Baricco, Alessandro « Emmaüs » (11/2012)

Résumé : Quatre garçons, une fille : d’un côté, le narrateur, le Saint, Luca et Bobby, et, de l’autre, Andre. Elle est riche, belle, et elle distribue généreusement ses faveurs ; ses parents, eux, sont des parvenus qui ne croient qu’au travail et à l’argent. Quant aux garçons, ils ont dix-huit ans comme elle, mais c’est là leur seul point commun. Car ils sont avant tout catholiques, fervents voire intégristes. Musiciens, ils forment un groupe qui anime les services à l’église, et ils passent une partie de leur temps à rendre visite aux personnes âgées de l’hospice, les «larves». Alors qu’elle incarne la luxure, Andre les fascine, ils en sont tous les quatre amoureux. La tentation est forte, mais le prix à payer sera lui aussi considérable. Roman intime et habité par une authentique douleur, Emmaüs est un texte à part dans l’œuvre d’Alessandro Baricco, sans doute le plus personnel à ce jour.

Mon avis : Petit livre court. Très différent de tout ce que j’ai lu de cet auteur. Un livre que j’ai apprécié car j’aime infiniment la poésie, la musicalité, l’élégance et l’écriture de cet auteur. Mais cette histoire qui ne m’a pas parlé comme ses autres écrits. Sombre, dur, pétri de douleur…

Ce roman est écrit de manière nettement personnelle par l’auteur, le narrateur qui utilise le « je ». Il a pour cadre la ville de son enfance– jamais nommée –Turin et revient sur l’environnement familier de l’auteur dans sa jeunesse (les années 70). Il a été le témoin de ce type de comportements, a vu dans son entourage ce type de personnes et de drames (drogue, suicide, mort) ; il a vécu une jeunesse catholique, a joue de la musique à la messe, a fait du bénévolat à l’hôpital mais ce n’est pas a proprement parler une autobiographie, même si ce n’est pas une histoire sortie de son imagination. Ce livre démontre la difficulté de devenir adulte quand on n’est pas libre de vivre, emprisonné par la foi. Mais aussi la sensation de plénitude dans laquelle baignent les jeunes qui croient. L’auteur a connu la foi, puis il l’a perdue. Ce fait lui permet de parler des deux états ; la vie dans la foi et celle en dehors. De la beauté (et du danger) de la foi absolue, du désarroi de la perte de la foi, de la découverte de ce qu’il y a en dehors de la foi, de la recherche de la beauté ailleurs que dans Dieu. Au cœur du livre aussi le rapport avec la culpabilité (la faute d’éprouver le plaisir quel qu’il soit). L’auteur explique avoir choisi pour thème/titre du roman « Emmaus » car cet épisode est en adéquation avec sa jeunesse. Ils comprenaient toujours les choses avec retard.. en décalage avec le moment présent. Tous comme les disciples du Christ qui comprennent après qu’il soit parti qu’ils étaient avec le Messie.

L’opposition entre les 4 jeunes de classe moyenne « sous religion » et Andre, une jeune adolescente riche, (évoluant dans une autre sphère mais toujours à la limite de la leur), pleine de grâce, fascinante, mystérieuse, enveloppée d’une aura. Une fille qui se montre sûre d’elle mais qui est pétrie de failles et de fractures ; des jeunes qui vivent dans l’ignorance des drames qui les touchent de près, aveugles, surprotégés par la famille, la religion, l’aveuglement qui croient tout savoir mais à qui il faut dire les choses pour qu’ils comprennent en lieu et place de ressentir la vie.

L’auteur ne « casse pas » la religion, il dénonce les œillères, l’intransigeance, le manque de compréhension que la certitude de savoir ce qui est bien engendre. La foi aveugle est un danger et l’auteur a fui la religion. La richesse, la liberté, la liberté de vivre font peur. On se sent à l’abri dans le monde réglementé de la religion. Dans le monde des garçons, on accepte la vie, on encaisse et on ne parle pas. La religion enferme dans l’incompréhension, génère la honte, l’interdit, le remords… Alors quand Andre apparait, c’est le choc qui fissure le mur des certitudes et de l’aveuglement… la certitude fabriquée explose et c’est le désastre, l’incompréhension, la solitude, le drame. Andre c’est le tremblement de terre, le séisme : il y a un avant et un après ; le même endroit, mais totalement dévasté ; le monde a basculé, ou la façon de le voir plutôt qui n’est plus la même. La lumière a changé : elle ne vient plus de la religion mais des êtres et des choses, de la manière de voir et de ressentir les choses. Et plus possible de faire marche arrière, de revenir dans la sécurité et le confort de la croyance aveugle…

Extraits :

On croit, et il ne semble pas y avoir d’autre possibilité. Néanmoins, on croit avec férocité, et avidité, non dans une foi tranquille, mais dans une passion incontrôlée, comme un besoin physique, une nécessité.

Mais une personne qui a commencé à mourir ne s’arrête jamais

nous avons à l’esprit ces moments où elle tourne soudainement la tête en cherchant quelque chose, les yeux terrorisés – de l’oxygène. Même la grâce qu’elle a, le cou renversé en arrière, le menton relevé – la grâce de se tenir ainsi. Sur le fil d’une rivière invisible. Et chacun de ses égarements, imprononçables ou indécents, qui nous laissent sans voix. Ce sont comme des éclairs, et nous les comprenons

Nous sommes pleins de mots dont on ne nous a pas appris la vraie signification, et l’un d’eux est le mot douleur. Un autre est le mot mort. Nous ignorons ce qu’ils désignent, mais nous les utilisons, et c’est là un mystère

Pour la première fois l’un de nous s’est aventuré au-delà des frontières héritées du passé, soupçonnant qu’il n’y avait pas de frontières, en réalité, ni de maison mère, nôtre, fissurée. Timidement, il s’est mis à fouler une terre désolée où les mots douleur et mort ont une signification précise

Car nous progressons par éclairs, le reste est obscurité. Une limpide obscurité pleine de lumière, noire.

Comment avons-nous pu ignorer, pendant aussi longtemps, tout ce qui se passait, et cependant nous asseoir à la table de chaque chose ou personne rencontrée sur notre chemin

nous connaissons les choses à leur commencement puis nous en recueillons la fin, manquant toujours leur cœur. Nous sommes aurore mais épilogue – éternelle découverte tardive.

cela faisait sans doute bien longtemps qu’elle ne craignait plus l’irruption de l’absurde dans la géométrie du bon sens

c’est une action et rien d’autre. Il ne s’agit pas de faire quelque chose de bien. Il s’agissait de faire quelque chose de beau.

Vu qu’il n’y a aucun but, seulement moi qui joue, et elle qui danse, il n’y a pas de vraie raison de le faire, sinon que nous voulons le faire, que ça nous plaît de le faire. La raison, c’est nous. Au final le monde n’est pas meilleur, nous n’avons convaincu personne, nous n’avons rien fait comprendre à personne – au final nous sommes là, comme au début, mais vrais. Et derrière nous, un sillage – quelque chose qui reste, quelque chose de vrai.

Nous nous dirigeâmes vers le tram, enfouis dans nos manteaux comme des tortues dans leur carapace, humant le brouillard

Il était tard, et l’obscurité n’offrait que solitude

la foi est un don, qui vient d’en haut, et qui appartient au domaine du mystère. C’est pourquoi elle est fragile, comme une vision – et comme une vision, elle est intouchable. Un événement surnaturel.

Quelque part, et de manière invisible, nos familles tristes nous ont transmis un instinct inéluctable qui nous fait croire que la vie est une expérience immense

Ce qui pourrait être folie, en nous, est là révélation, et destin accompli – idéogramme parfait. Nous en retirons une certitude sans faille – nous l’appelons foi.

Ce qui me vient à l’esprit, c’est l’écroulement géométrique d’un mur – l’instant où un point de la structure cède, et que tout s’effondre. Car solide est le mur, mais il y a au milieu une pierre mal encastrée, un point d’instabilité

il y a un tas de choses vraies, sous nos yeux, et nous ne les voyons pas, mais elles sont là, et elles ont un sens, sans nul besoin de Dieu.

Nous sommes désarmés, en effet, devant cette tendance à penser que notre vie est, avant tout, un fragment conclusif de la vie de nos parents, confié uniquement à notre bon soin

Moi, je préférais suivre scrupuleusement le cours des choses. Le lycée, les devoirs, les obligations. Cela m’aidait

tout avait disparu, comme l’eau qui se referme, oubliant le caillou posé au fond

Mais aussi le fait de savoir qu’elle était extérieure, et que par conséquent lui raconter reviendrait à dessiner sur une feuille blanche

Je remontai le fil de ma mémoire en quête du dernier moment de stabilité avant que tout s’embrouille – l’idée était de repartir de là

Nos ancêtres sont des artisans et des marchands, des prêtres et des fonctionnaires, pourtant nous avons hérité de la sagesse des champs, et nous nous la sommes appropriée

Je te parle, pour qui vous prenez-vous, bon Dieu ? Je restais debout, avec cette poche dans les mains. Nous avons dix-huit ans, dis-je, et nous sommes tout.

nous marchons comme les disciples d’Emmaüs, aveugles, à côté d’amis et d’amours que nous ne reconnaissons pas – nous fiant à un Dieu qui ne sait plus qui il est

nous héritons de l’incapacité au tragique, et de la prédestination à la forme mineure du drame : parce que dans nos foyers on n’accepte pas la réalité du mal

une vérité que je savais depuis toujours, mais de cette façon que nous avons de ne jamais savoir.

 

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Tinguely, Pierre-Yves « Codex Lethalis » (02/2013)

Auteur : Né en 1959, Pierre-Yves Tinguely possède la double nationalité franco-suisse. Après plusieurs années à Genève, il vit aujourd’hui à Annemasse où il poursuit sa carrière de graphiste indépendant. Amateur d’art déco, de rock des années cinquante et d’art en général, il est avant tout passionné par l’écriture à laquelle il consacre l’essentiel de ses loisirs.

Résumé : La police découvre une scène de crime effroyable : une petite famille apparemment sans histoires a été massacrée. Tout porte à croire que c’est le mari, Harold Buchanan, qui a tué sa femme et leur petite fille, avant de se supprimer. Pourtant le médecin-légiste est formel : l’homme n’est pas mort de ses blessures mais du fait que son cerveau et ses globes oculaires ont «bouilli». Un déclencheur opérant au niveau de son cerveau l’a rendu littéralement fou de rage. Quand l’informaticien chargé d’inspecter l’ordinateur de Buchanan est à son tour pris d’une crise de folie meurtrière, les enquêteurs sont tenus d’innocenter le père de famille. D’autant que d’autres crimes similaires ont bientôt lieu. Policiers et experts scientifiques en arrivent à la conclusion que l’assassin diffuse un programme informatique qui a la capacité de tuer…

(Tome 1 d’une trilogie. Le tome 2, « L’axe du sang », est sorti en avril 2014.)

