Costello Mary – Academy Street (2015)

Auteur : Originaire de Galway, Mary Costello vit à Dublin. Elle est l’auteur d’un recueil de nouvelles, The China Factory (2012), largement acclamé par la critique anglophone. Academy Street est son premier roman. Roman couronné par l’Irish Book of the Year Award 2014

Résumé : Tess a sept ans lorsque sa mère meurt de la tuberculose. Nous sommes en Irlande dans les années 40, dans le vaste domaine familial d’Easterfield. Avec cette perte, se creuse en l’enfant silencieuse une solitude fondamentale.

Tess a vingt ans lorsque des études d’infirmière la poussent à Dublin ; peu après, sa sœur Claire lui propose de venir tenter comme elle sa chance à New York. La vaste métropole et le tourbillon des années 60 emportent la timide jeune femme vers son destin.

Portrait lumineux d’une vie en marge, Academy Street balaie plus d’un demi-siècle avec l’ardeur et la délicatesse de son inoubliable anti-héroïne. Sous la sobriété de la phrase, derrière la discrétion de Tess se cachent une force prodigieuse et une existence d’une beauté rare, menée à distance du bruit et de la fureur, suspendue entre la terre natale et le pays d’adoption, guidée par la puissante lame de fond des émotions.

« Avec une dévotion extraordinaire, Mary Costello donne vie à une femme qui, sans elle, se serait fondue dans la masse des fragiles et des humbles. » J. M. Coetzee

« Mary Costello a créé l’un des personnages les plus remarquables de la littérature contemporaine. Ce livre est une merveille. » Ron Rash

Mon avis (étayé par une interview de la romancière) : Si vous cherchez de l’action, ce livre n’est pas pour vous. Mais si vous cherchez une pépite sur la solitude, sur l’intérieur de l’âme, le besoin viscéral d’être aimé et de faire un avec l’autre, alors vous aimerez. Tess est un être comme il y en a dans la littérature britannique du XVIIIème, transposée au XXIème siècle. Tess est une romantique « à l’ancienne » ; le fait d’être une enfant qui a grandi sans mère en fait un être désarmé et démuni. Le lien vers le passé qui s’efface, les souvenirs qui s’enfuient et la peur d’être effacée… Le passé est dans la mémoire… et la mémoire s’efface… Tess est une jeune femme effacée et insignifiante, à la fois sombre et lumineuse. Le contexte de départ, la ferme irlandaise, les enfants orphelins de mère jeune, le départ vers les Etats Unis sont puisés dans l’histoire familiale (sa mère). Ce qui est difficile pour Tess est la nature même de son personnage : introvertie, pieuse, tranquille, sensible, sensible au monde ; elle puise son énergie au-dedans d’elle et des êtres et pas dans le superficiel. Elle recherche le sublime, le divin, le « paradis sur terre », elle le trouvera dans ses lectures. L’énergie vient de l’intérieur et la solitude l’enrichit. A la mort de sa maman, l’enfant disparait, elle devient muette et perd ses mots ; et toute sa vie elle sera incapable de communiquer car sa vie intérieure est intense mais elle se sent incomprise et n’a donc pas besoin de parler. C’est une lutte pour elle d’être comprise. L’important n’est pas la parole mais les ondes qui passent entre les êtres. Dans les années 50, les femmes sont soumises et tout dans le caractère de Tess dépend de ces habitudes et de ce mode d’éducation ; elle pense que rien dans la vie n’est perdu car la vie intérieure est tout pour elle. Tess ne croit pas en elle et elle n’a pas un caractère à s’émanciper.

Elle vit dans la solitude depuis son enfance ; d’abord avec la mort de sa mère, puis en étant mère célibataire, ce qui la coupe de sa famille. En Irlande elle aurait dû abandonner son enfant ; son amour extrême pour son fils lui apportera la perfection de l’amour et sera le sens de sa vie. Pour elle, la vie est fusion mais cela fait fuir les autres. Tess est étrangère au monde dans lequel elle vit, aux gens qui gravitent autour d’elle. La vie extérieure n’a aucune prise sur elle : seule la vie intérieure compte pour elle, mis à part quelques amitiés et des livres.

Tess vit derrière un mur, elle est profonde mais barricadée derrière ses peurs et son silence. Elle est nourrie de ses mystères, de son intériorité. Elle est à l’écoute (dans son métier d’infirmière) et son réconfort est de comprendre par la lecture que d’autres personnes vivent intérieurement et que le succès n’est pas que ce que les gens voient. Tess vit avec ses souvenirs et sa richesse est intérieure. Elle n’est pas attirée par les richesses matérielles.

