Conrad, Joseph « Typhon » (1901) 196 pages
Auteur : Écrivain britannique d’origine polonaise, Józef Teodor Konrad Korzeniowski est né en le 3 décembre 1857 près de Berditchev dans la partie aujourd’hui Ukrainienne de la Pologne à cette époque occupé par les Russes, et mort le 3 août 1924 à Bishopsbourne, est un écrivain polonais de langue anglaise. Orphelin à l’âge de douze ans, recueilli par un oncle, il se passionne pour la géographie, les atlas, la mer et rêve d’explorer les zones blanches sur les cartes de l’Afrique.
Il remonte le Congo en août 1890. Là, le choc est terrible, il rencontre une colonisation engluée dans une spirale d’une extrême violence. Les zones blanches des atlas de son enfance portent maintenant des indications, des noms, mais partout règnent les ténèbres.
Romans principaux : La Folie Almayer -Un paria des îles – Le Nègre du Narcisse – Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness 1899) – Lord Jim – Typhon (Typhoon 1901) – Fortune – Victoire – La Flèche d’Or – Le Frère-de-la-Côte
La Guide du livre – Lausanne – 31.05.1937 – 196 pages (avec lithographies originales de Charles Clément et préface d’’André Gide) / Livre de poche – 01.09. 1973 ) 154 pages
Typhon (Typhoon) – traduit en 1918 par André Gide
Résumé :
Commandant le Nan-shan, le capitaine Mac Whirr est un homme taciturne. Voguer sur la mer de Chine pendant la saison des typhons ne l’inquiète pas vraiment. Quand, pendant la traversée, il voit l’aiguille du baromètre chuter comme il ne l’a jamais vue auparavant, sa première réflexion est qu’un sale temps se prépare. La mer grossit et déjà le navire embarque de l’eau. Sur le pont inférieur, deux cents coolies chinois voyagent dans des conditions effroyables. Quand son second lui suggère de changer de cap pour éviter le gros temps, il refuse, un détour impliquant des frais supplémentaires pour l’armateur. Mac Whirr est-il complètement inconscient?…
Mon avis:
J’ai lu plusieurs livres de Conrad dans ma jeunesse et j’apprécie toujours autant. Une fois encore, les ténèbres sont au centre du récit…
Un navire de commerce navigue au XIXème siècle sur la Mer de Chine et son commandant va vite se rendre compte que les typhons du détroit de Taïwan n’ont pas usurpé leur réputation! La tempête sera vécue par le capitaine comme une attaque personnelle, et bien malin sera celui qui saura si le navire résistera aux éléments ou coulera corps et âmes. La cargaison et les passagers – 200 coolies chinois qui rentrent à la maison avec toutes leurs possessions après avoir travaillé durant plusieurs années au Siam – débarquerons-ils dans le port chinois de Fou-tcheou?
Quand la baisse du baromètre se confirme, que la houle traversière s’intensifie… le Nan-Shan est un bon navire très récent (trois ans) qui navigue sous la responsabilité du capitaine, Mac Whirr, qui ne semble pas préparé à affronter des éléments déchainés, et qui sous-évalue la situation, dirigeant le navire droit sur le typhon au lieu de se dérouter en fonction des alertes météo pour arriver dans les temps et sans gaspiller de carburant…
Je vous laisse vivre ce roman, trembler, affronter le vent, la pluie, les rafales… car c’est un roman qui se vit et se ressent … Je vous laisse trembler.. et fréquenter des marins qui vont osciller entre bravoure et désespoir, entre rage de survivre et peur, entre envie d’aider les autres ou agir pour leur propre compte… entre incompétence et réaction…
Personnellement j’ai été prise aux tripes et revenu cette tempête une nouvelle fois en m’accrochant au bastingage. Inutile de vous dire que la traduction d’André Gide y est sans doute pour quelque chose… Et même si le typhon est au coeur du roman, les relations entre les quelques personnages et la manière de se comporter sont au moins aussi importantes que la tempête!
Extraits:
De tempérament non plus loquace que taciturne, il trouvait à vrai dire très rarement l’occasion de parler. Restaient naturellement les questions de service – instructions, ordres, etc., mais le passé étant, à ses yeux, bien passé, et le futur n’étant pas encore, il estimait que les menus événements de chaque jour ne méritent pas le plus souvent, de commentaires, – et que les faits parlent d’eux-mêmes avec une insurpassable précision.
Le capitaine Mac Whirr avait parcouru la surface des océans, comme certaines gens glissent toute leur vie durant à la surface de l’existence, qui se coucheront enfin tranquillement et décemment dans la tombe, – qui n’auront rien connu de la vie, qui n’auront jamais eu l’occasion de rien connaître de ses perfidies, de ses violences, de ses terreurs.
Sur terre et sur mer, il existe de ces gens ainsi favorisés – ou ainsi dédaignés par le destin et par la mer.
Une autorité incontestable lui eût-elle annoncé que la fin du monde sera due à un trouble catastrophique de l’atmosphère, il aurait assimilé cette information à la simple idée de « sale temps » et pas à une autre, parce qu’il n’avait aucune expérience des cataclysmes, et que la foi n’implique pas nécessairement la compréhension.
La noirceur lointaine du ciel, à l’avant du navire, semblait une seconde nuit vue à travers la nuit étoilée de la terre, une nuit sans étoiles, gouffre d’obscurité par-delà l’univers créé, et dont la déconcertante tranquillité apparaîtrait dans une échancrure de l’étincelante sphère dont notre terre forme le noyau.
Il s’efforçait de scruter les intentions cachées de cette attaque, d’en supputer les directions, les ressources, à la manière des marins vigilants dont le regard plonge dans l’œil du vent comme dans l’œil d’un adversaire. Mais le vent qui fonçait sur lui surgissait de l’obscurité.
Ce fut je ne sais quoi de formidable et de prompt, pareil à l’éclatement soudain du grand vase de la Colère.
Un tremblement de terre, un éboulement, une avalanche s’attaque à l’homme incidemment pour ainsi dire et sans colère. L’ouragan, lui, s’en prend à chacun comme à son ennemi personnel, tâche à l’intimider, à le ligoter membre à membre, met en déroute sa vertu.
Dans une sorte d’hallucination, un carrousel de visions fugaces (on dit qu’un homme qui se noie revoit ainsi en un instant toute sa vie) lui remémora quantité de faits sans aucune relation avec la situation présente.
Se plier patiemment à tous les caprices d’un navire désemparé au milieu de la furie des vagues et dans le cœur même du vent – voilà quel était leur travail.
Le navire fatiguait sans relâche parmi les noires collines des eaux, payant par ce rude ballottement la rançon de sa vie.
One Reply to “Conrad, Joseph « Typhon » (1901) 196 pages”
Ancienne édition ou traduction assez récente ?
Celle de François Maspero (petit-fils d’un Maspero bien connu… Gaston) peut -être ?