Indridason, Arnaldur «Le lagon noir» (2016)

Indridason, Arnaldur «Le lagon noir» (2016)

 

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík le 28 janvier 1961. Diplômé en histoire, il est d’abord journaliste et critique de films pour le Morgunbladid, avant de se consacrer à l’écriture. Ses nombreux romans, traduits dans quarante langues, ont fait de lui un des écrivains de polar les plus connus en Islande et dans le monde, avec douze millions de lecteurs. Il a reçu le prix Clef de verre à deux reprises, en 2002 pour La Cité des jarres, et en 2003 pour La Femme en vert (également couronné par le Gold Dagger Award et le Prix des lectrices de Elle), le Prix du Polar européen Le Point en 2008 pour L’Homme du lac, le prix d’honneur du festival les Boréales en 2011, et le prix espagnol rba du roman noir en 2013 pour Passage des Ombres (troisième tome de la Trilogie des Ombres, à paraître en 2018).

Douze de ses romans mettent en scène le personnage d’Erlendur Sveinsson, inspecteur de la police de Reykjavík. Plusieurs autres sont consacrés à des énigmes historiques ou des affaires d’espionnage. Dans la fascinante Trilogie des Ombres, il met en scène un nouveau couple d’enquêteurs, à l’époque de la « Situation », l’occupation américano-britannique de l’Islande à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

(Portrait par Sabrina Champenois, LIBERATION – juillet 2010)

(Point poche 384 pages – 2017)

 

Résumé : Reykjavik, 1979. Le corps d‘un homme est repêché dans ce qui va devenir le lagon bleu. Il s’agit d’un ingénieur employé à la base américaine de l’aéroport de Keflavik. Dans l’atmosphère de la guerre froide, l’attention de la police s’oriente vers de mystérieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Dans un climat de tension, conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’une jeune femme noire, officier de la base.

Le jeune inspecteur Erlendur vient d’entrer à la brigade d’enquêtes criminelles, il est curieux, passionné par son métier, soucieux des autres, mais il ne cache pas son opposition à la présence américaine sur le sol islandais.

En parallèle, il travaille sur une vieille affaire non résolue. Une jeune fille disparue sur le chemin de l’école quarante ans plus tôt, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement dans l’île, portée par les disques de rock et les jeans venus de la base américaine.

Indridason construit un univers particulier, une atmosphère pénétrante et sans nostalgie, un personnage littéraire de plus en plus complexe, et le roman noir, efficace, est transformé par la littérature.

 

Mon avis : C’est le début de la carrière du jeune policier, qui rejoint officiellement l’équipe de Marion Briem, après avoir collaboré pour la première fois avec elle dans « Les Nuits de Reykjavik » (voir commentaire) . Erlendur mène ici deux enquêtes ; l’une officielle sur un meurtre et une autre, officieuse, sur une disparition non élucidée. Ceux qui connaissent le personnage savent qu’il est obsédé par les disparitions… Dans les deux cas, les américains des bases installées en Islande et les Islandais sont concernés : comme la collaboration entre les américains et les autochtones sont tout sauf harmonieuses, les polices sont loin d’être prêtes à coopérer. C’est dans ce climat hostile qu’Erlendur et Marion vont tout faire pour résoudre le meurtre d’un jeune islandais qui aurait semble-t-il été un peu trop curieux, avec l’aide d’une policière américaine qui les aide sans l’aval de sa hiérarchie. Beaucoup aimé cet opus qui nous éclaire sur la jeunesse d’Erlendur, nous permet de découvrir un peu mieux Marion, nous documente sur l’histoire islandaise. Les deux enquêtes sont intéressantes, pas de temps morts, un très bon Indridason.

Extraits :

 

– Ce n’est peut-être pas forcément… peut-être pas uniquement la question de ceux qui meurent ou qui se perdent, mais plutôt…
– Oui ?
– … plutôt de ceux qui restent, ceux qui doivent lutter contre les questions laissées en suspens. C’est peut-être ça qui est le plus intéressant.
– Est-ce que ces histoires parlent aussi de ceux qui restent ?
– Bien trop rarement.
– Si je comprends bien, ce qui t’intéresse, ce sont ceux qui restent et se débattent avec le deuil ?
– Peut-être, avait reconnu Erlendur. Eux aussi, ils sont importants. “Lequel des deux je suis, celui qui survit ou l’autre qui meurt ?” Je me pose parfois la question.

Je crois que les gens qui ont vécu un deuil traumatisant ont l’impression d’être eux-mêmes un peu morts, il m’est difficile d’être plus clair.

Il était si facile de déstabiliser cet ermite, de profiter de la détresse qu’il avait lue dans son regard. De la pâleur de ce visage dénué de relief et de vie. De l’isolement dans lequel il vivait et dont il ne concevait pas de sortir un jour.

Il y a des endroits que les gens veulent parfois oublier. Des lieux dont ils refusent de se souvenir.

 

Info : les bases américaines en Islande : L’Islande fait partie de l’OTAN et participe également à son état-major. La défense de l’île était auparavant assurée par une présence des forces armées des États-Unis qui, depuis 1951, était sur la base de Keflavik. En 2006 toutefois, le gouvernement des États-Unis a fait part au gouvernement islandais de son intention de réduire de façon très importante sa présence militaire en Islande : en effet, depuis la fin de la Guerre froide, l’île n’a plus la même valeur stratégique. Le 30 septembre 2006 le dernier soldat américain quitte la base de Keflavik. (Wikipedia) Quand à Camp Knox, c’est bein le nom des installations de la marine américaine en Islande.

Voir : Indriðason, Arnaldur : Série « Erlendur Sveinsson »

One Reply to “Indridason, Arnaldur «Le lagon noir» (2016)”

  1. Lecture de juillet :Le lagon noir :Arnaldur INDRIDASON.
    Je suis de l’avis de Catherine ,c’est un très bon Indridason ;il est très intéressant ,les deux enquêtes sont bien menées et « vivantes ».En plus j’ai appris beaucoup de choses sur l’histoire récente de l’Islande ,sur les bases américaines ,il est évident que les rapports entre les deux polices ne peuvent être que conflictuels .C’est un bon moment de lecture .

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