 

Extraits :

La grande grille en fer est ouverte, elle entre et s’enfonce dans l’obscurité. Les pommiers sont noirs, leurs branches basses et tordues font penser aux jupons des vieilles femmes

Le ciel est gris et bas, dehors tout est encore endormi

Soudain sa mère lui manque tellement. C’est comme une vague gigantesque qui la submerge.

Le silence s’est abattu sur la maison le jour de l’enterrement pour ne plus jamais repartir

Mais, quelques réponses plus tard, elle sait qu’ils ne l’entendent pas. Ses mots ne fonctionnent pas, les sons ne sortent pas de sa bouche pour se disperser dans l’air.

Récemment l’idée que tout ce qui l’entoure, tout ce qui compte et l’émeut – les arbres, les champs, les animaux – cultive sa propre vie, ses propres pensées, a enfoncé en elle ses racines. Si une chose est vivante, se dit-elle, elle a forcément des souvenirs. Chaque recoin de la maison doit être imprégné des traces de sa mère – les chambres, les couloirs et les paliers. L’empreinte de ses pieds sur le tapis

À l’instant même où ces pensées lui viennent elle sait qu’elle ne sera jamais capable de les mettre en mots.

Il n’y a guère que pendant la leçon d’anglais, lorsque le professeur récite du Wordsworth ou du John Donne, qu’elle oublie brièvement où elle se trouve, emportée par les sonorités et par les images vers des hameaux lointains, des rivières et des cathédrales qui se dressent à la rencontre du firmament. Dans ces moments-là elle a l’impression de tendre vers quelque chose, de se rapprocher d’un but qui reste hors de portée mais dont elle sait la justesse et la beauté

elle avise une annonce pour des cours de natation. Elle se voit, sillon solitaire, fendre une eau bleue à la surface lisse

Le mugissement des moteurs s’atténua, l’appareil se stabilisa et, au bout d’un moment, elle ouvrit les yeux. Ils avaient atteint la partie supérieure de la Terre. Ouvert une percée dans le bleu. Une lumière aveuglante. Glorieuse. Aussitôt toutes ses pensées se turent et il ne resta plus que cela : une fulgurance, quelque chose d’imminent, la sensation de se trouver à une distance infime, une fraction de seconde, de quelque chose de pur et de sublime, à un cheveu du divin

Inconsciemment elle ajusta son accent pour se faire comprendre et modifia son écriture jusqu’à atteindre la grâce et l’oblique du style américain

La compagnie des autres lui laissait une impression de solitude et même, parfois, de danger. Elle se sentait coupée d’eux. Leurs conversations, leurs rêves lui semblaient accessoires, artificiels même, un mauvais moment à passer avant d’atteindre la conversation authentique, le cœur du sujet

Sur une table était ouvert un grand livre d’art. Elle tourna les pages, éblouie par les couleurs, les jaunes et les oranges et les bleus, leur intensité

Ils se retrouvèrent à nouveau tous les deux, immergés dans une bulle de malaise. Son silence dominait, tel un champ de force, faisant le vide en elle.

Elle surprit quelque chose dans son regard – de la confusion, de la colère – comme s’il avait été pris en otage par des émotions qui le dépassaient

À la lisière du sommeil elle tentait de le retrouver, de le récupérer dans ses rêves

Le soir, lorsqu’elle prenait le bus ou le métro, elle regardait machinalement les rangées de sièges en quête d’hommes jeunes, à la mine sérieuse, et quand elle en repérait un, elle allait s’asseoir à ses côtés avec le naturel qu’engendre la familiarité, son alliance bien en vue, donnant l’apparence qu’elle était à lui, et lui à elle, et ce ventre rebondi à eux deux, et s’inventait le temps que durait ce court trajet une vie alternative

Elle s’ouvrait et s’éveillait à la nouveauté du matin, aux possibilités du jour. Elle regarda les feuilles vertes toutes neuves – un nuancier de verts – et dut presque se protéger les yeux de leur éclat, de leur beauté fraîchement éclose. Trop de beauté, songea-t-elle. Et trop de bonheur, ces derniers temps. Cela l’effrayait

Elle était cernée de fenêtres éclairées, d’yeux qui l’observaient dans le noir

Au-dessus d’elle un ciel sans limite, infini, immense. Insoutenable. Son chagrin était aussi vaste que le ciel

« Il y a, chez certains d’entre nous, une solitude fondamentale… elle est en vous. »

Elle avait toujours cherché des signaux intimes pour la guider à travers l’existence, et elle avait vécu dans l’attente perpétuelle qu’ils se manifestent. En leur absence elle avait avancé à l’aveuglette, lutté contre l’adversité, sans prendre la distance nécessaire.