Mon avis : J’ai décidé de lire ce livre parce que l’auteur est un « local ». Je ne l’ai pas regretté et je me réjouis de lire la suite. Un thriller policier, machiavélique, avec un soupçon d’ésotérisme et une touche de paranormal (juste ce qu’il faut pour ne pas être trop). De plus l’équipe de policiers et d’enquêteurs, est un mélange de genre attachant.

Un thriller original et glaçant sur la vengeance, sans aucun temps mort. Mené tambour battant, je l’ai commencé et je ne l’ai pas lâché. Le moyen imaginé pour tuer, alliant technique et croyances ancestrales et religieuses fait froid dans le dos. Je pense que vous devriez aimer.

Extraits :

L’homme éprouve une telle fascination pour la mort qu’à force de la chercher, il finit par la trouver.

Le chien qu’il tenait en laisse ne faisait pas partie de la liste des races connues. Fidèle reflet de son maître, il n’avait l’air de rien.

il avait admis qu’on pouvait facilement se laisser vivre, mais qu’il fallait redoubler d’efforts pour exister

Le monde courait à sa perte, et l’homme ne cessait d’accélérer le mouvement.

Si les motivations des assassins étaient légion, les victimes, elles, partageaient toujours les mêmes points communs : au mauvais endroit, au mauvais moment.

Un homme politique ne dit jamais ce qu’il pense, ou alors il a vraiment perdu l’esprit.

Aimer, c’est offrir. Être aimé, c’est offrir davantage

Vous serait-il possible de nous inviter à pénétrer dans votre demeure avant que ce ciel gonflé de tristesse nous fasse une dépression ?

Lorsqu’une femme pleure, disait ma mère, ça signifie qu’elle a toujours un cœur. Et un homme, qu’il a toujours une âme.

Auteur Coup de coeur : Baricco Alessandro

Né le 28 janvier 1958 à Turin ; écrivain, musicologue et homme de théâtre italien contemporain.

Après des études de philosophie et de musique, Alessandro Baricco s’oriente vers le monde des médias en devenant tout d’abord rédacteur dans une agence de publicité, puis journaliste et critique pour des magazines italiens. Il a également présenté des émissions à la télévision italienne (RAI) sur l’art lyrique et la littérature

CHATEAUX DE LA COLERE (1995)

Résumé : Vers le milieu du XIXe siècle, dans la petite ville imaginaire de Quinnipak, vit toute une communauté rassemblée autour de la très belle Jun Reihl, dont toute la ville admire les lèvres, et de son mari monsieur Reihl, directeur de la fabrique de verre. À Quinnipak, chacun a son désir, sa « folie » secrète : Pekish, l’extravagant inventeur de l’« humanophone », un orchestre où chacun ne chante qu’une seule note, toujours la même; Pehnt, son jeune assistant, enfant trouvé toujours vêtu d’une veste immense et informe; la « veuve » Abegg, veuve d’un mari qu’elle n’a jamais épousé; Horeau, l’architecte français qui rêve de grandioses constructions transparentes, et Élisabeth, la locomotive à vapeur… Avec « Châteaux de la colère », Baricco nous offre un roman foisonnant et singulier, construit comme une fugue où chacun chante sa partition avec justesse et jubilation.

On ne s’ennuie pas un instant dans cet « opéra bouffe » où se succèdent de courtes histoires tissant une France moirée à ce récit-gigogne situé en un pays imaginaire au milieu du 19e siècle. Etourdissant et jubilatoire. Prix Médicis étranger 1995. — Services Documentaires Multimédia

Mon avis : Je recherche dans mes notes…

SOIE (1997)

Résumé : Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des neufs sains. Entre les monts du Vivarais et le japon, c’est le choc de deux mondes, une histoire d’amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d’une voix, la sacralisation d’un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur, la lenteur des saisons et du temps immuable.

Mon avis : Soie, publié en Italie en 1996 et en France en 1997, est devenu en quelques mois un roman culte – succès mérité pour le plus raffiné des jeunes écrivains italiens.  » Par là, toujours tout droit. Jusqu’à la fin du monde.  » Jusqu’à la légèreté, à la lenteur, à l’impatience, à la tristesse. Jusqu’à l’amour…Jusqu’au silence. Plus que le mortel ennui d’une vie répétitive, c’est une indifférence, une absence de résistance à la vie que Baricco suggère en ouvrant son roman par quelques phrases laconiques, purement énonciatives. Au début, Hervé Joncour fait penser à un spectateur repu qui se refuserait à intervenir dans la pièce qui se joue, et qui pourtant parle de lui. Voyageur en quête d’œufs de vers à soie, il se voit contraint, pour sauver les industriels de son village, d’effectuer une expédition « jusqu’au bout du monde ». Or, en 1861, la fin du monde, c’est un Japon qui sort à peine de son isolationnisme, et, qui plus est, de mauvaise grâce. Et c’est au Japon que la vie du héros prend un tour nouveau en croisant celle d’une femme mystérieuse. À la fin du roman, plusieurs années se sont écoulées, qui ont paru un battement de cils raconté en douceur par une voix neutre qui a fait défiler sous nos yeux, tels des panneaux de papier de riz, les séquences successives de cette vie impalpable traversée par des personnages d’ombre subtile. –Sana Tang-Léopold Wauters

NOVECENTO : Pianiste (1997)

Résumé : Lemon Novecento est né sur le Virginia, un bateau qui fait la traversée de l’océan Atlantique vers l’Amérique. Jamais, il n’en est jamais descendu. Il est devenu le pianiste de l’orchestre et de l’Océan… Sa vie étrange et poétique est racontée à travers celle d’un trompettiste engagé sur le bateau qui va passer six ans à ses côtés.

Avec étonnement, il entend les légendes qui entourent ce pianiste virtuose avant de devenir son ami. Ainsi, il découvre d’où vient la merveilleuse musique que joue le talentueux Novecento. Jamais entendue, elle rend fou les plus grands pianistes comme Jelly Roll Morton, l’inventeur du jazz.

Dans ce texte, Baricco témoigne de son immense intérêt pour la musique, sensible déjà dans son style très musical. Court roman et parabole sur la création, Novecento envoûte par la poésie et la beauté de son écriture

Mon avis : Je recherche dans mes notes…

OCEAN MER (1998)

Résumé : «Posée sur la corniche ultime du monde», dominant une plage immense, la pension Almayer semble abandonnée. Elle abrite pourtant sept «clients», sept naufragés de la vie qui sont venus là pour prendre congé d’eux-mêmes et tenter de renaître. En attendant l’âme soeur, le professeur Bartleboom essaie d’écrire la fin de l’océan tandis que le portraitiste Plasson tente d’en peindre le commencement. Ann Devéria voudrait retrouver un peu de sens moral et oublier son amant, la jeune Elisewin s’efforce d’échapper aux angoisses qui la consument, le Père Pluche écrit d’étranges prières et Adams, l’homme au regard d’animal en chasse, attend. Quant au mystérieux habitant de la septième chambre, seuls les étranges enfants qui tels des anges gardiens hantent la maison et l’âme de ses hôtes, savent s’il existe vraiment. Ce roman confirme le singulier talent de l’Italien Alessandro Baricco, auteur des Châteaux de la colère (prix Médicis 1995) et de Soie, qui s’est vendu en France à plus de 150 000 exemplaires. Le romancier, né en 1958, est aussi critique musical, essayiste, dramaturge et directeur d’une école d’écriture.

Un brin de suspense, une larme d’aventure, quelques gouttes de philosophie, d’humour et de poésie subtilement distillées: on reste suspendu aux lèvres et aux gestes de ces beaux personnages courageux et naïfs qui rêvent d’apprivoiser le néant, d’en ébaucher les limites, de le peupler de désirs. Et qu’importe si l’océan qu’ils interrogent leur apporte des réponses. Les marins qui ont connu le ventre de la mer savent que la vérité qu’il recèle n’est pas faite pour l’homme, et que celui qui l’a vue «en restera à jamais inconsolable». –Alexie Lorca, ©Lire

Mon avis : Je recherche dans mes notes…

L’Âme de Hegel et les vaches du Wisconsin (04-2004)

Résumé : Selon Hegel, «la musique doit soulever l’âme au-dessus du sentiment dans lequel elle est plongée.» À l’inverse, les chercheurs de l’Université du Wisconsin ont découvert que la production de lait augmentait de 7,5 ~ chez les vaches qui écoutent de la musique symphonique ! Dans ce livre, Alessandro Baricco explore l’univers musical, de Beethoven à Sting, à la recherche d’indices qui lui permettraient de retrouver le sens de la musique dans la société contemporaine. Avec brio et originalité, l’auteur de Soie propose ici un essai décapant, voire iconoclaste.

Mon avis : pas (encore)  lu

Constellations : Mozart, Rossini, Benjamin, Adorno, (essai, 1999)

«Penser, c’est un travail de géographe. Il faut savoir que l’on travaille avec quelque chose qui n’existe pas encore… le pressentir, en fait, comme le pressentaient les premiers explorateurs qui allaient découvrir l’Amérique. Ils avaient le dessin des rivages, et à l’intérieur : terra incognita. Oui, je crois que l’on peut éprouver cela en philosophie, travailler avec l’inconnu.» De l’interprétation audacieuse de l’opera buffa à la mise en scène du monde par le langage, Alessandro Baricco offre à travers trois courts textes et un entretien ses réflexions de musicologue et de philosophe sur la création artistique et la naissance d’un chef-d’œuvre. Un livre subtil, provocant et moderne.

CITY (2000)

Résumé : D’abord le titre. Une ville. Pas une ville précise. Plutôt l’empreinte d’une ville quelconque. Son squelette. Je pensais aux histoires que j’avais dans la tête comme à des quartiers. Et j’imaginais des personnages qui étaient des rues, et qui certaines fois commençaient et mouraient dans un quartier, d’autres fois traversaient la ville entière, accumulant des quartiers et des mondes qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres et qui pourtant étaient la même ville. Je voulais écrire un livre qui bouge comme quelqu’un qui se perd dans une ville. Des personnages – des rues – il y en a beaucoup : il y a un coiffeur qui le jeudi coupe les cheveux gratis, il y en a un qui est un géant, un autre qui est muet. Il y a un petit garçon qui s’appelle Gould, et une fille qui s’appelle Shatzy Shell (rien à voir avec celui de l’essence). Il y a aussi dans City deux quartiers, assez vastes, un peu décalés en arrière dans le temps. Il y a une histoire de boxe, et il y a un western. Le western, c’est quelque chose à quoi je pensais depuis des années. J’étais toujours là à essayer de m’imaginer comment diable on pouvait bien faire pour écrire la fusillade finale. Quant à la boxe, là c’est un monde dingue, superbe. Si en plus tu es quelqu’un qui écrit, tôt ou tard tu y viens. Mieux vaut tôt, me suis-je dit.

