De Récondo, Léonor « Revenir à toi » (2021) 186 pages


De Récondo, Léonor « Revenir à toi » (2021) 186 pages


Autrice : Léonor de Récondo, née le 10 aout 1976 à Paris est une autrice française et violoncelliste française. Elle débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait. En 2012, elle publie chez Sabine Wespieser Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Point cardinal, paraît en août 2017, En 2019 elle publie « Manifesto » . En 2020 « La leçon de ténèbres » et « K.626 » (48 pages), en 2021 « Revenir à toi », en 2023 « Le grand feu », en 2025 «Alma et la Vénus d’ivoire » (48 pages), « Goya de père en fille » (64 pages)  « Marcher dans tes pas »

Grasset – 18.08.2021 – 180 pages / Livre de Poche – 24.08 2022 – 186 pages

Résumé:

« Magda, on a retrouvé ta mère. » Lorsqu’elle l’apprend, Magdalena n’hésite pas, elle part vers l’adresse indiquée, une maison éclusière, dans le Sud-Ouest. Comédienne de talent, elle a vécu sans rien savoir de sa mère, Apollonia, disparue depuis trente ans. Mais aujourd’hui, son coeur est à nu. D’abord impossible, le dialogue se fait gestes et chuchotements. Puis, au fil du voyage qui ramène mère et fille à leurs enfances peuplées d’absences, se dévoile un secret. 

Hommage aux grands mythes littéraires qui nous façonnent, Revenir à toi tisse le silence et les mots en une magnifique réconciliation avec l’autre et avec soi-même.

Mon avis:
Maman est partie. Magdalena avait 14 ans. 

Le silence, le manque, l’absence,  la disparition, la colère, l’abandon, l’espoir, l’abattement, la recherche des origines, l’art de l’évitement… mais … il a manqué l’empathie…

Difficile de me prononcer car malgré la magnifique écriture de l’autrice et les thèmes qui ont tout pour titiller l’émotion, je n’ai pas ressenti ce que les mots disaient. Bien exprimé, mal reçu… et la fin ne m’a pas convaincue…
Et pourtant c’est une autrice qui m’a généralement cueillie par le bout du coeur… mais pas cette fois…

Extraits:

Combien d’années pour s’interroger sur l’absence, s’y soumettre, s’y conformer, raison faite ? Elle ne veut pas compter. Compter, c’est commencer de donner chair aux souvenirs, c’est croire que ce coup de fil a eu lieu.

Antigone de Sophocle. Elle est Antigone. Elle l’a lu, relu, par cœur, rabâché. Mais là, elle ne se souvient de rien, sinon d’une réplique qui tourne en boucle dans sa tête comme un disque rayé.
Je péris sans avoir usé ma part de vie.

Ses souvenirs faisaient ce qu’ils voulaient. Parfois, ils disparaissaient, parfois ils l’étouffaient.

Des années plus tard, elle saura dire l’absence. L’absence ressentie au premier pas dans la maison. Ce pas qui résonnait soudain dans le vide.

Elle est fin prête. La forteresse à assiéger est une porte écaillée qui verrouille un lieu froid, glacé même, celui de sa mère.

Elle restait assise sur le trottoir de sa conscience en regardant les convois passer. Elle voyait le vrai et le faux se mêler intimement jusqu’à ensevelir la vérité. Elle ne savait plus qui elle était. 

Elle pensait être un réceptacle à destins, pas en forme de livre, mais en forme de corps. On ne choisit pas ceux qui vous traversent. On peut changer de rôle, mais les destins vous rattrapent toujours, ils vous collent à la peau, vous scalpent, parfois vous sauvent.

j’existais, je n’existe plus ;
j’étais la prunelle de tes yeux, tu deviens aveugle ;
j’étais ton cœur, il bat ailleurs ;
c’est aussi simple que ça ?

Elle pleure les années passées à attendre, ces années perdues à errer à la quête d’un amour qui viendrait combler le vide béant.

Personne n’est rien avant d’être aimé.
La phrase de Rosa dans La Rose tatouée de Tennessee Williams lui revient d’un coup en mémoire.

Depuis le début du lycée, elle lisait avec application, persuadée que plus elle rencontrerait de personnages, plus elle pourrait en incarner, et plus les livres étaient longs, plus elle trouvait du réconfort. Elle avait l’impression de s’installer dans les textes, de faire connaissance dans le temps avec les protagonistes, d’entrer dans leur intimité, de s’amalgamer à leurs mondes.

Mais elle est clouée sur place par une insondable colère. Une colère épaisse faite d’abandons, d’amertumes, de tout ce qui n’a pas été prononcé, de toute l’insouciance dont elle a été privée, son adolescence lestée de rêves sombres, des masques agrafés au visage au fil des rôles, des rencontres amoureuses manquées. 

au début, tu te dis que s’il y a disparition, il y a réapparition ; c’est tangible, tu aimes, tu y crois, tu as soudain foi dans tout ce qui est tangible ;
alors, tu attends ; 

le silence, c’est un peu comme la disparition ; tu guettes des mots qui viendraient le briser, et quand ils ne viennent pas, tu te répètes en boucle la dernière phrase qui a été prononcée ; 

J’ai cru que ma vraie vie était celle de l’attente d’une absente. Et si je m’étais trompée tout du long, si cet évitement m’avait simplement déplacée, posée à côté, délicatement posée à côté du lieu de la blessure, à une distance suffisante pour la voir sans la subir ? Je suis l’évitement, ce ne sont pas les rôles qui sont l’effacement du trait, mais bien moi-même, faite de faisceaux multiples qui sillonnent mon cœur avant de le devenir. À force, l’absence s’est faite secondaire, un détail brouillé, estompé par les tentatives d’être soi.

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