Le bonheur est fragile par nature, il contient les prémices de sa propre mort

Sa sensibilité allait bien au-delà de l’ordinaire, atteignait un autre niveau. Elle percevait des rhapsodies intérieures, une nature archaïque, des bonheurs qu’il pouvait à peine supporter

Elle avait répété ce moment d’innombrables fois dans son esprit avant de s’endormir. Mais elle n’était pas préparée au poing d’acier qui se referma sur son cœur, la trappe par laquelle elle tomba

Son appartement pouvait à peine tolérer le silence laissé dans son sillage.

Avaient-elles conscience de leur chance ? La chance de pouvoir, à tout instant, jour et nuit, se serrer contre leur homme, le revendiquer, poser leur tête sur sa poitrine, leur main sur sa tête.

Un bateau passa, laissa derrière lui une traînée d’écume blanche. Elle regarda l’écume se déployer et se disperser, jusqu’à ce qu’il n’en reste aucune trace ou presque. Le regard fixé sur la houle et le ressac, elle sentit monter le mal de mer. Elle tenta de ne pas craquer. Elle regarda autour d’elle. Sous la surface immobile de la journée la tourmente s’annonçait. Elle visualisa l’eau qui jusque-là avait été dormante, chaque gouttelette, chaque molécule, s’animant, soudain vrillée, catapultée à travers les pales métalliques, rejetée sans ménagement dans les remous du courant, titubant, déboussolée, métamorphosée.

Ils s’étaient rencontrés une fois, pareils à deux planètes entrant en collision

Les dieux et les déesses s’infiltrèrent et trouvèrent une résonance en elle, elle était perméable à chaque mythe et à chaque odyssée, comme si de toute éternité les fantômes de l’Olympe étaient restés tapis, dans l’attente de leur renaissance

Il y avait dans son tempérament une certaine passivité, une résignation qui s’accordait mal au changement ou à la transformation, comme si elle redoutait de contrarier le destin ou d’éveiller la colère d’une créature capricieuse qui attendait son heure assoupie au fond de son âme.

il releva le pont-levis qui donnait accès à sa vie intérieure, lui verrouilla son cœur

Elle s’était trop attachée. Elle n’aurait pas dû se greffer sur lui

Au fil des années, au fil des longues soirées d’hiver et des après-midi d’été, Tess trouva dans les livres une nouvelle vie

Ce n’était pas des réponses ou des consolations qu’elle trouvait dans les romans, mais un degré d’empathie qu’elle n’avait croisé nulle part ailleurs et qui atténuait sa solitude

Tant de sentiments qui rattachent les gens sont codifiés par le geste et par le silence, car les mots ne sont pas à la hauteur. Viendrait peut-être un temps où la parole s’éteindrait, où toute communication serait menée en silence. Alors la frontière entre son et silence se dissoudrait, tout simplement

Elle se demanda si le passé était tout à fait réel, et aussi ce qu’il en restait, s’il en restait quelque chose à part la douleur, le souvenir de la douleur – ses vestiges, comme autant de vieilles souches. Elle remarqua à quel point les morts s’étaient éloignés, perdus dans le brouillard du temps, les disparus

Quinn, Kate : Série sur la Rome antique

La maitresse de Rome (2012)

Résumé : La Rome du Ier siècle est sauvage. Des banquets aux orgies, des jeux du cirque aux complots politiques, la capitale de l’Empire sombre dans une frénésie de plaisir et de violence. Thea, jeune esclave d’une arrogante aristocrate, va bientôt devenir la femme la plus influente de la cité. Belle et intelligente, elle fera tout pour préserver son amour pour Arius le Barbare, gladiateur et idole du peuple. Quitte à défier l’Empereur, qui s’est promis d’en faire sa maîtresse…

Mon avis : J’ai bien aimé la galerie des personnages, leur coté rebelle ou asservi ( c’est selon)  les intriques, le coté historique, la description de la vie à l’époque, la plongée du coté de la vie des esclaves, avec la fierté et l’amour qui permettent aux protagonistes de se relever..

Alors pour ceux qui aiment les grandes histoires romantiques, les intrigues sur fond historique, la série devrait vous plaire à condition d’ aimer les romans « fleuve » et romanesques…

Extraits:

C’était toujours une erreur de penser à Arius, même si cela ne me faisait plus aussi mal qu’autrefois. Avant, c’était comme si des pinces chauffées à blanc m’arrachaient le cœur. Maintenant, les pinces étaient froides et elles n’arrachaient plus… elles se contentaient de fouiller.

L’amphithéâtre tout entier se dressa, et je criai avec les autres. Il fut un temps où j’aurais éprouvé de la pitié pour ces espagnols, qui tenaient à la vie tout autant qu’Arius. Mais l’amour m’avait rendue cruelle et je souhaitais seulement leur mort. D’un seul coup, Arius trancha au coude le bras droit de l’un d’eux et, malgré ma terreur, son adresse m’emplit d’une fierté farouche.

