Mavrikakis, Catherine « La ballade d’Ali Baba » (08.2014)

L’auteur : Catherine Mavrikakis est née à Chicago, en 1961, d’une mère française et d’un père grec qui a grandi en Algérie. Son enfance se déroule entre le Québec, les États-Unis et la France. Elle choisit Montréal pour suivre des études de lettres et devenir professeur de littérature à l’université de Concordia pendant dix ans, puis à l’université de Montréal où elle enseigne toujours.

Résumé de l’éditeur : Dédiée « aux quarante voleurs », La Ballade d’Ali Baba est un hommage ébouriffant au père disparu. De Key West, où il conduit ses filles dans sa Buick Wildcat turquoise afin de saluer la naissance de l’année 1969, à Kalamazoo, où il les dépose pour une semaine et où il ne viendra jamais les récupérer, en passant par Las Vegas où il prétend utiliser son aînée de dix ans, Érina, comme porte-bonheur près des tables de jeu, Vassili Papadopoulos donne le change et veut épater la galerie. De ce père fantasque et séducteur, qui très tôt usa la patience de sa femme, et qu’elle ne revit que sporadiquement après le divorce de ses parents, Érina, la narratrice du roman, n’a pas été dupe longtemps. Le premier saisissement passé, c’est à peine si la spécialiste de Shakespeare qu’elle est devenue s’étonne de le retrouver, vieillard frêle et vêtu d’un léger pardessus, dans les rues de Montréal balayées par une tempête de neige, alors qu’il est mort neuf mois plus tôt… Sans avoir rien perdu de son aplomb, il lui explique doctement, lui qui a quitté l’école à quatorze ans, que son apparition lui permettra de comprendre enfin la phrase de Hamlet – « le temps est hors de ses gonds » –, à laquelle elle a consacré deux chapitres de sa thèse. Érina pressent qu’il ne va pas s’arrêter là. Catherine Mavrikakis tutoie les fantômes et se joue de la chronologie dans cet éblouissant portrait d’un homme dont l’existence nous est donnée par éclats, comme à travers un kaléidoscope. À Rhodes qu’il quitta en 1939 avec sa famille, à Alger où, très jeune, il dut gagner sa vie, à New York où il vint en 1957 « faire l’Américain » : partout, il est terriblement présent, et terriblement attachant

Analyse et avis (étayé par l’écoute d’une interview de l’auteure) :

L’auteur, québécoise de père grec et de mère française, est professeur à l’Université de Montréal. C’est le premier roman que je lis d’elle et il semblerait que ce soit un livre « lumineux » par rapport à ce qu’elle écrit en général. Elle nous fait ici entendre la voix de ceux qui ne sont plus, suite à la rencontre avec un spectre qui a la voix d’un être cher, son père en l’occurrence. C’est un périple (assez fortement inspiré par la vie de la romancière) qui nous est conté par une narratrice qui vient de perdre son père et nous fait partager ses souvenirs, qui arrivent dans le désordre. Elle nous parle d’un homme lumineux, joueur, souvent absent, qui renait du passé, de la mort, un jour de neige. Le revenant va abolir ici la frontière entre la vie et la mort. Une fiction qui a pour personnage principal son père et ses grains de folie. Dans les derniers jours de la vie de son père, l’auteur explique qu’il délirait beaucoup et que ce délire a fait resurgir chez la romancière le souvenir du père de sa jeunesse, « délirant » et fabuleux pendant son enfance.

La mort est très présente dans le livre, dans ce qu’il y a de « vivace » après la mort. La rencontre avec le fantôme de son père va lui permettre de communiquer avec lui, de se rapprocher de lui alors qu’elle n’avait pas réussi à le faire de son vivant.

On commence la ballade avec deux « L » (Balade ne prend qu’un seul l quand il signifie « promenade » ; Ballade s’écrit avec -ll- quand il désigne un poème ou un morceau de musique.) en allant dans l’urgence à Key West pour passer la fin de l’année par la Route 1. Ici (et dans la vie du père) tout va vite, tout est urgence. Ce « Road trip » sera magique pour la petite fille.

Le Roman est divisé en 12 chapitres, 12 lieux, 12 périodes de la vie du père, c’est le « road trip de la mémoire », qui n’est pas linéaire, qui passe à travers le temps ; les souvenirs ne sont pas chronologiques, ce sont des flash-back instantanés. La fillette qui a grandi va se réinventer la vie du père a sa façon et se la réapproprier. Le père est pour elle la force de vie.

Il faut signaler une superbe scène sur la vie et la tradition de la famille, qui a pour objet la cuisine, le poisson, les produits de la mer. La façon de parler du poisson révèle la magie du père et la fadeur de la mère. L’opposition entre le plan de travail bien rangé et le poisson blanc et maigre de la mère d’origine normande et les moules, les oursins, la cuisine dévastée par les merveilles colorées et gouteuses que sont les poissons de la Méditerranée.

La narratrice est décrite comme une petite fille rangée et mélancolique qui va a la bibliothèque car elle a peur de se trouver seule et dehors à l’heure ou la nuit tombe. Devenue adulte, elle restera solitaire et très fade, le contraste absolu avec son père qui veut la « Réveiller », la forcer à « Vivre », à rencontrer quelqu’un (Grec de préférence) ; elle vit dans l’ombre e son père parti, qui a emporté avec lui la lumière et la folie dans laquelle a baigné son enfance. Ici on remarquera le parallèle entre la vie de l’auteur et du personnage (importance du rapport à la littérature, la vie par rapport aux livres)Elle écrit ce livre avec la voix de son père, le rend vivant par l’emploi de nombreux adjectifs. Le père lui reproche de vivre dans le tragique.

La frontière entre le réel et l’imaginaire est abolie un jour de neige.. Le livre est conçu pour faire croire à la légende, au conte du père qui revient. Il se déroule dans un monde ou morts et vivants cohabitent, un rêve ou le dialogue entre les morts et les vivants est une conversation naturelle et ou toutes les frontières sont abolies. Le « Ali-Baba » du titre est le père, celui qui a le sésame pour ouvrir les portes, faire rêver, permettre de passer du monde réel au monde des songes, celui qui a les clés du monde des vivants et de celui d’après. Il rend tout possible. Il offre un trésor… Son trésor c’est la vie et il faut en profiter ; il faut s’en mettre plein les yeux, la rendre belle, même si pour cela il faut raconter des histoires, enjoliver, inventer… l’important est d’apporter le rêve. Il apporte une philosophie de la vie : il faut forcer le destin, forcer la lumière et forcer le destin pour rendre la vie lumineuse, quitte à mentir pour la parer de paillettes et de rêves. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a quitté sa Méditerranée natale et sombre pour le Nouveau Monde ! Il est parti en Amérique pour oublier ses origines, repartir à zéro dans le pays où tout est possible… Sa vie a eu pour but d’avancer, d’ouvrir des portes, d’aller toujours vers la lumière, de croire encore et toujours.

J’ai bien aimé ce livre qui est une course au bonheur.. Le père court vers la lumière, la fillette (et l‘auteur) cherche la lumière qui a disparu le jour ou le père est parti.. Mais le père a également enfermé sa fille dans le drame dès la naissance, en lui faisant comme « cadeau » le prénom de sa mère, décédée jeune.. la fillette portera toujours  le poids de l’absence…  Et il faudra attendre la vraie disparition du père pour que la douleur de la fille s’apaise, qu’elle se réconcilie avec le passé et qu’elle boucle la boucle.

Extraits :

Le bonheur tout à coup m’apparut. Il était là devant moi. Je n’avais qu’à tendre la main pour le saisir. Après, je le sentais, je ne pourrais jamais être plus joyeuse

Pour lutter contre l’anxiété qui s’installe au moment où l’obscurité ne parvient pas à s’imposer assez vite, les esprits mélancoliques s’activent dans l’espoir idiot de précipiter les heures

Depuis la disparition de mon père, neuf mois plus tôt, il m’avait semblé retrouver sa présence dans maintes formes humaines opiniâtres et usées qui se promenaient avec peine, comme au ralenti, sur l’asphalte de la cité, si peu accueillante pour les vieillards

C’était la voix d’Ali Baba et des quarante voleurs, celle qui incarnait tous les personnages des contes des Mille et Une Nuits quand j’étais petite, celle qui imitait Luis Mariano, Georges Guétary, Fernandel et Jerry Lewis, celle qui savait si bien mentir ou me faire rire, enfant…

À travers l’épaisseur des flocons, je dévisageai cet homme dont l’accent méridional rappelait un monde profondément enfoui en moi

Une bactérie contractée à l’hôpital avait eu raison de lui, de ses mensonges, de son bagout et de son désir désespéré de vivre

Mais mon ami, vous avez brûlé la chandelle par les deux bouts toute votre vie, il est bien normal que vous vous éteigniez avant moi

Après tous ces faux départs et vrais retours, mon père n’était peut-être pas tout à fait mort. J’avais été idiote de clore l’affaire si vite. N’était-il pas immortel, comme il me le répétait souvent durant mon enfance

Mon père avait toujours été un revenant. Jamais là, mais toujours susceptible de réapparaître

« Mais je suis un immigrant et je n’ai pas à m’adapter. Je vais rester celui que je suis. On n’a pas besoin d’être toujours en accord avec la réalité. »

Quand nous étions plus sages ou quand mon père avait quelque chose à se faire pardonner, nous nous contentions d’un sobre poisson blanc que ma mère apprêtait mal, en le faisant revenir dans très peu de beurre, et dont elle disait se délecter, puisque cela lui rappelait son enfance passée dans un village normand en bord de mer. Mon père, lui qui avait vécu toute son enfance en Algérie et était né en Grèce, me parlait de mérou, de mangouste, de bouillabaisse, d’huîtres au citron, de soupe à la rouille, de plateaux de fruits de mer géants et de coquillages bien gras. Et quand il se sentait obligé de prendre un poisson blanc et maigre, il m’adressait un clin d’œil complice et me donnait l’impression que nous étions des criminels en train d’user de quelque stratagème pour plaire à ma mère.

Je ne sais combien de samedis et de dimanches aussi fabuleux nous avons passés en famille. La vie partagée par les cinq êtres que nous étions ensemble n’a, me semble-t-il, existé vraiment que durant une centaine de week-ends, au moment de ces courses sur Saint-Laurent

Vassili contemplait la ville. Il était fasciné par tout ce qu’il découvrait. Cette ville serait sûrement bien pour lui. Arrivé sur le boulevard qui domine le port, il se retourna pour contempler le panorama de la baie d’Alger, de la pointe Pescade au cap Matifou. En dessous de lui, les bateaux paraissaient somnoler sur les eaux calmes du bassin. Alger semblait belle, fière, Vassili ne regrettait pas les girafes et les éléphants. Il était tout à coup devenu un grand et Alger était à lui.

Même mort, il continuait à minauder. Il tenait à retrouver au plus vite son visage de séducteur

Elle a payé pour une sépulture et elle croit que je vais rester là. Mais je suis fondamentalement nomade. Je me vois mal là pour l’éternité

La mort, ce n’est pas comme cela. On ne trouve pas son port d’attache. Comme durant la vie, on est condamnés à errer

Mon père raconta alors qu’Érina lui était apparue la nuit de ma naissance pour lui annoncer qu’une fille était née. J’étais comme ma grand-mère et c’est pour cela qu’il m’aimait tant. Yaya secouait la tête en signe d’approbation.

Que c’est beau ! Cela va peut-être me manquer après tout ! Mais mort, comme vivant, on ne peut avoir de lieu à soi ni de nostalgie… » Ces mots avaient été, je le savais, au centre même de son parcours dans ce monde, de ses liens familiaux, de ses départs et de ses infidélités

Vassili aimait les gens et les lieux. Pas les pays. Petit, il avait quitté la Grèce, maintenant il laissait derrière lui l’Afrique. Seule la mer lui manquerait peut-être

Vassili était un cosmopolite, un vrai. Pas un Français, pas un Algérien, pas même un Grec. Aucune religion ne l’avait appelé. Aucun lieu ne pouvait le retenir

Mais Vassili tenait à montrer à tous l’absurdité des appartenances, des guerres, des identités.

Oui, Vassili, comme le Grec célèbre, serait citoyen du monde en Amérique. Là-bas, on ne faisait pas attention à l’origine des gens. On devenait quelqu’un d’autre. On pouvait oublier le passé. Et même changer de nom. C’est ce qu’il ferait. Qui sait

J’ai tout mon temps. Ma vie n’a plus ou pas encore de sens. Pourtant, je cours après le passé qui ne cesse de se multiplier devant moi, de s’effilocher en souvenirs vrais ou inventés, en possibilités menées à terme ou encore avortées. Sa fuite effrangée me fait mal, je crois

Je relèverai la tête, et un grand bateau de croisière quittera le port pour bientôt fendre les eaux et disperser davantage tes cendres. Je te verrai t’abîmer dans l’eau. Tu seras éternel. Tu seras dans tous les récits

Quarante-cinq années bien méchantes se dressent entre ces temps de bonheur et un présent rabougri qui a fini par me rendre insignifiante. Tu es à mes côtés…

Au volant de ma vieille Jeep jaune, toute pourrie, j’ai décidé de te conduire à ta dernière demeure, là où tu ne trouveras pas de repos. Je te l’ai promis, je crois. Là, tu erreras pour l’éternité à travers les océans turquoise, chauds. Là, tu te disperseras à l’infini en des millions de particules. Là, tu gambaderas à travers l’éternité de la matière.

