Lenormand, Frédéric «Seules les femmes sont éternelles» (2017)

Lenormand, Frédéric «Seules les femmes sont éternelles» (2017)

Auteur : romancier à succès de la série Voltaire mène l’enquête (Lattès) et des Nouvelles enquêtes du juge Ti (Fayard), s’est inspiré pour Seules les femmes sont éternelles de l’histoire vraie de Paul Grappe, soldat déserteur qui s’est travesti en femme pour ne pas être envoyé dans les tranchées, et dont la vie a également été adaptée à l’écran par André Téchiné (Nos Années folles).

Editions La Martinière – Novembre 2017 – 288 pages

Première enquête de Loulou Chandeleur : La nouvelle série policière historique de Frédéric Lenormand, auteur couronné des prix Arsène Lupin et Historia.

Résumé : Au début de la guerre de 1914, un policier décide de revêtir une identité féminine pour échapper à la mobilisation. Ray Février devient « Loulou Chandeleur », détective privé en bas de soie et chapeau à voilette. Ray-Loulou se rend compte qu’il est aussi bon flic en robe qu’en pantalon, et peut-être meilleur homme qu’auparavant.

Aux côtés de la patronne de l’agence de détectives, la charmante Miss Barnett – qui ne connaît pas son secret –, Loulou enquête sur une intrigante affaire de lettres de menaces. Quand le maître chanteur commence à mettre son plan à exécution et que les meurtres se multiplient, notre étonnant duo plonge dans une succession de surprises et de pièges périlleux.

Entre 1914 et 1918, ce sont les Françaises qui ont fait vivre le pays. Ce roman raconte leur émancipation et la difficulté d’être une femme en temps de guerre… surtout quand on n’en est pas une.

Mon avis : Après l’Inspecteur Janvier et Alice Avril, voici Ray Février ! (il y avait bien un autre Février dans mes souvenirs policiers mais il s’agissait d’un petit chien rien à voir donc…)

Ray Février serait-il un enfant de l’assistance publique, né en février ? En tous cas, le voici changé en Mme Chandeleur et si à la Chandeleur on fait sauter des crêpes, lui son souci sera entre autres de ne pas se faire sauter… Loulou va nous proposer une intéressante analyse des femmes qui occupent des métiers d’hommes pendant la guerre, que se soit pour fuir le combat, pour prendre la suite dans l’entreprise familiale, pour faire tourner le pays. Une fois encore je me suis régalée en lisant cet auteur. Que je revisite Venise, le siècle de Voltaire, la vie de Victor Hugo, de la marquise Casati, de Mademoiselle Chon du Barry… j’apprends des tas de choses, en riant du fait de la prose et de l’humour de Frédéric ! L’enquête est sympa aussi mais quand je lis du Lenormand, elle passe toujours au second plan… Me réjouis de retrouver Loulou pour de prochaines aventures…

Extraits :

Il fallait se rendre à l’évidence : chaque jour l’humanité féminine abordait de nouveaux domaines d’activité par un mouvement exactement proportionnel à la disparition des hommes.

Le rire était subversif, il avait été jeté par-dessus bord le premier.

L’argent nous procure la servilité de quelques-uns et le mépris de tous les autres

Penser comme une femme ! Il ne suffisait donc pas de porter des talons ! À quoi bon survivre si l’homme qu’il était devait mourir ? Il eut un instant de découragement. Cette imposture supposait de grands efforts, de grands sacrifices et de grands risques.
– Parfois, dit Léonie, y faut plus de courage pour vivre seul hors du troupeau que pour cheminer avec lui jusqu’à la boucherie.
Elle en savait quelque chose, elle avait quitté la bergerie depuis longtemps.

Son aria se changea en jappements de chiots dignes d’arracher des larmes à un silex.

Elle la soutint jusqu’à une chaise en bois dont la patine devait beaucoup au graillon de sa cuisine, et lui servit un cordial aussi efficace qu’une baïonnette pour faire des trous dans les estomacs.

Il prit une place à la table de roulette et hésita entre le noir et le rouge. Désormais, ces couleurs évoquaient moins Stendhal que les calamités.

Peut-être avait-on raison de dire que l’habit ne fait pas le moine, mais d’évidence la robe faisait la femme, il comprenait maintenant pourquoi elles en voulaient de belles et de bien coupées.

Le raccourcissement des jupes causé par la pénurie de tissu rendait l’exercice intéressant.

Le ciel s’était mis au beau, le temps était plutôt clément pour la saison, il n’y avait que sur la Somme que les pluies étaient continuelles, voire métalliques.

Esope avait tort. Ce n’était pas la langue, la pire et la meilleure des choses, c’était la mémoire.

Elle aurait voulu qu’il existât un féminin à « mentor ». Le vocabulaire français était imparfait et lacunaire, il privait les femmes d’éloges qui ne s’employaient qu’au masculin.

L’administration était l’humanité devenue machine.
– La police a le cœur d’un presse-purée et l’intelligence d’une râpe à fromage, dit Ray.
– Tâchons de ne pas finir dans son hachis parmentier, conclut Léonie.

Les rats et les lingots avaient été les premiers à fuir la capitale.

Montrer ses jambes permettait de faire des économies de tissu, mais cette mode de guerre obligeait à porter des bas en bon état, on payait d’un côté en fil de soie ce qu’on économisait de l’autre en étoffes de laine.

Il suffit souvent d’un mot pour rompre le charme des rêves les plus délicieux.

Il demanda à la kiosquière Le Journal de Genève, La Gazette de Lausanne ou le Times. Les Français s’étaient aperçu que seuls les journaux venus d’ailleurs disaient les choses comme elles étaient. Ce fut sans doute la raison pour laquelle il n’en trouva aucun.

[…] c’était par une obscurité sans lune qu’Aubervilliers se montrait le plus à son avantage.

La banlieue était le champ de bataille de la sottise urbaine, c’était le Verdun de l’urbanisme.

« Ce soir, je serai une femme soûle », dit-il en achevant le scotch.
Il fut le lendemain une femme à gueule de bois.

Au premier regard, on lui aurait donné le Bon Dieu sans confession ; le deuxième coup d’œil suggérait de rester tout de même sur ses gardes.

Quand on n’a plus de soucis avec ses enfants, c’est qu’on est mort.

La lâcheté est un concept inventé pour nous manipuler. Chacun a droit à un destin individuel. Tout le monde peut préférer la vie à la mort.

Le pire dans cette guerre n’était pas les combats, les privations, les destructions, les blessures ; c’était ce qu’elle faisait aux gens à l’intérieur.

 

 

En savoir plus : https://www.pariszigzag.fr/histoire-insolite-paris/le-travail-des-femmes-pendant-la-premiere-guerre-mondiale

 

 

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