 

L’Impératrice des Sept Collines (2013)

Résumé : Empire romain, Ier siècle de notre ère, sous le règne de Trajan. Fougueux et obstiné, le jeune Vix, ancien gladiateur, revient à Rome en quête de gloire. Fille d’un sénateur, l’insaisissable Sabine a soif d’aventure. Tous deux se connaissent depuis l’adolescence, et nourrissent une passion réciproque. Mais si elle aime s’amuser avec le beau Vix, Sabine rêve d’un grand destin – ce que le garçon ne pourra jamais lui offrir, contrairement à Hadrien, le futur empereur, auquel elle est promise.
Alors que Rome se prépare à de grands changements, les deux amants, happés chacun de leur côté par le tourbillon de l’histoire, sauront-ils se retrouver ?

Les Héritières de Rome (2014)

Résumé : En l’an 69, en pleine guerre civile, quatre femmes écrivent l’histoire. Elégante et ambitieuse, Cornelia, l’aînée de la famille, incarne la parfaite épouse romaine. Lorsque l’empereur Galba choisit son mari pour héritier, elle se voit déjà impératrice. Sa sœur Marcella, historienne, consacre ses journées à l’écriture. Lollia, leur cousine, se marie et se remarie au gré des valses du pouvoir, garantissant ainsi la sécurité des siens et s’assurant les faveurs des puissants.
Sa petite soeur, Diana, n’a quant à elle d’yeux que pour les chevaux et les courses de chars. Mais un coup d’Etat meurtrier bouleverse leurs vies : Cornelia voit ses rêves brisés, tandis que Lollia devient la première dame de l’Empire ; Diana se referme sur elle-même, au contraire de Marcella, qui se découvre un goût pour l’intrigue. Dorénavant, il n’est plus question pour elle d’observer l’histoire en marche, mais d’y participer, pour le meilleur et pour le pire.
Mais, à la fin, il ne peut y avoir qu’un empereur… et une seule impératrice. Les quatre cousines l’apprendront à leurs dépens.        

Lady of the Eternal City

Tome 4 pas encore sorti en langue française…

 

Harris, Robert : romans sur l’antiquité

POMPEI : (2003)

Résumé : Baie de Naples, an 79.
La chaleur se fait de plus en plus étouffante pour les Romains en cette dernière semaine d’août. Une fin d’été ordinaire en Campanie si ce n’est la disparition mystérieuse de l’aquarius chargé de contrôler l’alimentation des environs en eau potable, une anomalie détectée sur l’Aqua Augusta et une étrange odeur de soufre qui flotte dans l’air. Etrangement, personne ne semble prêter attention à ces événements inhabituels.
Personne, sauf Attilius, le nouvel ingénieur chargé de l’entretien de l’aqueduc. Alors que Pompéi se prépare à vivre ses dernières heures et qu’il pressent une catastrophe imminente, Attilius va devoir faire face à des querelles politiques et affronter son ennemi juré, esclave affranchi influent et tyrannique, père de la belle Corelia.

IMPERIUM (2005)

Résumé : « Un roman historique où se mêlent histoire et suspense. Marcus Cicéron, brillant avocat et orateur, philosophe célèbre, se lance, seul, à 27 ans, dans le monde perfide de la politique romaine, déterminé à atteindre le pouvoir suprême, l’imperium. Derrière lui se tient Tiron, son secrétaire confident, inventeur de la sténographie et auteur de nombreux livres notamment de la biographie de Cicéron. C’est cette course au pouvoir que narre Robert Harris. Comment un jeune avocat devient-il premier citoyen romain ? Et quel est le rôle de Tiron dans tout ça ?
Lorsque Tiron, le secrétaire particulier d’un sénateur romain, ouvre la porte à un étranger terrorisé, il déclenche une suite d’événements qui vont propulser son maître au sein d’une des plus célèbres et dramatiques affaires de l’Histoire. L’étranger est un Sicilien victime de Verrès, gouverneur vicieux et corrompu. Le sénateur en question, c’est Cicéron, un jeune et brillant avocat déterminé à atteindre l’imperium – pouvoir suprême au sein de l’Etat. A travers la voix captivante de Tiron, nous sommes plongés dans l’univers perfide et violent de la politique romaine, et nous suivons un homme – intelligent, sensible, mais aussi arrogant et roublard – dans sa lutte pour accéder au sommet. C’est un monde qui ressemble étonnamment à celui d’aujourd’hui, toile de fond d’un véritable thriller politique autour de l’irrésistible ascension de Cicéron.  » Tout ce qu’il avait, écrit Tiron de son maître, c’était sa voix, et par sa seule volonté, il en a fait la voix la plus célèbre du monde.  »

