Biedermann, Nelio «  Lázár» (2026) 349 pages

Biedermann, Nelio «  Lázár» (2026) 349 pages

Auteur : Nelio A.Biedermann naît en juin 2003. Ses grands-parents paternels, issus de la noblesse hongroise, se réfugient en Suisse dans les années 1950. Son père, Tomi Biedermann, est le propriétaire d’une agence de voyages ; sa mère, Sabine Biedermann, est chargée de relations publiques dans la même branche. Il grandit avec sa sœur à Thalwil, dans le canton de Zurich et vit à Zurich depuis 2026.

Ce roman historique, inspiré de la propre famille de l’auteur[, suit le destin d’une famille de la noblesse hongroise sur trois générations, de la fin de l’Empire des Habsbourg à la révolution hongroise de 1956. Le réalisateur Tom Tykwer et le producteur Uwe Schott ) en acquièrent les droits d’adaptation cinématographique

Romans traduits: Lázár  (Lázár  2025) 

Editions Belfond -20.08. 2026 ( traduit par Rose Labourie) – 349 pages
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Résumé:

Futur classique de la littérature dans la lignée des Buddenbrook de Thomas Mann, Lázár est LE phénomène de la rentrée littéraire ! Alors que l’orée de la forêt obscure était encore jonchée de la neige du siècle défunt, Lajos von Lázár, l’enfant translucide aux yeux bleu lac, aperçut pour la première fois l’homme qu’il croirait, jusqu’à sa mort et même au-delà, être son père. Tout commence avec la venue au monde de Lajos von Lázár, un enfant blond aux yeux clairs.
Tout commence, et tout finira aussi, se dit son père, le baron Sándor, face à ce fils qui ne ressemble à personne. Car, dans le château familial niché au coeur de la forêt, la naissance de l’enfant, aux premiers jours du xxe siècle, va bouleverser à jamais l’ancienne vie des barons von Lázár. C’est d’abord la chute de l’Empire des Habsbourg qui va balayer leurs traditions. La mère de Lajos, la belle Mária, et son oncle, le spectral Imre, ne s’en relèveront pas, incapables de vivre sans leurs repères.
Quand Lajos héritera du domaine dans les années vingt, l’éclat d’antan semblera briller de nouveau. Mais c’est à ses enfants, Eva et Pista, qu’il reviendra de résister aux forces obscures qui s’annoncent…

Mon avis: ❤️❤️❤️❤️

C’est un roman que j’ai dévoré. L’auteur m’a tenue en haleine avec cette saga qui est à la fois fresque familiale et historique, témoignage et secrets du passé, dans une atmosphère grise et ombreuse,  une ambiance trouble et gothique,  des personnages originaux, comme l’oncle qui échappe d’une certaine façon à l’atmosphère irrespirable du château familial car il se réfugie dans son monde à lui… Mais il n’est pas le seul à se réfugier dans l’irréel, à fuir dans la forêt du château, à converser avec les ombres…
Grandeur et décadence de la noblesse hongroise…

J’ai fait connaissance avec le baron Sandor von Lázár et suivi l’histoire de ses descendants, sur plusieurs générations. Ce roman, inspiré par l’histoire de la famille de l’auteur, raconte une famille d’aristocrates hongrois qui ont passé leurs vies à fuir  – et à se fuir – et dont la dernière génération est maintenant établie en Suisse, à Zurich. L’Histoire (avec un grand H)  couvre le XXème siècle : la fin de l’empire austro-hongrois, la Seconde guerre mondiale, le nazisme, l’invasion de la Hongrie..

Le roman commence avec la naissance de Lajos, un enfant translucide aux yeux bleus… On va suivre tous ces personnages qui, à tout de rôle vont devoir affronter leur destin, ou plutôt devrais-je dire, fuir leur destin, reculer, certains voulant se réfugier dans leur désir de continuer à vivre comme avant alors que leur monde part en morceau, d’autres s’inventant un monde irrationnel. Il faudra attendre pour trouver le membre de la famille qui ira vers le monde de son temps…

Le volet historique couvre une bonne partie du XXème siècle : la fin de l’empire austro-hongrois, la Seconde guerre mondiale, le nazisme, l’invasion de la Hongrie..

Pour un premier roman, je dois dire que c’est une réussite .