Maman parlait de toi avant le divorce en te comparant au percolateur de la cuisine

Pourquoi les temps se font-ils bavards à mon égard ? N’ont-ils pas toujours été semblables au Sphinx ? Qu’ont-ils à vouloir me parler aujourd’hui ?

Le temps s’est refermé sur lui-même. Il effectue une parenthèse. Il se retrouve, comme dirait Hamlet, hors de ses gonds. Je vais le laisser ainsi. Après tout, ce n’est pas à moi de le réparer

Toi, tu entreprends ton périple vers l’infini. Tu fais tes premiers pas dans l’éternité et tu te sens tout à coup aussi léger que les cendres qui composent tes restes et qui dansent dans les vagues turquoise

Cette photo de nous trois, je la confierai aux eaux du Sud. Elle te suivra dans ton périple

Je te laisserai avec tes rêves. Ils ne pourront plus être les miens

Giacometti-Ravenne « Série Commissaire Antoine Marcas »

Les auteurs :

Eric Giacometti est journaliste ; il a mené́ l’enquête sur la franc-maçonnerie, dans le volet des affaires sur la Côte d’azur. Il n’est pas maçon.

Jacques Ravenne est le pseudonyme d’un franc-maçon élevé́ au grade de maitre au rite français

 

Série Commissaire Antoine Marcas

1 – In nomine, édition Fleuve noir, Paris, 2010 (publié en 2010, il raconte le début)

  1. Le Rituel de l’ombre, Paris, Fleuve noir, 2005, 384 p.
  2. Conjuration Casanova, Paris, Fleuve noir, 2006, 445 p.
  3. Le Frère de sang, Paris, Fleuve noir, 2007, 499 p.
  4. La Croix des assassins, édition Fleuve noir, Paris, 2008, 534p.
  5. Apocalypse, édition Fleuve noir, Paris, 2009, 408p.
  6. Lux tenebrae, édition Fleuve noir, Paris, 2010.
  7. Le septième Templier, Paris, édition Fleuve noir, 2011
  8. Le temple noir Paris, Fleuve noir, coll. « Thriller », 14 juin 2012, 658 p
  9. Le Règne des Illuminati, Paris, Fleuve noir, coll. « Thriller »,‎ 12 juin 2014, 552 p
  10. L’Empire du Graal, 2016 , Editions le masque , « Thriller », JC Lattès ,  18/05/2016, 592 pages
  11. Conspiration. 2017 ,  , « Thriller », JC Lattès ,  24/05/2017,

 

1 – In nomine, édition Fleuve noir, Paris, 2010.

Résumé:   La première aventure d’Antoine Marcas : son initiation…

XIIIe siècle, Comté de Toulouse. Raoul de Presle conduit à la mort plusieurs centaines d’hérétiques. Hommes, femmes, enfants, tous s’élancent dans le bûcher sans la moindre peur… XXe siècle, Paris. L’inspecteur Marcas enquête sur son premier meurtre. Du milieu des collectionneurs de manuscrits ésotériques aux coulisses occultes de la franc-maçonnerie, tous veulent retrouver un secret perdu depuis le massacre des hérétiques.Une quête de sang qui va mener Marcas aux portes du Temple…

Mon avis : Heureusement que je n’ai pas commencé par celui-là ! Car c’est une mini introduction et elle ne donne pas envie de s’attacher au Commissaire Marcas ; ce qui est bien dommage.. Alors oubliez et attaquez directement par la suite ! Si il vous tombe sous la main une fois accro, alors passez un petit moment à le lire.

Extraits :

« Chaque abeille ne connaissait que son triangle supérieur et inférieur et ignorait appartenir à une organisation supérieure : un rucher en pleine croissance »

« L’organisation du rucher existait déjà quand le frère obèse était devenu transparent. Une pyramide qui couvrait de son ombre invisible le pays entier. Une organisation dont les membres s’ignoraient eux-mêmes et surtout ignoraient leur pouvoir réel. »

 

2. Le rituel de l’ombre

Résumé:   Ils tuent des frères pour posséder l’âme du monde. Mai 2005, Rome. Une archiviste du Grand Orient de France est assassinée au Palais Farnèse, suivant un rituel qui évoque la mort d’Hiram, fondateur légendaire de la franc-maçonnerie. A Jérusalem, un archéologue en possession d’une énigmatique pierre gravée subit un sort similaire. Le commissaire Antoine Marcas, maître maçon et son équipière, Jade Zewinski, qui abhorre les  » frères « , se trouvent confrontés aux tueurs implacables d’une confrérie occulte nazie, la société Thulé, adversaire ancestrale de la maçonnerie. Soixante ans après la chute du IIIe Reich, les archives des francs-maçons, dérobées par les Allemands en 1940, continuent de faire couler le sang. Quel secret immémorial se dissimule entre leurs pages jaunies ?

Un secret pour lequel on tue sans scrupules… Œuvre de fiction écrite par Eric Giacometti, journaliste -non maçon- et Jacques Ravenne, maître maçon au rite français, « Le Rituel de l’ombre » nous introduit dans les coulisses d’une société réputée secrète et apporte un éclairage étonnant sur le IIIe Reich.

Mon avis : J’ai beaucoup aimé. Je me suis laissé prendre par l’histoire, et elle m’a semblé nettement plus crédible que les livres de Dan Brown. L’histoire du pillage des archives des FM est basée sur des faits historiques, j’ai eu l’impression de m’instruire en le lisant. Passionnant! Le Rituel de l’Ombre amène le lecteur à découvrir le sort des archives maçonniques pendant la 2de Guerre mondiale et le rôle de la société Thulé

Extrait :

« Marcas avait compris ce soir-là que le fait de vivre cette initiation lui avait procuré une sorte de supplément d’âme. Il avait ressenti un sentiment indicible, l’impression d’avoir été figé dans un moment d’éternité ; quelque chose de difficile à comprendre si on ne l’avait pas vécu, en tout cas d’intransmissible par le seul biais de la lecture d’ouvrages érudits. Rien de magique, plutôt un état de conscience alterné. »

3. « Conjuration Casanova »

Résumé: En Sicile de nos jours. 5 couples, réunis afin de pratiquer des rituels mêlant spiritualité et érotisme, sont immolés sur les ordres d’un maître de cérémonie, Dionysos. Seule Anaïs en réchappe miraculeusement.

A Paris, le ministre de la culture, franc-maçon, est retrouvé près du corps sans vie de sa maîtresse. Le commissaire Marcas, frère d’obédience, est chargé d’enquêter sur les circonstances étranges de cette mort.

De rites érotiques en courses-poursuites sanglantes, de Paris à Venise, Marcas et Anaïs vont remonter la piste meurtrière d’un mystérieux manuscrit signé de la main du sulfureux Casanova.

Mon avis : Une fois encore je me suis laissée prendre au jeu.. Traque, intrigue, histoires de sectes, un peu de franc-maçonnerie, un zeste de « journal de Casanova » un brin de voyage, du suspense… un bon roman.

Extrait :

« Il n’y a rien à faire. On ne change pas les hommes. L’interdit les fascine toujours. »

 

4. Le Frère de sang

Résumé: Jacques Ravenne et Eric Giacometti, auteurs des thrillers maçonniques « Le rituel de l’ombre » et « Conjuration Casanova », tissent à nouveau une intrigue fascinante en entraînant leurs lecteurs dans les méandres du temps…

Paris, 1355. Un homme est brûlé vif en place publique. Le copiste Nicolas Flamel assiste à l’exécution, le cœur au bord des lèvres. Mais l’horreur ne fait que commencer car celui qui deviendra le célèbre alchimiste est sur le point de plonger dans les terribles révélations d’un livre interdit. Paris, 2007, siège de l’obédience maçonnique. Le commissaire franc-maçon Antoine Marcas découvre deux crimes rituels commis par un des siens, baptisé le « frère de sang « . Un message venu d’outre-tombe met rapidement le commissaire sur la piste d’un secret vieux de plusieurs siècles, entourant le mystère de l’or pur. De Paris à New York, une course contre la montre s’engage alors entre le serial killer et le policier, articulée autour des deux lieux hautement symboliques que sont la statue de la Liberté et la tour Eiffel. Pendant ce temps, tapie dans l’ombre, veille Aurora, une organisation occulte de financiers dont le but est le contrôle absolu de l’or… Thriller Franc-maçonnique…

Mon avis : Et c’est parti sur les traces de Nicolas Flamel… Un des tout bons de la série. Dans ce livre j’ai trouvé que la balade dans le temps se passait très bien, sans heurts et tout en douceur. Suspense, histoire, franc-maçonnerie, alchimie… La recette fonctionne…

 Extrait :

« De Descartes à Sherlock Holmes, il y avait là toute une époque de penseurs en chambre pour lesquels résoudre une équation ou une énigme policière ne servait qu’à confirmer la toute-puissance de la raison. »

5. La croix des assassins

Résumé: Au cœur de la franc-maçonnerie, l’ultime secret des Templiers va ressusciter… Une nouvelle race de tueurs a vu le jour. Des initiés qui ne connaissent plus la douleur, ni physique, ni morale. Des élites, patrons de multinationales et hommes politiques, qui ont abandonné toute humanité pour s’emparer du pouvoir suprême. Ce sont les membres de la loge Kadosh Kaos. Ce sont des Assassins… Quand la franc-maçonnerie découvre l’existence de cette loge sauvage, le commissaire Antoine Marcas est choisi pour infiltrer ce groupuscule qui ne cesse de s’étendre. Mais ce que Marcas ignore, c’est qu’il va devoir affronter un terrible secret que se sont disputé, dans le sang et le feu, les Templiers et la secte musulmane des Assassins.Jamais une mission n’aura mené le frère Marcas aussi loin. Car il devra, lui aussi, accepter de suivre la Croix des Assassins…Dans cette nouvelle aventure du commissaire Marcas, Giacometti et Ravenne révèlent une fois encore les liens occultes de l’Histoire et de la franc-maçonnerie – deux univers qui n’ont plus aucun secret pour eux et grâce auxquels ils ont définitivement renouvelé le genre du thriller ésotérique.

Mon avis : j’ai à nouveau suivi avec plaisir les aventures de Marcas, accompagné de tueurs qui ne connaissent pas la douleur ni physique, ni morale cette fois … J’aime toujours ces livres construits sur l’alternance entre le passé – Saint-Jean d’Acre en 1291 – et le présent – France et au Brésil aujourd’hui.

Extrait : La maçonnerie est une grande maison et beaucoup de frères sont condamnés à rester au rez-de-chaussée.

 

6. Apocalypse » (2010)

Résumé:   Et si les francs-maçons détenaient le secret de la fin des Temps ? Depuis 2000 ans, le monde, toujours prompt à s’embraser, n’a jamais été aussi près de sa fin : le Signe tant attendu est arrivé sous la forme d’une dangereuse image réapparue.

C’est le commissaire franc-maçon Antoine Marcas qui a retrouvé cette ébauche du tableau des Bergers d’Arcadie : un dessin maudit, dont le décryptage par un initié pourrait conduire à la fin des Temps.

Manipulé par ses propres frères, poursuivi par des fondamentalistes prêts à tout pour provoquer l’Apocalypse, Marcas devra s’engager dans une lutte manichéenne et ancestrale.

De Jérusalem, dans le Temple de Salomon où tout a commencé, jusqu’à Rennes-le-Château où tout doit s’arrêter…

 Mon avis : Une fois encore j’ai suivi avec plaisir les aventures du flic franc-maçon Antoine Marcas. Un bon polar de vacances.. pas un grand chef d’oeuvre mais une bonne intrigue, des époques qui s’entremèlent, pas de révélation à la Dan Brown…

7. « Lux tenebrae »

Résumé:   Le commissaire franc-maçon Antoine Marcas est plongé dans un profond coma, après une blessure par balle. À son réveil, il ne se souvient de rien, hormis des cauchemars, de ce tunnel sans fin.Une Expérience de Mort Imminente…Lancé sur la piste de son agresseur, traqué par des fanatiques religieux, le frère Marcas remonte aux origines des rites d’initiation égyptiens.Pour comprendre, il va devoir à nouveau franchir les portes de la mort…  Le pharaon hérétique Akhenaton a découvert le passage qui conduit au royaume des ténèbres.