CONSPIRATA (2009)

Résumé : Rome, 60 avant J.C.
Tandis que la cité romaine est sur le point de conquérir le plus vaste empire jamais connu, sept hommes se livrent une guerre sans merci pour le pouvoir. Cicéron, consul élu et parvenu, César, son redoutable et jeune rival, Pompée, le plus grand général de la République, Crassus, sa plus grande fortune, Caton, dangereux fanatique politique, Catilina, dont les mains sont déjà tachées de sang et Claudius, ambitieux et séducteur.
Les tribulations de ces figures historiques – leurs alliances et leurs trahisons, leur cruauté et leurs manœuvres , leur intelligence et leurs crimes – sont le matériau fantastique et bien réel de ce thriller trépidant. Grâce à Tiron, esclave et secrétaire particulier de Cicéron, l’Histoire se lit de l’intérieur, à travers les secrets de son maître, personnage complexe, politicien rusé, capable de déjouer les complots les plus machiavéliques de ses ennemis.
De meurtres déguisés en sacrifices, en condamnation à mort et procès scandaleux, jusqu’au déchaînement brutal de la foule romaine, Conspirata brosse le tableau à la fois historique et sans âge des horreurs du pouvoir.

 

 😉 Petite note de Cath:

Une fois n’est pas coutume : je laisse la parole à mon amie Natalilou qui va nous faire découvrir cet auteur…

 

 

 

 

Gran, Sara « La ville des morts » (2015)

L’auteur : Ex-libraire d’origine new-yorkaise, Sara GRan vit à Los Angeles. Elle écrit pour la télévision et est en train d’adapter la série des Claire DeWitt pour le petit écran. C’est une grande amie de Megan Abbott avec qui elle partage sa passion pour le noir et un blog très hype. Elle a déjà publié Viens plus près et Dope parus en France aux éditions Sonatine.

Résumé : Il est des livres qui vous hantent et vous accompagnent et des héros si attachants que vous auriez envie de les rencontrer. C’est le cas de Claire DeWitt, une privée comme on n’en trouve pas. Elle a trente-cinq ans mais dit toujours qu’elle en a quarante-deux parce que personne ne prend une femme de mois de quarante ans au sérieux. Claire DeWitt s’autoproclame avec dérision la plus grande détective du monde, enquêtrice amateur à Brooklyn dès l’adolescence et adepte du mystérieux détective français Jacques Silette dont l’étrange ouvrage, Détection, l’a conduite à recourir au yi-king, aux augures, aux rêves prophétiques et aux drogues hallucinogènes.

Claire entretient également une relation intime avec La Nouvelle-Orléans, où elle a été l’élève de la brillante Constance Darling jusqu’à l’assassinat de cette dernière. Lorsqu’un honorable procureur néo-orléanais disparaît dans la débâcle de l’ouragan Katrina, elle retrouve son ancienne ville, complètement sinistrée, afin de résoudre le mystère. Les indices la mènent à Andray Fairview, un jeune homme qui n’avait rien à perdre avant l’ouragan et encore moins depuis. Entre anciens amis et nouveaux ennemis, Claire élucide l’affaire, mais d’autres disparus viennent la hanter : sa meilleure amie et co-détective d’enfance, évaporée du métro de New York en 1987, et la propre fille de Silette, Belle, kidnappée dans une chambre d’hôtel sans que personne ne l’ait jamais revue.

La ville des morts marque le début époustouflant d’une nouvelle série aussi originale que vivifiante.

Mon avis : Dans une ville détruite ou les histoires finissent toujours mal, une « privée » totalement à la masse, hantée par la disparition d’une amie d’enfance, épaulée par le souvenir de la femme qui l’a formée, enquête sur une disparition. Un retour aux sources dans une ville détruite à tous les niveaux, en compagnie de jeunes pas très nets (et de vieux pas nets non plus…) Si vous aimez les polars atypiques et déjantés, mais qui abordent des sujets graves en toile de fond, plongez dans les bas-fonds de la Nouvelle-Orléans.. vous ne le regretterez pas.. Glauque à souhait, avec une bonne dose d’humour. Voilà qui donne envie de suivre de plus près ce personnage atypique qu’est la détective Claire DeWitt et de lire ses deux premiers polars, « Dope » et « Viens plus près »…

Et en rapport avec « Katrina », je ne peux que vous recommander un autre livre, d’un tout autre style : « Ouragan » de Laurent Gaudé

Extraits :

Avant, les corbeaux étaient de mauvais augure, mais aujourd’hui, il y en a tellement qu’on ne sait plus trop. Les augures changent. Les signes se déplacent. Rien n’est permanent.