Mon avis : c’est celui que j’ai le moins aimé. pour plus de détails.. Je recherche dans mes notes…

Next,

Petit livre sur la globalisation et sur le monde qui vient (Essai 2002)

Sans sang (10-2004)

Résumé : «Dans la campagne, la vieille ferme de Mato Rujo demeurait aveugle, sculptée en noir contre la lumière du crépuscule. Seule tache dans le profil évidé de la plaine. Les quatre hommes arrivèrent dans une vieille Mercedes. La route était sèche et creusée – pauvre route de campagne. De la ferme, Manuel Roca les vit. Il s’approcha de la fenêtre. D’abord il vit la colonne de poussière s’élever au-dessus de la ligne des maïs. Puis il entendit le bruit du moteur. Plus personne n’avait de voiture, dans le coin. Manuel Roca le savait. Il vit la Mercedes apparaître au loin puis se perdre derrière une rangée de chênes. Ensuite, il ne regarda plus. Il revint vers la table et mit la main sur la tête de sa fille. Lève-toi, lui dit-il. Il prit une clé dans sa poche, la posa sur la table et fit un signe de tête à son fils. Tout de suite, dit son fils. C’étaient des enfants, deux enfants.»

Mon avis : Est-ce une nouvelle, un essai…. un traité sur la haine, la violence, le pardon… il en reste un goût de cendres… de malaise… mais avec un pareil sujet, pouvait-il en être autrement… Pour l’héroïne, la boucle est bouclée… mais peut-on effacer l’horreur de sa mémoire, en revenant au point de départ ??? L’écriture est toujours aussi puissante…

Extraits :

C’est difficile à comprendre, maintenant, mais c’était une drôle d’époque. Le pays allait de l’avant, bien loin de la guerre, à une vitesse incroyable, en oubliant tout. Mais il y avait tout un monde qui n’en était jamais sorti, de la guerre, et qui dans ce pays heureux n’arrivait pas à redémarrer. Moi j’étais comme ça. Tous nous étions comme ça. Pour nous, rien n’était encore fini.

On a beau s’efforcer de vivre une seule vie, les autres verront mille autres vies dedans, et c’est pour ça qu’on n’arrive pas à éviter de faire du mal.

Homère, Iliade (09-2007)

Résumé : «La tristesse est notre destin : mais c’est pour cela que nos vies seront chantées à jamais, par tous les hommes qui viendront.» La voix d’Homère continue de résonner du fond des siècles. L’Iliade chante cinquante et un jours de la dernière année d’une guerre de dix ans qui prend fin avec la conquête et la destruction de Troie. Elle chante des dieux, des hommes et des héros, inoubliables dans la colère et l’ambition, l’audace et l’ingéniosité, la vengeance et la pitié, prisonniers des frontières d’un éternel champ de bataille. À partir d’une traduction moderne, Alessandro Baricco a concentré et ramené la matière première du texte à vingt et une voix dont la dernière, celle de l’aède Démodocos, raconte la fin de Troie ; les personnages d’Homère sont invités sur la scène – les dieux laissés au second plan – pour raconter, avec des accents très contemporains, leur histoire de passion et de sang, leur grande guerre, leur grande aventure.

Mon avis : pas (encore) lu

Cette histoire-là (06-2009)

Résumé : Ultimo Parri est un jeune homme qui vieillit en s’efforçant de remettre de l’ordre dans le monde. Il a cinq ans lorsqu’il voit sa première automobile, l’année de la course mythique Versailles-Madrid de 1903, dix-neuf le jour de la grande défaite de Caporetto en 1917, vingt-cinq lorsqu’il rencontre la femme de sa vie, et beaucoup plus le soir où il meurt, loin de sa campagne piémontaise natale. Cette histoire-là est son histoire, qui nous emporte dans une course effrénée à travers le vingtième siècle, à laquelle l’écriture brillante et habile d’Alessandro Baricco confère une formidable vivacité, pour en faire une de ses plus belles réussites.

Mon avis :

Emmaüs (11-2012)

Résumé : Quatre garçons, une fille : d’un côté, le narrateur, le Saint, Luca et Bobby, et, de l’autre, Andre. Elle est riche, belle, et elle distribue généreusement ses faveurs. Ils ont dix-huit ans comme elle, sont avant tout catholiques, fervents voire intégristes. Musiciens, ils forment un groupe qui anime les services à l’église et passent une partie de leur temps libre à assister les personnes âgées de l’hospice. Alors qu’elle incarne la luxure, Andre les fascine, ils en sont tous les quatre amoureux. La tentation est forte mais le prix à payer sera lui aussi considérable. Alessandro Baricco nous offre son récit le plus personnel, à la fois peinture de l’Italie des années

Mon avis :   voir article sur le blog

Mr Gwyn (05-2014)

Résumé : Romancier britannique dans la fleur de l’âge, Jasper Gwyn a à son actif trois romans qui lui ont valu un honnête succès public et critique. Pourtant, il publie dans The Guardian un article dans lequel il dresse la liste des cinquante-deux choses qu’il ne fera plus, la dernière étant : écrire un roman. Son agent, Tom Bruce Shepperd, prend cette déclaration pour une provocation, mais, lorsqu’il appelle l’écrivain, il comprend que ça n’en est pas une : Gwyn est tout à fait déterminé. Simplement, il ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. Au terme d’une année sabbatique, il a trouvé : il veut réaliser des portraits, à la façon d’un peintre, mais des portraits écrits qui ne soient pas de banales descriptions. Dans ce but, il cherche un atelier, soigne la lumière, l’ambiance sonore et le décor, puis il se met en quête de modèles. C’est le début d’une expérience hors norme qui mettra l’écrivain repenti à rude épreuve.

Qu’est-ce qu’un artiste? s’interroge Alessandro Baricco, dans ce roman intrigant, brillant et formidablement élégant. Pour répondre à cette question, il nous invite à suivre le parcours de son Mr Gwyn, mi-jeu sophistiqué mi-aventure cocasse. Et, s’il nous livre la clé du mystère Gwyn, l’issue sera naturellement inattendue.

Mon avis  : voir article sur le blog 

Muñoz Rengel, Juan Jacinto « Le tueur hypocondriaque » (03/2013)

Résumé : Monsieur Y., tueur à gages de son métier, n’a plus qu’un jour à vivre… Deux, maximum. En réalité, M. Y. se réveille chaque matin : 1) persuadé qu’il s’agit du dernier jour de sa vie, 2) déterminé à tuer Eduardo Blaisten, qu’il poursuit depuis un an et deux mois exactement. Mais, en plus d’être atteint de maladies toutes plus rares et/ou imaginaires les unes que les autres, M. Y. souffre d’une malchance chronique. Si seulement il ne s’était pas endormi dans le métro la fois où il aurait pu pousser Blaisten sur les rails ! Au fil de ses tentatives d’homicide, M. Y. établit des liens évidents entre ses propres symptômes et les grands maux qui torturèrent Proust, Voltaire, Tolstoï, Molière, entre autres grands hypocondriaques de l’histoire. Et lui, arrivera-t-il à accomplir sa dernière grande œuvre ?

Mon avis : Un OVLI ! (Objet Livresque Non Identifié) Ceux qui apprécient le décalé et le déjanté ne vont pas être déçus du voyage! Et comme il est court., cela vaut le coup de jeter un coup d’œil dessus… On traverse la vie du tueur avec des compagnons tels que Kant, Poe, les Goncourt, Swift, Tolstoï, Voltaire, Lord Byron, Descartes, les frères Goncourt, Proust, Coleridge, et Molière .. Notre brave tueur à gage, doté d’une conscience et de tous les maux, s’apparente à tous ces écrivains et souffre des mêmes maladies qu’eux. Le seul souci est qu’il cumule ! Maladroit comme c’est pas possible et né comme dirait l’autre sous le signe « scoumoune ascendant manque de bol » on se demande bien comment il va réussir à tuer son objectif. Mais comme il a été payé pour .. il va tout faire pour que Blaisten meure.. Mais il ne faut pas qu’il soit dit qu’il aura volé son argent en le laissant mourir sans qu’il soit le responsable de sa mort.. Humour noir, ironie, grande culture, cela ne ressemble à rien de ce que j’ai lu dans le passé !
Deux vies sont liées.. celle du tueur et celle de la victime.. et elles se croisent et recroisent. Les chapitres sont courts, cela s’enchaine bien.. et je ne regrette pas d’avoir croisé la route de ce livre inclassable..

L’auteur est un professeur de philosophie et fait preuve d’une grande connaissance de la vie des grandes figures de la littérature.

Extraits :

« Je suis, par-dessus tout, un homme victime de malchance. Depuis que j’ai l’usage de la raison, depuis ma naissance, enfant faible et fragile, l’infortune me poursuit, sans cesse, partout dans le monde. Si je choisis entre deux directions, c’est l’autre la bonne. Si je sors avec mon parapluie, je le promènerai toute la journée sans m’en servir. Mais il suffit que je le perde pour que la sécheresse la plus tenace cesse aussitôt. Si je tends l’autre joue, on me frappera sur la nuque. Si je lève la main pour une réclamation, je me ferai probablement une luxation à la clavicule.  »

« Se réveiller puis se rendormir paralyse, abat, épuise les forces. Trop dormir, pour la simple jouissance de la somnolence, comme le font les Espagnols avec leur sieste, écourte la vie. »

 » Le samedi matin, je me suis réveillé mort finalement. J’ai appelé les secours, pourtant, lorsqu’ils sont arrivés, par l’œuvre d’un puissant miracle, mon cadavre a montré une nette amélioration. »

 » Les malades guérissent, meurent ou restent tels qu’ils sont sans que la médecine ne puisse rien faire pour eux. Il faut donc se méfier de la science médicale comme des statistiques. »

Pierre Assouline « Sigmaringen » (01/2014)

(Prix littéraire du Salon du Livre de Genève 2014 : Sigmaringen, huis-clos au cœur du château des Hohenzollern, a convaincu le jury « par la manière subtile et habile dont l’auteur plonge le lecteur dans une page trouble de la fin de la seconde guerre mondiale. »)

Résumé : En septembre 1944, un petit coin d’Allemagne nommé Sigmaringen, épargné jusque-là par les horreurs de la guerre, voit débarquer, du jour au lendemain, la part la plus sombre de la France : le gouvernement de Vichy, avec en tête le maréchal Pétain et le président Laval, leurs ministres, une troupe de miliciens et deux mille civils français qui ont suivi le mouvement, parmi lesquels un certain Céline. Pour les accueillir Hitler a mis à leur disposition le château des princes de Hohenzollern, maîtres des lieux depuis des siècles. Tout repose désormais sur Julius Stein, le majordome général de l’illustre lignée. Depuis les coulisses où il œuvre sans un bruit, sans un geste déplacé, il écoute, voit, sait tout. Tandis que les Alliés se rapprochent inexorablement du Danube et que l’étau se resserre, Sigmaringen s’organise en petite France. Coups d’éclat, trahisons, rumeurs d’espionnage, jalousies, l’exil n’a pas éteint les passions. Certains rêvent de légitimité, d’autres d’effacer un passé trouble, ou d’assouvir encore leurs ambitions. Mais Sigmaringen n’est qu’une illusion. La chute du IIIe Reich est imminente et huit mois après leur arrivée tous ces Français vont devoir fuir pour sauver leur peau. De ce théâtre d’ombres rien n’échappe à Julius Stein. Sa discrète liaison amoureuse avec Jeanne Wolfermann, l’intendante du maréchal, le conduira à sortir de sa réserve et à prendre parti.

