Colombani, Laetitia «La tresse» (05.2017)

Auteur : Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman.

Grasset, 224 pages, 10.05.2017 – Prix Relay 2017

Résumé : Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté. Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école. Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée. Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.  Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Mon avis : Merci Laurence et Corinne d’avoir dit que ce livre était un coup de cœur. Je viens de le terminer et j’ai beaucoup apprécié aussi. Un excellent premier roman qui nous parle de trois femmes dont les vies vont être liées par … une tresse de cheveux.
Trois femmes soumises de manières différentes ( une intouchable en Inde, une femme en Sicile, une femme avocate dans le monde des hommes) dont la vie bascule en quelques secondes et qui vont vouloir sortir de leur condition (la caste des intouchable en Inde, la société patriarcale en Italie, l’alliance impossible de la vie familiale et de la carrière au Canada)

3 combats contre l’exclusion :
Pour l’ Indienne : sa fille doit sortir de sa condition et pour cela elle doit apprendre à lire et à écrire
Pour la Sicilienne : sa rébellion commence aussi par la lecture, puis par l’ouverture au monde par la rencontre avec un étranger qui est en plus d’une autre religion … un sikh dans un univers catholique
Pour la Canadienne : l’exclusion et la perte de son identité sociale, sa mise à l’écart due à la maladie, cette « différence » dont on la punit…

Ces trois destins tissés ensemble au-delà des frontières entremêlent trois fils : volonté de changer les choses, foi en l’avenir et refus du renoncement. Refus de subir sa vie et son destin, refus des traditions qui empêchent les rêves de se réaliser, refus de baisser les bras.

Très beau moment de lecture qui a pour message « On y croit, on avance, tout est possible… »

Extraits :

Sarah avait ainsi construit un mur parfaitement hermétique entre sa vie professionnelle et sa vie familiale, chacune suivant son cours, telles deux droites parallèles qui ne se rencontrent pas. C’était un mur fragile, précaire, qui se fissurait parfois, et s’effondrerait peut-être, un jour. Qu’importe.

Les quelques secondes qui suivent sont floues, confuses, comme si la réalité peinait à faire le point, et se mêlait au rêve qui vient de s’achever.

Une question, plus que toute autre, la tourmente : aurait-elle dû intervenir ? Et qu’aurait-elle pu faire ? Elle se sent coupable de sa passivité.

Si l’administration l’a régularisé, le pays ne l’a pas pour autant adopté. La société sicilienne regarde de loin ses immigrés, les deux mondes se côtoient sans se parler. Kamal avoue regretter son pays. Lorsqu’il l’évoque, un voile de tristesse l’enveloppe, comme un grand manteau flottant autour de lui.

Un peu comme on cache une liaison extraconjugale, elle va organiser l’anonymat de sa maladie. Elle sait faire ça, compartimenter sa vie, elle a des années de pratique. Elle va continuer la construction de son mur, encore plus haut, toujours plus haut.

Devant le spectacle de la mer, parfois, son regard se perd. Son manteau de tristesse alors réapparaît, l’enveloppe tout entier.

La religion sikh, explique-t-il, considère qu’une femme a la même âme qu’un homme. Elle traite de manière égale les deux sexes.

Signe révélateur de cette égalité, les prénoms sikhs sont mixtes, indifféremment utilisés pour les hommes et les femmes. Seul le deuxième nom les différencie : Singh pour les hommes, qui signifie « Lion », et Kaur pour les femmes, qu’il traduit par « Princesse ».

Leurs amours sont clandestines. Ce sont des amours sans papiers.

Elle n’oublie qu’une chose, pourtant apprise durant ses années de métier : lorsqu’on nage parmi les requins, mieux vaut ne pas saigner.

elle est politique, selon l’expression consacrée, un mot élégant pour dire : fourbe, pour dire : qui va dans le sens des puissants. Un mot qui signifie : qui n’a pas peur des coups bas.

Elle pensait gérer la maladie à la manière d’un dossier, avec méthode, application et volonté.

Une femme chauve, c’est une femme malade, peu importe qu’elle ait un pull magnifique, des talons hauts, un sac dernier cri, personne ne les remarquera, il n’y aura rien d’autre que ça, ce crâne nu qui est un aveu, une confession, une souffrance. Un homme rasé peut être sexy, une femme chauve sera toujours malade

 

2 thoughts on “Colombani, Laetitia «La tresse» (05.2017)

  1. J’ai effectivement eu un vrai coup de cœur pour ce très beau petit roman qui nous relate trois tranches de vie de femmes, trois destins reliés entre eux comme les trois brins de la même tresse.

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