Si la vie vous donnait tout de suite les réponses, elles n’auraient aucune valeur. Chaque détective doit saisir ses indices et résoudre ses mystères par elle-même. Nul ne peut élucider votre mystère à votre place ; un livre ne peut pas vous indiquer le chemin.

Les hôpitaux ont publié des photos de petits vieux, en espérant que quelqu’un viendrait les récupérer. De jeunes aussi. Notamment ceux qui étaient déjà handicapés, malades ou déséquilibrés avant la catastrophe. Un silence. — C’était comme les objets trouvés. Mais pour les gens.

Certaines maisons glissaient vers la ruine, d’autres remontaient la pente de la reconstruction

Un peu plus loin encore, je suis tombée sur les premiers immeubles sans murs, appartements meublés exposés à la vue, façon maison de poupée. Ici une chambre, là une cuisine, ailleurs un séjour figé dans le temps

J’en ai vu davantage assis sur leur véranda, à faire ce qu’on fait quand on est complètement dépassé. Rien que de se demander par où commencer, ça suffisait à se rasseoir pour ne plus se relever

Les indices sont la partie la moins bien comprise de mon métier. Les novices croient qu’il s’agit de les découvrir. En réalité, tout l’art du détective consiste à les reconnaître. Les indices sont partout. Mais seules certaines personnes peuvent les voir.

Un logement, c’est comme une personne, en moins chiant. Pour l’appréhender, on part de l’ensemble puis on progresse vers le détail

Le bureau était la seule pièce qui ait un peu de personnalité. Sa personnalité était « je bosse beaucoup

Moins une personne a de bouquins, moins ils sont révélateurs. L’échantillon n’est pas assez fourni pour y repérer des schémas. Un livre de recettes sur un total de cinq est bien moins significatif que vingt sur une centaine

Toutes les maisons sont hantées. Quand elles ne le sont pas par le passé ou l’avenir, elles le sont par le présent

« Pour eux, la vie est comme un livre rempli de pages blanches. Pour le détective, c’est un manuscrit enluminé de mystères. »

Une fois qu’on connaît la vérité, il n’y a pas de seconde chance. Pas de possibilité de recommencer, de se raviser, de faire machine arrière. La porte se referme derrière vous et se verrouille à double-tour.

« On ne peut pas avancer vers la vérité en marchant dans les pas d’un autre. Une main peut pointer dans une direction, mais la main n’est pas l’enseignement. Le doigt qui montre le chemin n’est pas le chemin.

La vérité n’était peut-être qu’à quelques centimètres, mais je n’étais encore pas assez près pour la saisir.

Il sentait la beuh, la poussière de plâtre, la fumée et le moisi. Comme la tristesse. Comme La Nouvelle-Orléans

C’est elle qui m’a appris à persuader un projectile que lui et moi, on était du même côté. C’est elle qui m’a expliqué qu’une balle veut toucher sa cible. Qu’il suffit de l’encourager

Mon oncle, y disait qu’il y avait deux Bibles. Ou une seule, mais séparée en deux. Y disait qu’y en a la moitié dans le bouquin, sur le papier. Et que l’autre moitié elle est à l’intérieur des gens. On naît avec, mais c’est à nous de la trouver. Faut apprendre à la voir par soi-même. C’est le seul moyen

Y disait : « Laisse les morts s’occuper des leurs. Ils ont leurs propres histoires à régler. Les Indiens se battent pas avec des couteaux et des flingues. Y se battent avec des costumes et des chansons. »

Je ne savais pas qu’il existait des gens comme ça : des gens qui ne tiennent pas la liste de ce qu’ils donnent, des gens qui ne demandent pas à être remboursés.

Comment je vous reconnaîtrai ? avais-je demandé. — C’est moi qui vous reconnaîtrai. Je m’étais dit qu’elle débloquait. C’est la première chose que j’ai aimée chez elle

Le fait que Mère et Père abominent ouvertement les gens de couleur n’arrangeait rien

L’eau chaude restait intermittente, et même l’eau froide n’était pas toujours au rendez-vous

Les grandes demeures sont pleines de mystères, de vies vécues superposées au fil des ans pour ne laisser derrière elles que leurs indices

C’était la plus vaste, la plus vieille conspiration du monde : celle qui produisait des gamins comme ceux qui l’avaient tuée pour trois fifrelins. Celle qui avait commencé le jour où le premier homme avait regardé son voisin en disant : « Hé, je te piquerais bien ta grotte. »

Le vrai défi, pour la détective qui doit se déguiser, n’est pas d’endosser un nouveau personnage. C’est de se détacher de son ancien moi. Se départir de soi-même est la vocation ultime de l’être, un état auquel bien peu de gens parviennent. Et un état auquel chacune, qu’elle le sache ou non, aspire.

