Vesper, Inga «Un long, si long après-midi» (2022) 384 pages
Autrice: Britannique, née en Allemagne. Elle vit à Glasgow.
Inga Vesper est journaliste et écrivaine, auteure de roman policier.
Elle a déménagé d’Allemagne au Royaume-Uni pour travailler comme aide-soignante, avant que l’envie d’écrire et d’explorer ne l’amène au journalisme scientifique. Elle est titulaire d’une maîtrise en gestion du changement climatique du Birkbeck College à Londres.
Inga a travaillé et vécu en Syrie et en Tanzanie, mais est toujours revenue à Londres, car il n’y a pas de meilleur endroit pour trouver une bonne histoire que le pont supérieur d’un bus. (Source babelio)
Romans : «Un long, si long après-midi» (2022) – « Un destin sauvage, si sauvage » (2023) – « Les Berlinoises » (2025)
Editions de La Martinière – 04.03.2022 – 408 pages / Points poche – 02.06.2023 – 384 pages ( he Long, Long Afternoon – 2021 – traduit par Thomas Leclere)
Résumé:
Le grand roman de l’été 2022 ! Dans un quartier riche et ensoleillé de Los Angeles, tout semble parfait. Mais la perfection n’existe pas, et là où il y a soleil, il y a ombre. Secrets et tragédies se cachent à chaque coin de rue. Dans une veine qui rappelle La Couleur des sentiments ou Desperate Housewives, Un long, si long après-midi est un premier roman époustouflant au cœur d’une Amérique asphyxiée par son sexisme et son racisme ordinaires.
Dans sa cuisine baignée de soleil californien, Joyce rêve à sa fenêtre. Elle est blanche, elle est riche. Son horizon de femme au foyer, pourtant, s’arrête aux haies bien taillées de son jardin. Ruby, elle, travaille comme femme de ménage chez Joyce et rêve de changer de vie.
Mais en 1959, la société américaine n’a rien à offrir à une jeune fille noire et pauvre. Quand Joyce disparaît, le vernis des faux-semblants du rêve américain se craquelle.
La lutte pour l’égalité des femmes et des Afro-Américains n’en est qu’à ses débuts, mais ces deux héroïnes bouleversantes font déjà entendre leur cri. Celui d’un espoir brûlant de liberté.
Mon avis: 🖤 🖤 🖤 🖤
Un long, si long démarrage… si je n’avais pas lu de bonnes critiques, je ne suis pas sûre que je n’aurais pas abandonné. Mais je ne regrette pas d’avoir continué car j’ai beaucoup apprécié le fond du roman. Plus le fond que la forme, l’écriture étant un peu trop narrative, je n’ai pas ressenti d’émotions alors que le sujet s’y prêtait bien.
C’est l’histoire de la disparition d’une femme blanche, une femme au foyer, en plein milieu de la journée. C’est l’histoire des femmes de Sunnylakes, qui enfouissent leurs secrets, jouent leur rôle en faisant semblant, cachées derrière un masque de sérénité et de bonheur lisse et parfait. C’est aussi l’histoire de la communauté noire piétinée et humiliée.
C’est la description de l’envers du décor de la vie qui semble si agréable des femmes au foyer dans les banlieues chics, de ces femmes qui étouffent et se désagrègent mentalement. Une façade bien jolie qui cache des failles, des fêlures, un passé qui doit rester bien secret, et occulte un gouffre de désespoir et de malheur.
C’est principalement le côté social, le racisme, le comportement inadmissible des blancs qui est au centre du roman et mis à part le policier (enfin un policier, Mick) tous les blancs sont à jeter dans le même panier! Le roman parle de la lutte des femmes pour la liberté dans un pays où bien que la ségrégation ait été officiellement abolie, elle est bien présente. Mais pas que de la lutte des femmes noires…
Le roman parle du lien improbable entre une dame blanche et une petite bonne noire, que tout éloigne et qui pourtant ont beaucoup de points communs… Impensable pour la société! Le roman parle de solitude, de rejet, de mal-être existentiel, de rêves d’avenir différent. De fait, de femmes qui ne sont pas au bon endroit, qui ne se sentent pas appartenir à leur univers.
