Van Cauwelaert, Didier « Le principe de Pauline » (2014)

Van Cauwelaert, Didier « Le principe de Pauline » (2014)

Auteur :  Didier van Cauwelaert cumule prix littéraires et succès public depuis ses débuts. Prix Goncourt pour Un aller simple en 1994, il a publié récemment « Le principe de Pauline » (2014) ,  «Jules» (2015) , On dirait nous (2016)  et « Le Retour de Jules » (2017)  exceptionnels succès de librairie. En tant que metteur en scène, il vient de réaliser pour le cinéma « J’ai perdu Albert » (Roman sorti en 2018)

Résumé

« Pauline avait un grand principe dans la vie : l’amour sert à construire une véritable amitié. Maxime et moi en sommes la démonstration vivante. Nous aurions pu nous contenter d’aimer la même femme, d’être des rivaux compréhensifs… Mais non. Maxime, pour appliquer le principe de Pauline, a voulu devenir mon protecteur. Et c’est ainsi qu’un voyou à la générosité catastrophique a pris en main le destin d’un romancier dépressif. »

Haletant, poignant, irrésistible de drôlerie, le nouveau roman de Didier van Cauwelaert nous plonge dans la tourmente d’une amitié encore plus ravageuse que la passion. »

Mon avis : Et les histoires racontées par cet auteur me parlent toujours autant. Une vraie histoire d’amour doit aboutir à une relation qui dure. Pauline ne veut pas d’une histoire qui divise mais une histoire qui cimente.. Il y a un moment référence, une rencontre dans une librairie. Et il y a aussi un hommage au rôle du libraire… Le pouvoir du libraire qui dit « lisez cela » et le bouche à oreille suit… Une séance de dédicace… pas grand monde mais la rencontre de sa vie.

Dans la bourgade, le centre d’intérêt est la maison d’arrêt… Au départ le héros sera un intermédiaire, puis naitra une histoire à trois qui sera le centre de la vie des trois protagonistes. Un éloge de l’amitié. Un questionnement sur l’amour, le désir, l’amitié, la loyauté, sur la façon dont on se perçoit et dont on perçoit les autres. Mais aussi sur le bonheur, la vie par procuration, le transfert dans la vie des personnages du roman. Le réel et l’imaginaire se mêlent, dans la vie comme dans le roman. Et les touches de notre enfance nous relient aux personnages. L’importance des odeurs (l’importance du choix du parfum) , les sons, le gout ( les Chamonix orange) et les souvenirs. La difficulté de vivre, de s’en sortir, le refus de vivre aussi. Un roman sur le lien entre passé et présent, entre envie et espoir, entre liberté intérieure et extérieure, entre vie « extérieure » et « intérieure », entre ce qui se montre et ce qui se cache.. C’est quoi le bonheur ?

Extraits :

– J’avais hâte de vous connaître. Je vous ai lu. Les deux me paraissaient un peu contradictoires.

Et je suis entré dans un capharnaüm dantesque, où les piles de livres semblaient étayer les murs et soutenir le plafond

Elle occupait l’espace comme si un caméraman avait fait le point sur elle en rendant flou le décor.

Je buvais ses paroles en emplissant mes narines. De près, son odeur évoquait une armoire de grand-mère : lavande séchée et cire d’abeille le disputaient au géranium, avec une pointe de naphtaline. Un parfum inattendu sur une hyperactive de vingt ans, et qui lui allait plutôt bien. Un parfum garde-corps. Un sérieux légèrement empesé pour maintenir dans l’antimite les folies de son âge.

Comment on fait pour oublier l’homme qu’on aime ? Sa voix, ses yeux, sa peau…

La culture en prison, vous savez, ce n’est pas toujours bien vu

– Je pense qu’on a besoin d’écrire quand on n’est pas satisfait de la vie normale. On écrit pour vivre autre chose

– Un romancier, finalement, il est un peu le gardien de ses personnages. Non ?

Puis il est resté plié en avant sur sa chaise, comme un saule pleureur abattu

Et ne me dis pas qu’elle te branche moyen : t’as les yeux qui bandent rien qu’à toucher ta poche.

Une femme, comme tu l’as écrit, c’est pas seulement un cœur et un cul

« Une femme, c’est un tissu de contradictions qui tend vers la synthèse. »

Ils font livre à part

J’ai un grand principe, dans la vie : l’amour, ça sert à fabriquer de l’amitié. Sinon on se plaît, on couche, on se lasse, on se quitte pour aller voir ailleurs, et on s’oublie. Quel intérêt ?

Ai-je vraiment envie, ai-je vraiment besoin de soumettre mes souvenirs à l’épreuve du présent ? Il est encore temps de tourner les talons, de revenir en arrière

je suis comme tout le monde, face au retour impromptu du passé. Ce ne sont pas les regards d’autrefois qu’on redoute, c’est le reflet qu’ils nous renvoient aujourd’hui. Qui peut se croire à la hauteur des espoirs qu’on a jadis placés en lui ? On se dit : malgré les apparences, je suis resté le même. Et alors ? Il n’est pas nécessaire de changer pour se trahir

C’est important, les odeurs, a-t-elle repris au bout d’un moment, sans lien apparent. Je l’ai laissée développer. Mieux valait flotter dans les généralités, finalement, que perdre pied en commentant de travers ce qui venait de se passer entre nous

En même temps, je l’aime comme il est. On ne change pas les gens, à part leur parfum. Je l’ai fait passer d’Eau sauvage à Vétiver, c’est tout. De la rage de vivre à l’isolation boisée.

