins d’enthousiasme.

C’est la nostalgie que j’ai de ce temps qui m’a permis de combler les trous et de mettre de la vie là où tout me semblait mort et de la lumière là où nos oublis avaient installé l’obscurité.

Lire l’histoire ne suffit pas, il faut chercher en soi et imaginer.

Les dieux qui font et défont le monde, les héros qui font et défont les empires, comptent moins que les résistants dans le cœur des hommes. Ceux-là sont au plus près de notre nostalgie, ils disent le combat éternel pour la liberté.

Les princes et les notables se rendaient à Rome ou à Athènes comme aujourd’hui nos raïs et nos vizirs vont à Paris ou à Genève se soigner, faire des affaires, leur marché, visiter des proches, mener grande vie.

Les Berbères ne sont jamais plus imprévisibles que lorsqu’ils se montrent infiniment patients.

Je le disais, la nostalgie ouvre parfois sur des gouffres insondables, des contradictions mortelles.

Nous connûmes les premiers schismes et pareillement nous fûmes sommés de choisir. Des conciles se tinrent dans la précipitation, on condamnait, on consacrait, sans parvenir à la paix. Tous voulaient la paix, leur paix, et c’était le problème.

Il n’y a pas mieux que les poètes pour voir clair quand règnent l’obscurité et le désordre. Mais qui comprend les poètes sinon les poètes eux-mêmes et les rebelles ?

« L’Algérie est terre, l’Algérie est soleil, l’Algérie est mère, cruelle et adulée, souffrante et passionnelle, caillouteuse et nourricière. Plus que dans nos zones tempérées, s’y vérifient l’imbrication du bien et du mal, la dialectique inextricable de l’amour et de la haine, la fusion des contraires qui se partagent l’humanité », dira Camus deux mille ans plus tard.

La Numidie entrait dans une ère nouvelle, elle était le Maghreb, le couchant, l’occident de l’Arabie, et peu à peu les Berbères perdirent ce qui faisait d’eux des Berbères, ils s’arabisèrent et se proclamèrent Arabes. Le zèle poussa certains à se croire plus authentiques que les vrais, ils détruisirent tout ce qui pouvait rappeler leurs origines et leurs croyances passées. Il en est ainsi, le reniement de ce qu’on a été est le premier acte de foi.

Les  peuples devraient toujours pouvoir suivre leur voie, en elle est leur génie et leur substance vitale. C’est triste de les voir dérailler parce que quelque part un étranger, un mage, un roi, un empereur, un calife, un président, l’a décidé.

Les civilisations doivent-elles toujours s’affronter, faut-il que l’une disparaisse pour que l’autre s’épanouisse sur ses cendres ? Il en a été ainsi depuis les origines mais on aimerait maintenant que ça cesse.

Les usages étaient formés, les sillons tracés, les rêves bornés, il suffisait de régler son sablier et de suivre le cours lancinant des choses. La baraka pourvoyait au reste et le mektoub passait le tout aux pertes et profits de l’histoire.

On ne sait pas toujours où mène la nostalgie, il suffit de rien, un air qui passe, un mot, une idée, et on part là plutôt que là.

ma nostalgie se nourrit d’événements précis, de choses concrètes, de chiffres honnêtes, l’imagination à partir de la fumée je m’en méfie.

nous avions perdu la force de marcher vers le futur, ce lieu unique, qui n’est ni du nord ni du sud, ni de l’est ni de l’ouest, ni chrétien ni musulman ni athée ni païen, où Dieu et la vérité des vérités attendent l’humanité depuis le commencement des temps.

Eux n’avaient pas de rêves, la réalité leur appartenait.

Ce qui reste lorsque tout est passé, c’est bien la pierre.

la nostalgie même parcellaire aide à passer les jours, à se reposer de ses peines, à échanger des rêves, à imaginer un avenir meilleur.

Si longue soit l’absence, le présent nous attend, il nous requiert. Le présent c’est aussi de l’histoire, ma foi, de l’histoire en marche.

Photo : Abou-Simbel

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