J ’ai beaucoup aimé le personnage de Ruby Wright, la femme de ménage noire de 22 ans qui travaille pour pouvoir se payer des études pour pouvoir enseigner. De fait c’est le seul personnage qui m’a fait vibrer.
Et puis il y a l’enquête menée par la Police, une enquête à charge, qui sans enquêter a trouvé la couleur du coupable idéal et s’en tiendrait bien là… Sauf qu’il y a Mick, l’ inspecteur Blanke, à peine arrivé de New York qui va refuser de voir en Ruby la coupable et qui va mener l’enquête envers et contre tous.. avec une aide infiltrée bien particulière…
Dans une ambiance de tension entre les communautés noires et blanches, dans un monde de supériorité raciste et sexiste… la vie est bien difficile pour qui rêve de liberté…
Extraits:
Il y a de l’espoir dans les heures du matin, exactement comme il y a du désespoir dans l’après-midi qui s’étire comme du chewing-gum et pourtant ne mène à rien, une fois occupé par les lessives, le ménage, le dîner et les enfants qui courent partout et risquent toujours de tomber dans la piscine.
Ça m’aiderait à faire passer les heures collantes de l’après-midi, avec leurs minutes qui rampent comme des limaces.
– La détresse des Noirs engendre la prospérité des Blancs,
On s’est installés ici pour échapper aux lynchages, mais notre sort ne s’est pas amélioré. Maintenant, c’est la fin de la ségrégation et ça n’est pas mieux. Les Noirs et les Blancs vivent toujours séparés. Nos maisons sont séparées, nos emplois sont séparés, nos vies sont séparées. Et ce sera toujours comme ça.
– Saviez-vous que toutes les femmes qui sont ici prennent des drogues ?
[…]
– Des drogues ?
– Des traitements médicaux. Vous trouvez ça bizarre, hein ? Ces femmes sont parfaitement prises en charge. Elles ont tout ce dont elles ont besoin : les plus belles robes, une gamme sans fin de produits diététiques et les mixeurs les plus chers qu’on puisse s’offrir. Et pourtant, elles souffrent de terribles maladies. Anxiété, dépression, crises de panique, hystérie…
La plupart des femmes, ici, se marient en sortant de l’université. Elles deviennent femmes au foyer, elles élèvent leurs enfants et vont à l’église. Et voilà. Personne ne s’intéresse à leurs désirs ou à leurs rêves. Tout le monde se fiche de leurs talents ou de leurs opinions.
C’est comme si cette maison idéale essayait de vous convaincre de sa perfection en exhibant des objets qui lui étaient étrangers. Une imitation du bonheur.
Seulement, une imitation n’est pas la réalité.
Les années se confondaient comme des plats allégés ; elles n’avaient aucun goût.
Il connaît l’art à peu près aussi bien que son chien la philosophie danoise, mais il sait reconnaître le talent quand il le rencontre.
Si je passe mon temps à l’ancrer, quand est-ce que je vais pouvoir voler, moi ?
Les gens de Sunnylakes, ils vivent au pays des rêves. Et ils veillent à ce que personne ne vienne percer leur bulle. Ils… jouent à faire semblant.
– Vous savez, reprend-elle, ma mère disait toujours qu’il existe deux types d’hommes. Certains s’intéressent à vous et d’autres ne s’intéressent qu’à eux-mêmes. Quand ceux-là s’occupent de vous, c’est seulement pour vous remettre à votre place. Pour vous rabaisser.
La matinée du dimanche s’étend comme du chewing-gum, sans fin, rose et délicieusement sucrée.
Tu crois que c’est si facile ? Tu crois que toutes les femmes devraient désirer être libres ? Mais être libre, c’est sacrément difficile, […]. C’est… c’est tellement difficile, putain.