 Mon avis : Alors pour une fois je ne trouve pas bon ! Moi qui adore l’Egypte ancienne.. j’ai été déçues… Le mélange franc-maçon – Akhenaton – ésotérisme – le retour après la mort… pas convaincue ce coup-ci ! mais j’aime bien Marcas, alors je vais lire le suivant…

 Extraits :

« Les hommes sont des esclaves de leur propre imagination, ils ont eux-mêmes enfanté les dieux qu’ils prient en tremblant. Si un dieu existe, il est à l’image de l’homme. Du meilleur de l’homme »

« La mort, commissaire, la mort n’est qu’une porte. Ce qu’il y a derrière, voilà le mystère ultime. C’est la seule question qui obsède l’homme depuis l’aube de l’humanité. Et cette porte, vous allez l’ouvrir, Marcas. »

8. Le septième Templier

Résumé:   Sept templiers, Trois portes, Une seule vérité. 1307. Le roi Philippe le Bel et le pape Clément V ordonnent l’anéantissement total de l’Ordre du Temple. Mais dans l’ombre des commanderies, sept templiers vont organiser sa survivance par-delà les siècles. De nos jours, le commissaire franc-maçon Antoine Marcas reçoit l’appel désespéré d’un mystérieux frère, sur le point d’être assassiné, qui lui transmet la piste d’un secret fabuleux : le trésor des templiers. Au même moment à Saint-Pierre de Rome, le pape s’apprête à bénir la foule quand il est abattu par un tireur d’élite… Du Paris initiatique aux arcanes occultes du Vatican, découvrez dans le nouveau Giacometti et Ravenne les étapes codées d’un parcours ésotérique, placé sous le signe de la croix du Temple… Les enquêtes d’Antoine Marcas ont été traduites dans 15 langues. Avec déjà 800 000 exemplaires vendus en France, Giacometti et Ravenne ont donné ses lettres de noblesse au thriller ésotérique français.

Mon avis : et bien une fois encore, je ne décroche pas… Un bon roman, passionnant, documenté, rythmé… Peut etre mon préféré de la série des Marcas.

Extrait :

Il ouvrit la porte de son bureau et se retrouva face à Schibboleth. C’est ainsi qu’il avait surnommé sa bibliothèque, gorgée d’ouvrages, qui montait jusqu’au plafond. Schibboleth, un mot de passe bien connu des frères et qui, pour lui, signifiait de façon allégorique : le passage sur l’autre rive. Sa bibliothèque était un pont qui permettait de traverser le fleuve de l’ignorance et les livres en constituaient les pierres patiemment taillées. Le déménagement dans son appartement de la rue Charles-Nodier lui avait été fatal, Schibboleth menaçait de s’écrouler. Le poids des livres avait gondolé les étagères au point qu’Antoine clouait régulièrement des blocs d’appui contre le mur pour empêcher un effondrement généralisé. Il avait eu le tort d’acheter le meuble dans un vide-grenier : un jour ou l’autre il tomberait dans un ultime craquement. Même la femme de ménage refusait d’y faire la poussière, de peur de finir écrasée. Antoine n’avait pas osé répliquer que mourir sous les volumes de « La Comédie humaine » était somme toute une fin remarquable.

9. Le temple noir

Résumé:   1232. En Terre Sainte, une lutte sans merci oppose le Grand Maître des Templiers et le Légat du pape pour posséder une pierre au pouvoir mystérieux.

2012 . À Londres, le Temple Noir se réunit et va changer le cours de l’Histoire. Dans les méandres financiers de la City et dans les coulisses des sociétés secrètes, le seul homme à pouvoir éviter le pire est Antoine Marcas, flic et franc-maçon.  Mais à une condition : résoudre l’ultime énigme des Templiers…

Mon avis : Un peu mitigée. Peut-être d’avoir trop attendu pour lire la suite du précédent. Je pense que j’aurais dû lire le livre en lisant d’abord les chapitres moyen-Age et ensuite la partie contemporaine.. Car cette fois ci, le va et vient constant ne m’a pas convaincue… Et le Moyen Age est très sanglant…

J’ai bien aimé la partie la visite maçonnique de Londres et le blog anti-maçonnerie. De très bonnes idées. Mais le pauvre Marcas a décidemment pas de veine avec les femmes… Au final, même si j’ai trouvé moins palpitant au niveau de l’intrigue, je ne boude jamais mon plaisir en suivant Marcas dans ses aventures

Extraits :

« – A l’ origine de l’Ordre, les Templiers s’appelaient les Pauvres Chevaliers du Christ. […] Le frère obèse ne put s’empêcher de ricaner. – Les Pauvres Chevaliers du Christ, elle est bien bonne celle-là. Ils étaient riches comme Crésus et jouaient les banquiers pour toute la chrétienté. Que c’est beau cette compassion. C’est comme dans ton obédience, beaucoup de belles paroles mais on ne se mêle pas au peuple. Dans les loges de bobos, on ne taille pas sa pierre avec les clodos. »

« il existe seulement deux puissances capables de détruire l’économie d’un pays : l’aviation américaine sous un tapis de bombes… et Moody’s en dégradant sa notation »

10 . Le Règne des Illuminati

Résumé : Contemplez l’œil dans le triangle… et plongez dans l’effroi.

1794 : Robespierre et Saint-Just plongent la Révolution Française dans la Terreur. Arrêté avec ses frères de loge, un policier franc-maçon est conduit à l’échafaud. Pour échapper à la guillotine, il doit élucider le meurtre d’une jeune femme atrocement mutilée, à la manière d’un rituel. Une enquête qui va le conduire aux portes de l’enfer…

1963 : à Rome, le pape Paul VI révèle un secret au président américain John Fitzgerald Kennedy, qui ressort boule- versé de leur entretien. Quatre mois plus tard, il est assassiné à Dallas…

De nos jours. De retour d’Afrique, le commissaire Antoine Marcas enquête sur l’assassinat d’un prêtre, fondateur d’une ONG, dans un climat délétère d’attaques conspirationnistes contre la franc-maçonnerie. De Paris à Las Vegas, il remonte la piste d’un groupe occulte disparu depuis des siècles : les Illuminati. Une société secrète subversive, détentrice d’un secret prodigieux, qui serait la clé de toutes ces énigmes. Un secret immémorial que nous possédons tous, et qui peut changer notre vie. Mais pour cela il faut oser regarder l’œil, au centre du triangle… L’œil des Illuminati.

Mon avis : voir article sur  « Le règne des Illuminati »

11. L’empire du Graal (2016)

Résumé : Oubliez tout ce que vous savez sur le Graal.
Palais pontifical de Castel Gandolfo. Sur ordre du pape, les cinq cardinaux les plus influents du Vatican prennent connaissance d’un rapport explosif rédigé par Titanium, le leader mondial des algorithmes. Le compte à rebours de l’extinction de l’Église catholique a commencé.
Paris, Hôtel des ventes de Drouot. En remontant une filière de financement du terrorisme, Antoine Marcas, le commissaire franc-maçon, assiste à la mise aux enchères d’un sarcophage du Moyen Âge. Un sarcophage unique au monde, car il contient selon le commissaire-priseur, les restes d’un… vampire.
C’est le début de la plus étrange aventure d’Antoine Marcas.
Une enquête périlleuse qui va le mener, en France et en Angleterre, sur la piste de la relique la plus précieuse de la chrétienté.
Le Graal. Une enquête aux frontières de la raison qui ressuscite Perceval, le roi Arthur et la geste légendaire des chevaliers de la Table ronde.

Mon avis : voir article sur « L’empire du Graal  »

12. Conspiration (2017)

Résumé : De la France aux États-Unis, Marcas, mis sur la touche par sa hiérarchie, va devoir retrouver un secret qui hante l’histoire de France et dont la possession peut détruire les démocraties occidentales. Deux siècles plus tôt, en pleine Révolution française, l’inspecteur Ferragus – présent dans les Illuminati – est entraîné dans une implacable course contre la montre pour démasquer le groupe occulte qui veut s’emparer du même secret. Au cour de ce secret, le pouvoir absolu.

Mon avis : voir article sur « Conspiration « 

Blondel, Jean-Philippe «Blog» (2010)

Publié par Actes Sud Junior

Résumé :

Quand le narrateur découvre que son père espionne son blog, cette révélation lui fait l’effet d’une trahison, d’un « viol virtuel ». Révolté, il décide de ne plus lui adresser la parole. Pour se racheter, son père lui fait un don… une plongée dans le passé qui ne sera pas sans conséquence. Un roman généreux sur la filiation et l’écriture intime.

Mon Avis : J’avais découvert cet auteur par un autre livre pour la jeunesse. Et je dois dire qu’il me touche toujours, qu’il écrive pour la jeunesse ou pour les moins jeunes. D’ailleurs si ce livre est conseillé aux jeunes, je le conseille aussi aux parents d’adolescents. Il convient aussi de dire et redire que dès qu’on écrit un blog, il ne faut pas s’étonner que des personnes le lisent.. et comme il n’y a pas de clé… n’importe qui, un ami, un inconnu ou quelqu’un de proche est susceptible d’en prendre connaissance..

Extraits :

j’ai appris cette expression-là en cours de français l’autre fois et elle m’a éclaté : c’est vrai, on s’imagine toujours un combat comme un moment chaud et sanguin, mais battre froid, c’est la classe ultime. L’indifférence, le mépris, il n’y a rien de pire – je vais devenir un vrai congélateur.

Le climat familial a été légèrement modifié, après mon anniversaire. L’ambiance était bien plus chaleureuse que les normales saisonnières. Les orages étaient rares et les cumulus se dispersaient rapidement

lorsqu’on est vraiment attentif aux autres, à leurs non-dits, à leur langage corporel – alors, ils deviennent aisément déchiffrables

L’impression que le monde n’est qu’un tissu de mensonges et que la survie passe par la méfiance

Je n’aime pas ce verbe-là, oublier. Je voudrais toujours tout garder, vivant, au creux de ma mémoire

C’est sûrement ça, grandir – abandonner petit à petit tous les attributs qui font de toi un des pions de ta génération pour aller plus profond et découvrir ce qui fait de toi un être unique

Quand la phrase s’allonge, la peau se dévoile

— Plus personne n’écrit de lettres ! — Si, moi. — Sérieux ? — Evidemment. — Pourquoi ?— Parce qu’avec une lettre, tu as le temps. Tu n’es pas interrompu par l’autre. Tu peux aller jusqu’au bout de ta pensée. Tu peux dériver. Tu dévoiles ce que tu as en toi, petit à petit.

Je ne veux jamais être une photo aux teintes délavées

Est-ce que vraiment grandir, vieillir, se marier, avoir des enfants, ça te coupe de tout ce que tu souhaitais devenir ?

Celle dont j’apprends à connaître les zones d’ombre et les taches de lumière

Sandrine Collette «Des nœuds d’acier» (01.2013)

Auteur : Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. Elle devient chargée de cours à l’université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

Elle décide de composer une fiction et sur les conseils d’une amie, elle adresse son manuscrit aux éditions Denoël, décidées à relancer, après de longues années de silence, la collection « Sueurs froides », qui publia Boileau-Narcejac et Sébastien Japrisot. Il s’agit « Des nœuds d’acier », publié en 2013 et qui obtiendra le grand prix de littérature policière ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le roman raconte l’histoire d’un prisonnier libéré qui se retrouve piégé et enfermé par deux frères pour devenir leur esclave. En 2014, Sandrine Collette publie son second roman : « Un vent de cendres » (chez Denoël). Le roman commence par un tragique accident de voiture et se poursuit, des années plus tard, pendant les vendanges en Champagne. Le roman revisite le conte La Belle et la Bête. Pour la revue Lire, « les réussites successives Des nœuds d’acier et d’Un vent de cendres n’étaient donc pas un coup du hasard : Sandrine Collette est bel et bien devenue l’un des grands noms du thriller français. Une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches »2015) « Il reste la poussière » obtient le Prix Landerneau du polar 2016. En 2017, elle publie « Les Larmes noires sur la terre ».

Grand prix de littérature policière 2013

Résumé : Avril 2001. Dans la cave d’une ferme miteuse, au creux d’une vallée isolée couverte d’une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave. Comment a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile : athlétique et brutal, Théo sortait de prison quand ces vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers.

Mon avis : Deuxième tentative de lire Sandrine ColletteJe ne récidiverais pas ; ce n’est pas pour moi.. . Ce n’est pas l’auteur qui me dérange mais le type de récit, le huis-clos de séquestration : étouffant, malsain, des personnages antipathiques, un monde de violence à tous les niveaux. La déchéance… mentale, physique… Alors oui, je l’ai lu jusqu’au bout.. Mais pour quelle raison ? Aller au bout de l’horreur, de la perversion, de l’abject pour voir si on peut s’en relever ou pas ?

Je relève toutefois un contact très fusionnel entre la nature et le récit. La « glauquitude » à tous les niveaux.. avec un ou deux éclairs d’humanité devant la beauté de la neige… J’ai également remarqué que nous vivions dans un monde d’hommes, bien que l’image de la femme soit présente… à l’origine de tout et à tous les niveaux : la narratrice, qui commence et finit le récit ; la femme aimée sans qui rien ne serait arrivé, la sœur … ; les rapports entre frères sont présentés comme des rapports de force et de conflits…

Grand prix de littérature policière ? Pourquoi ? il n’y a pas d’enquête ? Juste la descente aux enfers d’un (plusieurs) personnes…

 

Extraits :

J’ai bu mon café à petites gorgées, heureux qu’il soit trop chaud, heureux de prendre mon temps.

