Gangemi, Mimmo « la revanche du petit juge » (2009 /2015) 408 pages
Auteur:
Mimmo Gangemi, né Domenico Gangemi le 19 octobre 1950 à Santa Cristina d’Aspromonte, en Calabre, est un ingénieur, journaliste et romancier italien, auteur de plusieurs romans policiers. Comme journaliste, Mimmo Gangemi collabore aux pages culturelles de La Stampa de Turin.
En 2009, sa notoriété prend un envol décisif avec la parution de Il giudice meschino, traduit en français par Christophe Mileschi et publié par les éditions du Seuil en mars 2015 sous le titre La Revanche du petit juge. Il s’agit du premier volume d’une série consacrée aux enquêtes d’Alberto Lenzi, surnommé le « petit juge », à cause de sa réputation de paresseux qui lui vaut d’être le plus souvent chargé d’affaires criminelles sans grand intérêt. Ce sont là de fausses apparences, car Lenzi, aussi malin que consciencieux, est un entêté qui sait résoudre des énigmes difficiles avec un savoir-faire remarquable.
Ce premier roman de la série fait l’objet, en 2014, d’une mini-série télévisée réalisée par Carlo Carlei et produite par la RAI, avec Luca Zingaretti et Luisa Ranieri.
Romans:
Traduits en français:
Série Alberto Lenzi, le petit juge (traduit par Christophe Mileschi)
-La Revanche du petit juge (ll giudice meschino, 2009)
-Le Pacte du petit juge (Il patto del giudice, 2013)
La Vérité du petit juge (La verità del giudice meschino Garzanti, 2015)
La Revanche du petit juge (tome1) – Seuil 02.04 2015 – 346 pages / Points policier 03.03. 2016 408 pages
Résumé:
Alberto Lenzi, dit le petit juge, ne porte pas ce surnom par hasard. Officiant en Calabre, il remplit ses fonctions avec un certain dilettantisme. Tout change quand son ami, Giorgio Maremmi, substitut du procureur, est assassiné. L’enquête est confiée à Lenzi et devrait être rapidement résolue. Mais le juge va …
Alberto Lenzi, dit le petit juge, ne porte pas ce surnom par hasard. Officiant en Calabre, il remplit ses fonctions avec un certain dilettantisme. Tout change quand son ami, Giorgio Maremmi, substitut du procureur, est assassiné. L’enquête est confiée à Lenzi et devrait être rapidement résolue. Mais le juge va démontrer une vivacité d’esprit et un zèle inattendu. Aidé par don Mico Rota, un baron local de la ‘Ndrangheta, emprisonné à vie, qui s’exprime par symboles obscurs et paraboles colorées, Lenzi va lever le voile sur une affaire qui dépasse largement la criminalité mafieuse habituelle.
Mon avis: 🖤🖤🖤🖤🖤
Bienvenue dans le monde la ‘Ndrangheta !
Venez faire connaissance de Don Mico Rota, en prison depuis 14 années mais toujours et encore « Chef de bâton », chef dans l’enceinte de la prison mais surtout chef dehors, malgré son incarcération. Un parrain de la vieille école, qui ne conçoit pas l’assassinat d’un juge,
Assistez au réveil du juge Lenzi suite à l’assassinat de son collège et ami, le juge Giorgio Maremmi. Même si jusqu’à présent il avait plutôt été un juge peu impliqué dans les affaires ( et davantage dans les conquêtes et sa vie privée), Lenzi a un gros atout : il est de la région et connait parfaitement le milieu, la mentalité, le fonctionnement et les codes de la ‘Ndrangheta. On est face à un crime à la sauce ‘ndranghetiste , avec trop de symboles pour que ce soit le cas.