Le plus difficile pour se procurer une arme en Louisiane, c’est qu’il y a tellement de possibilités que je ne savais pas par où commencer

Et après, y a eu un moment… comme si tout ralentissait pendant une minute. Comme si le temps s’était arrêté. J’ai senti un… une espèce de… putain, j’arrive pas à l’expliquer. Y a eu un truc. Un genre de coup de vent, comme si y faisait chaud et froid en même temps

Pour certains gosses, le graff était une question de vie ou de mort. Nous, on voulait juste laisser des preuves qu’on avait été en vie

New York était notre mystère à nous. Tels des petits poucets, on suivait notre chemin de miettes où qu’il nous mène

Chacun doit trouver sa propre issue. Chacun doit défricher son propre chemin à travers la jungle.

Dans ce bouquin, ai-je repris comme si ni lui ni moi n’étions en train de pleurer, ce mec, il dit : « Soyez reconnaissant de chaque blessure que la vie vous inflige. » Il dit : « C’est là où on n’est pas blessé qu’on est faux. Seules les plaies cicatrisées laissent apparaître notre être profond. » C’est là que tu peux montrer qui tu es.

Il n’y a pas de coïncidences. Seulement des occasions qu’on est trop bête pour voir, des portes qu’on est trop aveugle pour franchir.

Et à chaque occasion manquée, il y a une pauvre âme qui reste en plan derrière, à attendre que quelqu’un vienne lui montrer la sortie.

On ne peut pas changer la vie de quelqu’un, m’a-t-elle dit. On ne peut pas effacer le karma d’autrui. — Mais… Elle m’a interrompue en secouant la tête. — Tout ce qu’on peut faire, c’est lui laisser des indices. En espérant qu’il comprenne et décide de les suivre

l’intérêt qu’elle lui portait était comme un gilet de sauvetage pour un enfant en train de se noyer

La plupart des gens qui ont subi des sévices dans leur enfance ne font pas de mal à une mouche. Mais parmi ceux qui font du mal aux mouches, presque tous ont eu eux-mêmes les ailes brisées

Les semaines s’écoulaient et on n’avait toujours aucun signe de vie. Les flics sont entrés dans la danse mais ils n’ont pas tardé à se désintéresser de son cas. La presse et les journalistes locaux ont eu une bouffée de curiosité au début, mais dès qu’ils en ont su davantage sur sa famille et son passé, si court qu’il soit, ils ont laissé tomber. Malgré sa blondeur et ses yeux bleus, Tracy n’était pas une victime vendable.

Nos vies tournaient autour du vide qu’elle avait occupé

Le mystère vit dans l’air ; il s’insinue dans notre monde tel un parapluie apporté par le vent pour atterrir là où la gravité l’attire. Alors tout ce qui l’entoure se métamorphose en éléments de mystère

On ne s’enfuyait pas vers. On s’enfuyait de.

Une fissure s’était créée entre nous ; bientôt elle deviendrait un canyon.

Rien de ce qui aurait pu être n’avait été et rien de ce qui aurait dû être n’était

Elle savait que la vérité n’est pas toujours dans un livre. Qu’elle n’est pas toujours dans un dossier ni écrite sur un bout de papier. Elle peut être enfouie comme un trésor. Planer dans le ciel. Flotter dans l’eau. Se loger là-dedans.

Mon cœur déborde, là. Il explose ! Au moment où je te parle. Je… Je me suis arrêtée net. — T’entends ça ? C’est les bouts de mon cœur qui tombent par terre.

Chacun doit avancer par lui-même, au moment qui lui convient et pour ses propres raisons, pas pour quelque stupide idéal d’un monde meilleur ou autre vision puérile du bien et du mal. La seule solution, c’est de s’immerger totalement en soi-même – ce qui, en général, est bien la dernière chose qu’on ait envie de faire. Il faut descendre jusqu’au fond, jusqu’au tréfonds de son être. À partir de là, la vie peut réellement recommencer

Il y a une différence entre ne pas savoir et ne pas vouloir savoir

Falcones, Ildefonso « La Reine aux pieds nus » (2014)

Résumé :

