Sund, Erik Axl « Les corps de verre : Mélancolie noire » (2015) 430 pages

Sund, Erik Axl « Les corps de verre : Mélancolie noire » (2015) 430 pages

Auteur(s) : Erik Axl Sund est le nom de plume du duo formé par Jerker Eriksson (né en 1974) et Håkan Axlander Sundquist (né en 1965). Håkan est ingénieur du son, musicien et artiste. Ancien bibliothécaire de prison, Jerker est producteur du groupe électro-punk de Håkan, iloveyoubaby!. 

Romans :

Trilogie Les Visages de Victoria Bergman : Persona (2013) – Trauma (2014) – Catharsis (2015)
Trilogie Mélancolie : Les Corps de verre : Mélancolie noire (2015) – Une vie de poupée : Mélancolie grise (2021) – Saison morte : Mélancolie blanche (2023)

 Actes Sud – Actes noirs  – 07.10. 2015 – 430 pages (Glaskroppar – 2014) / Babel Noir – 11.10.2017 – 420 pages  roman traduit du suédois par Rémi Cassaigne 

Résumé:
Un peu partout en Suède, des jeunes mettent fin à leur vie. Une vague de suicides décidément étrange : chaque fois, les procédés choisis sont déroutants, les mises en scène horriblement méticuleuses… On charge l’inspecteur Jens Hurtig d’enquêter.

Bientôt la police découvre qu’au moment de passer à l’acte les victimes écoutaient une cassette, une mixtape unique créée pour l’occasion par un obscur musicien underground. La durée de chaque enregistrement correspond à la date d’anniversaire de la personne à laquelle elle est destinée.

Puis c’est une série de meurtres bestiaux qui vient faire déborder les casiers de la criminelle. Quand Hurtig finira par comprendre que ces crimes ont un lien avec les suicides, il sera peut-être déjà trop tard…

Les Corps de verre est un thriller sombre et troublant dans lequel la musique scande les impasses du désir, les souffrances de l’amour et les affres de la vengeance. À travers les parcours d’adolescents à fleur de peau, Erik Axl Sund nous donne à voir la singulière atrocité de notre monde.

Mon avis: 🖤🖤

Avis pour le moins mitigé. Il y a des phrases que je trouve magnifiques mais je me suis un peu perdue.. et beaucoup trop violent et malaisant pour moi. Je n’ai apprécié aucun des personnages ( à part eventuellement Aiman dont le parcours de vie m’a touché)
Noir, très noir comme thème que le suicide chez les jeunes. Mais surtout cela commence avec tellement d’histoires et de personnages que j’ai eu du mal à m’y retrouver et que vu la multitude de gens qui se croisent, plus fracassés les uns que les autres, il aurait fallu faire une liste de qui est qui… avec en plus les nom/prénoms suédois… j’ai été totalement perdue.
Trois enquêtes sur trois affaires différentes.. et je fais connaissance avec l’inspecteur Jens Hurting – en charge de l’enquête sur les suicides. Mais une question va se poser: suicides ou série de meurtres ? Le tout sur des vieilles musiques enregistrées sur des cassettes …
Les autres enquêtes portent sur un meurtre au couteau dans un train et un inconnu renversé par un poids lourd…

Extraits : 

Aiman signifie belle comme la lune, mais elle pense que c’est une question de définition. Bien sûr, la lune est belle quand on est de bonne humeur, mais si on ne l’est pas, on ne voit qu’une surface grivelée de cratères d’un jaune pâle maladif. Des cicatrices d’acné et le teint jaune pâle d’un visage kazakh du Sud que beaucoup de Suédois pensent persan ou pakistanais. 

Dans Le Maître et Marguerite, Béhémoth est un chat qui parle, marche sur ses pattes arrière et arrive à Moscou en compagnie du diable.
C’est en outre le nom d’un monstre biblique, né des profondeurs humides de la terre. Un démon aux os comme des tubes de cuivre et aux membres d’acier.

Elle veut l’énerver pour le déstabiliser. Être la fissure sur la façade, le cheveu dans la soupe, le caillou dans la chaussure.

La mélancolie est la grâce et la joie d’être triste. La mélancolie est révolte et aliénation, et la mélancolie noire la profonde satisfaction de vouloir mourir. D’envoyer le monde au diable.

