Paolacci, Antonio et Ronco, Paola « Aujourd’hui comme hier » (2026) 352 pages
Auteurs:
Paola Ronco, née à Turin en 1976 est écrivaine, éditrice et professeur d’écriture.
Antonio Paolacci, né à Maratea en 1974 est auteur, chroniqueur et rédacteur en chef. Installés à Gênes, ils sont compagnons dans la vie et dans l’écriture depuis la création à quatre mains du personnage du surintendant adjoint Paolo Nigra, flic à Gênes dans Nuages Baroques (Nuvole barocche).
Ils ont remporté plusieurs récompenses : le prix Nebbia Gialla 2019, le prix Giallo al Centro 2019 et le prix Glauco Felici 2020.
Série Paolo Nigra : Nuages baroques (2022) tome 1 – Le point de vue de Dieu (2024) tome 2 – Aujourd’hui comme hier (2026) tome 3
Rivages Noir – 10.04.2026 – 352 pages (Tutto comme ieri – 2022 – traduit par Sophie Bujard)
Résumé:
Par une chaude matinée de juin à Gênes, sur la place populaire de la Commanderie, deux hommes en voiture ouvrent le feu sur les immigrés africains rassemblés là. C’est le chaos. Les premières pages des quotidiens parlent d’une attaque à caractère raciste, les caméras envahissent les rues, les spéculations politiques alimentent les tensions sociales déjà vives dans cette ville multiethnique.
Le sous-préfet adjoint Paolo Nigra, en convalescence après s’être lui-même fait tirer dessus, ronge son frein à Naples, dans la famille de son compagnon Rocco, tout en se renseignant discrètement sur l’affaire auprès de son équipe.
Mais une révélation inattendue l’oblige à reprendre du service : l’attentat semble lié à la seule affaire non résolue de sa carrière.
Mon avis: 🩶🩶🩶🩶
Vous savez peut-être que j’aime les romans qui se situent en Italie et en Espagne.
Aujourd’hui je vous parle de ma 3ème visite à Gênes ( avec un petit tour à Naples) en compagnie de Paolo Nigra. (J’en profite pour vous signaler que Gênes en compagnie d’Antonio Paolacci et Paola Ronco fait partie des « 22 itinéraires autour du Polar en Europe de Marc Voltenauer et Benjamin Amiguet » )
J’aime beaucoup le personnage atypique du sous-préfet adjoint Paolo Nigra, qui est en couple avec un acteur à succès, Rocco, qui incarne un commissaire dans une série télévisée à succès. Nigra, en arrêt vacances après s’être pris une balle, est allé à Naples – ville d’où est originaire Rocco, pour assister ce dernier qui a décidé de faire son coming-out auprès de ses parents et de présenter Paolo à sa famille. Cela fait quand même 4 ans qu’ils sont en couple…
Pendant ce temps, il y a une fusillade à Gênes. Deux tuteurs, plusieurs blessés. Les blessés sont des immigrants. Est-ce un acte politique? Raciste? Une fusillade-( voir l’épilogue) qui ressemble beaucoup à celle du roman a réellement eu lieu en février 2018 à Macerata, dans la région des Marches , dans le centre de l’Italie: Un sympathisant italien de 28 ans d’extrême droite a fait six blessés, tous d’origine africaine, au nom de «l’Italie aux Italiens») …
Dans un contexte de tensions sociales, le racisme s’invite à la fête. Plus particulièrement le racisme anti immigrés africains. On ajoute à cela le passé l’homophobie, la corruption, les politiciens véreux, la peur, le deal, la guerre des polices ( entre la Mobile, la Digos, les stups ), la mafia Calabraise (la ’Ndrangheta, la mafia calabraise, actuellement considérée comme la mafia la plus puissante d’Italie après avoir supplanté la Cosa Nostra sicilienne et la Camorra napolitaine.)
Coté passé, viennent s’inviter dans l’histoire la réapparition de l’ex de Paolo via messages téléphoniques et une enquête non élucidée qui empoisonne la vie de Paolo depuis 6 ans. De fait sa seule enquête non élucidée resurgit. De quoi décider le sous-préfet adjoint à rentrer à Gênes pour suivre l’enquête alors qu’il était en vacances à Naples . Quel est le lien entre cette fusillade à caractère raciste – semble-t-il – et la mort de la secrétaire, 6 ans plus tôt? Sans oublier le personnage de Nayana…
Le thème du roman : la tolérance et donc l’intolérance, la liberté d’aimer, l’homophobie, le racisme, une étude de notre société qui sombre dans le racisme, la haine, l’égocentrisme, la peur.
L’intolérance qui est évoquée aussi en référence au nazisme et à la communauté tzigane dans une brève allusion à Johann Trollmann, dit Rukeli ( si ce n’est pas encore fait, lisez le livre de Charles Aubert « Danser encore » )
Une fois encore j’aime ces romans italiens, qui laissent de la place aux personnages, que l’on suit au fil des tomes. Certes l’enquête est importante, mais le contexte géographique, social, familial, est toujours bien présent. De quoi avoir envie d’en apprendre davantage sur la ’Ndrangheta aussi…
Extraits:
« Dis-moi, que disait l’original : Quanne buone buone… ?
– Sans le “e”, monsieur le sous-préfet. Quann’ buon’ buon’, chiù nir’ da mezzanott’ nun’ po’ venì. “Quand tout va bien, ça ne peut pas être pire.” J’ai pensé que la version plus internationale te correspondait mieux », ajouta Rocco, souriant lui aussi, avant de poursuivre à voix basse sur un ton plus sérieux. « Nenè, c’est un de nos proverbes napolitains depuis la nuit des temps, et on s’y connaît.
Mais, sans plus attendre, je me mets aussitôt au travail, tel un de ces gamins qui assistent Sherlock Holmes.
Enfin, Sherlock Holmes, par exemple, il était fiancé à Watson, non ? Et Poirot aussi était avec ce capitaine avec lequel il a parcouru le monde. Jamais une femme, aucune.
– Watson était marié.
– Peu importe, dottò, ça a tout d’une couverture. Il inventait n’importe quelle excuse pour courir chez Sherlock.
Bien sûr que le fascisme tel qu’on l’a connu, avec ses chemises noires et ses saluts romains, ne va pas revenir. Ça, c’est le folklore, de la poudre aux yeux. Le fascisme est une façon de penser. C’est le type qui pense qu’il est plus intelligent et plus digne d’exister que les autres, et donc qu’il mérite davantage de gouverner et de décider des vies d’autrui. Le fascisme n’est ni de droite ni de gauche, c’est le fascisme, un point c’est tout, et c’est une chose unique. Mais en Italie, on n’a jamais affronté sérieusement cette idéologie, et c’est pourquoi elle refait surface de temps en temps. Et aussi parce qu’au fond, ça fait partie de notre histoire, tu ne penses pas ?
Celui-ci racontait l’histoire de Johann Trollmann, dit Rukeli, un boxeur tsigane qui avait grandi en Allemagne durant le nazisme et avait été déporté dans un camp de concentration ; un jeune et bel homme qui avait osé relever le défi d’un kapo passionné de boxe, l’avait vaincu et avait été tué pour cette raison.
S’il y avait une chose que les arts martiaux lui avaient toujours enseignée, c’était de viser le meilleur résultat avec le moins d’effort possible.
Eh, en somme, nous parlons ici d’hypothèses purement aériennes, de celles qui circulent dans les ruelles, donc moins aériennes que l’air, mais tout de même.