Pichat, Bérénice « La petite bonne » (2024) 264 pages
Autrice:
née au Havre en 1978, est une écrivaine française. Bérénice Pichat se fait connaître par son roman « La Petite Bonne « publié en 2024 aux éditions Les Avrils, qui obtient le prix des Libraires 2025[.
Romans:
« La petite bonne » (2024) – « Un marché noir » (2026)
Les avrils – 28.08.2024 – 272 pages/ Livre de Poche -02.01.2026 – 264 pages
Prix des libraires 2025
Résumé:
Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais, ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête.
Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?
Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️
Coup de coeur coup de poing
Livre conçu de manière très originale qui alterne vers libres (la petite bonne) et prose (le couple de bourgeois).
Un huis-clos oppressant qui se lit d’une traite Un suspense qui va durer jusqu’à la fin.. Un magnifique roman qui prend au coeur et noue les tripes, très émouvant, plein de sensibilité mais sans sensiblerie qui dévoile ce qu’il se cache au-delà des apparences.
Trois personnages dans ce roman choral. Trois personnages emmurés dans leur solitude et dans leur existence. Monsieur emmuré dans son corps détruit, Madame dans son sacerdoce de femme dévouée et la petite bonne dans sa vie étriquée et sans espoir.
Blaise (Monsieur), Alexandrine (Madame) et la petite bonne sans nom. Trois personnes qui sont des invisibles aux yeux des autres mais surtout à leurs propres yeux.
Blaise qui ne peut plus faire grand chose et qui a appris à observer. Blaise qui est réduit à être un homme-objet, un homme-enfant, un homme-cassé. Qui vit davantage en couple avec dame-morphine qu’avec les humains. Blaise qui est revenu de la guerre dans un tel état qu’il aurait préféré y rester et qui souhaite quitter cette existence qui est pire que la vie. Blaise qui est mort à l’intérieur, ne ressent plus rien, qui a honte de ce qu’il est, est renfermé sur lui-même, ne communique pas, lui qui est rien de plus qu’un poids mort pour sa famille et la société, ne supporte ni son regard, ni le regard des autres.
Alexandrine, elle, avait rencontré un jeune homme charmant, beau, pianiste. A peine mariée, elle se retrouve coincée avec un invalide de guerre, sans aucune perspective d’avenir, cloîtrée chez elle, pour ainsi dire sans vie sociale. Quand elle sort, elle culpabilise. Une fois, poussée par son mari, elle accepte un long week-end à la campagne, dans le pavillon de chasse de la seule amie qui lui reste. Elle demande à sa petite bonne si elle accepte de rester 3 jours et nuits dans la maison pour s’occuper du mari. Un week-end qui va lui ouvrir les yeux sur bien des choses.
La petite bonne (sans nom) , forte et sensible à la fois, va vivre une relation complexe avec Monsieur. Va-t-elle accepter de rentrer dans le plan qu’il avait en tête? Toujours est-il que le climat étouffant de la maison va se transformer petit à petit, une communication et une connivence vont naître, la musique va lier ces deux êtres sensibles, désespérés, bourrés de culpabilité et de honte… et…
Extraits:
Elle se répète ces mots magiques
Elle s’en régale
gourmande
Les mots ça ne coûte rien
Une incantation
Une prière adressée à l’avenir
On voyait se transformer les gamins envoyés au combat. En hommes, aussi en ombres, selon les cas. Lui n’était rentré qu’à moitié ; ses jambes, ses mains, son visage et son innocence étaient restés là-bas, quelque part dans la Somme.
[…] dans la vitre, parfois, son reflet le trahit. Alors il tire les rideaux et s’encastre dans la pénombre pour ne pas risquer de se retrouver face à lui-même.
Rien à perdre
Voilà ce qui lui fait si peur
Cet abandon
comme une menace
une maladie contagieuse
qui pourrait l’atteindre
Mais à chaque fois qu’il y songe, il ne trouve rien de pire que ce à quoi lui a été condamné. Une existence entière à se rappeler sans cesse qu’il a eu, un jour, de l’or à la place des doigts.