Mon avis (étayé par l’écoute de diverses interviews de l’auteur) : On vit les évènements de l’intérieur du château, à travers le regard du majordome. Depuis longtemps Assouline avait l’idée d’écrire sur le sujet ; c’est en voyant le majordome de la série » Downton Abbey » que l’idée lui est venue de présenter le roman de cette manière. Le vrai thème du roman est l’interrogation sur l’obéissance et la loyauté. On est à la fin de la guerre, dans un micro climat au milieu d’un climat apocalyptique en Allemagne. Tout est sous les bombes sauf cet endroit. Le narrateur emploie un langage châtié du fait de son statut. Il décrit l’opposition entre Allemands et Français ; deux façons de voir la vie, deux caractères différents. En tant qu’allemand, il a été élevé à l’école de l’obéissance plus qu’à la culture. Obéir et surtout être loyal à l’uniforme, que ce soit celui de majordome ou l’uniforme militaire. Le fait d’agir sous uniforme vous place sous la responsabilité d’un autre qui est tenu d’assumer les erreurs. Il obéit à la patrie et de plus au propriétaire du Château qui lui a confié les clés de sa demeure. Son rôle est de servir les hôtes comme si ils étaient les invités du Château et de leur montrer la grandeur de l’Allemagne immémoriale (et pas celle des dernières années). Mais le majordome a un cas de conscience : la loyauté se heurte à ses propres valeurs personnelles ; c’est le roman de cette tension.

L’Europe collabo se retrouve au Château. Hitler qui veut punir les Hohenzollern les exile à 20 km et exfiltre le gouvernement de Vichy pour essayer de s’en servir plus tard comme monnaie d’échange.

A noter également que dans le roman Céline est un homme irréprochable : une parenthèse dans sa vie ; il ne semble pas avoir écrit de lettres ou d’articles de dénonciation ; il est revenu à sa vocation première, médecin des pauvres au dispensaire.

Si les gens sont bien nourris au château, ce n’est pas le cas au village ; 2000 français (miliciens avec femmes et enfants, collabos, civils français qui ont eu peur et suivi le Maréchal) Il fait -40°, l’hiver est épouvantable, il n’y a rien à manger, ils sont malades et il n’y a que deux médecins français. Il va soigner gratuitement et faire venir des médicaments à son compte, clandestinement. Céline ne veut qu’une chose : fuir, aller en Suisse, qu’il qualifie « d’Allemagne aimable » ; il finira par fuir au Danemark.

La lecture du roman est fluide, très agréable. Au moment où la France n’est plus occupée par les Allemands, les français vont occuper l’Allemagne pendant 8 mois. Les cent premières pages plantent le décor, l’ambiance coté « office et serviteurs »  ( là j’avoue que je me suis demandée quand l’Histoire avec un grand H allait être au centre  du décor ) puis on passe au coté plus « historique » et on découvre le duel intérieur que se livre le majordome ( le bien et le mal, la loyauté par rapport au devoir et à sa conscience) ; on vit aussi la relation entre le majordome et la responsable des domestiques français. Le narrateur est neutre du fait de sa fonction de majordome. C’est beaucoup un roman sur la vie intérieure. Le narrateur est neutre du fait de sa fonction de majordome. Beaucoup d’humour aussi dans les descriptions. Le rapport entre les personnages, la guerre et la musique est aussi très intéressant ; la musique, prisonnière et ne pouvant se jouer librement, la musique prise en otage…

Entretien à l’occasion de la sortie du livre:

«Julius Stein est le majordome général des Hohenzollern, quand, en 1944, Hitler réquisitionne leur château de Sigmaringen, pour que s’y réfugient le maréchal Pétain et le gouvernement de Vichy.
À la tête des domestiques, Julius organise la vie de château pour ses nouveaux habitants de septembre 1944 à avril 1945. Huit mois durant lesquels il est le témoin des rivalités qui déchirent les Français du château. Il faut dire qu’on trouve là la fine fleur du collaborationnisme : Laval, Déat, Doriot, de Brinon, Abel Bonnard… »

D’où vient votre intérêt pour Sigmaringen ?
Cela a mûri depuis ma jeunesse : le livre est dédié à mon père, combattant de la campagne d’Allemagne, qui fut le premier à me parler de Sigmaringen. Ensuite, les huis clos me passionnent, et Sigmaringen est un formidable huis clos. Mais je ne voulais pas faire un livre d’histoire de plus sur le sujet, et c’est en revoyant le film Les Vestiges du jour que j’ai eu le déclic romanesque : raconter tout l’épisode à travers le regard du majordome. C’est ainsi que j’ai imaginé Julius Stein.

N’est-il pas plus qu’un majordome ?
Il incarne une certaine idée de l’Allemagne à travers son catholicisme, sa fidélité absolue aux Hohenzollern, sa passion profonde pour la musique. En même temps, il est très atypique, même pour un Allemand : il a une profession atypique – majordome général –, il exerce sa profession dans un lieu atypique, le château des Hohenzollern, au service d’une famille qui n’est pas une « simple » famille aristocratique, mais LA famille princière absolue. Enfin, si tout se passe dans une période apocalyptique, Sigmaringen échappe à l’apocalypse des bombardements.

Sigmaringen raconte aussi, à sa manière, les relations entre la France et l’Allemagne…
Tout est raconté du point de vue de Julius, et c’était pour moi un exercice intéressant que de me mettre dans la peau d’un Allemand. Et la liaison amoureuse entre Julius et l’intendante du maréchal, Jeanne Wolfermann, Française d’origine alsacienne, forme un trait d’union entre les deux cultures.
Cette relation de couple structure l’histoire, qui devient vraiment une histoire franco-allemande.

Sigmaringen, tragi-comédie ou épisode marquant ?
Ce n’est pas un épisode majeur, parce que ça n’a rien changé à rien. Seul le fait que pendant huit mois le drapeau français ait flotté sur le château des Hohenzollern a marqué les habitants de Sigmaringen. La situation était totalement irréelle : l’Allemagne était dans le gouffre, la France renaissait avec des hommes neufs, et ces exilés agissaient comme s’ils étaient toujours au pouvoir… Cela n’a pas affecté les futures relations franco-allemandes. Mais cet épisode a existé et, comme l’a dit Céline, « c’est un moment de l’histoire de France qu’on le veuille ou non… »

Peut-on parler de roman d’une hallucination collective ?
Tout à fait. C’est inouï de voir ces gens continuer à légiférer comme si de rien n’était ! Cela étant, ce comportement se justifie par le fait que les combats continuaient : la libération de Paris n’a marqué ni la libération de la France ni la fin de la guerre, qui a encore duré près d’un an. Surtout, en décembre 1944, il y a vraiment eu un retournement de situation dans les Ardennes. Paradoxalement, cette hallucination collective n’était pas infondée.

Comment êtes-vous parvenu à restituer cette atmosphère ?
J’ai mené une véritable enquête, notamment en lisant les mémoires de tous les protagonistes, en retrouvant les paroles exactes prononcées par les uns et les autres, en multipliant les voyages à Sigmaringen pour me pénétrer de l’âme du château, consulter les archives de la ville… Toutes mes sources sont répertoriées à la fin du livre sous la forme d’une « reconnaissance de dettes ».

Dans ce monde déliquescent, seul Julius reste impassible…
Tandis que les ministres s’empoignent pour des histoires de préséance dans les escaliers ou l’ascenseur et que leurs épouses volent les couverts, Julius veille sur le respect du protocole. La guerre, l’apocalypse, peu importe si le menu est imprimé à temps, si le gong est frappé à l’heure… Tout cela peut sembler dérisoire, mais le protocole devient alors une façon de survivre, de se raccrocher à un zeste de civilisation.

source : http://www.gallimard.fr/Media/Gallimard/Entretien-ecrit/Entretien-Pierre-Assouline.-Sigmaringen

Extraits :

La tendresse de ses gestes, la douceur du regard qu’elle pose sur lui, toutes ses démonstrations d’affection muette plaident, malgré leur âge, pour la jeunesse de leur amour.

Oui, on s’aime, mais cela n’empêche pas l’histoire d’avoir été. » Et, dans cet instant, je me souviens d’avoir maudit la langue française, si raffinée qu’elle ne permet pas de percevoir, à l’oral aussi bien qu’à l’écrit, si dans un tel cas il s’agit de l’histoire intime qui a pu lier secrètement deux êtres, ou de la grande Histoire en marche ; on n’entend ni la minuscule ni la majuscule…

À présent, je me laisse envelopper par ce passé pas encore passé, comme s’il était d’un pays éloigné et brumeux

Il faudrait élucider le travail du chemin de fer sur les souvenirs, mécanisme secret de la mémoire qui dépasse celui de la nostalgie.

Quoi de plus inquiétant qu’un château, si ce n’est l’idée qu’on s’en fait ?

Un majordome général a vocation à tout entendre sans rien écouter ; et si les circonstances le placent en état d’écoute involontaire, il se doit de tout oublier.

« Cessez de répandre des mensonges sur moi et je cesserai de dire des vérités sur vous. »

Je ne me suis jamais identifié avec quelque régime politique que ce soit. Ma vie est ailleurs, en moi plus qu’au dehors. Mon indépendance intérieure me comble. Quand on a la chance de servir une telle Maison, avec ce qu’elle a de puissamment intangible dans l’Histoire, on ne peut accorder le moindre crédit aux régimes

Certains passent ainsi toute une existence à l’abri d’une fonction obscure ; encore que la mienne est tout sauf obscure, son éclat serait-il des plus discrets. Il faut ruser avec la société. Ruser, toujours ruser.

