Argemi, Raùl «Patagonia Tchou Tchou» (2010)

Argemi, Raùl «Patagonia Tchou Tchou» (2010)

Argemi, Raùl « Patagonia Tchou Tchou » (2010)

L’Auteur : Issu d’un milieu prolétaire et anarchiste, Raul Argemi a longtemps mené la double activité de journaliste écrivain en Argentine. Il vit aujourd’hui à Barcelone et s’affirme comme l’un des auteurs les plus créatifs du roman noir latino-américain.

Résumé : Deux hommes embarquent à bord de « La Trochita », un train antédiluvien qui parcourt la Patagonie argentine à petite allure. Haroldo, un ancien marin qui se prétend le descendant de Butch Cassidy, a entraîné son ami d’enfance Genaro, ex-conducteur de métro, dans une aventure risquée : les deux compagnons projettent de prendre en otages les passagers du train pour libérer « Beto », le frère d’Haroldo, prisonnier en transit. En outre, ils comptent bien profiter de l’occasion pour mettre la main sur les sacs de billets qui se trouvent dans l’un des wagons.

Cependant, rien ne se passe comme prévu. Il n’y a pas grand monde dans le train – une femme enceinte et son mari, des touristes – et la prise d’otages tourne court : le conducteur de la locomotive y voit même une diversion ! S’ensuit alors une série d’événements qui va faire de ce voyage une odyssée surréaliste…

Raul Argemi embarque son lecteur dans un voyage romanesque long de quatre cents kilomètres et réussit le tour de force de combiner le roman d’aventures, le roman noir et la fable. On retrouve tous les ingrédients caractéristiques de son univers : humour, rebondissements, folie et violence, ce qui n’exclut pas la satire sociale et politique.

Mon avis : De retour du bout du monde ( la Patagonie donc) rien de plus normal que de lire des livres d’auteurs argentins… Alors en avant ! Et pour ce voyage, prenons le train.. Au menu : une attaque de train.. le but de cette attaque : libérer un détenu et de se faire de l’argent. Nous grimpons à bord en compagnie de ces deux amis d’enfance et le voyage commence… dans une partie du monde où tout peut arriver…et tout arrivera… C’est de fait un roman déjanté et absurde, ou rien ne se passe comme il le faudrait.  Tout va de travers… Les personnages sont totalement à la masse, les situations tragi-comiques s’enchainent. On assiste à un match de football entre les argentins et les touristes allemands qui est totalement hallucinant… Beaucoup d’humour dans ce récit avec en toile de fond une Argentine en mal de vivre… On visite la Patagonie au rythme lent d’un tortillard à deux wagons qui monte des pentes escarpées et se confronte à la rudesse du climat, on passe du calme au vent tempétueux, de la neige au soleil… et on disjoncte… J’ai bien aimé. Et je me dis qu’entre lui et Carlos Salem, les écrivains argentins qui viennent du journalisme et qui résident en Espagne sont sacrément allumés..

Extraits :

Ces gens, ils vivent pour quoi ? S’ils n’ont pas la radio, c’est sûr qu’ils n’ont pas non plus la télévision.

— Ni téléphones portables… Ils sont en Patagonie, Bairoletto. Ils ont le privilège d’entendre le silence de la nature à l’état pur. Pourquoi voudraient-ils la télévision ?

le désert et la mer sont comme des frères : horizons, deux, lointains…
— Ça va comme ça. N’en rajoute pas, cela me donne envie de vomir. Jamais je n’ai vu autant de néant à la fois.

À perte de vue, la neige tombait, semblable à une pluie de plumes de colombe, et estompait les limites du désert.

Los Ñires était un peu plus que rien, une intention de village née d’un fantasme.

Par les pans de sa chemise entrebâillée, son nombril velu épiait le monde, tel un kangourou dans sa poche.

on est en Argentine, El Maitén c’est l’Argentine. Ici tout a un avenir. Ce qui n’existe pas, c’est le présent.

Le monde est, de plus en plus, un monde unique, une boucherie généralisée où l’on vend la chair des travailleurs. Amis, dans ce village mondial, dans ce navire spécial appelé Terre, les vautours du sommet ne se lassent pas de nous dévorer le foie.

— Vous savez que c’est un endroit bizarre, la Patagonie ? répondit-il, en retournant la question. C’est plein de morts vivants.
— Eh ! Ce n’est pas comme Buenos Aires ! Qui est plein de parvenus vivants.

Depuis l’entrée dans la précordillère, l’environnement se faisait sans cesse plus montagneux et plus vert. De hauts arbres s’appuyaient sur le sous-bois pour escalader les versants.

— Un microclimat ?
— Ecoutez, dit l’autre, narquois, nous ne comprenons pas grand-chose aux micros ici, mais pour ce qui est des climats, nous en avons plus qu’il n’en faut.

Et quelque part une fenêtre s’ouvrit pour s’entrebâiller sur l’enfer.

Un vent qui hurlait comme cent âmes en peine s’abattit sur l’esplanade, entraîna la neige, arracha des branches, coucha les roseaux presque jusqu’au sol.

Le vent s’abattit sur le wagon comme une énorme bête affamée, et les premières minutes de son assaut effrayèrent tout le monde. Son hurlement résonnait avec tant de malveillance que certains se mirent à crier à tue-tête pour le contrecarrer, tandis que d’autres se turent complètement.

Sur un des côtés, la paroi se dressait sur plusieurs mètres, en une montrée presque verticale. De l’autre, à quelques pas à peine du convoi, le précipice s’adoucissait pour s’achever dans le lit d’un torrent à sec. Un peu au-delà, s’élevait l’autre paroi. Une superposition d’argile aux strates multicolores s’étageait jusqu’à la corniche finale. Des arbustes de terrain aride, des buissons de ronces et quelques petits arbres chétifs s’accrochaient à la pente du mieux qu’ils pouvaient.

Tout en haut, un soleil fatigué, accompagné de quelques nuages effilochés en cavale vers le nord, commençait à décliner. En Patagonie, l’hiver raccourcit les journées, et les nuits peuvent être interminables.

Quand un homme est absent longtemps, son pays meurt et il ne peut plus y retourner.

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