Richoz, Mélanie « Marzili » (RL2026) 208 pages
Autrice : Mélanie Richoz, ergothérapeute et auteure de nationalité suisse. Chroniqueuse, elle publie différents ouvrages aux éditions Slatkine dont Tourterelle (2012) et Mue en 2013, roman pour lequel elle obtient la Bourse d’Encouragement à la Création Littéraire du Canton de Fribourg 2011-12. En avril 2014, elle publie un recueil de nouvelles : Le bain et la douche froide, aux éditions Slatkine. Mélanie Richoz a publié une dizaine de livres.
J’avais beaucoup aimé : « Apollo » (2020) – (Illustrations de Kotimi) et « Guépard« , éco-haïkus de Mélanie Richoz – Collection Rose des Sables – 10.12.2022 — 74 pages .
« Nani « (2023) est le premier roman que je lis d’elle. En 2026 elle publie « Marzili »
Slatkine – 18.08.2026 – 208 pages
Résumé
Cécile s’offre tout entière en se camouflant dans ses modèles. Comme quand elle était petite où, au jeu de cache-cache, elle se fondait dans le décor et que, malgré l’évidence, personne ne la trouvait. Alex la démasque puisque lui aussi, par la photo, épouse les recoins de l’inconscient.
On est si bien au creux de l’autre.
On se croit à l’abri de soi.
Mais non.
Nous ne sommes jamais plus nous-mêmes que lorsque nous regardons l’autre.
Marzili met en scène la rencontre de deux artistes à une époque où la technologie prend le pas sur l’humain.
Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️
Le Marzili, un quartier de Berne avec une piscine fluviale dans l’Aar. C’est là que nous faisons la connaissance des personnages de ce roman et que j’ai replongé avec un bonheur infini dans la prose poétique de Mélanie Richoz. Et avec cette autrice, il n’y a pas que l’écriture. Il y a la sensibilité, l’humanité, l’art, les sentiments à fleur de peau, des parcours de vie qui vous accrochent le coeur.
Tout commence par une soirée dans la maison de Victor, un homme seul, qui a été quitté par sa femme et que l’on retrouve mort à la fin de la soirée. On fera connaissance de sa mère, Monique, plus trad, qui va récupérer son chien, un cocker anglais. A cette soirée il y a Sarah, une jeune femme qui a abandonné ses études de chirurgienne pour devenir ingénieure en robotique. Et surtout deux personnages qui sont les deux personnages principaux du roman : Alex, un photographe (qui a été viré de chez lui par sa femme, malade et parano et qui trouve refuge chez un homme plus âgé atteint du syndrome de Diogène) et Cecile, une jeune femme qui ne croit pas en l’avenir et qui se réfugie dans le dessin. Une galerie de personnages plus seuls les un que les autres.
L’art va rapprocher Alex et Cécile. Une relation marquée par moments par la fraîcheur et l’innocence de certains comportements qui se rapprochent de l’insouciance de l’enfance, des parenthèses dans la solitude de leur vie d’adultes. L’humanité et la tendresse va les rapprocher aussi de la mère de Victor. Alex, qui a été anéanti par le monde de l’art qui l’a encensé puis écarté veut à la fois aider Cécile à éclore mais a peur que ce monde ne la dévore, elle qui est facile et solitaire. Comment cette fille de l’ombre pourrait-elle affronter un monde de lumière, de faux-semblants et de paillettes? Dans la création, Cecile ose se défouler mais affronter le succès c’est une autre chose.
Avec cette thématique ombre/lumière se développe une autre thématique : le choc de la science et de l’humain, de la vieillesse, du contact entre les vivants et les soignants, l’importance du contact, des rapports tactiles entre les êtres et les animaux…
Avec en illustration finale, les paroles d’une chanson pleine d’humanité. Oui je sais ; je parle beaucoup d’humanité .. mais face à la détresse, la solitude, la maladie, la peur du monde qui nous entoure, la peur du vide (en soi et chez les autres) rien ne remplace l’humain.
Merci à Mélanie Richoz – que j’avais eu le plaisir de voir au Festival du lac de Collonge-Bellerive – pour cette parenthèse dans un monde où la technique et l’extérieur laisse de moins de moins de place à l’être humain.
Un grand merci à l’autrice et aux Éditions Slatkine pour leur confiance et pour m’avoir permis de découvrir ce petit bijou.
Extraits:
Vivre de la photo, comme de la musique ou de la peinture, est l’ambition des naïfs , des égocentrés ou des masochistes. Tout ça pour devoir un assisté social?
Rien n’a plus de valeur pour lui que d’en donner à c qui s’éteint, rien n’a plus d’importance que de construire un pont entre hier et demain.
L’oeil sur l’objectif, il a laissé la place aux choses, aux lieux, témoins muets du fracas humain.
A force de portes initialement ouvertes puis claquées au nez, elle ne s’embarrasse plus de penser à l’avenir. Demain n’existe pas.
Nous ne sommes jamais plus nous-mêmes que lorsque nous regardons l’autre, que lorsque nous nous regardons en lui et que son reflet nous saute à la figure.
Le « on » est tiède, il a la fadeur du beige (…)
Parce que la manière qu’elle a d’appréhender le monde correspond à sa conception de l’art: considérer le visible en laissant de l’espace à l’invisible, à l’autre et à son imaginaire sans chercher ni à plaire ni à déplaire, sans chercher à être quelqu’un.
… arrange la pile de dessins,
se concentre sur leur contour brut et naïf, plein de vide, pleines autres, du vide des autres. De son vide à soi. Nu. Suspendu dans la lumière.