Ça fait si longtemps qu’elle ne se rend plus visible. Même plus à elle-même. Elle vit dans le noir, dans cet intérieur sans miroirs et sans bruits. Si loin de ce à quoi elle avait rêvé.
Jouer avec les mots, la seule musique à sa disposition, devint son activité salutaire. Il les aimait presque autant que les notes.
Voir dépérir les siens
c’est souvent pire que de ne pas les voir du tout
Cela fait des années qu’il ne pleure plus. Plus pour de vrai. Il crie, il râle. Il singe très bien les larmes pour apitoyer ceux qui le regardent – mais il n’a plus jamais de vrais pleurs d’émotion.
6 Replies to “Pichat, Bérénice « La petite bonne » (2024) 264 pages”
Un roman magnifique . C’est un huis clos émouvant, intense et très humain . L’écriture originale est sobre et puissante et la place accordée à la musique est très belle.
Lu en octobre dernier… « gros, très gros coup de cœur pour moi » avais-je écrit…
Et il est nr 1 dans mon top 5 de 2025
Je pensais bien que ce roman te plairait, Soeurette
je recopie ton avis de l’époque:
Mon avis
° ° ° ° ° ° °
Il y a la Petite Bonne, Monsieur, et Madame… Trois personnages qui portent leurs souffrances sans les exprimer, emmurés vivant dans leurs douleurs physiques et ou morales.
La courte absence de Madame va provoquer le rapprochement la Petite Bonne et de Monsieur…
Au vu de la 4e cover, j’étais un peu perplexe, n’ayant pas particulièrement envie de “revoir“ les images de gueules cassées telles celle décrites par Pierre Lemaître dans “Au revoir là-haut“.
Et c’est un gros, très gros coup de coeur pour ce roman délicat, ayant obtenu le Prix des Librairies indépendantes de Belgique et le prix Claude Chabrol, entre beaucoup d’autres.
L’écriture de Bérénice Pichat est élégante, belle.
Sa structure alliant les vers libres et la prose donne le tempo, tout en faisant monter une certaine appréhension.
Que va-t-il se passer ?
Je n’en dirai pas plus et vous invite à découvrir, si ce n’est déjà fait, cette pépite !
Extraits
° ° ° ° °
“Les bourgeois ça dort
dans des draps repassés
par elle
ou une autre
qui s’en soucie
Tant que le lit est bien fait
bien frais
les draps bien tirés
propres“ (page 10)
“Blaise sait bien comme Alexandrine le regarde. Il a mal pour elle. Au-delà de sa propre douleur, il devine la sienne, bien qu’elle soit dissimulée avec une rare expertise. Il voit tout. Ce pli de contrariété qu’elle ne parvient pas à défaire, ses cernes persistantes, le poids qui charge ses épaules, la lassitude de sa physionomie. Sans même qu’elle en ait conscience, lui décèle ces signes aussitôt qu’elle se montre, le matin, dans l’embrasure de la porte du salon, qui lui sert de chambre.“ (page 29)
“Elle est pétrifiée
Jamais elle n’aurait envisagé cela
Cette merveille qu’ils ont écoutée
ensemble
c’est en fait une messe
destinée aux morts
Un chant écrit pour aider les âmes des défunts
à trouver le repos
Requiem c’est le repos
en latin“ (page 207, à propos du Requiem de Mozart)
“La messe des morts
Immense coup de cœur, coup de poing.
Une écriture immersive dans les 3 univers, celui de la bonne, celui de Blaise, celui de sa femme. Beaucoup de livres ont évoqué les gueules cassées mais celui-ci c’est celui qu’il faut lire quand on n’a pas envie de lire un livre sur les gueules cassées.
Cette autrice qui narre le désespoir et l’espoir qu’on attend, qu’on pressent, qu’on touche du bout des doigts jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Ça m’a laissé étourdie…après tant de livres et être cueillie comme aux premiers émois de mes lectures, je dis merci à Bérénice Pichat et à Cath et sa petite question tentatrice : « tu as lu la petite bonne ? »
Alors je suis contente de ma petite question …
Je n’avais pas vu ta réponse
Une petite question ❓️ comme une délicate invitation…