J’ai toujours du mal à exprimer mes sentiments, à les comprendre. Il n’y a qu’en informatique que j’arrive à trouver les bonnes connexions.

Mais j’étais fou d’elle, fou de désir et d’amitié – oui, elle avait raison, c’était tellement plus riche, plus excitant, plus rassurant que l’amour possessif qui rend idiot, malheureux ou toxique – du moins en ce qui me concerne

Elle est comme ça : elle transforme les citrouilles en princes charmants

Dans sa bouche, le mot amour sonnait moins juste que le mot parrain

C’était un club de torture banal, où des gens ruisselaient en courant sur des tapis roulants sans avancer d’un mètre, tandis que d’autres grimaçaient obstinément pour tenter de repousser des blocs de fonte

Il n’avait pas découvert Dieu, m’écrivait-il, mais il avait découvert l’homme, et ce n’était pas beau à voir.

Le monde est beau dans ma tête.

Je lui ai fait remarquer que si les peintres ont besoin de fixité, les écrivains, eux, se nourrissent du mouvement.

Faire le tri dans mes peurs, mes renoncements, mes refus. Affermir une décision. Et, au bout du compte, laisser le passé reprendre le contrôle…

Le vrai luxe, mon vieux, c’est de pouvoir choisir la personne avec qui tu crèches. Le reste, c’est juste une question de déco

C’est un roman, Maxime. Laisse-moi une part d’imaginaire. – D’accord, mais il faut que je sois vrai. – La vérité d’un roman, ça n’a rien à voir avec l’exactitude des faits

C’était surréaliste de mettre en scène un personnage à moins d’un mètre de son inspirateur, de reconstituer le passé en partageant le présent

– L’île de Ré. – J’adore. J’y ai passé des vacances. – Moi aussi. En fait, je sors de centrale. – Ingénieur ? – Détenu.

Il m’a pris par les épaules et on a quitté le monde de l’université pour retourner dans la civilisation.

Moi, je n’avais pas changé. Ce compliment bateau, je le ressentais, face à eux, comme le plus cuisant des échecs. J’étais le même, oui. J’avais renoncé à vivre de ma plume pour poser à plein temps des moquettes qui m’ôtaient la force d’écrire en dehors du week-end, et pourtant personne ne me trouvait altéré, trahi, détruit. Preuve que ma passion d’enfance n’était pas aussi vitale que je l’avais cru. Il ne me restait rien

L’ami, c’est celui qui est toujours là, quoi qu’il arrive.

Mais je ne veux pas me venger, ni me consoler. Juste creuser la douleur de l’avoir perdue.

Posément, je lui ai expliqué que, sur un plan déontologique, un journaliste littéraire n’était pas forcément un fournisseur de louanges

– Je préfère m’écraser que de réussir par les putes, le racket et la violence. OK

Une bouffée de tendresse rétrospective m’a serré la gorge

Je leur ai donné un amour que j’ai repris – du moins qui a cessé d’être –, et il ne faut jamais reprendre ce qu’on a donné. Je m’en voudrai toujours. D’avoir donné. D’avoir repris. D’être comme ça

Le seul moment de bonheur franc de ma vie, en dehors des mondes virtuels que je construis, que je déconstruis ou que je viole pour échapper à une réalité qui ne m’appartient pas.

C’était bien pire que des photos d’enfance où l’on ne se reconnaît plus. Et ce ne sont pas les photos qui mentent

C’est ainsi que vous m’aiderez, quand j’irai me réfugier dans nos souvenirs intacts et nos rêves dangereux

Toi encore, avec tes livres, tu as un but. Moi, je n’avais que des revanches.

Ce n’était pas de la passivité, ni de la résignation, encore moins du renoncement. C’était la calme ferveur qui réduit le poids des jours.

Je m’étais appliqué à végéter dans le provisoire pour me garder disponible, pour n’avoir rien d’important à quitter le jour où elle nous reviendrait. Soudain, l’éphémère n’avait plus de sens

Elle a changé, mais le parfum est le même. Sa beauté s’est assagie, patinée. Les quelques rides autour des yeux et de la bouche donnent de la profondeur à son sourire

Je voudrais que le temps s’arrête et que tout ce qui n’est pas nous s’efface

 

5 Replies to “Van Cauwelaert, Didier « Le principe de Pauline » (2014)”

  1. Coucou Cath, le sujet m’attire c’est sûr mais tu ne nous dis pas si tu l’as dévoré, beaucoup aimé, bien aimé ? Coup de ♡ ou pas ? Ou un autre parmi d’autres !

  2. Ah, Van Cauwelaert… l’un de mes chouchous !
    Et cela fait longtemps que cela dure 🙂
    Suis toujours emportée par ses histoires… et par son écriture. Toujours un bonheur de le retrouver…
    C@t, va falloir penser à découvrir « Jules » 😉

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