Chaque matin ma tête s’éveille vide et blanche, comme s’il n’y avait plus rien en moi. Jamais le lien entre le corps et l’esprit ne m’était apparu avec autant de force, jamais je n’aurais cru qu’il suffisait d’anéantir le premier pour que le second s’éteigne lui aussi

La terre m’attire d’une façon indéfinissable, peut-être parce que c’est la seule certitude que j’aie : qu’un jour, j’y retournerai

Je ne suis pas sûr que ce soit ça, survivre. Ou au contraire, c’est là que le mot prend tout son sens. Juste un petit peu plus que vivre, et encore, je ne sais pas de quoi est fait ce petit peu

Parfois moi-même, quand la fatigue ne m’accable pas trop, je me délecte de certaines de leurs histoires sordides. J’ai arrêté de lutter contre ma propre déchéance. Et oublié la moindre idée de révolte.

Je ne sais pas si moi aussi je verrai ma vie sous forme d’un long cheminement quand je serai mort. Et je ne sais pas si je croirai un dieu quand il me dira qu’il m’a porté tout ce temps de la fin de ma vie

Je ne suis plus qu’un reste d’humanité. Une entité qui ne pense qu’à manger, boire et dormir, à éviter les coups, et à se relever le lendemain. Les vieux avaient raison. Je ne vaux pas beaucoup plus qu’un chien. Je ne suis même pas affectueux. Je suis de la race de ces bêtes galeuses qu’on attache au bout d’une chaîne et que personne ne veut plus caresser

Toute parole est illusoire et dangereuse ; nous ne voulons pas rouvrir le dialogue

L’éclair qui illumine une fraction de seconde la forêt autour de moi me ramène brusquement à la réalité. Les silhouettes des arbres, affolées par le vent, se tendent vers moi pour m’agripper. Le vent brame dans les arbres ; on dirait une bête mourante.

on, c’était elle : la vie) ne nous présente pas plus que ce que nous pouvons porter. Que si c’est dur, c’est que nous sommes forts. Mais je n’y crois plus.

Parfois sur son banc, il me fait penser à une poupée ou à une peluche qu’on aurait posée là et que personne ne serait revenu chercher. Oui, un petit ours sur un banc trop grand pour lui, étonné d’être toujours solitaire. Un petit ours attendant que quelqu’un passe et le prenne dans ses bras, le regard droit, courageux et perdu.

Ledig, Agnès «Marie d’en haut» (2011)

Auteur : romancière française née en 1973. Mère de trois enfants, elle a commencé l’écriture après le décès de l’un de ses trois fils, atteint d’une leucémie. Pour répondre aux questions que posaient tous ceux qui se préoccupaient de Nathanaël, elle tenait un bulletin hebdomadaire. Un professeur de médecine qui suivait l’enfant lui a révélé son don de transmission et l’a encouragée à écrire. « Marie d’en haut« , a remporté le « coup de cœur des lectrices » de « Femme actuelle ». « Juste avant le bonheur » (Albin Michel, 2013) a remporté le prix Maison de la Presse. « Pars avec lui » paraît en 2014, « On regrettera plus tard« , paraît en 2016, et « De tes nouvelles » (la suite) en 2017 aux éditions Albin Michel.

Résumé :

À trente ans, Marie a un caractère bien trempé et de la ressource. Lorsqu’Olivier, lieutenant de gendarmerie, débarque chez elle sans prévenir pour une enquête de routine, elle n’hésite pas à le ligoter pour lui faire comprendre explicitement qu’il n’est pas le bienvenu.Mais cette carapace de femme forte dissimule ses fêlures. C’est grâce à Antoine, son meilleur ami, et Suzie, sa fille, que Marie trouve un sens à sa vie.Et contre toute attente, Olivier va rejoindre le trio. Entre lui et Antoine, la guerre est déclarée. L’enjeu ? Le coeur de Marie.

Coup de coeur des lectrices du prix Femme actuelle

 Mon Avis : Très joli premier livre d’Agnès Ledig. Un livre sur la difficulté de faire confiance, après des expériences qui ont fait mal et qui ont poussé à se retrancher derrière une carapace blindée. Un livre sur l’amour, mais surtout sur l’amitié. Un livre sur la force de caractère et la volonté de vivre en adéquation avec soi-même, même si ce n’est pas dans la « norme », en trainant derrière soi les douleurs d’une enfance dévastée. Et qui donne confiance en l’avenir. Une ode à l’espoir, avec des mots simples et touchants. Aucun misérabilisme, pas de pathos, juste une belle histoire de rencontres… Et des thèmes importants abordés : la vie des agriculteurs, l’homosexualité en milieu rural, l’insémination, la violence ; et le regard des autres.. surtout le regard des autres ; celui des proches et des étrangers… le tout avec beaucoup d’humour et de tendresse.

Comment se construire après une enfance dévastée ? Avec de la confiance en soi et en ses propres valeurs, avec une passion, une ligne de vie, une envie de vivre, et en s’ouvrant aux autres, à ceux qui vous entourent et qui vous aiment…

Extraits :

Elle serait personnage de bande dessinée, des éclairs sortiraient de ses yeux

Je n’ai jamais été bien riche, mais là, c’est Padirac

Il a les sourcils froncés comme s’il réfléchissait en permanence. Ça m’étonnerait que ce soit le cas

Un mot peut-il à ce point vous obnubiler, que vous le voyez partout, vous l’entendez sans arrêt

On se construit sur ce qu’on a vécu, en reproduisant ou en exorcisant

Qu’est-ce que le temps peut bien faire contre ce genre de sentiment ? Rien. Un jour, on se rend compte que c’est trop tard. On y pense un peu plus souvent, et le cœur bat dans les tempes, et partout ailleurs

Je sais que pour la plupart des femmes, l’homme idéal est viril et fort. Moi, je les aime humbles, fragiles et émouvants.

Elle voulait mieux me connaître. Et en me questionnant, elle me révélait. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir vécu en négatif depuis toujours. Elle est en train de développer la vraie photo, sur papier glacé

C’est trop tôt pour réfléchir. — Sûrement. Mais comment je vais faire sans elle ? — Autrement

Il pleurait fort. Comme une pluie d’orage qui vous mouille jusqu’aux os en moins de trente secondes. C’était cette violence-là.

Je n’ai jamais vraiment grandi. Toujours peur des araignées, peur de m’engager, peur qu’on me fasse du mal, peur des autres, de leur bêtise et de leur méchanceté. Je me réfugie dans mes dessins comme les gamins dans leur monde imaginaire. Je suis grand et costaud, mais à l’intérieur, c’est un grand placard noir dans un coin duquel un petit garçon se cache pelotonné sur lui-même, les mains sur la tête et le regard triste

Elle me demande de quelle marque sont mes vaches, je la questionne sur la race de ses chaussures

Parfois, je me dis que je suis en train de devenir sauvage. Les palpitations me guettent quand je vais en ville, et je sens l’apaisement au fur et à mesure que je remonte dans ma montagne.

J’ai commencé à me dire que c’était trop beau. Typique de ceux qui sont programmés pour le malheur. À force de voir la pluie tomber, on en vient à se dire que le soleil est une vue de l’esprit

J’avais mal au cœur. Brisé en deux. Comme un petit beurre. Plein de miettes partout

 

Récondo (de), Léonor «Rêves oubliés» (01.2012)

Auteur : Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait. Depuis 2012, elle publie chez Sabine Wespieser éditeur : en 2012, Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Son nouveau roman, Point cardinal, paraît en août 2017, toujours chez Sabine Wespieser éditeur.

Résumé : Quand il arrive à Irún où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d’août 1936, le Pays basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. Aïta sait que ses beaux-frères sont des activistes. Informé par une voisine, il parvient à retrouver les siens à Hendaye. Ama, leurs trois fils, les grands-parents et les oncles ont trouvé refuge dans une maison amie. Aucun d’eux ne sait encore qu’ils ne reviendront pas en Espagne. Être ensemble, c’est tout ce qui compte : au fil des années, cette simple phrase sera leur raison de vivre. Malgré le danger, la nostalgie et les conditions difficiles – pour nourrir sa famille, Aïta travaille comme ouvrier à l’usine d’armement, lui qui dirigeait une fabrique de céramique. En 1939, quand les oncles sont arrêtés et internés au camp de Gurs, il faut fuir plus loin encore. Tous se retrouvent alors au cœur de la nature, dans une ferme des Landes. La rumeur du monde plane sur leur vie frugale, rythmée par le labeur quotidien : les Allemands, non loin, surveillent la centrale électrique voisine, et les oncles, libérés, poursuivent leurs activités clandestines. Écrit comme pour lutter contre la fuite des jours, le carnet où Ama consigne souvenirs, émotions et secrets donne à ce très beau roman une intensité et une profondeur particulières. Léonor de Récondo, en peu de mots, fait surgir des images fortes pour rendre à cette famille d’exilés un hommage où une pudique retenue exclut le pathos.

 Mon avis : Petit livre de 176 pages, tout en pudeur. Je suis dans ma période « Guerre d’Espagne ».. . après Victor del Arbol et Lydie Salveyre, me voici à nouveau dans un récit d’exil.. cette fois ci coté Pays Basque. . Exil et déracinement : attachement à la famille, à un mode de vie, à une terre… Mais cette fois ci, pas d’envie d’intégration. Et surtout cette fois l’importance du couple, du noyau familial, de la cohésion familiale qui permet d’affronter l’étranger. Une petite parenthèse pour dire à quel point j’ai aimé le moment ou un adulte se rend compte qu’il faut parler à un enfant, qui est partie de l’aventure sans en comprendre les raisons.

J’ai beaucoup aimé l’idée de ce petit carnet, recueil des pensées d’Ama, jardin secret de sa vie, compagnon des doutes et du chemin de l’exil, jusqu’à un moment charnière de sa vie… Un livre poétique avec en toile de fond la question de la recherche du bonheur quand tout s’écroule autour de vous.. L’importance de se rattacher à la nature, aux êtres, à soi aussi…

Extraits :

Les tasses se vident, les mots se tarissent

La nostalgie et l’ennui entrent lentement dans le cœur de cet homme dont la vie n’avait, jusque-là, jamais été bousculée. Le destin l’ébranle à l’hiver de ses jours, alors qu’il pensait se reposer tranquillement sur les quelques lauriers qu’il avait patiemment amassés.

Pourtant, je sens qu’écrire pourrait m’aider à mieux comprendre cette situation et, si ce n’est à la comprendre, du moins à l’accepter. Le geste machinal de plonger la plume dans l’encrier me procure un léger réconfort. Une sensation connue, contrôlée, si loin de ce que j’éprouve ici à longueur de journée.

Nous nous arrimons aux instants sans baisser le regard. Avec une désinvolture qui souvent me semble désespérée, nous feignons de ne pas remarquer les déferlantes qui nous entourent.

La nostalgie est un sentiment bien étrange qui s’attache au plus futile. La chair de l’âme tiendrait-elle à si peu de chose ? Au reflet de soi dans des cuillères à soupe ?

« Toi, tu as mis ta pensée dans tes mains. »

Il déracine d’un coup de pioche les mauvaises herbes et le passé. Rien de tout cela n’existe. Les instants se nouent les uns aux autres jusqu’à ce que le fil s’épuise.

ce n’était pas un bol pour boire, mais un récipient à rêves, où ce ne sont pas les lèvres qui se posent mais les yeux qui se perdent.

L’enfant, le regard plongé dans l’étendue blanche, s’exile à l’intérieur de lui-même. La feuille devient soudain le tapis volant des contes murmurés

L’enfant s’exile au cœur des choses, dépouillant de sa main la pensée des autres. Il a trouvé un ami silencieux qu’il taille à sa guise, qu’il porte contre lui dans sa poche, capable de saisir les instants au vol.

il devine aussi que la trame du tapis volant a commencé à prendre forme, et que chaque ligne tracée tisse silencieusement le dialecte de son âme

Ce rêve a lentement embrumé nos esprits, et maintenant la réalité nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les frontières.

J’ai souvent l’impression qu’il tente de se faire le plus transparent possible, qu’il aimerait se fondre dans la couleur des murs pour ne pas déranger.

il se jure de ne jamais rester dans le silence de l’incompréhension, de s’approcher autant qu’il le pourra du savoir et, pour ce faire, de garder l’esprit toujours alerte. La mémoire toujours en éveil.

