Poulin, Jacques « La tournée d’automne » (1997) 191 pages


Poulin, Jacques « La tournée d’automne » (1997) 191 pages


Auteur: né le 23 septembre 1937 à Saint-Gédéon-de-Beauce et mort le 21 août 2025 à Québec, est un romancier québécois.
Jacques Poulin vit à Paris depuis de nombreuses années. Après des études de lettres, il est devenu traducteur, avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Pudique et intimiste, faisant appel à une grande économie de moyens, romancier de l’âme et des sentiments, Jacques Poulin excelle à peindre le désarroi qui naît de l’incommunicabilité entre les êtres humains. Du traducteur de bandes dessinées au conducteur de bibliobus, la figure de l’écrivain est récurrente dans son œuvre et témoigne d’une quête plus vaste : celle de l’écriture comme voie permettant d’accéder à la plénitude de l’existence.

Romans: Mon cheval pour un royaume (1967) – Jimmy (1969) – Le Cœur de la baleine bleue (1970) – Faites de beaux rêves (1974) – Les Grandes Marées, (1978) – Volkswagen Blues (1984) – Le Vieux Chagrin (1989) – La Tournée d’automne (1993) – Chat sauvage (1998) – Les Yeux bleus de Mistassini (2002) – La traduction est une histoire d’amour (2006) – L’anglais n’est pas une langue magique (2009) – L’Homme de la Saskatchewan (2011) – Un jukebox dans la tête (2015)

Babel – 15.01.1997 – 191 pages

Résumé:

Je m’appelle Marie, dit-elle. Il toussa pour s’éclaircir la voix. Moi, les gens m’appellent le Chauffeur. J’ai un camion avec des livres… un bibliobus. Mon travail consiste à prêter des livres. Vous faites des tournées ? Oui. Je visite les petits villages entre Québec et la côte nord. C’est un grand territoire… Je fais la tournée au printemps, une durant l’été et une à l’automne. Il eut du mal à prononcer le dernier mot et son visage s’assombrit. 

La femme le regarda plus attentivement. Il détourna la tête, se mit à contempler l’horizon brumeux. Ils restèrent silencieux, côte à côte ; ils avaient la même taille, les même cheveux gris.

Mon avis: ❤️❤️❤️❤️
J’ai beaucoup aimé cette petite visite guidée du Quebec – des petits villages de la Côte Nord québécoise , la  Gaspésie – en compagnie du « Chauffeur » et de Marie. C’est l’histoire d’une rencontre, un road movie. En plus de découvrir des paysages, des villages aux noms qui ont un charme fou, on va croiser des oiseaux, des baleines, des fous de Bassan, des goélands, des cormorans …
Le Chauffeur entame sa dernière tournée avec son camion de lait revu et corrigé, transformé en bibliobus. Deux fois par an il fait sa tournée : il a constitué un réseau de personnes qui servent de trait d’union entre lui et les lecteurs de régions reculées.
Il est solitaire, désabusé, ne croit plus en la vis, ne veut pas continuer à vieillir; il aime les livres et les chats. Mais cette fois, il va se lier d’amitié avec Marie et la fanfare qui l’accompagne et la tournée va se faire parallèlement à la virée du groupe de la fanfare qui souhaite visiter cette partie du Canada, ce qui va lui permettre d’approfondir sa relation avec Marie qui va parfois quitter l’autobus de son groupe pour voyager avec lui. Marie est peintre d’oiseaux et elle va les lui faire découvrir. Ils vont se rapprocher car ils ont beaucoup de choses en commun, aiment les même chansons, les mêmes livres, se comprennent presque sans parler.
Un livre doux, tout en nuances, poétique, qui parle au coeur, et qui montre qu’une rencontre peur redonner un sens à la vie, ouvrir un futur…

Extraits:

Le fait d’être surpris en pleine oisiveté ne le contrariait pas, car il avait adopté la maxime de Philippe Djian : « Il ne faut pas perdre de vue qu’un écrivain étendu sur une chaise longue est avant tout un homme qui travaille. »

Avec les personnes qui aimaient les chats, le Chauffeur arrivait parfois à une sorte d’entente secrète, qui allait directement à l’essentiel ; c’était comme s’ils se connaissaient depuis toujours.

les livres sont comme les chats, on ne peut pas toujours les garder.

— C’est vrai que les livres nous protègent, dit-il, mais leur protection ne dure pas éternellement. C’est un peu comme les rêves. Un jour ou l’autre, la vie nous rattrape.

— Bleu outremer… ocre jaune… blanc de titane… terre de Sienne… alizarine cramoisie… terre d’ombre brûlée… Les sonorités sont belles, n’est-ce pas ?
— Très belles.
— C’était pour l’atmosphère… Maintenant, disons que j’ai envie de peindre un aigle pêcheur : d’abord, il faut que je trouve son nid et que je l’observe avec mes jumelles. Je note tout ce que je vois — son ventre blanc, ses ailes longues et coudées, blanches aussi mais avec des taches noires, la distance entre l’œil et le bec crochu, sa façon de voler et de plonger — et je fais des croquis. Ensuite je rentre à la maison pour…
—… nourrir les chats.

— Les femmes ne sont pas faites pour séduire, dit-il.
— Elles sont faites pour quoi ?
— Pour la même chose que nous : essayer de rendre le monde un peu plus vivable… 

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