Maintenant cela ne dit pas qui est le coupable et pourquoi le juge a été froidement abattu et par qui . Ni qui veut faire croire que la ‘Ndrangheta – en particulier la mafia locale qui est sous la direction de Don Mico – est impliquée. Un Don Mico qui n’apprécie pas du tout que quelqu’un lui manque de respect au point de donner des ordres à sa place, qui n’admet pas que quelqu’un tente de contrôler son territoire ou empiète sur son autorité. Il va donc trouver un moyen de collaborer avec le juge Lenzi, mais à sa manière…
Lenzi va donc mener une enquête officielle, puis une enquête fantôme, en disant haut et fort qu’il se retirait de l’affaire…
On va faire la connaissance de personnages divers et variés, du coté de la police et de la justice comme du coté des plus ou moins proches de la Mafia. Et le traître pourrait être n’importe qui… du coté des juges, des policiers, des politiques ou pas…
Un seul semble intouchable : l’ami de Lenzi et du juge lâchement abattu, Lucio. Mais pour Lenzi ce serait un crève coeur qu’il puisse s’agir de Marina ou de Chiara… restent les autres
J’ai beaucoup aimé ce roman, les personnages et la manière dont les liens se nouent. Il y a aussi le coté humain, les relations familiales, en fait cela se laisse très bien lire et même si il y a des crimes, c’est le coté corruption, fausses pistes, manipulation, embrouilles qui prend le dessus et c’est très vivant et interessant.
Je sais déjà que je vais lire la suite de cette série pour l’ambiance… Pourtant au départ, lire un livre sur la mafia était pour moi synonyme de violence pure et dure, de sang et de drogue.. et bien au final cela n’a pas été le cas.
Extraits:
Tout en parlant, il voyait bien que tout le monde ici lui accordait autant de valeur qu’à un sept à la belote, hors atout. Il leur était utile parce qu’il était de la région et qu’il connaissait le milieu et la mentalité.
La ‘Ndrangheta, celle d’autrefois en tout cas, avait coutume d’expliciter la raison de ses meurtres par certains symboles. Don Mico Rota est d’un autre âge, il connaît les usages de l’ancien temps, il aime bien ce genre de mises en scène. Le béret jusque sur les yeux, ça veut dire que le mort a… avait des cornes cachées là-dessous.
– Des cornes ? Il était cocu ? Avec une femme pareille ? » s’émerveilla le capitaine. La veille, il l’avait soumise à un interrogatoire en bonne et due forme. Et il n’arrivait pas à croire qu’il y ait dans le monde des hommes ainsi faits qu’ils puissent s’envisquer avec une telle abjection. Elle était répugnante : de la graisse qui dansait sur elle au moindre mouvement, un visage que même le miracle d’un saint du paradis n’aurait pu rendre agréable, deux yeux globuleux, de crapaud, et avec ça édentée, luisante, inepte. Dès la fin de l’interrogatoire, le capitaine avait aéré la pièce et couru se débarbouiller.
« Il n’était pas cocu dans ce sens-là, expliqua Alberto. Signifier qu’il avait des cornes sert à expliciter que c’était une carte sans valeur, un homme de rien, comme l’est un cocu…
La main tranchée et la raquette de figuier le confirmaient. Il savait ce que ça voulait dire.
La main révélait le péché : c’est avec cette main que le défunt avait commis une action interdite, si grave que la mort seule n’avait pas suffi. La raquette de figuier de Barbarie signifiait que la victime avait eu elle aussi des épines avant de n’être plus qu’une empreinte au fond d’une vasque – et les épines le cataloguaient parmi les hommes de rien. Cette mort, il se l’était donc gagnée tout seul, à cause d’un manquement quelconque.
La ‘Ndrangheta ne provoque pas l’État. C’est dans l’ombre et sans faire scandale qu’elle prospère le mieux, comme elle a toujours prospéré.
Chiara venait de la Toscane, une région civilisée. Elle aspirait les c. Et quelqu’un qui aspire les c ne peut pas avoir les mêmes pensées que quelqu’un qui grasseye les r, que l’enfant sanguin d’une terre sanguine.
Mais comme son cerveau n’était pas sur écoute, que penser ne lui coûtait rien et ne présentait aucun danger, il continua de ruminer.