Pour m’y retrouver plus facilement avec les personnages, j’ai noté les principaux:
– Sándor von Lázár : le patriarche et sa femme, Mária
– Imre Frère de Sándor ( personnage très étrange qui a perdu la raison )
– Lajos von Lázár : le fils ( le personnage principal à la peau translucide) qui va hériter du domaine à la mort de son père
– Eva et Pista : les enfants de Lajos  (Je pense que mon personnage préféré est Pista .)
– Jonathan , le précepteur d’Ilona et Lajos
– Matilda,  l’amour de Pista – 

Extraits:

Cette forêt qui envoyait des signes à sa mère. Cette forêt qui l’appelait. Cette forêt qui s’était emparée d’elle.

Elle ne comprenait pas qu’on puisse faire preuve d’autant d’apathie face à la vie et laisser le train des années vous passer dessus jusqu’à ce que l’une des roues soit trop lourde et vous écrase définitivement. Et puis, elle trouvait les adultes ridicules. 

Jakub Jakubowski ne contemplait le ciel et le paysage qu’en été, car dès le point du jour, il se rendait au cabinet d’études qui jouxtait le bureau du capitaine, et il n’en ressortait que tard le soir. Dans l’intervalle, il écrivait des lettres.

C’est ainsi que Lajos notait sur différents bouts de papier les jalons de son monde, les points d’orgue de son existence. La plupart de ces bouts de papier disparaissaient sans qu’il sache dire où ils étaient passés. Lorsqu’il interrogea Imre à ce sujet, ce dernier lui répondit : « Le château les avale. Il se nourrit de souvenirs. »

L’ÉCRIVAIN ne redoute rien tant que le bonheur, ce qui ne se comprend que trop bien, sachant qu’écrire consiste à maintenir, préserver, ordonner, mais que le bonheur se dérobe à la langue, se refuse aux mots, se réfugie dans l’éphémère et se dissipe dès qu’on essaie de l’élucider.

Pista n’était pas seulement fasciné par les ombres auxquelles il parlait comme à des êtres humains et parmi lesquelles il évoluait comme si les rayons du soleil étaient aussi dangereux pour lui qu’ils l’avaient été pour son père enfant – l’obscurité l’attirait sous toutes ses formes. Il avait une prédilection pour les vêtements sombres, était captivé par les caves lugubres dans lesquelles il voyait l’inconscient du château, et il attendait avec impatience les journées courtes de l’hiver et les heures du crépuscule pour que le soleil se retire, la lumière décline, les ombres s’allongent et se multiplient.

Pour Pista, la nuit était une mer, et lui était sorti de ses flots sombres. Dans ses ténèbres, son ombre et lui coïncidaient, et son monde intérieur était à l’image du monde extérieur – car il faisait noir, et le ciel était d’encre, et le jardin immobile et désert. Et le temps de se faire à l’obscurité, les yeux ne distinguaient pas la végétation de la voûte nocturne, prenant les étoiles pour des fleurs à l’éclat pâle et aveuglant au bout de longues tiges noires.

La fuite ne lui laissa que des sensations…
La sensation de tout laisser derrière soi.

Il n’aurait pas su dire d’où venait cette fascination, mais le caractère éphémère des choses le travaillait depuis longtemps. La mort le cernait depuis toujours. À la fois en tant qu’événement concret, qui avait frappé ses grands-parents de plein fouet et qu’on préférait passer sous silence, et en tant que concept théorique, qui englobait le naufrage de la monarchie, le déclin de l’aristocratie et la disparition des valeurs traditionnelles sur lequel reposait leur monde.

Depuis toujours, le fils exigeait du père qu’il soit fort, qu’il ne laisse rien voir, qu’il continue comme si de rien n’était et aille de l’avant, alors qu’avec l’expropriation, Lajos, contrairement à lui, n’avait pas perdu que son avenir : il avait perdu toute son identité…

Mais à cet instant précis, alors qu’ils progressaient pas à pas vers l’orée de la forêt, que le ciel au-dessus d’eux s’obscurcissait et que leurs semelles raclaient la terre gelée et la neige dure, que le froid de la nuit naissante leur fouettait le visage et qu’Eva se demandait si chaque fuite était nécessairement synonyme de températures inférieures à zéro et de paysages enneigés, s’il était possible de fuir sans que les conditions météo soient contre vous, elle fut envahie d’un sentiment qu’elle n’avait pas ressenti depuis longtemps : celui d’être redevenue maîtresse de sa vie. – C’était loin de correspondre à la réalité. Bien au contraire : en vérité, elle n’avait probablement jamais été moins maîtresse de sa vie qu’à ce moment-là.

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