J’ouvre mon esprit et je chasse les pensées encombrantes. Avant, je priais et peu à peu j’ai arrêté. Ce n’est pas que je ne crois plus, ce sont les mots qui se sont effacés un à un. Maintenant je n’arrive même plus à les dire, faute de conviction peut-être. Quoi qu’il en soit, ils m’ont désertée et s’en sont allés vers d’autres bouches.

je me suis laissé surprendre par l’émotion que pouvait infliger un trait délié et familier sur une enveloppe blanche

il a vu cet homme si grand rapetisser, se tapir à l’intérieur de lui-même à la recherche de la dernière goutte de silence

Toute la ville est soudain devenue friande de rumeurs, les bouches déversent sans discontinuer leurs torrents nauséabonds de « tu-sais-il-paraît-que

Le silence qui m’enlace maintenant ne me laisse aucun espoir et je sais qu’il me faut attendre. Attendre que le temps fasse son œuvre d’amnésie

Je ne suis plus tout à fait moi-même sans pourtant être un autre. Les regards que tu as si justement surpris sont à la recherche de mes certitudes passées. Les retrouverai-je un jour

je n’ai pas de mots, je ne porte en moi que du silence. Et pourtant ce silence, loin d’être vide, est plein de vie, plein de toi. Je le sens se mouvoir comme une force lente, constante, comme une masse ardente. Tes mains diaphanes l’ont sculpté pour lui donner tes traits. Je n’ai qu’à fermer les yeux et tu es là, en moi, à portée de cœur.

Comme j’aimerais te décrire ces silences qui sont les miens, leurs approches furtives de toi, à l’affût d’une caresse. Comme ils se faufilent dans mon souffle pour soulever, sur ta nuque, les mèches de cheveux qui s’échappent de ton chignon. Y déposer un baiser.

Chacun de tes sourires abandonne, à son insu, une bribe de toi en moi. Ces bribes sont devenues un jardin fou, une forêt où chaque arbre porte un souvenir de nous. Je m’y promène à ma guise, toujours ébloui par ces instants passés ensemble et par l’espérance de ce qui nous reste à vivre.

Finalement, je préférerais que rien ne nous attache à ici. Je veux bien y vivre le temps qu’il faudra, y mourir aussi s’il le faut, mais pas m’y attacher. Rester étrangère, sans racines.

Je ne regrette pas d’avoir rencontré celle que je suis aujourd’hui. La vie s’est montrée à moi sous un nouveau jour, parfois sombre, mais toujours instructif et riche.

La réalité et le rêve semblaient s’être inversés. Ce que je venais de vivre était plus irréel, plus absurde que le plus improbable des cauchemars

Maintenant, avec le concours du crayon, il modèle la réalité à sa guise

Je ne veux plus aucune trace, plus rien de tangible. Que s’efface cette mémoire d’encre. Les mots m’ont accompagnée jusqu’ici, mais maintenant ils me tiennent prisonnière. Prisonnière de leurs griffes, de mes sentiments partagés entre la joie, l’amour, mais aussi l’angoisse et la mort. Les écrire les rend vivants, alors qu’ils disparaissent pour me laisser vivre l’âme légère à l’ombre du tilleul

Ledig, Agnès «Juste avant le bonheur» (05.2013)

Auteur : romancière française née en 1973. Mère de trois enfants, elle a commencé l’écriture après le décès de l’un de ses trois fils, atteint d’une leucémie. Pour répondre aux questions que posaient tous ceux qui se préoccupaient de Nathanaël, elle tenait un bulletin hebdomadaire. Un professeur de médecine qui suivait l’enfant lui a révélé son don de transmission et l’a encouragée à écrire. « Marie d’en haut« , a remporté le « coup de cœur des lectrices » de « Femme actuelle ». « Juste avant le bonheur » (Albin Michel, 2013) a remporté le prix Maison de la Presse. « Pars avec lui » paraît en 2014, « On regrettera plus tard« , paraît en 2016, et « De tes nouvelles » (la suite) en 2017 aux éditions Albin Michel.

Résumé : Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Emu par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Agnès Ledig, auteur de Marie d’en haut, Coup de cœur du grand prix des lectrices de Femme Actuelle, possède un talent singulier : celui de mêler aux épisodes les plus dramatiques de l’existence optimisme, humour et tendresse. Dans ce roman où l’émotion est présente à chaque page, elle nous fait passer avec une énergie communicative des larmes au rire, elle nous réconcilie avec la vie. Juste avant le bonheur fait partie de ces (trop) rares livres qu’on a envie de rouvrir à peine refermés, tout simplement parce qu’ils font du bien !

Mon avis : Un livre qui parle au cœur… La pluie, l’éclaircie, le soleil, la foudre, l’embellie et l’arc en ciel… J’ai essuyé ma petite larme émue, puis j’ai pleuré et enfin j’ai souri avec beaucoup d’émotion. Un livre qui permet de croire en l’être humain.. et qui montre que la lumière existe.. si on veut la voir… Ce livre m’a beaucoup touché. Pas un style flamboyant.. mais  une discussion avec une personne que j’ai ressentie comme « proche » et sensible. J’ai beaucoup aimé.

Je suis très contente de ne pas avoir connu le thème du livre avant de le lire. Peut-être l’aurais-je abordé différemment… Beaucoup de sensibilité, de tendresse, un livre sur des personnes à l’écoute d’elles-mêmes et des autres, avec beaucoup d’humour aussi ( j’adore la description des oignons) . La vie quotidienne, les bonheurs simples de la vie, l’importance de la nature : vagues, orages, étoiles, éclaircies, montagne, en adéquation avec les êtres. Un très joli moment de lecture qui va me pousser à découvrir les deux autres livres de cette romancière (et sage-femme) dans les plus brefs délais.

Extraits (et j’ai fait le tri dans ces jolies phrases ! )

Exergue : Les gens que nous avons aimés ne seront plus jamais où ils étaient, mais ils sont partout où nous sommes. » Alexandre Dumas

Quand c’est une question de survie, on range au placard les grands idéaux qu’on s’était fabriqués gamine. Et on encaisse, on se tait, on laisse dire, on subit

Le privilège de la beauté : atténuer le mauvais caractère. Toujours. On pardonne tout aux jolies femmes, avant même qu’elles n’aient ouvert la bouche

Le SBAM la saoule depuis belle lurette. Sourire – Bonjour – Au revoir – Merci

Et que dire de ces grappes d’assurés sociaux qui viennent réclamer un arrêt de travail parce que leur poil dans la main s’est transformé en baobab ?

Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous… Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d’onde, ou dans la même illusion. C’était mon impression aujourd’hui… Et ça fait du bien

– Je ne colle pas avec le décor. – On ne vous demande pas de vous accrocher au mur

La tristesse s’est installée au fond de lui sans lui demander son avis. Elle se sent chez elle. Il a beau essayer de se divertir, rien n’y fait, elle est là, tapie dans un coin, prête à resurgir au moindre relâchement. La fumée dans une maison qui se consume, vous ouvrez une porte et elle s’engouffre, s’immisce dans toutes les petites ouvertures, vient piquer les yeux et empêcher de respirer. Quels pompiers appeler pour ce genre d’incendie

Ben oui, morte ! Le contraire de vivante. Comme la nature d’un tableau de maître, dont on a coupé les fleurs, cueilli les fruits, et qui ne garderont leur couleur et leur beauté qu’au travers de la toile du peintre.

C’est un joli sentiment, la tendresse, tu devrais essayer

L’évidence n’a pas besoin de beaucoup de temps pour sauter aux yeux. C’est généralement instantané

La vie est légère comme une plume quand le souffle qui la porte est animé d’amour et de tendresse

En usant d’euphémismes, en ne disant pas les choses comme elles sont, ils s’imaginent qu’elles n’existeront pas tout à fait, que leur réalité s’en trouvera atténuée

il y a chez elle ce truc en plus qu’ont certaines personnes. L’incandescence. Cette chose qui réchauffe et fait vibrer à la fois

il vaut mieux avoir de bonnes raisons d’être heureux que de bonnes raisons d’être malheureux.

la poisse, c’est comme la bêtise humaine, elle est inépuisable

L’empathie, c’est tendre la main à celui qui est dans le trou, ce n’est pas sauter dedans pour l’aider à remonter.

Vous devriez vous méfier des profils, ça vous enferme dans une vision stéréotypée des gens. Vous feriez mieux de les regarder en face

Il se replonge dans sa lecture, préférant être happé par une histoire plutôt que de ressasser la sienne.

Au temps des sorcières, les larmes d’homme devaient être très recherchées. C’est rare comme la bave de crapaud

Il faut savoir pleurer quand c’est vraiment nécessaire. Pour un oignon, je ne vois pas trop la raison, à moins d’avoir une tendresse particulière pour ce légume et ne pas supporter de le couper en deux

Même s’il sait que ce n’est pas gagné, qu’il faudra encore du temps, la seule chose qui compte, c’est de remonter vers la surface. Quel que soit l’angle ou la vitesse d’ascension. La surface. Rien que de ressentir qu’elle existe encore lui met du baume au cœur.

Tu peux tendre la main à quelqu’un, mais tu ne peux pas le sortir du trou dans lequel il s’enfonce s’il ne prend pas la main que tu lui tends. À moins d’y tomber avec lui, ce qui ne résout pas les choses. On est à deux au fond du trou, mais on est quand même au fond du trou

« Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle. » Ce proverbe arabe, je l’applique depuis des années

Parce que la méchanceté est son oxygène quotidien.

La petite lampe du salon est faible, mais suffisante. Trop de lumière éblouirait les mots

Le désespoir et la tristesse n’ont jamais aidé personne à combattre les épreuves

– Si vous mettez la barre trop haut, aucun homme ne sera assez grand pour la franchir. Ils passeront tous en dessous. – Vous mesurez combien ?

Et vous verrez, il y a un moment où vous allez rire de bon cœur et où vous culpabiliserez de le faire. Quand on vit un grand malheur dans sa vie, on a l’impression que le regard des autres ne nous autorise pas à être joyeux, alors que tout au fond de soi, on sent que c’est cela qui permet de se maintenir en vie

C’est vrai, c’est ridicule, un homme qui se confie. C’est pour ça qu’ils ne le font pas. Les femmes ont juste compris que le ridicule ne tue pas. Et que parfois même, ça fait du bien. Pas d’être ridicule, de dire ce qu’on a sur le cœur. Les hommes en ont un aussi, non ?

Discret sourire sur des lèvres de femme. Celui d’un compliment qui la touche. Et du rose aux joues. Comme deux pétales qui seraient venus se poser là

Ses derniers petits morceaux d’espoir se détachent les uns après les autres, comme une banquise qui se morcelle et qui part fondre dans la mer devenue trop chaude

Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l’âme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait

Et puis quand on quitte le long fleuve tranquille de l’existence, on découvre des voies parallèles, certes plus difficiles à naviguer, mais plus intéressantes, plus riches que celles du flot commun qu’on emprunte par facilité

Deux heures qu’ils marchent, deux heures de silence, toujours, juste les montagnes qui parlent, des ruisseaux porte-parole et des bruissements de feuillage en émissaires

Ce qui compte, c’est d’avoir ouvert la serrure d’une porte souvent fermée à double tour.

Le soleil scintille sur cet épais manteau blanc, à la manière d’une interminable guirlande de Noël qui s’allumerait en plein jour. Et quand on enfonce les doigts dans la neige, il y a une minuscule couche de glace qui se brise à la surface, comme une immense crème brûlée

Ce n’est pas volontaire de la part des gens, mais pour beaucoup, vous incarnez la mort et la tristesse, et la mort fait peur. C’est humain, c’est normal. Vous ne pouvez compter que sur vous-même pour vous reconstruire. Ça ne vous empêche pas d’avoir des amis. Et ceux qui restent sont les bons.

Ce n’est pas de la faute des gens. Ils ne se fient qu’aux apparences. Il faut gratter pour voir ce qu’il y a au fond. Si vous jetez une grosse pierre dans une mare, elle va faire des remous à la surface. Des gros remous d’abord, qui vont gifler les rives, et puis des remous plus petits, qui vont finir par disparaître. Peu à peu, la surface redevient lisse et paisible. Mais la grosse pierre est quand même au fond.

La vie s’apparente à la mer. Il y a le bruit des vagues, quand elles s’abattent sur la plage, et puis le silence d’après, quand elles se retirent

Elle va. Des hauts et des bas. Des pas très hauts et des très bas, mais elle tient le coup

Le temps n’aide pas à oublier mais à s’habituer. Comme les yeux qui s’accoutument au noir.

On s’en sort parce qu’on n’a pas le choix

May, Peter – « L’île du serment » (2014)

Résumé : De mémoire d’homme, aucun meurtre n’a jamais eu lieu sur l’île d’Entrée, située dans l’archipel de La Madeleine, à l’est du Canada, et peuplée par une poignée de familles d’origine écossaise pour la plupart. Jusqu’à cette nuit de tourmente où James Cowell est poignardé à mort. Sa femme prétend qu’un assaillant s’en est pris à elle avant de tuer son mari, mais tous suspectent cette épouse d’un couple vacillant. Tous, sauf Sime Mackenzie. Seul anglophone parmi les enquêteurs envoyés sur place, il éprouve un choc en découvrant Kirsty Cowell. Le sentiment irréfutable de la connaître depuis toujours. Isolé dans une équipe où œuvre comme spécialiste des scènes de crime son ex-femme Marie-Ange, meurtri par l’échec de son mariage, rompu par l’insomnie, Sime sombre dans un état second où la réalité se mêle à des rêves étranges, faisant ressurgir l’histoire de son aïeul, expulsé de l’île de Lewis dans les années 1850, au moment de la Famine de la pomme de terre. Avec la certitude folle que le destin de Kirsty comme le sien se sont noués là, quelque cent cinquante ans plus tôt, dans un amour interdit qui n’a cessé de brûler ni de hanter. Le face-à-face entre le détective et la suspecte sur une falaise escarpée de l’île d’Entrée se superpose à l’image sépia d’une adolescente embrassée à l’ombre des pierres levées puis perdue sur un quai de Glasgow, dans le tumulte d’un navire qui déporte des milliers de misérables vers le Nouveau Monde.