Tout de même, quelle destinée d’être le premier des Philippe de la dynastie des Pétain à s’en aller mourir dans le château du dernier de la dynastie des Hohenzollern !

Chaque jour, je crois me souvenir de tout pour la première fois. Je ne m’habitue pas à la mémoire, qui n’a pas encore eu le temps de jaunir, mais je ne me fais pas à l’oubli

Parfois, pour y voir clair, il faut commencer par fermer les yeux. Ce qui est enfoui n’est pas toujours enfui. J’ai conscience de vivre l’un de ces instants suspendus dans la coulée du temps où la gravité l’emporte sur la tristesse. Comme si quelque chose en moi me prédisposait à percevoir les harmoniques des événements.

Que faut-il mettre en œuvre pour que le présent ne perde pas la présence de ce qui n’est plus ? Le passé n’a jamais fait son temps ; le passé ne meurt pas ; il ne cesse de nous envoyer des signes.

À croire que depuis deux ou trois siècles ils attendaient patiemment leurs lecteurs, prêts à s’extraire de la poussière des âges pour se dégourdir les pages

Il s’exprimait dans une langue si recherchée que, même en français, il donnait l’impression de parler une langue étrangère

Avec tout le passé conservé là-dedans, ils ne devraient manquer de rien dans l’avenir

Pourquoi diable voulez-vous que j’écrive mes Mémoires ? Je n’ai rien à cacher…

Drapé dans son splendide isolement, l’orgueil fait homme, pouvait-il encore sentir venir le moment où il quitterait l’âge de la vieillesse pour entrer dans l’ère des patriarches ?

Le silence était la langue que je maîtrisais le mieux

On sait que le secret peut dissimuler tout aussi bien de grandes choses que le néant

Lire un journal froissé le matin, c’est risquer d’avoir pour la journée un faux pli dans le jugement

On parlait, on se taisait et le silence n’était pas une gêne dans cet entrelacs éblouissant des riens qui nous constituent, et que nous sommes

un bon majordome se doit de partager avec le seigneur ce qui fait le fondement de la distinction, à savoir l’impassibilité. Surtout ne rien laisser paraître de ses sentiments. Ne pas abandonner son personnage professionnel au profit de sa personne privée. Ne jamais renoncer au premier, qui l’habite, pour céder au second, qui l’encombre. Rien ne doit l’ébranler ni même le perturber. Ni un choc ni une nouvelle. Le contrôle de soi est un absolu, quitte à paraître coincé, inhibé, inexpressif. Il doit avoir si bien intériorisé la retenue qu’elle lui est devenue une seconde peau. Lorsqu’il se trouve dans une pièce, elle semble encore plus vide

Il disait souvent que l’ivresse des forêts est un appel auquel on résiste difficilement. Sa formule était aussi poétique qu’énigmatique : il entendait par là me mettre en garde contre la tentation du repli

« Cessez donc de prendre les drames au tragique et cela ira mieux. »

Elle ne comprenait pas, elle ne pouvait comprendre que chez nous, dès lors qu’on endosse un uniforme, on se croit délesté d’une certaine responsabilité. On n’a plus à décider. On fait une croix sur l’imagination. On s’estime dispensé de penser. On revêt l’autodiscipline comme une seconde peau. On obéit, que l’uniforme soit celui d’un soldat, d’un officier, d’un postier, d’un pompier ou d’un maître d’hôtel. Sous l’uniforme, obéissance fait vertu. Il évite même de s’opposer à l’autorité

placer la barre trop haut, c’est courir le risque de constater qu’on a les bras trop courts

On l’eût dit enveloppé de sa mélancolie

Comme si une grande partie de notre intelligence de la musique avait été jetée dans les flammes de l’incendie du Reichstag. Encore que jusqu’à l’Anschluss, Vienne compensait Berlin. La musique pouvait encore respirer en Autriche

Le problème avec la gentillesse, c’est qu’elle est aussitôt prise pour une manifestation de faiblesse

Et puis, quand on n’a rien à cacher, on n’a plus rien à dire

il y avait en elle une sincérité qui me touchait ; quand elle ne savait pas, elle disait son ignorance, à l’opposé de tous ces gens qui promènent des silences complices avec l’air d’en savoir long

Il faut être solidaire de tous ses âges et respecter son calendrier intérieur. Quand vient décembre en soi, il faut en prendre acte », disait-il tout doucement

S’inquiéter seul, c’est précipiter l’angoisse ; mais s’inquiéter à deux, c’est déjà se consoler

Le docteur Destouches assurait à qui voulait l’entendre qu’il aimait la Suisse alémanique, car il y voyait une Allemagne innocente

Jamais comme ce jour-là la gare me fit penser à une église. Car c’était ici, et nulle part ailleurs, que des milliers d’hommes et de femmes espéraient leur salut. Ils se seraient damnés pour une place dans un train.

Vient toujours un moment dans la vie d’un homme où il cesse de creuser pour les autres afin de commencer à creuser pour lui-même ; si son existence s’écoule sans que jamais cette prise de conscience advienne en lui, il mérite notre compassion

Verdan, Nicolas « Le Patient du docteur Hirschfeld » (2011)

Auteur : Nicolas Verdan est né à Vevey en 1971. Son chemin l’a conduit à plusieurs reprises au Proche-Orient et sa vie se partage entre la Suisse et la Grèce, sa seconde patrie.
– Le Rendez-vous de Thessalonique – (Prix Bibliomedia Suisse 2006 pour son premier roman)
– Chromosome 68
– Saga. Le Corbusier
– Le Patient du docteur Hirschfeld – Prix du Public de la RTS 2012 et Prix Schiller 2012

Résumé : Karl avait laissé l’Europe derrière lui, en mars 1939. Depuis ce jour, le port de Hambourg n’a jamais fini de disparaître dans la brume. Aujourd’hui, Karl découvre Tel Aviv en un seul coup d’oeil, sa ville scintillante, dans la lumière matinale. Il voit la côte jusqu’à Haïfa, les montagnes de Judée. Pour la première fois, Karl sait où il vit. Cette bande côtière, ces oliveraies, ces champs d’orangers, ces pâturages, ces collines pelées, c’est chez lui. Il ne s’est jamais senti aussi israélien qu’aujourd’hui. Cela ne le rend pas heureux pour autant. Mais quitter ce pays, qui lui apparaît aujourd’hui minuscule, le tranquillise. Son existence d’après l’Allemagne est déterminée géographiquement. Déjà ça. Le jour de son arrivée à Haïfa, il n’avait découvert qu’un bassin saumâtre, écrasé de chaleur, puant l’huile et le poisson. Tout ce qui avait suivi, la capitainerie envahie par les mouches, la file devant les toilettes (où il vit son premier Arabe, lavant le carrelage à grande eau), la paperasse, les autobus alignés, avec des noms de villages inconnus, chacun son bled, pas le choix, les soldats britanniques en short, tout ça, ce n’était pas un pays. Juste un tri sur le quai. Une loterie, sans ombre, sous un soleil trop fort.
L’avion vibre, le bruit des moteurs est assourdissant. Karl regarde Anat. Elle semble détendue. Elle a posé ses mains sur ses jambes. Elle se tient droite sur son siège. Elle ne lui fait pas peur, elle est gentille, il n’a pas envie de la décevoir. Karl accepte la situation. On fait appel à son passé, pour une fois. Anat et les autres s’intéressent à lui. Ils ne l’ont pas vraiment forcé. Disons qu’il se laisse faire. C’est aussi une manière pour lui de reprendre ses droits. Jusqu’ici, personne ne s’est jamais soucié de ce qui avait bien pu se passer avant son arrivée en Palestine. Palestine : encore un mot qui n’a plus lieu, une étape, une attache provisoire, avant cet Israël, cette patrie qu’il n’avait jamais rêvée et qu’on a fini par lui tamponner sur son passeport tout neuf.
Mais pourquoi veulent-ils tous mettre la main sur la liste des patients du Dr Hirschfeld ? Peu avant de mettre à sac son prestigieux Institut des sciences sexuelles de Berlin, en 1933, les nazis fouillent le bureau de ce sexologue qui en sait trop sur des hauts dignitaires du Reich. En vain ! Les dossiers comportant notamment le nom de centaines d’homosexuels allemands ont disparu. Vingt-cinq ans plus tard, le Mossad s’intéresse à son tour à cette fameuse liste. Construit à partir de l’histoire réelle de la dramatique fin de carrière du célèbre sexologue, ce roman explore cette tendance propre à toute société humaine à légiférer nos préférences sexuelles, jusqu’à nous assigner une «juste place» sur l’échelle des genres.

Mon avis : Karl Fein est un « déviant » selon les standards sexuels SS. et de plus, il est juif… Il peut fuir en 1939 vers Israel. En 1958 le Mossad le contacte pour retrouver une liste des patients du Dr Magnus Hirschfeld qui avait crée un centre de sexologie à Berlin.
On suit le personnage sur les deux époques. Dans le Berlin caché de la période nazie, et ensuite en 1958, lors de sa collaboration avec le Mossad dans la recherche des criminels nazis . En sa compagnie, J’ai visité le Berlin de 1933 et j’ai eu l’impression de le découvrir. On s’y croit . Il y a plusieurs personnages : des travestis, des SS qui doivent cacher leurs « préférences sexuelles », et tous sont présentés avec leurs faiblesses. Je ne vais pas aller jusqu’à dire qu’ils sont attachants, mais l’auteur les rend « compréhensibles » dans la mesure du possible. Beaucoup d’humanité dans ce monde atroce et inhumain.
J’ai mis un peu de temps à entrer dans le roman. Le sujet n’est pas facile. Une mise en lumière de cette sordide partie de l’histoire, celle de la purification de la race… Le Dr Magnus Hirschfeld est un sexologue allemand, l’un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle qui lutta contre la persécution des homosexuels. Lui même était homosexuel et juif. Son institut et ses études furent brulés par les nazis. Lui même s’exila en Suisse.  Un livre qui marque.

lire sur le site de l’éditeur :  http://www.campiche.ch/pages/oeuvres/Patient.html

Buti, Roland « Le Milieu de l’horizon » (04/2013)

 

Prix du public de la RTS 2014, sélectionné pour le Médicis 2013 (Editions Zoé)

Résumé : Gus a quitté l’enfance un été de canicule. Alors qu’il aide son père paysan, lit et relit ses bandes dessinées, se baigne dans un réservoir souterrain avec Mado, la fille perdue du village, son univers familier et rassurant se fissure. La mère de Gus, présence constante, tendre et complice s’éloigne peu à peu de lui, tandis que son père, pourtant véritable force de la nature, s’enferme dans sa chambre pour cuver son chagrin. L’impensable arrive. Gus doit alors prendre en main l’exploitation, guider les camions-citernes de l’armée vers les champs desséchés, traire les vaches trop pleines d’avoir été oubliées. Quand il découvre le secret de sa mère, dans une scène magnifique de pudeur, il vit la fin d’un monde.

