Chomarat, Luc «Le dernier thriller norvégien» (2019)

Chomarat, Luc «Le dernier thriller norvégien» (2019)

Auteur : Français, né à Tizi-Ouzou (Algérie) , 1959. Luc Chomarat est publicitaire et écrivain, auteur de roman policier et de littérature d’enfance et de jeunesse.
Directeur de Création, fondateur de l’agence La Fabrique de Pub depuis 2012, il a vu ses campagnes publicitaires récompensées à plusieurs reprises, aussi bien par des prix créatifs (Lions, Clio awards, Eurobest) que d’efficacité (Effi, 66.3).

La manufacture – 6.6.2019 – 206 pages/ Points policier – 18.06.2020 – 216 pages

Résumé : Delafeuille, l’éditeur parisien, débarque à Copenhague pour y rencontrer le maître du polar nordique, au moment même où la police locale est confrontée à un redoutable serial killer : l’Esquimau. Coïncidence ? A peine installé à l’hôtel avec le dernier roman de l’auteur, Delafeuille découvre que la réalité et la fiction sont curieusement imbriquées… et qu’il pourrait bien être lui-même, sans le savoir, un personnage de ce thriller nordique.
Tueur fou, flics au bord de la crise de nerfs, meubles Ikéa, livre à tiroirs, tempête de neige, ours polaires, Sherlock Holmes et la petite fille aux allumettes : Luc Chomarat nous livre une épopée littéraire jubilatoire, un tour sur le grand huit où le rire le dispute au vertige.

Mon avis : Bon l’année commence par un flop… Ça c’est fait ! Bon je ne vais pas dire que cela m’étonne car une âme charitable m’avait avertie, mais le livre était dejà là, car il faut bien dire que le quatrième de couverture était alléchant.
Bon reconnaissons une qualité au livre : il est COURT !
Mais je n’ai pas du tout aimé. Pourtant j’aime bien en général les histoires quelque peu déjantées. Mais je dois dire que je n’ai rien trouvé de jubilatoire et que je n’ai pas même souri ( si une fois) . Bien sur il y a quelques bonnes réflexions, l’idée de départ était bonne mais rien pour sauver ; de plus mon humour à moi n’apprécie pas la vulgarité sexiste. Alors certes il y a un hommage aux auteurs de thrillers nordiques (Sjöwall et Wahlöö, Jo Nesbø ? Indridasson, Mankell, Michael Larsen ) , il y a la bonne idée d’intégrer le personnage de Holmes au casting, une réflexion sur les livres papiers, mais cela ne pèse pas lourd dans la balance… et c’est très dommage car il y avait matière à m’intéresser (et j’ai appris ce qu’étaient les « Upanishads ») mais les personnages m’ont carrément semblé tous plus repoussants les uns que les autres…
Si cela avait été le dernier livre de 2020, cela aurait été dans la continuité an-foiré… Mais comme c’est le premier de 2021, on va dire que c’est un rappel fausse-note et que les prochaines lectures ne pourront être que meilleures… Mais attention, ce n’est pas mon genre d’humour mais cela doit certainement plaire à d’autres.

Extraits :

Il s’assit sur le lit, prit le premier livre sur la pile, contempla la couverture en pensant à autre chose, le reposa. Comme cela lui arrivait souvent à l’étranger, il ressentit une solitude particulière, ce qui n’était jamais le cas à Paris. Ce n’était pas tant le fait d’être seul que celui d’être loin de ses lieux familiers : le Select, le Bonaparte, les Éditeurs, ces établissements où il était connu et accueilli comme il se doit, et sa promenade habituelle aux jardins du Luxembourg, et les petites librairies qui se faisaient rares, mais où il aimait encore à fureter de temps à autre. Tout cela semblait soudain si loin, presque irréel.

Si je suis un personnage de fiction, je peux faire ce que bon me semble, y compris voyager à travers les siècles.

Il sursauta. Ses yeux allèrent du livre à la porte. Où était la réalité ?

Holmes tira calmement sur sa pipe.
– Ce que vous dites n’a aucun sens. Et pourtant, quand on a éliminé l’impossible, ce qui reste doit être la vérité, si improbable soit-elle.

Les Upanishads, vous n’êtes pas sans l’ignorer, sont des textes très anciens, du ve siècle avant Jésus-Christ me semble-t-il. Des textes sacrés de l’Inde. C’est l’aboutissement des Veda. Leur importance est absolument hors de portée de nos esprits étriqués et calculateurs. Songez qu’on y trouve les racines profondes de tous les grands courants philosophiques d’Orient, notamment l’hindouisme et le bouddhisme. Ce n’est pas totalement hors de propos, dans la mesure où ces gens-là remettent depuis toujours en question la notion de réalité, au sens que vous et moi avons l’habitude de donner à ce terme.

Est-ce que vous croyez qu’on peut à la fois lire un livre… et être à l’intérieur ?

Là, quelque chose m’échappait. J’étais censé être l’auteur. Celui qui décide des événements. J’avais prévu des passages porno­graphiques avec cette créature. De quel droit m’envoyait-elle paître ? Je sais bien que certains personnages finissent par faire un peu ce qu’ils veulent, en dépit de ce qui était prévu au départ. Mais enfin, là, tout de même. Je n’étais plus maître chez moi. Enfin, quoi, mon propre manuscrit !

Mais en tant qu’homme, vous aviez une qualité. Vous étiez vous-même.
– Je le suis toujours. Comment faire autrement ?
– Mais non, vous n’êtes plus le même. Vous essayez de suivre la tendance. Vous avez perdu toute intégrité.

Les médias l’avaient toujours décrit comme un monstre insensible. Rien n’était plus faux. Il était très sensible au froid.

Le chat de Schrödinger est, si vous voulez, un cas d’énigme en chambre close qui ne présente pas de solution.

Si vous aimez les livres, vous les aimez comme des amis, vous aimez les sentir près de vous. Ils sont en plus ou moins bon état, à cause de la relation que vous avez eue avec eux, la relation physique je veux dire. Vous pouvez y retrouver, à votre surprise, une lettre qui vous a servi de marque-page, des années plus tôt. À l’époque où on écrivait encore des lettres. Peut-être y a-t-il une dédicace personnelle sur la page de garde, une dédicace de l’auteur, ou celle d’un proche. Peut-être qu’on vous l’a offert, ce livre. Je ne sais pas, je n’ai pas vraiment d’argument. L’écriture, de toute façon, est en train de disparaître. Les gens pianotent beaucoup, mais ils n’écrivent pas. Un mail, ou même un SMS, ce n’est pas une lettre d’amour. Nombre d’intrigues actuelles se servent de cet argument, d’ailleurs. On sait qu’un SMS provient de tel ou tel numéro, c’est-à-dire de tel ou tel appareil, mais cela n’indique pas avec certitude l’auteur du message. »

C’est un problème culturel. Pour résister à l’époque, il faut avoir une tradition.

« Eh bien, à mon avis, le rôle d’un artiste, donc d’un écrivain, est d’introduire le doute là où il y avait certitude. Un peu le contraire du politicien, si vous voulez. »

Il sentit que le livre lui échappait, se refermait entre ses genoux. Avec un sourire bienheureux, il glissa dans le sommeil, et dans le monde des rêves, où rien n’a changé depuis le début des temps, et où pourtant, tout est encore possible.

 

 

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