Après son inoubliable trilogie de Lewis, Peter May nous ramène à son Écosse, magnifique et persécutée. De part et d’autre de l’Atlantique, les îles balayées par les vents sont le cadre d’un serment tragique. « Gus am bris an latha agus an teich na sgàilean. » Jusqu’à ce que le jour se lève et que les ombres s’enfuient.

Mon avis : Si vous avez aimé la trilogie écossaise, vous allez adorer ! Je l’ai commencé et je ne l’ai plus lâché. C’est un roman policier et une intrigue qui est intéressante qui nous fera voyager entre deux continents et deux époques … mais pas que… Une fois encore c’est une ode à l’Ecosse, à ses paysages. La nature en adéquation avec le caractère et la vie des hommes, la vie dans des régions reculées et un coup de projecteur sur une partie de l’histoire écossaise. Une partie très émouvante de l’histoire écossaise que l’auteur utilise comme fond historique dans un roman policier (Lowland Clearances : des milliers de paysans que l’on forcera a quitter leurs terres en incendiant leurs maisons et massacrant leurs familles avant de les faire embarquer de force dans des bateaux pour les amener dans le « Nouveau monde » ) . Un livre sur l’importance de vos racines. Qui êtes-vous, d’où venez- vous ? Quelle est la résonnance de votre passé dans votre vie… Et toujours le talent de l’auteur qui fait des descriptions qui me vont droit au cœur, qui me transportent en Ecosse…

Si vous voulez écouter l’auteur ( en anglais avec son délicieux accent) : http://www.ur-web.net/PeterMayMain/Otherwork.html#VideoEI

Extraits :

Quand le sommeil ne venait pas, le temps se mettait à ramper telle une tortue géante.

Le vent forcissait en provenance du sud-ouest, balayait le sommet des falaises et, sur son passage, couchait à terre tout ce qui avait le malheur d’y pousser. Le soleil, d’abord voilé par des nuages d’altitude, avait finalement été avalé par les nuées d’orage qui progressaient rapidement au-dessus de la masse gris ardoise de l’océan

La pluie tombait par salves et rafales. Ce n’était que l’avant-garde. Le gros du grain était visible au-dessus de l’océan, une brume sombre qui progressait dans leur direction.

Une vraie relation se fonde sur la confiance et la compréhension, le partage des petites choses. Des moments de joie et de rire. S’apercevoir que l’on vient d’avoir la même pensée ou que l’on s’apprêtait à dire quelque chose d’identique

je réalisais qu’il admirait son reflet dans la fenêtre pendant qu’il me parlait. Il était en représentation devant son public imaginaire. Posant pour des photographies que personne ne prenait

C’est comme… » Elle chercha ses mots, « comme si j’attendais quelque chose. Si je pars, je risque de le manquer. »

La mer, saisie de rage, se levait et se creusait, formant des masses écumantes d’eau grise semblables à du plomb en fusion.

Combien de souvenirs malheureux de leur mariage promis à l’échec imprégnaient-ils cette maison, ayant pénétré son âme, comme les veines dans le bois

Une vieille maison en bois construite au début du XXe siècle, plongée dans l’ombre de trois arbres immenses qui la surplombaient, comme une menace.

Lorsque j’étais très jeune, il me semble que je savais beaucoup de choses sans vraiment me souvenir comment ni où je les avais apprises

À huit ans, mon univers était minuscule face à l’immensité du monde. Toutefois, il remplissait ma vie. Il représentait tout ce que je connaissais

Je ne sais pourquoi, parce qu’aucun signe extérieur ne le laissait penser, mais je sentis de la panique flotter dans la pièce. Une panique silencieuse mais palpable, quand bien même on ne peut l’entendre ou la voir

Ses cheveux libres flottaient derrière elle comme un drapeau noir en lambeaux, s’enroulant et se déroulant dans le vent

Mais les mensonges peuvent être contagieux.  Comme les germes.  Une fois qu’ils sont lâchés,  les gens sont infectés.

Et ceux qui éprouvent de la culpabilité se sentent toujours mis en accusation, même par les plus innocentes questions

Il n’y avait aucun pot de crème ou de maquillage sur la commode, pas de peigne ou de brosse avec quelques cheveux pris dedans. Seulement des surfaces brillantes, sans un grain de poussière. La chambre était aussi stérile, semblait-il, que la relation qu’elle avait abritée

Il s’agissait de son espace personnel et, chaque surface encombrée, chaque étagère bondée parlait d’elle. Un mur entier était consacré aux livres

Les gens disent toutes sortes de choses. Et cette île est comme une serre, monsieur Mackenzie. Plantez-y une graine de vérité et, très rapidement, vous obtiendrez des mensonges à profusion.

Peu importe qui vous êtes, ou d’où vous venez, vous pouvez devenir qui vous voulez. Si vous le désirez suffisamment

« Nuit après nuit, après nuit. À fixer un putain de plafond en comptant ses battements de cœur. Les secondes qui deviennent des minutes, qui deviennent des heures. Et plus tu essaies de dormir, plus c’est difficile. Quand le matin arrive, tu es encore plus épuisé que la veille et tu te demandes comment tu vas tenir un jour de plus. »

Je ne sens pas le froid. Il n’est rien comparé à celui qui m’habite. Je fixe les nuages blancs et moutonneux qui filent en avant-garde de la tempête et des vagues d’émotion glacée s’abattent sur moi.

La mort passe, mais la lutte pour la survie continue

Il déroulait sa vie sur les derniers mois en une boucle sans fin, s’arrêtant pour la première fois sur tous les petits détails qui lui avaient échappé. Les signes révélateurs qu’il avait ignorés, consciemment ou pas

Je vois des matraques se lever et s’abattre juste devant mes yeux, comme les navettes qui vont et viennent au milieu de la trame sur un métier à tisser

Il désespérait de dormir. Pas pour se reposer, mais pour s’évader. Être quelqu’un d’autre, à un autre endroit, une autre époque

Il se retrouva noyé dans un silence assourdissant

Un soleil doux perça le ciel d’automne, transformant chaque arbre en vitrail naturel. Les dorés et les jaunes, les orange et les rouges des feuilles d’automne éclataient, vifs et lumineux, sublimés par les rayons du soleil qui transformaient la forêt en une cathédrale de couleurs

La forêt s’étalait devant lui à perte de vue dans toute sa splendeur bariolée comme un océan à la houle paisible

Qu’était-il arrivé à la joie, se demanda-t-il. S’évaporait-elle au soleil comme la pluie sur le bitume mouillé ? Était-ce autre chose qu’un moment passager qui n’existait que dans notre mémoire ? Ou un état d’esprit qui changeait comme le temps qu’il fait

Ça veut dire Jusqu’à ce que le jour se lève et que les ombres s’enfuient. C’est courant sur les tombes de ceux venant des Hébrides

La tempête était terminée et un soleil d’automne délavé jouait derrière les cumulus dorés qui moussaient dans le ciel et dessinaient des taches semblables à du métal précieux à la surface de l’océan qui peu à peu retrouvait son calme après la fureur de la veille

L’occasion pour lui de s’évader d’une vie qu’il avait jusque-là traversée comme un étranger

 

voir aussi :  May, Peter : article relatif à :  la trilogie écossaise

Salvayre, Lydie – Pas pleurer (08.2014)

Résumé : Deux voix entrelacées. Celle, révoltée, de Georges Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les nationaux avec la bénédiction de l’Église catholique contre les « mauvais pauvres ». Son pamphlet, Les Grands Cimetières sous la lune, fera bientôt scandale. Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui, soixante-quinze ans après les événements, a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours radieux de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, jours que l’adolescente qu’elle était vécut avec candeur et allégresse dans son village de haute Catalogne. Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent, comme enchantées par l’art romanesque de Lydie Salvayre, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, portées par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

Analyse et  avis (étayé par l’écoute d’une interview de l’auteure) :

Lydie Salveyre, 66 ans, se souvient qu’elle est fille d’un couple de réfugiées espagnols contraints à l’exil. Elle est médecin psychiatre.

Elle nous propose ici un récit familial, entre le romanesque et le cocasse, sur fond de guerre d’Espagne. C’est un hommage à sa mère. Dans ce récit des voix se croisent. Sa mère « Montse » est réfugiée dans le Sud de la France. Elle nous raconte les années 36-37. En parallèle, le récit de l’écrivain français de droite, Georges Bernanos qui séjourne en Espagne en 36 et qui est effaré par les massacres et le rôle de l’Eglise. (« Les grands cimetières sous la lune »). Lydie Salveyre mêle l’humour aux événements les plus tragiques : par le style de son écriture, par le récit de sa mère, dans un français bien à elle. Comme le dit l’auteur, sa mère raconte l’année de ses 15 ans en Espagne en « fragnol ». Elle mélange les deux langues, combine les expressions idiomatiques « tombée à pic nommé », réinvente une langue orale. La façon de s’exprimer fait sourire mais sous le sourire, le tragique de la situation est très présent.

Sa mère, nonagénaire, se souvient de l’été 36 et ce qui est bouleversant est que c’est le seul souvenir qu’il lui reste. Pour elle ce fut un temps ou tout lui semblait possible..

Le roman est un roman mais aussi un livre « politique » tant par le sujet traité que par l’importance donnée à la langue ; la langue de sa mère nous étant restituée par L.S. Montse arrive en France en février 39. Elle ne parle pas un mot de français. Elle va créer son propre langage, avec moultes barbarismes. Comme tous les enfants d’immigrés qui veulent s’intégrer, L.S. aura honte de cette langue maltraitée qui est pour elle le signe de la non appartenance à la société, raison pour laquelle l’auteur fera tout pour parler mieux le français que les personnes dont c’est la langue maternelle. Dans ce roman, L.S. rend hommage au langage de sa mère ; elle retranscrit son fragnol, fait ainsi revivre par ses mots sa mère, son charabia poétique, drôle, inventif. Elle rend justice à sa mère qui a pris la liberté de se créer sa propre langue pour se rendre libre et vivante. Elle nous parle aussi de la souffrance de sa mère de ne pas parler un bon français et de se sentir exclue du monde (comme elle ne se sentait pas intégrée dans la famille de son mari du fait de sa différence de classe sociale) La langue de sa mère est une langue à elle. Ce n’est pas un mal dire ou un bien dire (référence à Céline) ; c’est un bien dire de l’esprit. Ce livre pose la question de l’intégration. La langue est-elle menacée ou vivifiée par les mots étrangers ? Cet apport, ce vent d’ailleurs, n’est-il pas nécessaire pour que la langue ne reste pas figée ? Ce français « encombré » est émouvant, il apporte la liberté et la façon de l’intégrer au récit transforme le « mal parlé » (raciste) en poésie. Le simple fait de raconter et de se battre avec la langue dénote le courage de la mère, qui sort de sa condition d’immigrée, se risque dans la langue, va à la rencontre du français. Elle va s’approprier des mots et des expressions qui lui plaisent, les arranger à sa sauce et c’est magnifique. D’ailleurs par moment la langue prend le dessus sur le récit et certains morceaux du texte pourraient être assimilés à une littérature de l’immigration ce qui est très peu fréquent en France. Le père lui, comme bon nombre d’immigrés, parlera toujours espagnol et restera habitant dans l’ile espagnole que l’on pourrait nommer « l’Espagne en France » et qui est l’une des caractéristiques de la non insertion. Pour en revenir à la langue « mixte », l’auteur fait référence à la littérature de Patrick Chamoiseau et l’intégration du créole dans la francophonie. Le poids politique de la langue dans l’intégration est bien présent ; la langue «dominante du pays » écarte de facto tous ceux qui ne la maitrisent pas. Il faut un sacré courage pour oser s’aventurer dans la langue, se l’approprier, la faire sienne, comme l’explorateur solitaire qui s’aventure en territoire étranger.

Hommage à sa mère donc et aussi à Bernanos et à son témoignage, Bernanos qui disait que le grand péril était que les gens soient instrumentalisés par la peur (rien n’a changé…)

Les souvenirs de sa mère sont déclenchés dans le livre par une scène vue au téléjournal ou Sarkozy apostrophe un syndicaliste. Cela fait ressurgir son passé… Le syndicaliste pauvre qui ne se soumet pas au système qui le détruit et le maltraite et qui soudain se révolte. A 15 ans, sa mère va soudain découvrir la liberté, l’amour aussi et vivre une révolution à la fois intime que collective.

