Donati, Alba « La librairie sur la colline » (2022) 295 pages
Autrice: Alba Donati, pseudonyme d’Alba Franceschini, née le 2 juillet 1960. Critique littéraire, poète récompensée, elle a aussi traduit les poèmes de Michel Houellebecq. Elle anime des festivals culturels et a fondé Fenysia, une école des langages de la culture, à Florence.
Elle vit entre Lucignana et Florence.
Editions Globe – 03.11.2022 – 222 pages / Christian Bourgois Poche Satellites – 07.03.2024 – 295 pages (La Liberia sulla collina traduit par Nathalie Bauer)
Résumé:
» La vérité, c’est qu’il faut lire pour connaître vraiment le monde parce que les gens qui écrivent partent toujours d’un détail qui cloche. »
Alba Donati menait une vie trépidante. Pourtant, à la cinquantaine, elle décide de tout quitter pour retourner à Lucignana, le village de Toscane où elle est née, et ouvrir sa librairie dans une jolie bâtisse à l’orée des bois, sur la colline. Avec seulement 180 habitants dans les environs, son entreprise semble vouée à l’échec. Ouverte en 2019 grâce à un financement participatif, la librairie affronte un incendie qui la détruit en partie, puis, un mois plus tard, les restrictions du confinement.
C’est alors que s’organise autour d’Alba un étrange et vertueux mouvement de solidarité. Tout à la fois récit et manifeste, ce journal de bord chronique la vie d’une librairie et de ses lecteurs, jour après jour, joie après peine. L’occasion pour Alba d’évoquer un rêve partagé par beaucoup : recommencer à zéro. Trésor d’érudition, La Librairie sur la colline est aussi une réflexion brillante sur le sens de la vie et le rôle crucial qu’y joue, pour tous ceux qui le veulent, la littérature.
Mon avis: Coup de coeur ❤️❤️❤️❤️❤️
Mais quel bonheur que ce journal de bord ! Quelle belle idée de vouloir ouvrir une librairie dans un village perdu de 180 habitants situé en Toscane. Un village tout en pierres qui a été construit avant l’an 1000…
A peine ouverte, un incendie détruit la petite librairie, puis le Covid s’invite, avec le confinement.… Mais elle va renaître de ses cendres et grandir… Grâce à la passion de sa propriétaire, son originalité, la communauté de village, le crowdfunding, les bénévoles, les réseaux sociaux, la presse qui s’enthousiasme et fait des articles…
Et quelle idée magnifique de jumeler les livres et des objets issus de livres, qui évoquent ou font penser à des écrivains (confitures, tasses, thés…)
Un lieu qui me parle… livres, poèmes et jardins un peu fouillis…
Je n’ai pas envie de vous en dire davantage… c’est un livre à déguster, qui va sans aucun doute allonger la liste de vos envies de lectures.. J’ai adoré ! C’est plein d’enthousiasme, c’est un hommage à la lecture, aux livres, aux femmes, à la nature…
Et si le coeur vous en dit d’en savoir plus sur l’univers d’Alba Donati, il y a une page Facebook « Liberia supra la Penna » …
Extraits: ( comme je ne peux pas recopier le livre… faut le lire …)
L’ailleurs, dirait un philosophe, se situe là où vous n’êtes jamais allé.
Nous avions pour nous deux atouts : l’amour et le rêve.
La librairie est comme une bibliothèque personnelle ; les livres, qu’ils soient récents ou non, doivent avoir un sens, celui d’avoir été choisis pour trôner sur tel ou tel rayonnage. Des choix arbitraires ? Peut-être. Comme la décision de séparer les romancières des romanciers. Je l’ai prise d’instinct. Puis, en réfléchissant, je me suis dit : les femmes qui écrivent sont un phénomène du siècle dernier. Et puisqu’elles écrivent après avoir gardé le silence pendant des siècles, elles ont certainement un tas de choses à raconter et elles les racontent probablement d’autres façons. Alors n’est-il pas logique qu’elles aient deux ou trois étagères pour elles toutes seules ?
Derek Jarman nous rappelle que le mot « paradis » dérive du perse ancien et signifie « lieu verdoyant ». Verdoyant et ébouriffé, tel est le jardin de Prospect Cottage, dans le Kent, et c’est aussi le cas du nôtre. Si un jardin n’est pas ébouriffé, « mieux vaut laisser tomber ».
Robert Frost disait : « Un poème commence comme une boule dans la gorge, un sentiment du mal, une nostalgie, un mal d’amour. »
« L’illustre poétesse Alba Donati, cygne de Lucignana et Gertrude Stein locale, comblée de gloires littéraires, de médailles et de complicités féministes, d’amitiés haut placées et de fonctions publiques qui donnent à ceux qui les soutiennent une overdose de crédibilité. »
Dans ce petit tableau, la « Gertrude Stein locale » m’a frappée. Il aurait pu dire la Virginia Woolf, la Karen Blixen… ou encore la George Sand. Cette dernière comparaison aurait marché, parce que je partage l’amour des fleurs, du jardin, et les extases juvéniles de l’écrivain de Nohant.
La librairie est une école, une fenêtre sur un monde que nous pensons connaître et qui n’est pas vrai. La vérité, c’est qu’il faut lire pour connaître vraiment le monde parce que les gens qui écrivent partent toujours d’un détail qui cloche.
Tina n’appartient pas à mon « avant », mais pas non plus à mon « après » (la librairie, je veux dire), j’ai l’impression qu’elle a toujours été présente. C’est un être de mon « durant ».
le mot « onomatopée ». Un mot assez laid pour dire une chose magnifique. Mieux vaut « harmonie imitative ».
La seconde vie, c’est la mémoire. Plus encore. Les disparus reviennent, agissent, prennent la parole à travers l’écriture.
Romantique, tel est l’adjectif qui revient le plus souvent dans les descriptions de la librairie Sopra la Penna. Cela me ravit. Le romantisme a été le premier mouvement au sein duquel les femmes ont montré de quel bois elles sont faites : ce fut le cas de Madame de Staël, de George Sand, des trois sœurs Brontë, de Mary Shelley ou d’Elisabeth Barrett Browing. Le romantisme a également soulevé le thème de la nature en proposant une réflexion sur les modes de vie, dont nous nous sommes abstenus, si bien que nous devons aujourd’hui relire Emerson, Thoreau et Whitman.
L’enfance exerce une puissance invincible sur tout le reste de notre vie. Peu importe qu’elle ait été heureuse ou malheureuse, nous retournons toujours lui demander des explications à notre sujet. Cela dépend peut-être du fait que l’enfance n’a rien : ni ambitions, ni statut, ni rôles, ni décorations ; elle ne possède et ne désire que de l’amour. Cet amour que personne ne donnera à la Petite Fille aux allumettes, le plus atroce des contes.
Je conseille de répondre toujours à quatre questions à la fin de chaque lecture :
1) à quoi cela m’a servi ?
2) pourquoi cela m’a plu ?
3) quel changement s’est produit dans mon esprit ?
4) qu’est-ce que cela changera dans mes actions ?
Image :
La libreria « Sopra la Penna » (Toscane – Province de Lucca)