Fagan, Jenni « La Sauvage » 2013

Fagan, Jenni « La Sauvage » 2013

Auteur :

Née en Ecosse, Jenni Fagan vit à Edinbourg. Grâce à ses éxcellents résultats en « creative writing » à l’Université de Greenwich, elle obtient une bourse d’honneur à la Royal Holloway de Londres. Elle a remporté les prix du Dewar Arts et du Scottish Screen, entre autres pour ses écrits poétiques. Elle a publié de la poésie et gagné des prix décernés par l’Arts Council England, le Dewar Arts, et le Scottish Screen, entre autres. Elle a été nominée à deux reprises pour le Pushcart Prize. Elle puise son inspiration notamment dans sa profession, puisqu’elle travaille comme écrivain dans les hôpitaux et les prisons.

Résumé :

Anaïs s’est violemment débattue pour échapper à la police. Sa jupe est tachée de sang, mais tout ce dont elle se souvient c’est d’un écureuil. Elle est conduite au Panopticon, un centre pour adolescents difficiles, où elle rencontre d’autres gamins tout aussi paumés. Ensemble, ils forment une petite société violente et cruelle, qui résiste à l’institution et cultive l’espoir de s’en sortir. Le quotidien oscille entre fugue et défonce, au milieu de travailleurs sociaux dépassés ou indifférents. Trimbalée de foyers en familles d’accueil depuis sa naissance, Anais, persuadée d’être un sujet de laboratoire, décide de mettre fin à l’expérience et de reprendre sa liberté. Dans un style rageur, brillant, plein de l’énergie de ses personnages, Jenni Fagan nous communique sa tendresse pour cette héroïne touchante et vitale autour de laquelle elle construit son roman.

Mon avis:

Un article sur un blog m’avait donné envie de lire ce livre.  Alors la baffe! Je ne sais pas à quoi je m’attendais , mais pas a un pareil tsunami ! Un livre qui prend aux tripes, qui fait pénétrer dans la tête et l’univers des enfants trimballés de centres d’accueil (ou de détention ?) pour enfants/ado abandonnés ou difficiles. Roman ou témoignage de la descente aux enfers ou de la montée au ciel … Monde de violence, d’échappatoires et de fuite, excursion dans la violence et le monde de la drogue. Description aussi des assistants sociaux, des personnes en charge, des préjugés… Difficile de s’en sortir si personne ne veut croire en vous, et ou le plus simple est d’enfermer les jeunes pour les empêcher de nuire… Une question… Une fois que la vie vous colle l’étiquette de nuisible et d’irrécupérable… peut-on s’en sortir ? Un livre qui remue, qui dérange…

Voir article sur le blog de « la cause littéraire » ( sans la lecture de cet avis, je n’aurais jamais lu cette romancière) :

Extraits :

When liberty comes with hands dabbled in blood it is hard to shake hands with her.  (Quand la liberté arrive avec des mains tachées de sang, il est difficile de lui serrer la main.) Oscar Wilde

Ils m’observent quand je fixe la lune jusqu’à ce qu’elle détourne les yeux

C’est pareil en taule ou à l’asile : notoriété égale respect. Genre, si t’as été dans un foyer avec un vrai psychopathe et qu’il dit que t’étais cool ? Alors tu seras un peu plus en sécurité dans le prochain. Si c’est un vrai barge qui s’est porté garant pour toi, on te fera encore moins chier. J’ai pas de souci à me faire pour ce genre de truc. C’est moi la vraie barge. On s’entraîne seulement pour la vraie prison. Personne en parle, mais c’est statistique. Ça ou le trottoir.

Tu as une préférence religieuse, Anaïs ? – Païenne. Trois quarts sorcière, magie blanche à l’évidence. Enfin, à peu près. – À l’évidence, répond-elle.

Je suis tellement imparfaite que c’en est scandaleux. Naze de chez naze

Ça fait tellement poli – comme s’il y avait eu des vaches sur la route et qu’on avait dû attendre qu’elles se poussent

Je déteste me battre. En fait, je suis pacifiste mais si tu te bats pas, tu te fais massacrer

Le ciel est une vaste étendue noire. Chaque étoile qui brille là-haut est un trou minuscule qui laisse passer une pure lumière blanche. T’imagines qu’il y ait que de la pure lumière blanche de l’autre côté de ce ciel.

Je l’ai prise en photo avec mon appareil imaginaire – et je l’ai collée dans ma galerie (imaginaire).

On dirait que j’ai besoin de nommer les choses que je vois, juste pour être sûre qu’elles sont bien ce qu’elles prétendent être

Je regrette qu’elle soit si vieux jeu mais elle est comme ça, elle est bien trop carrée pour être un cercle. Moi je suis un cercle. Les cercles sont infinis

Ouais, ma puce, tu peux pas raisonner avec des ordures, tu peux pas parler avec des ordures, tu peux pas fréquenter des ordures parce que s’il y a quoi que ce soit de bon, de gentil ou d’honnête en toi, ils le brisent.