Le 20 janvier 1939, Sa mère quitte son village, à pied ; c’est la fuite en direction de la France (la « retirada ») ; l’auteur évoque mais ne s’éternise pas sur cet exil forcé, ce voyage dramatique vers un nouvel univers. Elle ne decrit pas le camp d’Argelès-sur-mer, pas plus qu’elle se s’étend sur le camp d’internement de Mauzac. On voit dans la guerre d’Espagne la montée des nationalismes, du fanatisme religieux, la faiblesse de l’Europe ; d’ailleurs les Franquistes étaient les « nacionales », et ils défendaient le culte de la xénophobie, la défense de la nation pure de tout étranger, la défiance envers tout ce qui est différent.

Le titre « Pas pleurer » a été choisi par l’auteur par respect pour l’état d’esprit de sa mère. Toujours aller de l’avant, serrer les dents, prendre la vie à bras le corps, ne pas se complaire dans le malheur, pas de pathos.

Dans ce récit, le coté noir de Bernanos s’oppose au côté solaire de Montse ; et ces deux voix sont comme un pont jeté entre la terre de naissance et la terre d’accueil.

Mon avis : Un livre magnifique, qui prend aux tripes, qui m’a fait monter les larmes aux yeux plus d’une fois alors que je souriais . Peut-être me touche-t-il davantage du fait de mon origine espagnole ? Je ne sais pas.. A l’heure où je poste cet avis, le livre est en lice pour le Goncourt et le Renaudot (dans la deuxième sélection dans les deux cas ) … J’espère qu’il sera couronné.

 Extraits :

Plus doucement pour l’amour du ciel, implore ma mère qui est une femme très éclipsée

La guerre, ma chérie, est tombée à pic nommé.

On me dit qu’elle avançait comme un bateau, très droite et souple comme une

Elle souffre de troubles de la mémoire, et tous les événements qu’elle a vécus entre la guerre et aujourd’hui, elle en a oublié à tout jamais la trace. Mais elle garde absolument intacts les souvenirs de cet été 36 où eut lieu l’inimaginable, cet été 36 pendant lequel, dit-elle, elle découvrit la vie, et qui fut sans aucun doute l’unique aventure de son existence

Ce soir, je l’écoute encore remuer les cendres de sa jeunesse perdue

Il découvre alors des mots si neufs et si audacieux qu’ils transportent son âme de jeune homme. Des mots immenses, des mots ronflants, des mots brûlants, des mots sublimes, les mots d’un monde qui commence : révolution, liberté, fraternité, communautés, ces mots qui, accentués en espagnol sur la dernière syllabe, vous envoient immédiatement leur poing dans la figure

Montse sourit, et tout son être acquiesce secrètement aux mots que José sait mettre sur des choses muettes et qui lui ouvrent un monde inconnu et vaste comme une ville

DESPOTIQUE est un terme que José a ramené de Lérima (avec toute une collection de mots en -ique et en -on), pour lequel il a une nette prédilection.

Il faut que tu comprends qu’à cette époque-là, me dit ma mère, les racontages remplacent la télévision et que les villageois, dans leur appétit romantique de disgrâces et de drames, y trouvent matière à rêves et à inflammations.

L’Histoire ma chérie est faite de ces enfrontements, les plus cruels de tous et les plus infelices, et aucun des pères du village n’en est prémunisé, pas plus le père de Diego que celui de José, la justice immanente n’obédissant pas aux décrets de la justice des hommes (dit ma mère dans un français sophistiqué autant qu’énigmatique)

Il s’est figuré, je suis le roi des cons !, qu’être était plus qu’avoir

Elle qui s’était tant évertuée, depuis son arrivée en France, à corriger son accent espagnol, à parler un langage châtié et à soigner sa mise pour être toujours plus conforme à ce qu’elle pensait être le modèle français (se signalant par là même, dans sa trop stricte conformité, comme une étrangère), elle envoie valser dans ses vieux jours les petites conventions, langagières et autres

Schopenhauer déclara en son temps que la vérole et le nationalisme étaient les deux maux de son siècle, et que si l’on avait depuis longtemps guéri du premier, le deuxième restait incurable.

Que la vie a du goût ! Elle entend, pour la première fois de sa vie, des langues étrangères, c’est un plaisir de l’âme.

On peut donc tuer des hommes sans que leur mort occasionne le moindre sursaut de conscience, la moindre révolte ? On peut donc tuer des hommes comme on le fait des rats ? Sans en éprouver le moindre remords ? Et s’en flatter ? Mais dans quel égarement, dans quel délire faut-il avoir sombré pour qu’une « juste cause » autorise de telles horreurs ?

Le coup d’État franquiste mit ainsi debout un peuple qui ignorait sa propre force.

C’est un Français, ma chérie. Il récite des versos qui hablent de la mer. Il est beau comme un dieu

Elles rêvent de l’amour. Elles l’invoquent, elles l’appellent dans un tremblant espoir et toutes sortes d’exclamations. Du reste, elles sont amoureuses. Seul leur manque l’objet sur lequel fixer cet amour

Mais parce que, précisément, José est paysan, c’est-à-dire rompu à vaincre par le soc la terre aride, il sait bien que l’esprit ne vainc pas la matière, surtout si celle-ci prend la forme d’un fusil-mitrailleur MG34, il sait bien qu’on ne peut pas lutter avec trois pierres et un idéal fût-il sublime contre une armée surentraînée et pourvue de canons, panzers, bombardiers, chars d’assaut, pièces d’artillerie et autres engins hautement qualifiés dans la liquidation d’autrui

José ne peut plus fermer les yeux devant la vérité qu’il a tenue soigneusement écartée de son esprit et qui, soudain, gesticule, vocifère, et violemment l’apostrophe

Un régime de Terreur, écrit-il, est « un régime où le pouvoir juge licite et normal non seulement d’aggraver démesurément le caractère de certains délits dans le but de faire tomber les délinquants sous le coup de la loi martiale (le geste du poing fermé puni de mort), mais encore d’exterminer préventivement les individus dangereux, c’est-à-dire suspects de le devenir. »

L’un incarnait la poésie du cœur, l’autre la prose du réel, dis-je, poussée par mon goût immodéré des citations. Algo así, dit ma mère.

Rien de plus têtu, rien de plus tenace que l’espoir, surtout s’il est infondé, l’espoir est un chiendent.

si son idée de la révolution s’était entachée d’une ombre dont la surface ne cessait de s’épandre (moi : réduite à une peau de chagrin, ma mère : que cette expression est belle !), quelque chose en lui, de son rêve passé, refusait de mourir.

Montse l’aima dès la première seconde, entièrement, et pour toujours (pour les ignorants, cela s’appelle l’amour).

Il lui redit des mots qu’elle ne comprit pas, ou plutôt qu’elle comprit mais autrement que par leur sens (pour les ignorants, cela s’appelle la poésie).

Les jours passèrent, les règles ne venaient pas, et Montse dut admettre qu’elle était bel et bien embarazada, en espagnol le mot est plus parlant,

langage carré qui l’angoissait, elle n’aurait su dire pourquoi, un langage où les mots efficacité et organisation sortaient de sa bouche comme d’un pistolet

un homme dont elle savait qu’il lui était destiné et qu’elle aimait d’un amour égal au chagrin qui la dévastait.

Espérance morte. Hormis en rêve

Dès lors, il s’isola dans une tour d’orgueil, refusa de se mêler aux jeux de ceux qui l’avaient mortifié, préférant rester seul lors des récréations que risquer d’être malmené par le groupe, car il avait appris dès sa plus tendre enfance, tendre n’est pas le mot, dès sa petite enfance, à offrir le moins de prises possible aux chagrins et aux humiliations.

tout en eux reflétait la modestie de leur condition et l’héritage d’une pauvreté transmise intacte depuis des siècles.

elle demeurait des heures perdue dans ses pensées, si l’on peut appeler pensées ces idées floues qui vous traversent l’esprit comme des courants d’air, ces images fugitives, ces lambeaux épars, ces bribes qui ne laissent nulle trace.

Un jour que ma mère et moi regardions à la télévision Nadal jouer contre Federer et tirer convulsivement sur son short, ma mère se mit à inventorier en riant toutes les bizarreries de Diego, ses marottes tenaces, ses tics torturants, ses lubies étranges, et au premier rang de ses lubies, sa lubie de la propreté, une lubie en tous points DESPOTIQUE, qui l’amenait à se désinfecter les mains vingt-cinq fois par jour, à glisser un doigt maniaque sur son bureau pour y traquer la moindre poussière, à changer de chemise chaque matin, ce qui à l’époque relevait du trouble mental, et à se laver les pieds chaque soir que Dieu fait, le règlement d’alors stipulant un lavage hebdomadaire, voire mensuel, l’aversion devant les éléments aqueux étant regardée comme un signe indéniable de virilité, un hombre verdadero tiene los pies que huelen.

Il y a quelque chose, disait-il, de mille fois pire que la férocité des brutes, c’est la férocité des lâches.

Et il écrivit ceci : « Je ne me lasserai pas de répéter que nous pourrons entreprendre un jour ou l’autre l’épuration des Français sur le modèle de l’épuration espagnole, bénie par l’épiscopat…

cet été radieux que j’ai mis en sûreté dans ces lignes puisque les livres sont faits, aussi, pour cela. L’été radieux de ma mère, l’année lugubre de Bernanos dont le souvenir resta planté dans sa mémoire comme un couteau à ouvrir les yeux : deux scènes d’une même histoire, deux expériences, deux visions qui depuis quelques mois sont entrées dans mes nuits et mes jours, où, lentement, elles infusent.

De tous ses souvenirs, ma mère aura donc conservé le plus beau, vif comme une blessure. Tous les autres (à quelques exceptions, parmi lesquelles je compte ma naissance), effacés. Tout le pesant fardeau des souvenirs, effacé.

Qiu, Xiaolong «Les enquêtes de l’inspecteur Chen»

Auteur : L’amour de Qiu Xiaolong pour la littérature anglaise et la poésie lui vient à l’adolescence, lorsqu’une bronchite le cloue au lit. Son père, professeur, est victime des Gardes Rouges durant la Révolution culturelle des années 1960. En 1988, une bourse de la Ford Foundation permet à Qiu Xiaolong de partir aux Etats-Unis pour y poursuivre des études à la Washington University de St-Louis, dans le Missouri, et, suite aux répressions de la Place Tiananmen en 1989, il décide de s’installer définitivement aux Etats-Unis. En 1996, il obtient son doctorat en anglais avec une thèse sur T. S. Eliot. Ses livres, écrits en anglais, dont le personnage principal récurrent est l’inspecteur Chen Cao, cadre du Parti et membre de l’Union des écrivains, au-delà du roman policier, dépeignent la Chine des années 1990, les mutations socio-économiques de sa population urbaine et les bouleversements de la Chine moderne. . Qiu Xiaolong enseigne par ailleurs la littérature à la Washington University de St-Louis.

Série : « Les enquêtes de l’inspecteur Chen »

01.Mort d’une héroïne rouge :

Shanghai 1990. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans un canal par deux jeunes pêcheurs. Pour l’ambitieux camarade inspecteur principal Chen et son adjoint l’inspecteur Yu, l’enquête va rapidement se compliquer lorsqu’ils découvrent de la morte. Il s’agit de Hongying, Travailleuse Modèle de la Nation. Une fille apparemment parfaite et solitaire qui a pourtant été violée et étranglée. Qui se cache derrière ce masque de perfection et pourquoi a-t-on assassiné la jeune communiste exemplaire ? Chen et Yu vont l’apprendre à leurs dépens, car à Shanghai, on peut être camarade respecté tout en dissimulant des mœurs… déroutantes. Un fascinant polar du côté de l’Empire Céleste, mené avec humour, poésie, gourmandise et un sens très particulier de la morale.

Mon avis : L’affaire est extrêmement sensible. La brigade des affaires spéciales va tenter de résoudre l’affaire.. Mais est-ce une affaire de crime crapuleux ou une affaire politique? Il va falloir faire très attention à ne pas commettre de fautes « politiques »… Le contexte nous permet d’en apprendre davantage sur le pouvoir, sur la police, sur la mentalité qui règne au sein de la police et du parti. Une belle documentation sur la Chine d’aujourd’hui

02.Visa pour Shanghai

Il y a ceux qui veulent rejoindre les États-Unis coûte que coûte, parfois même au prix de leur vie. Et ceux qui veulent parcourir le chemin inverse pour démanteler les réseaux, qui jettent sur les côtes des cargos chargés d’hommes. Mais il ne suffit pas d’aller à Shanghaï pour contrer les puissantes triades. Car la donne est embrouillée, comme le sont les relations internationales. Washington doit ramener la femme d’un passeur chinois, condition exigée par ce dernier pour qu’il témoigne dans un procès contre l’immigration clandestine. Pékin veut sauver la face et le camarade inspecteur Chen, appelé à l’aide par le Parti, doit servir d’interprète et de guide a Catherine Rohn, l’inspectrice américaine envoyée sur place. Mais voilà, la femme du passeur disparaît, et Chen n’entend pas non plus lâcher une affaire en cours pour les beaux yeux du FBI…

Mon avis : 2ème enquête de Chen, qui fait équipe avec une américaine. Et avec eux on fait un petit tour dans le monde des triades, des règlements de comptes, des problèmes des naissances et de l’immigration. J’aime aussi ces livres émaillés de proverbes, de citations, de poèmes… Avec Chen, on apprend à connaitre les traditions chinoises, tout en suivant une enquête policière et en en apprenant davantage sur la Chine actuelle.