 

Mon avis : Je viens de finir ce livre d’un auteur suisse. J’avais un peu peur de lire un roman « rural » sur la détresse du monde paysan… Pas du tout. Ce fut un très beau moment.

1976, été de canicule. Été aussi ou le monde de Gus va s’effondrer. Sous un ciel jaune tout va sécher et partir en poussière.. Son monde, la ferme, les animaux… tout va mourir. Tout le monde qu’il a connu depuis l’enfance va se recroqueviller, se consumer, puis exploser et disparaitre et toutes les valeurs de son enfance se déliter. Dans une ferme traditionnelle, l’élevage des poussins remplace les bovins, la vieille jument arrive au bout de sa vie, sa mère et son père cessent de se comporter comme avant, le jeune handicapé placé à la ferme perd ses repères, le chien ne se comporte plus normalement. Ecroulement du monde paysan traditionnel et mort de l’enfance… Un très beau moment qui relie l’âme du jeune paysan à la souffrance de la terre, la sècheresse et la mort de son monde, les ravages du coup de foudre et de la foudre, la force dévastatrice de la solitude et de l’aridité, les sentiments et les éléments sortent de la routine ; le malheur étouffe tout, comme la chaleur oppressante qui assomme la campagne et les êtres.

En partant de la petite ferme, on obtient l’image de la vie, quand la vie bascule, que les habitudes volent en éclat et que les fondements auxquels on croit depuis des siècles vacillent. De très belles descriptions de la campagne et des éléments. J’aime beaucoup aussi l’identification du gamin avec le monde de la Bande dessinée. J’ai aimé la description et l’accent mis sur les couleurs le jaune est perçu comme maléfique (chaleur) et le bleu comme reposant (eau) – j’y suis toujours très sensible -, les parallèles entre les choses et les animaux, les éléments et les sentiments. Sous la chaleur et la sécheresse, tout se craquelle, se fissure, puis le tonnerre, la foudre, la violence de l’orage, la pluie qui entraine tout… et qui laisse un paysage de désolation. La ferme et la famille ont subi le même sort…

 Extraits :

« Chez nous, il y avait deux matins. Le premier était celui des chats commençant leurs rondes, et de papa qui, le premier debout, descendait pour aller travailler »

«  J’ai tout à coup eu le sentiment de ne pas avoir assez vécu pour me prévaloir d’une quelconque épaisseur de mystère à ses yeux. J’étais comme un animal réduit à ses caractéristiques essentielles, interchangeable comme un petit chat auquel on donne un nom et que l’on caresse à la première rencontre. »

« C’est lassant de toujours voir ce que l’on voit. On devrait imaginer d’autres couleurs, des accessoires, des inventions partout pour que l’on soit à tous les coups un peu étonné de vivre. »

« J’aurais alors aimé être à l’intérieur d’une case de bande dessinée illustrant une scène nocturne, une case dans laquelle tous les éléments du décor sous la lune sont représentés en bleu. Et le héros traverse le décor en silence : les arbres sont bleu foncé, les prés sont bleu clair, les réverbères sont bleu foncé, la rue est bleu clair et même le noir des ténèbres est bleu. Mais il n’y avait aucune couleur froide autour de moi et, au cœur de la fausse obscurité, le rouge et le jaune ne s’effaçaient pas parce que nos nuits d’été étaient en réalité uniquement des jours un peu éteints. »

« Le réfrigérateur ronronnait dans la pièce vide avec de temps à autre des hoquets suivis d’une brève exaltation électrique qui le faisait trembler de haut en bas. Il s’ébrouait comme une vieille bête fourbue avant de retrouver sa respiration régulière, chaque fois un peu plus accablé. »

«Depuis quelques jours, Rudy me disait que l’herbe sentait mauvais. Quand je lui avais demandé pourquoi, il m’avait répondu triste et sérieux que c’était parce qu’elle souffrait.»

« Il devait passer son temps à penser au temps : au temps passé et au temps lui restant à vivre, les deux n’ayant plus suffisamment de consistance pour vraiment l’intéresser »

« Les animaux ont dans la tête quelque chose qui ressemble à une horloge. Elle rythme leur vie. Elle ne les trompe jamais. Ils savent très bien quand ils vont y passer. Ils le comprennent et cela ne les panique pas. Ils restent calmes. Ils se retirent. Ils acceptent alors leur corps qui ralentit, qui s’épuise, qui s’arrête… »

« J’appartenais à cette maison fragile. J’appartenais à cette maison dans laquelle chacun se débattait dans son petit espace clos. J’avais le dos plaqué contre la terre chaude, les yeux au ciel, et je me disais que nos rêves étaient comme un train qui entre en gare, un train qu’on aperçoit de loin dans une lumière poussiéreuse éblouissante, qui devient plus concret en s’approchant, qui défile devant nous avec lenteur et que nous regardons longtemps sans savoir s’il va s’arrêter vraiment et si nous allons pouvoir monter dedans. »

« J’avais l’âge où l’on est immortel, car une vie nous attend. Mais cet horizon, jusque-là sans réalité et trop lointain, commençait à avoir des contours un peu plus distincts et je me sentais à peu près dans la peau du personnage de bande dessinée que l’on suit de dos et qui avance, case après case, vers un paysage qui, à mesure qu’il devient moins flou, devient aussi moins attrayant »

« Une bonne respiration apaise les nerfs, calme les peurs.. . Elle est comme le vent qui souffle sur le feu, qui disperse les cendres et redonne de la force à la flamme qui étouffait dessous. »

« Il n’y avait sans doute rien à dire parce que parler aurait simplement déposé une couche de mots inutiles sur les choses »

« Je n’étais pas loin de penser qu’il lui obéissait parce que l’esprit de maman se trouvait en contact avec la divinité tutélaire qui protégeait nos bâtiments, qui garantissait la fertilité de nos terres et qui veillait à notre fortune. La maison tenait grâce à elle. »

 

Baricco, Alessandro « Mr Gwyn » (05-2014)

Résumé : Romancier britannique dans la fleur de l’âge, Jasper Gwyn a à son actif trois romans qui lui ont valu un honnête succès public et critique. Pourtant, il publie dans The Guardian un article dans lequel il dresse la liste des cinquante-deux choses qu’il ne fera plus, la dernière étant : écrire un roman. Son agent, Tom Bruce Shepperd, prend cette déclaration pour une provocation, mais, lorsqu’il appelle l’écrivain, il comprend que ça n’en est pas une : Gwyn est tout à fait déterminé. Simplement, il ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. Au terme d’une année sabbatique, il a trouvé : il veut réaliser des portraits, à la façon d’un peintre, mais des portraits écrits qui ne soient pas de banales descriptions. Dans ce but, il cherche un atelier, soigne la lumière, l’ambiance sonore et le décor, puis il se met en quête de modèles. C’est le début d’une expérience hors norme qui mettra l’écrivain repenti à rude épreuve.

Qu’est-ce qu’un artiste? s’interroge Alessandro Baricco, dans ce roman intrigant, brillant et formidablement élégant. Pour répondre à cette question, il nous invite à suivre le parcours de son Mr Gwyn, mi-jeu sophistiqué mi-aventure cocasse. Et, s’il nous livre la clé du mystère Gwyn, l’issue sera naturellement inattendue.

Mon avis : Et si on changeait de vie ? C’est ce que Mr Gwyn va faire pour la deuxième fois ; la première c’est quand il a délaissé son premier métier, accordeur de piano pour devenir écrivain à succès. Et maintenant, il dit stop ! Il arrête d’écrire ; il va de fait continuer son métier, de manière différente, plus pure. Il va avoir un désir et va tout faire pour arriver à vivre son désir. Et pourtant, être un écrivain à succès… n’est-ce pas le plus beau métier du monde ? Mr Gwyn semble plutôt désireux de fuir tout le reste de ce qui fait sa vie et, de fait il continue d’écrire, mais dans sa tête… Et comme c’est un homme très organisé, il va mettre minutieusement en place le cadre de son désir. Deux « rencontres » vont lui permettre de trouver sa nouvelle vie : un personnage « la vieille dame qui est dans sa tête » rencontrée une seule fois dans la vraie vie et qui deviendra une voix dans sa tête, et les portraits découverts dans une exposition de tableaux qui vont lui donner l’envie de faire des « portraits écrits ». La vieille dame est une présence qui l’accompagne dans son changement d’existence et le guide dans ce conte sur la possibilité d’aller jusqu’au bout de son désir. De fait ce conte est un conte sur la solitude, sur l’envie d’un homme de se fondre dans la normalité, de disparaitre, de renaitre sous une forme différente, plus pure, anonyme. C’est aussi une réflexion sur la condition de l’artiste.

Un livre aussi sur la fantaisie, le retour à l’insouciance par les personnages qui évoquent l’enfance (un petit homme qui fabrique des ampoules enfantines, qui naissent rouge, virent de l’ambre au bleu et s’éteignent au bout de 32 jours ; un local qui garde des parts de mystère)

Importance aussi du terme s’éteindre… la vieille dame, les ampoules, les chandelles, le parc, le ciel, la vie, même les bouts de papier… qui pour moi évoque la douceur, aucune brusquerie, le lent passage de la lumière à l’ombre. Grande importance donnée à la douceur, à l’harmonie, au silence, au fondu des tons et des émotions.

Dès qu’on part vers l’oral, le verbe, on casse la magie, on arrive dans un monde de violence, de chaos, de haine.

Mais aussi même dans la disparition, l’importance de laisser des traces pour montrer a ceux qu’on aime qu’on ne les oublie pas, qu’ils font partie de notre monde.

Livre magnifique. Je renoue avec la magie des anciens Baricco, faits de subtilité et de poésie…

Extraits :

Exergue : « Tout commence par une interruption » Paul Valéry

Un jour je me suis aperçu que plus rien ne m’importait, et que tout me blessait mortellement.

il sentait son cœur devenir léger et éprouvait l’ivresse enfantine des samedis après-midi. Il ne s’était pas senti aussi bien depuis des années. C’est aussi pour cela qu’il tarda un peu à prendre la mesure de sa nouvelle vie, prolongeant cette intime sensation de vacances

De plus en plus souvent, cependant, ce besoin d’écrire le reprenait, avec la nostalgie de cet effort quotidien pour mettre en ordre ses pensées sous la forme rectiligne d’une phrase. De façon instinctive, alors, il finit par compenser ce manque par un rituel privé de son invention, qui ne lui sembla pas dépourvu d’une certaine beauté : il se mit à écrire mentalement, pendant qu’il marchait, ou allongé sur son lit, lumière éteinte, en attendant le sommeil. Il choisissait des mots, construisait des phrases. Il lui arrivait de suivre une idée plusieurs jours d’affilée, écrivant dans sa tête des pages entières, qu’il aimait se répéter, quelquefois à voix haute

le fait de se réveiller tôt le matin sans pouvoir se rendormir, l’obscurité aux fenêtres, se mit à l’oppresser

Un moment de silence passa entre eux comme un enchantement.