Il y a sûrement quelque chose qui va vraiment pas chez moi. Mais les pensées ne sont pas des actes, les pensées veulent rien dire – à moins que si. Là, t’es foutu. Je n’arrive jamais à comprendre. Pourquoi est-ce que j’ai des pensées comme ça, à moins que je sois mauvaise ? Il y a sûrement quelque chose en moi qui va sortir un jour et tout le monde le verra

Quel que soit l’endroit où tu vis, le cuistot n’est pas quelqu’un qu’il faut mettre en colère

Peut-être que si personne d’autre ne s’en souvient, c’est comme si ces choses s’étaient jamais produites. Alors elles existent plus

Elle est tellement morte, c’est pire qu’un point final

Problème d’identité. C’est marrant, ça. Une cinquantaine de déménagements, trois noms différents, née dans une maison de fous d’une moins que rien que personne a jamais revue. Problème d’identité ? J’ai pas de problème d’identité – j’ai pas d’identité du tout, juste des réactions réflexes et un voile qui disparaît entre ce monde-ci et le suivant

On vit, on meurt, on fait des conneries entre-temps, le monde est flingué par le meurtre, la haine, la bêtise ; et pendant tout ce temps, cet univers infini nous entoure, et tout le monde fait comme s’il n’était pas là

Les yeux des visages font la navette entre moi et le policier, comme si on était à Wimbledon, sauf qu’y a pas d’arbitre

on pourrait tenter de recourir à l’habitude archaïque de la conversation.

– T’aimes la musique ? – Y a que les gens sans âme qui aiment pas la musique. J’adore la musique

La gentillesse est la qualité la plus sous-estimée de la planète

Je me sens vide, maintenant. Vide à l’endroit où il devrait y avoir un cœur. Comme quand tu sais que quelqu’un t’aime, mais que t’es pas assez bien et que ça se terminera. Et que ça sera ta faute, ce n’est qu’une question de temps

s’ils ont un dossier où il est question de bleus ou de bosses à répétition, et que quand t’y vas ils sont tout barbouillés de chocolat, essuie-les. Regarde ce qu’il y a dessous.

Quelqu’un t’a appris à avoir de la classe ou t’es juste née avec

C’est notre propre esprit qui nous tue. L’arme la plus dangereuse du monde, c’est le cerveau

Mais je trouvais que ça avait l’air cool – de voir des trucs que les autres voyaient pas, on aurait dit une histoire sortie d’un bouquin

C’est vrai, les morts reviennent pas, pas même pour une seconde, pour un mot ou un murmure ou un semblant de contact humain. Ils partent et il fait froid, et le froid persiste et tu peux rien y changer

L’obscurité me paraît plus sûre que le jour. Combien de fois le noir a-t-il été mon refuge ?

Je touche ma main très doucement, sous la table, pour que personne ne voie. Presque comme si je me tenais la main. Est-ce que c’est triste de tenir sa propre main ? Si personne ne regardait, je m’étreindrais toute seule. Les bras autour de moi, je me tiendrais, m’accrocherais

La vérité est quelque chose qui arrive en clapotant avec la marée, et qui revient soir après soir – jusqu’à ce qu’elle t’entraîne au large. C’est la lune qui l’apporte. C’est la marée qui la porte. Quand elle descend, la marée vole un bout de la grève. Elle vole des grains de sable, des coquillages et des galets. Elle vole des falaises, des rochers, des échaliers, des arbres, des champs, des maisons, des villages et des petites allées bucoliques. Et, ensuite, elle entraîne tout ça au fond de la mer

5 Replies to “Fagan, Jenni « La Sauvage » 2013”

  1. Ping : La sauvage – fils de lectures
  2. Je suis en train de finir  » les buveurs de lumière » et suis plongée depuis dans cet univers extraordinaire, de refroidissement climatique, de paysages à couper le souffle, de liens qui se tissent, de solitudes qui s’apprivoisent….et je découvre l’avis de Catherine sur son autre livre  » la sauvage ». Cela fait plusieurs fois que je lis que le lecteur a été renversé par l’histoire, le style, les personnages. Je travaille dans le milieu de l’enfance et suis comme beaucoup de mes collègues touchées, en colère, impuissante face à la rage, la douleur de ces enfants, et au peu de réponses apportées par le système. Alors nul doute que je vais vibrer en lisant cet autre livre de Jenni Fagan. Merci de votre avis Catherine !

    1. Très heureuse de lire que le deuxième ( qui est dans ma pile de lectures pour juillet) est aussi percutant que le premier ! Merci pour ce commentaire.

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