 

03.Encres de Chine

Une ex-garde rouge devenue dissidente est retrouvée assassinée.

Une enquête délicate à mener pour l’inspecteur- Chen et son adjoint Yu… Le gouvernement souhaite en effet étouffer l’affaire et fait pression sur la police pour qu’un coupable soit rapidement arrêté. Chercheraient-ils à faire croire que l’affaire n’a rien de politique, en dépit du lourd passé de la victime? Après Mort d’une héroïne rouge et Visa pour Shanghai, voici de nouveau nos deux enquêteurs plongés dans tes secrets de la Chine rouge.

« Pour le pays, les atrocités commises étaient une sorte de cadavre dans le placard. En connaître l’existence était une chose, mais le tirer du placard en était une autre.  »

Mon avis : Si la partie « documentaire » sur les écrivains dissidents chinois est très intéressante, j’ai trouvé l’enquête policière un peu light… mais ce fut toujours un plaisir de retrouver l’inspecteur Yu.

04. Le très corruptible mandarin

À Shanghai, le policier qui enquêtait sur Xing Xing, un puissant cadre du Parti suspecté de corruption, est retrouvé assassiné.

Difficile de s’opposer aux nouveaux « mandarins » de la Chine post-communiste… Le camarade inspecteur Chen, poète et idéaliste, se plonge dans les méandres d’un système de passe-droits tentaculaire, remontant les filières des magnats rouges jusqu’au pays de l’Oncle Sam…

Mon avis : Magnifique! Suspense, interêt du contexte, tout y est ; avec le premier, c’est de loin le plus passionnant! J’ai adoré. Avec le premier, c’est de loin le plus passionnant! J’ai adoré.

05 : De Soie et de Sang

Impossible d’étouffer l’affaire : la deuxième victime a été trouvée ce matin, en plein centre-ville. Même mise en scène que pour la première : robe de soie rouge rouge, pieds nus, jupe relevée, pas de sous-vêtement. Le tueur signe son oeuvre avec audace et la presse s’en régale. C’est ce qui inquiète l’inspecteur Cao : pour s’exposer si dangereusement, le coupable doit avoir un plan diabolique…

Mon avis : Encore une enquête bouclée par Chen. Plus psychologique que les précédents, c’est de loin mon préféré. On suit notre Inspecteur en se demandant ou il va… et tout se met en place. Et Chen fait preuve d’humanité… Mais on ne peut pas dire que la chasse au serial killer soit menée sur un rythme trépidant… tout en finesse… Oedipe à Shanghai.. voilà du nouveau…  

06 : La dansense de Mao

L’enquête qui attend l’inspecteur principal Chen sera certainement la plus délicate de sa carrière. Elle a pour objet… le Président Mao. Ou plutôt la petite fille de sa « partenaire de danse » à Shanghai, une ancienne actrice. La jeune fille est soupçonnée d’être en possession d’un mystérieux « souvenir » du grand Timonier. L’image du leader étant déjà assez écornée par les mémoires de son médecin et autres biographies non autorisées, le secrétaire du Parti Li veut absolument étouffer l’affaire. L’inspecteur Chen, chargé de l’enquête, infiltre les réseaux des nostalgiques des années 30 et prend tous les risques, allant même jusqu’à fouiller l’ancienne chambre de Mao dans la Cité Interdite…

Dans ce qui est probablement son roman le plus documenté, Qiu Xiaolong se confronte directement à la figure de Mao, dont l’ombre planait sur ses livres précédents.

Mon avis : toujours aussi fan de l’inspecteur Chen.

07: Les courants fourbes du lac Tai (2010)

Éteindre son téléphone portable. Flâner en touriste. Voilà à quoi rêve l’inspecteur principal Chen. La semaine de vacances que lui offre le Parti dans une luxueuse résidence au bord du lac Tai arrive à point nommé. Mais ce décor de rêve cache une triste réalité. Les eaux du lac, autrefois renommées pour leur pureté, sont désormais recouvertes d’une algue fétide car les usines de la région y déversent leurs déchets toxiques. Et lorsque le directeur de la plus importante d’entre elles est assassiné, tous les regards se tournent vers les leaders de la cause écologique – une problématique toute neuve dans la Chine d’après Mao où la pollution tue chaque année des centaines de milliers de personnes.

Mon avis : Il faut le lire ! il est génial ! On le prend et on ne le lâche plus ! Les aventures de Chen sont toujours aussi savoureuses, et encore et toujours on découvre la société chinoise.

08 : Cyber China 

L’inspecteur Chen enquête sur le décès du directeur du bureau du développement immobilier de Shangai. Peu de temps avant, une photo de lui en possession d’un paquet de cigarettes de luxe, emblème de l’argent facile, avait enflammé la toile. Lianping, une jeune journaliste, aide Chen dans sa mission. Harmonie et probité : à en croire les médias officiels, le modèle chinois est une réussite. Mais sur Internet, la colère des cyber-citoyens se déchaîne. Zhou, un cadre de la municipalité de Shanghai, est la cible rêvée de cette chasse à la corruption d’un nouveau genre. Une photo de lui en possession d’un paquet de cigarettes de luxe, emblème des Gros-Sous sans scrupules, enflamme la toile. Deux semaines plus tard, on le retrouve pendu. Suicide ? Assassinat ? Sous l’oeil vigilant des dignitaires du Parti inquiets du formidable mouvement qui agite le réseau, l’inspecteur principal Chen, aidé d’une jeune journaliste, plonge dans l’univers des blogs clandestins. Là où la censure rouge se casse les dents. Cette huitième enquête du célèbre policier-poète pointe l’exaspération d’une population déterminée à retrouver sa liberté de parole face aux dérives d’un système clanique.

Mon avis : C’est un plaisir de retrouver Chen pour la 8ème fois. Toujours tiraillé entre police et poésie, toujours flanqué de sa Maman et de ses amis qui rêvent de le voir marié, toujours en compagnie de jolies femmes mais toujours pas en train de franchir le pas… Chen grimpe dans l’organigramme du pouvoir, mais il dérange beaucoup aussi. Autour de lui des morts suspectes. Chen enquête. Il ne laisse pas tomber, il va farfouiller là où il ne devrait sans doute pas. Heureusement il a des amis qui lui veulent du bien. Une fois encore un suspense, une enquêté sans violence, qui avance sans précipitation. Avec Chen on a le temps de penser, de réfléchir, de vivre, de gouter aux plaisirs de la littérature, de la bonne chair et des promenades. On avance dans l’enquête mais on découvre aussi la vie en Chine, sans concessions. J’en redemande !

 09 Dragon bleu, tigre blanc (03.2014)

Stupeur à la brigade des affaires spéciales de la police de Shanghai. Sous couvert d’une promotion ronflante, l’inspecteur Chen est démis de ses fonctions. Après tant d’enquêtes menées contre les intérêts du pouvoir, pas étonnant qu’on veuille sa peau. Forcé d’agir à distance, inquiet pour sa vie, Chen affronte l’affaire la plus délicate de sa carrière tandis qu’à la tête de la ville, un ambitieux prince rouge et son épouse incarnent le renouveau communiste. Alors que dans les rues résonnent les vieux chants révolutionnaires, ambition et corruption se déclinent plus que jamais au présent. Avec une amère lucidité, Qiu Xiaolong réinterprète à sa manière le scandale Bo Xilai qui secoua la Chine en 2013.

 Mon avis : S’il fallait résumer l’intrigue, une phrase prononcée par Chen suffirait : « Le système n’a pas de place pour un flic qui place la justice au-dessus des intérêts du Parti. C’est déjà un miracle que j’aie survécu si longtemps. »

Depuis quelques années, grâce à internet, de nombreuses affaires de corruption qui se passent en Chine sont dévoilées. Ce livre met l’accent sur l’importance d’Internet et le rôle des hackers pour dénoncer les dessous sordides du pouvoir ; il est inspiré du scandale Bo Xilai qui a secoué la Chine en 2012. L’ambiance de tout le livre est angoissante, car on ressent la surveillance omniprésente du « parti », la traque des citoyens, la peur d’être éliminé… Et on a la même impression que la survie des citoyens passera par l’ouverture au monde via Internet…

La fuite de Chen nous permet de nous promener dans la ville de Suzhou, réputée pour a gastronomie, sa beauté, son lien avec la musique et l’opéra. Plus que jamais Chen se réfugie dans la poésie au moment où il craint pour sa vie. C’est un atout d’avoir lu les livres précédents car l’action des personnages secondaires est très importante

 Extraits :

« Les prix s’envolent, comme un cerf-volant au fil rompu »

« Il songea à des vers de Liu Yong, un poète décadent de la dynastie des song, au XIème siècle. Je crains que les beaux paysages soient tous partis à ta suite. Ma solitude à qui la confier ? »

« Les néons semblaient estampiller la ville telle une série de timbres sur une enveloppe noire. »

« Comme dit le vieux proverbe, aucun bateau ne navigue en eau calme toute l’année »

10 «Il était une fois l’inspecteur Chen» (10/2016)

Résumé : Chen Cao a grandi au temps des dénonciations de masse et des excuses publiques: «Honte aux intellectuels bourgeois!», «Je suis pourri du coeur aux orteils, je mérite des milliers de morts!» Il a vu son père accusé, sa famille humiliée. Des années plus tard, lorsque l’État lui assigne un poste subalterne dans un commissariat de la ville, un drame fait écho à ce passé de fils de «monstre noir». Fu, un commerçant de la Cité de la Poussière Rouge, spolié sous Mao puis réhabilité et grassement indemnisé, est retrouvé assassiné… Une affaire qui marquera les premiers pas sur le terrain d’un poète de cœur devenu flic par hasard.

Mon avis et extraits: (voir article sur le blog)

Autres :

La bonne fortune de Monsieur Ma, Liana Levi (2010) – Doctor Zhivago (nouvelle)

Résumé : «C’est une invention bien connue de conspirer contre le Parti avec des romans», a dit le président Mao. Un précepte que méditent les habitants de la cité lorsque monsieur Ma, le libraire, est arrêté un soir de l’hiver 1962. Son crime? Posséder dans ses rayons un roman étranger à propos d’un certain docteur russe. Sa peine? Trente ans d’emprisonnement pour «activités contre-révolutionnaires». Vingt ans plus tard, Ma est libéré. La Révolution culturelle est loin, Mao est mort, les autorités encouragent l’initiative privée. Que pourrait faire le vieux Ma après tant d’années de prison? Contre toute attente, son nouveau commerce est un succès. Une reconversion à mille lieues de la littérature. Quoique…

Mon avis : petit nouvelle de la vie quotidienne, de la vie de quartier.. Un libraire est arrêté, mis en prison. Pourquoi ? Vingt ans passent… A sa libération, il décide non plus d’ouvrir une librairie mais une herboristerie.. Pourquoi ? Sous forme d’anecdote ( ou presque) l’auteur soulève le voile sur une pratique qui avait court en Chine … et dévoile en partie les dessous de la politique…

Extraits :

« Comme le président Mao l’a dit récemment, c’est une invention bien connue de conspirer contre le Parti avec des romans. »

« Une beauté sort des livres, et un trésor apparaît »

« Dans un poème de la dynastie des Tang, une feuille tombée dans une flaque après la pluie symbolisait la solitude d’une femme abandonnée »

 

Des nouvelles de la Poussière rouge

Résumé: À l’entrée de la vieille cité de la Poussière Rouge, un tableau noir égrène les progrès du pays selon la rhétorique communiste. Mais un peu plus loin, dans la cour où les habitants conversent les soirs d’été, les anecdotes qu’ils échangent sont plus nuancées. Embrassant le dernier demi-siècle, ces histoires racontent les désillusions des jeunes «sœurs de province» venues tenter leur chance à Shanghai, les malheurs de serviteurs zélés du régime, ou encore les dégâts du socialisme de marché… Ces parcours de citoyens ordinaires forment la matière de récits poétiques et cocasses, à lire comme autant de courtes et ironiques leçons d’histoire sur la Chine.

Mon avis et extraits : pas encore lu

Cité de la Poussière Rouge

Résumé: Shanghai, cité de la Poussière Rouge. Dans cet ensemble de maisons traditionnelles, les habitants aiment se réunir dans l’une des allées pour leur «conversation du soir». De la prise de pouvoir du Parti communiste en 1949 jusqu’à la période actuelle du « socialisme à la chinoise », en passant par la Révolution culturelle, chacun tisse son récit. Travail, précarité, ambition et amour se déclinent selon la grammaire socialiste, car rien n’échappe à l’idéologie. Avec ces nouvelles, Qiu Xiaolong pose un regard pénétrant et lucide sur la Chine contemporaine. Certaines d’entre elles ont été publiées dans Le Monde durant l’été 2008.

Mon avis et extraits : pas encore lu