Brusquement, il se voyait de l’extérieur — c’est ce qu’il racontait — ou ne percevait plus rien de précis en dehors de lui-même

l’abandon des livres avait créé un vide dans sa vie qu’il ne savait combler sinon à travers des rituels substitutifs imparfaits et provisoires, comme le fait d’assembler des phrases dans son esprit ou de lacer ses chaussures avec une lenteur idiote. Il avait mis des années à admettre l’idée qu’écrire lui était devenu impossible et maintenant il se trouvait forcé de constater que sans ce métier il lui était très difficile d’aller de l’avant. Il finit donc par comprendre qu’il était dans une situation que partagent beaucoup d’êtres humains, mais pas moins douloureuse pour autant, à savoir : la seule chose qui nous fait sentir vivants est aussi ce qui, lentement, nous tue

Ce n’est jamais qu’à cause d’un état d’esprit qui n’est pas destiné à durer qu’on prend des résolutions définitives. — Qui a dit ça ? — Marcel Proust. Il ne se trompait jamais, celui-là.

En sortant, il eut spontanément envie de refaire le chemin qu’il avait parcouru avec la vieille dame, ce jour-là, sous la pluie : c’était tout ce qu’il conservait d’elle

Les tableaux ne me plaisent pas parce qu’ils sont muets. Ce sont comme des personnes qui parlent en remuant les lèvres, mais sans qu’on entende leur voix. Il faut l’imaginer. Je n’aime pas faire cet effort-là.

il donnait l’impression d’empiler dans un coin de sa tête toutes les informations, comme on empile des draps repassés.

Il voulait d’une certaine manière se retrouver au pied du mur parce qu’il sentait que c’était le seul moyen d’avoir une chance de trouver, en lui-même, ce qu’il cherchait

Mourir n’est qu’une façon particulièrement exacte de vieillir

Alors ils se turent un bon moment, chacun plongé dans ses pensées ; on aurait dit un de ces couples qui s’aiment depuis un temps infini et qui n’ont plus besoin de se parler.

De même il ne voyait plus le temps passer, là-dedans, mais plutôt un instant unique se dérouler, toujours pareil

Le fait que tout prenne forme au cœur d’une seule lumière immobile aux reflets enfantins était source d’un bonheur infini

tout évoquait un animal en phase d’hibernation, respirant lentement, dérobé à la plupart des regards

Il laissa le temps s’écouler sans bousculer les idées qu’il sentait sur le point d’arriver, rares et désordonnées comme des gens passant une frontière

Elle continuait à éteindre ces bouts de papier, mais avec un soin différent, presque en douceur

Elle se laissa absorber par une obscurité muette, et cette obscurité n’était autre qu’elle-même

vous soumettre au regard d’un homme qui a trimbalé sa folie pendant de longues années, jusqu’à lui donner sens et en faire un refuge pour lui et pour vous

Encore quelques jours passèrent, et un après-midi une ampoule s’éteignit. Le vieux de Camden Town avait bien respecté les consignes. Elle s’éteignit sans hésitation et silencieuse comme un souvenir.

Quand s’éteignit la deuxième ampoule, ils se tournèrent ensemble pour la regarder, un instant. On aurait dit qu’ils guettaient les étoiles filantes dans un ciel d’été

De temps en temps, en marchant, elle passait dans les taches d’ombre, comme pour tenter de disparaître

À la seule lueur des deux dernières ampoules, l’atelier était déjà un trou noir, encore animé par deux pupilles de vie. Lorsqu’il n’en resta qu’une, la vie n’était qu’un frémissement.

Elle se dit qu’à cet instant n’importe quel geste aurait été inapproprié et, en même temps, elle comprit que le contraire était vrai aussi, à savoir qu’à cet instant il était impossible de faire un geste déplacé

Autour d’eux il y avait des enfants qui couraient, des chiens qui ne pensaient qu’à regagner leur panier et des couples de vieux qui donnaient l’impression d’avoir échappé à quelque chose de terrifiant. Leur vie, probablement.

l’interrogeait, avec respect, comme si elle déballait un objet fragile — ou ouvrait des lettres inattendues

Par moments, entre deux questions, des silences vides passaient, durant lesquels chacun mesurait combien il était disposé à apprendre, ou à expliquer, sans perdre le goût d’un certain mystère, qu’ils savaient indispensable

En voyant l’encre bleue imprégner le papier et dessiner l’horreur d’un nom d’hôpital suivi d’une adresse aride, il se rappela combien les moments de bonheur sont plus fragiles qu’on ne le dit et combien la vie est prompte à nous les reprendre

faire le portrait de quelqu’un était un moyen de le ramener chez lui.

Comme souvent, il leur fallut un peu de temps pour se rappeler que, quand quelqu’un meurt, les autres doivent vivre pour lui aussi — c’est la seule chose qui convienne

Elle s’en alla en laissant la porte ouverte — elle marchait légèrement de travers, comme si elle devait se faufiler dans un espace étroit pour échapper à tout ce qu’elle était.

nous ne sommes pas des personnages, mais des histoires

Chacun de nous s’arrête à l’idée qu’il est un personnage engagé dans Dieu sait quelle aventure, même très simple, or nous devrions savoir que nous sommes toute l’histoire, et pas seulement ce personnage

chacun de nous est la page d’un livre, mais d’un livre que personne n’a jamais écrit et que nous cherchons en vain dans les rayonnages de notre esprit

 

lien vers article « Auteur coup de cœur »

 

Howey, Hugh : Trilogie Silo (tome 2) « Origines » (05/2014)

Deuxième volet, en forme de prequel, de la trilogie Silo.

Résumé : En 2049, le monde est encore tel que nous le connaissons, mais le temps est compté. Seuls quelques potentats savent ce que l’avenir réserve. Ils s’y préparent. Ils essaient de nous en protéger. Ils vont nous engager sur une voie sans retour. Une voie qui mènera à la destruction ; une voie qui nous conduira sous terre. L’histoire du silo est sur le point de débuter. Notre avenir commence demain.

Mon avis : Tout ça pour ça. Alors autant j’ai aimé le premier autant j’ai trouvé que celui-ci n’apporte pas grand chose ! Quelques vagues explications qui ne changent en rien le cours de l’histoire.. peut-être un éphémère regain d’intérêt à partir de la page 450.. et encore.. pas de suspense.. Surtout ne commencez pas par celui-ci, et de fait laisser juste tomber en attendant la suite de l’histoire.. Bien sur il est important de connaître le contexte, alors je veux croire que ce qui nous est expliqué ici aura son importance pour la fin de la trilogie. Les personnages présentés ici  sont nettement moins attachants que les « aventuriers » du tome 1.. mais attendons de voir comment ils vont s’imbriquer dans la suite des événements…

Extraits :

Il se sentait étrangement calme. Toute douleur avait disparu. Les souvenirs avaient vaincu. Il se rappelait tout. Son âme était enfin libérée.

Il faut parfois penser aux mauvaises choses pour se rappeler les bonnes.

Ses sanglots le déchiraient comme s’il était en tissu.

Les humains ont une maladie Donny, cette manie de bouger, jusqu’à ce qu’ils se heurtent à un obstacle. Et alors, soit ils creusent un tunnel dans cet obstacle, où ils le traversent en bateau, à moins qu’ils ne l’escaladent

Il était fasciné de voir à quel point il était devenu bavard depuis que le chat était là. C’était toujours mieux que de parler à son ombre en faisant comme si c’était une vraie personne.

C’est l’endroit où chacun d’eux était : avec l’autre. Il n’y avait plus de maison, plus d’endroit sur terre où accueillir qui que ce soit, rien qu’un cauchemar infernal dans lequel plonger une autre âme pour avoir un peu de compagnie

 

Simsion, Graeme «Le théorème du homard» (03/2014)

«Le théorème du homard» Ou comment trouver la femme idéale

Auteur : Comme ses personnages, Graeme Simsion vit à Melbourne. Il est l’auteur de nouvelles, de pièces de théâtre, de scénarios et de deux ouvrages non romanesques. Le Théorème du homard, son premier roman, a obtenu en 2012 le Victorian Premier’s Literary Award, un prix décerné chaque année à un manuscrit inédit.

Résumé :

L’amour n’est pas une science exacte. La comédie romantique de l’année !

Peut-on trouver une épouse sur mesure ? Le professeur de génétique Don Tillman, génie des sciences mais absolument inapte à vivre en société, en est persuadé. Pour mener à bien son « Projet Épouse », il met au point un questionnaire extrêmement détaillé lui permettant d’éliminer toutes les candidates qui ne répondraient pas à ses exigences. Et celles-ci sont nombreuses, car pour Don :

la femme idéale NE DOIT PAS

1. Fumer et boire.

2. Être végétarienne et aimer la glace à l’abricot.

3. Se lever après 6 heures.

Mais elle DOIT

1. Faire du sport.

2. Être ponctuelle.

3. Accepter le Système de Repas Normalisé qui prévoit du homard au dîner le mardi.

S’il y a bien une personne qui ne remplit aucun des critères établis, c’est Rosie Jarman, étudiante le jour et barmaid la nuit, dont la vie est aussi désordonnée que celle de Don est méthodiquement organisée…

Mon avis : O.L.N.I. Objet livresque non identifié … lu d’une traite et très divertissant bien que sur des sujets sérieux à la base… recherche de paternité et syndrome d’Asperger. Un livre plein d’humour, de tendresse, de délicatesse sur un homme qui vit avec sa différence et essaye de s’adapter au monde « normal ». Je l’ai beaucoup aimé et je le recommande vivement.

Extraits :

une situation aussi complexe, qui implique tromperie et hypothèse sur la réaction émotionnelle d’autrui, et élaborer ensuite soi-même un mensonge plausible, tout cela pendant que quelqu’un attend une réponse à sa question. C’est pourtant exactement ce que les gens estiment que l’on doit être capable de faire.

J’avais déjà entendu employer l’adjectif « stupéfiant » pour décrire des femmes, mais c’était la première fois que j’étais vraiment stupéfié par l’une d’elles

En ouvrant le placard à provisions, elle a eu l’air impressionnée par son degré d’organisation : une étagère pour chaque jour de la semaine, plus des espaces de rangement pour les ressources communes, alcool, petit déjeuner, etc., avec l’état des stocks affiché au dos de la porte. — Vous n’avez pas envie de venir faire un peu de rangement chez moi ?