Quant à lui, il ne sait pas trop qui il est. Apprendre à se connaître soi-même est le projet de toute une vie.

La seule chose qui me permet parfois de respirer est d’écrire. Quand j’écris je vais mieux, presque bien, mais dès que je repose la plume, cette sensation disparaît. Souvent je hais mes propres mots. Tout aussi souvent je les trouve banals, insignifiants. Mais parfois, parfois seulement, c’est comme si tout prenait sens. Je ressens alors de l’espoir, une sorte de satisfaction, comme si je commençais à me comprendre moi-même.

Écrire, c’est comme vivre, et lire ce qu’un autre a écrit est comme vivre en soi-même la vie d’un autre.

Le silence n’est pas l’absence de bruit, pense-t-il. Plutôt son manque. Ce n’est qu’en ressentant le manque de bruit que l’on fait l’expérience du silence. Avant cela, le silence n’est qu’un aspect de l’existence. 

Vit-on quand on n’est pas regardé ? Ou n’est-ce qu’à travers la confirmation d’être vu que l’on vit ?
De même qu’une légende ne peut naître dans une existence privée d’écho, un héros a besoin d’un miroir. Un miroir est un témoin et un héros n’est pas héros sans spectateur.

Mélancolie est le terme grec pour bile noire, l’élément central de la théorie des humeurs.
L’équilibre doit régner entre le corps et l’âme. L’harmonie entre le cœur, le cerveau, la bile jaune du foie et la bile noire de la rate.

Saint Augustin a écrit que l’homme, à l’origine, était un menteur.
Il disait aussi que l’espoir avait deux filles. Le courage et la colère.
Le courage pour que ce qui doit arriver devienne réalité.
La colère pour que ce qui ne doit pas arriver n’arrive pas.

Il en va des rêves comme des coïncidences. Ils se ressemblent au point d’abolir la frontière entre la logique et le hasard. La logique du rêve est qu’il est par nature illogique et schématique, et ses images peuvent sembler arbitrairement arrangées. Quant aux coïncidences, elles n’ont le plus souvent rien de logique en apparence, mais celui qui les perçoit est souvent envahi par le sentiment qu’elles signifient quelque chose. D’autres les balayent d’un revers de la main comme des broutilles.

elle se dit qu’au fond, ce qu’elle fait en restaurant des livres, c’est effacer leur histoire. Elle ôte les taches d’herbe, de terre, de vin, de café, bref tout ce qui trahit la vie du livre et de son propriétaire.

On peut empêcher les assassins de tuer, mais comment diable arrêter un suicidaire ? 

Chaque homme est-il une œuvre d’art qui continue à exister après la mort
Que devient le souvenir d’un homme après sa mort ? Est-il embelli ? Probablement. En tout cas après quelques années. On veut se rappeler les bons côtés. Ce qui a signifié quelque chose.

Une personne peut mourir, mais pas disparaître.
La douleur survit au corps.

S’agissant d’un suicide, on sait qui est le meurtrier et il est rare que ses proches haïssent le suicidé. Détester son acte en lui-même, c’est autre chose.

Nous vivons dans un monde médiocre. Une médiocratie. On y adule des acteurs et des stars du foot comme des dieux. Le monde est futile et mesquin.

Le meurtre, à la différence du suicide, est contre-productif. Le suicide est plus efficace, car contagieux. Le meurtre effraie, fait craindre la mort aux gens, alors que le suicide est passé sous silence, camouflé en accident ou en maladie mentale. En soi, le suicide n’est rien d’autre qu’anéantissement volontaire de la vie. Pur mépris de la vie.

son art, la reliure, est diamétralement opposé à sa propre création. Elle travaille à l’encontre du processus de destruction, anoblit les matières et les maquille artificiellement au lieu de laisser libre cours à la nature.

Le philosophe romain Sénèque disait que le sage vit aussi longtemps qu’il le doit, et non aussi longtemps qu’il le peut. La question n’est pas de mourir tôt ou tard, mais de mourir bien ou mal.

Le chagrin est parfois aussi incurable que la mort, et frappe seulement celui qui ose vivre.

Souvent aussi, elles sont restées ensemble à partager en silence la solitude qui est la douleur de tout être sensible. À partager le manque de ceux qui ne sont plus.

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