Il est cependant impossible de partager son temps entre une activité intellectuelle intense et le processus d’achat en raison d’une quantité d’obstacles humains ou inanimés : morceaux de plantes potagères qui traînent par terre, vieilles dames qui tirent des cabas à roulettes, marchands qui n’ont pas fini d’installer leurs stands, femmes asiatiques qui comparent les prix, livraison de marchandises et touristes qui se prennent réciproquement en photo devant les pyramides de fruits et légumes

Un autre monde, une autre vie, proche mais inaccessible. L’insaisissable… Sa-tis-fac-tion.

Je n’avais pas de nombreuses relations en dehors de l’université et j’avais forgé l’essentiel de mes hypothèses sur le reste du monde en allant au cinéma ou en regardant la télévision quand j’étais petit. J’étais bien obligé d’admettre que les personnages de Perdus dans l’espace et de Star Trek n’étaient pas représentatifs de l’espèce humaine en général

Pourquoi nous concentrons-nous sur certaines choses aux dépens des autres ? Nous sommes prêts à risquer notre vie pour sauver quelqu’un de la noyade et pourtant nous refusons de faire un don qui pourrait éviter à plusieurs dizaines d’enfants de mourir de faim

En soi, mon niveau de consommation ne suffit pas à faire de moi un alcoolique. Je crains cependant que ma violente aversion à l’idée d’y mettre fin ne démontre le contraire

Je lui ai dit que je n’avais pas fait attention à son apparence. Je ne voulais pas qu’elle s’imagine que je la considérais comme un objet sexuel. — Bordel ! La seule fois de ta vie où tu réfléchis avant de parler, c’est la seule fois où tu aurais mieux fait de t’abstenir

J’avais effectué une réinitialisation cérébrale, un exercice qui exige un effort de volonté considérable. J’étais désormais configuré en mode adaptation.

Si on aime vraiment quelqu’un (…) il faut être prêt à l’accepter tel qu’il est. Tout ce qu’on peut faire, c’est espérer qu’un beau jour, le déclic se fera et qu’il changera pour ses raisons à lui.

Läckberg, Camilla « La faiseuse d’anges » (06.2014)

Et on repart pour la 8ème fois à Fjällbacka

Résumé : Pâques 1974. Sur l’île de Valö, aux abords de Fjällbacka, une famille disparaît sans laisser de trace. La table est soigneusement dressée pour le repas de fête, mais tout le monde s’est volatilisé. Seule la petite Ebba, âgée d’un an, erre, en pleurs, dans la maison abandonnée. L’énigme de cette disparition ne sera jamais résolue. Trente ans plus tard, Ebba revient sur l’île et s’installe dans la maison familiale avec son mari. Accablés par le deuil et la culpabilité après le décès de leur fils, ils nourrissent l’espoir de pouvoir y reconstruire leur vie, loin du lieu du drame. Mais à peine se sont-ils installés qu’ils sont victimes d’une tentative d’incendie criminel. Et lorsqu’ils commencent à ôter le plan – cher de la salle à manger, ils découvrent du sang coagulé. C’est le début d’une série d’événements troublants qui semblent vouloir leur rappeler qu’on n’enterre pas le passé. De son côté, Erica s’était depuis longtemps intéressée à l’affaire de la mystérieuse disparition sur l’île. Apprenant le retour de la seule survivante, elle se replonge aussitôt dans le dossier. Elle n’imaginait pas que l’affaire était si complexe. Elle n’imaginait pas que tout avait commencé il y a plus d’un siècle avec une faiseuse d’anges. Elle n’imaginait pas que les secrets familiaux allaient mettre en péril l’une des personnes les plus importantes de sa vie.

Mon avis : Toujours un plaisir de retrouver Erica et sa petite famille et tout le poste de police… A chaque roman un membre de la police dévoile ses failles et ses faiblesses ; cette fois c’est Gösta qui se revele sous un jour plus sympathique. Et toujours un plaisir de naviguer entre le présent et le passé. Une fois encore les allemands, les nazis, les racistes sont de la partie. Une fois de plus j’ai dévoré d’une traite, même si ce n’est pas celui que j’ai préféré ( « L’enfant allemand ») c’est une bonne enquête, fondée sur des histoires réelles.

Extraits :

Dans son cœur aussi il y avait des courants d’air et des fuites d’eau. Et les bougies qu’elle essayait d’allumer étaient implacablement éteintes.

Les mots volaient dans l’air comme de petites guêpes et les piqûres faisaient mal, mais elle avait appris à sourire coûte que coûte et à faire comme si elle n’entendait rien.

Ils se tournaient autour comme des planètes. Sans que leurs trajectoires se croisent jamais.

Tous les soirs, ils se tournaient le dos quand ils se couchaient dans le lit conjugal, redoutant un contact involontaire qui aurait pu déclencher une situation ingérable. Comme si le chagrin les remplissait à tel point qu’il n’y avait de place pour aucun autre sentiment. Pas d’amour, pas de chaleur, pas de compassion.

Si un seul homme peut exprimer autant de haine, imaginez combien d’amour nous pouvons exprimer ensemble.

La vie lui avait appris que la honte paraissait plus petite diluée dans du whisky de marque

Elle avait la vie devant elle, et pourtant elle ne pouvait pas s’empêcher de regarder dans le rétroviseur. Il était temps qu’elle se décide. Comment faire pour se débarrasser du passé et se tourner vers l’avenir ?

Comment lui raconter l’obscurité, le froid et la peur qui effaçaient toutes les frontières de race

Diwo, Jean : « Les Dames du faubourg » (Trilogie)

J’aime les romans de Diwo, des fresques vivantes et instructives, avec des personnages attachants (« Au temps où la Joconde parlait » (1469. Les Médicis règnent sur Florence), « Les Dames du faubourg » (une trilogie consacrée à l’histoire du faubourg Saint-Antoine, les arts et le travail du bois qui commence sous Louis XI et va jusqu’au XIXème, la belle époque et l’Art Déco), « La chevauchée du flamand » (Pierre-Paul Rubens), « la Calèche » (l’histoire passionnante et romanesque de la famille Hermès) , « Le Printemps des Cathédrales »

 

Trilogie consacrée à l’histoire du faubourg Saint-Antoine depuis Louis XI
Les Dames du faubourg , Tome 1 – Roman (poche). Paru en 06/1987 –

Résumé :Faubourg Saint-Antoine,. une grande artère parisienne où les chariots de l’Histoire de n’ont cessé de rouler. Abbesses de Saint-Antoine-des-Champs, artisans, nobles, bourgeois, tous sont soudés par l’amour du bois, matériau noble et magique. Un roman chargé d’amour, de drames et de joies, parce que les hommes et surtout les dames du Faubourg ne sont pas moroses.
Après avoir terminé son tour de France, Jean Cottion, un jeune compagnon travailleur du bois cherche du travail, il a la chance de trouver un emploi chez Pierre Thirion, maitre compagnon. Jean est très bien accueilli par Pierre et sa famille qui vivent dans le faubourg Saint-Antoine. Il y restera, se mariera et deviendra a son tour maitre compagnon. Cette histoire s’étend sur plus de 300 ans au départ de Jean Cottion, sa descendance qui reprend le flambeau mais aussi les gens qui gravitent dans le même monde on pourrait parler de André-Charles Boule qui est resté dans l’histoire du meuble un incontournable.

Le Lit d’acajou , Dames du faubourg Tome2 :

Résumé : Eté 1789. Quartier chargé d’histoire, le faubourg Saint-Antoine entre en Révolution. La fin de l’Ancien Régime frappe douloureusement le monde des ébénistes dont Les Dames du Faubourg avait conté la naissance. La vieille abbaye de Saint-Antoine-des-Champs, sa gardienne tutélaire, disparaît dans la tourmente. Mais il faut que la vie continue. La bel Antoinette de Valfroy, restée seule avec la petite Lucie, Ethis, jeune héros de la Bastille, et Marie, chacun essaye de tenir, de vaincre l’angoisse que la Grande Terreur distille plus tard comme un poison. Passent la Révolution, puis le Consulat, arrivent l’Empire et les nouvelles générations. A travers ses personnages anciens et nouveaux, à travers leurs chagrins, leurs joies, leurs amours, Jean Diwo fait revivre ici, au quotidien, trente années de l’épopée de la vieille communauté du meuble : ébénistes, menuisiers, ciseleurs, doreurs de tous bois…
Le Génie de la Bastille , Dames du faubourg Tome3

Résumé – Dans ce troisième volet des  » Dames du Faubourg « , Jean Diwo remet en scène Ethis,  » le Parisien débrouillard, le vainqueur de la Bastille « , et sa femme Marie. De l’union de leur fils Bertrand, poète-compagnon du tour de France, et de la belle Louise, naît Elisabeth, le jour même où l’on pose la première pierre de la colonne de Juillet. Sept ans plus tard, le génie ailé de la Bastille veillera dans le ciel des incomparables ébénistes du Faubourg Saint-Antoine. Et les  » fines lames  » ne perdront rien de leur savoir-faire. Ils le perpétueront à travers les rires, les larmes et les amours, à travers le temps et l’histoire, depuis les révolutions de 1830 et 1848 jusqu’à l’entre-deux-guerres, en épousant le lyrisme de la Belle Epoque puis le style ornemental de l’Art déco.

Mon avis :  Je suis captivée.Une Saga qui vous emporte et vous apprend beaucoup sur le monde de l’art. La saga commence sous Louis XI… nous entraine dans la Révolution Française, et le troisième tome nous amènera jusqu’au XIXème…..  Le 3ème tome est plus sur le contexte historique à Paris que sur la sage de la famille. On y suit néanmoins l’évolution de l’ébénisterie, incrustation, art déco…
Une histoire passionnante. Une histoire du travail du bois et de la confection de meubles, avec tout ce que comporte comme invention, amélioration, nouveautés et techniques. L’histoire du faubourg Saint-Antoine dans lequel les abbesses se succèdent avec leur personnalités différentes, certaines plus proches des ouvriers du bois que d’autres, mais dans l’ensemble, de grandes dames toujours prêtes à protéger les ouvriers libres de leur faubourg. Le faubourg qui connaît des périodes creuses et des âges d’or et qui prend finalement de plus en plus d’importance.

Les époques, les amoureux du bois se succèdent, tout comme les rois et les modes qui passent. Certains s’éloigneront du bois pour devenir marchand, nouveau bourgeois, . D’autres deviendront ébénistes du roi ou de la reine. En bref, la vie passe avec son lot de joie et de malheur