En 1748, Caridad, esclave cubaine noire affranchie, se retrouve abandonnée sur le sol de Séville, sans ressources. Elle est recueillie par un vieux Gitan au caractère ombrageux, Melchor, qui l’impose à sa famille et à toute la communauté dans les faubourgs de la ville. Tout en travaillant, elle roule des cigares de contrebande, Caridad se lie d’amitié avec Milagros, la petite-fille de Melchor, une jeune Gitane fière et avide de liberté. Tandis que Milagros, prise en tenaille entre la loi gitane et les persécutions de la part des Espagnols, fait le difficile apprentissage de la vie, Caridad, victime-née, a bien du mal à se libérer de ses chaînes… Rejetée par la plupart des Gitans, secrètement amoureuse de Melchor mais incapable d’exprimer au grand jour ses peurs et ses désirs, parviendra-t-elle enfin à se faire accepter pour ce qu’elle est, une femme courageuse et magnifique ? Et Milagros, chanteuse et danseuse sensuelle adulée du tout-Madrid échappera-t-elle à la domination de son mari, un être veule et méprisable qui profite d’elle pour s’enrichir, tout en la bafouant et la prostituant ? Au travers des aventures souvent tragiques de Milagros, Caridad et Melchor, nous est contée la formidable lutte des Gitans pour la survie dans une Espagne catholique qui ne cherche qu’à les éliminer.

Mon avis : Déçue !!! Moi qui avais adoré les deux premiers (surtout « La cathédrale de la mer ») … Je me suis lancée dans ce gros pavé en me réjouissant de partager le monde des gitans et je me suis trainée lamentablement derrière eux sur les routes d’Espagne, en portant toute leur misère sur le dos… Alors je suis allée jusqu’au bout ; mais alors long le périple…

Comme dans les deux romans précédents, le côté positif est la très bonne documentation et le côté historique  parlant de la persécution des gitans au XVIIIème siècle ; j’ai aimé le côté Ode à la liberté, révolte contre l’intolérance, la persécution, les préjugés ; la révolte des femmes contre l’esclavage de toute sorte, la rébellion contre les « machos », la solidarité féminine, la découverte des lois de la communauté gitane ; j’ai aimé pénétrer dans les haines entre les « clans », redécouvert la haine que le catholicisme vouait à la communauté gitane et son désir de l’exterminer ; j’ai aussi aimé apprendre les dessous de la contrebande du tabac..

Donc en relisant mon commentaire… je suis déçue oui… mais par les personnages… pas par le roman… Les personnages sont bien campés, intéressants, représentatifs mais ils ne sont pas attachants…

Extraits :

Lorsque les ombres disparaissent, expliqua Milagros, et que le soleil passe du levant au ponant, c’est un temps qui n’existe pas, un instant où tout appartient aux morts : les chemins, les arbres..

Ils peuvent aussi nous battre et nous laisser mourir de faim, ils peuvent même nous voler notre beauté, jamais ils ne nous ôteront notre fierté

Tu t’es battue pour les autres, et ils t’ont arraché la peau pour ça. Elle est là, ta beauté ! N’en cherche pas d’autre, petite

Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et firent taire par autant de baisers tous les mots qui s’accumulaient dans leur gorge.

nous les femmes, nous venons au monde pour accoucher dans la douleur, pour travailler et pour souffrir de la dépravation des hommes. Taisez-vous, le pria-t-elle, voyant qu’il allait intervenir. Eux, vous tous…, vous vous révoltez, vous luttez, vous combattez l’infamie. Parfois, les hommes gagnent et ils se transforment en mâles victorieux ; le plus souvent, ils perdent, et ils retournent leur colère contre les faibles pour se duper eux-mêmes et vivre avec la vengeance comme seul horizon. Nous, on doit se taire et obéir, ça a toujours été comme ça

Nous, nous pouvons seulement lutter pour oublier nos peines et nos souffrances, pour les vaincre, mais jamais pour nous venger d’elles. On peut s’accrocher à un espoir, aussi petit soit-il, et, en attendant, parfois, et seulement parfois, on peut essayer de se sentir à nouveau femmes.

 

voir aussi article : Falcones, Ildefonso « Les révoltés de Cordoue »

 

Suter, Martin «Allmen Et Les Dahlias» (05.2014)

Les  enquêtes de Von Allmen. 

Résumé : Après deux enquêtes menées avec succès, le dandy détective Friedrich von Allmen est passé maître dans l’art de la recherche d’œuvres d’art volées. Toujours secondé par Carlos, son fidèle domestique guatémaltèque, c’est sur les rives d’un lac suisse qu’il est appelé pour retrouver un tableau de Fantin-Latour dérobé à Mme Gutbauer, milliardaire excentrique qui occupe tout l’étage d’un vieil hôtel de luxe. Elisant domicile sur les lieux du délit, Allmen devient partie prenante d’un habile huis clos au sein duquel Martin Suter combine à la perfection suspense, élégance et ironie.

Mon avis : Bien que je préfère de loin les romans policiers de Martin Suter à ses petits polars (moins de 200 pages), j’aime bien la subtilité des enquêtes et les personnages atypiques. C’est léger, désuet, on évolue dans un monde en voie de disparition, comme dans un autre siècle tout en étant dans ce siècle… C’est « so british »…

Extraits:

On avait dû aérer peu avant, l’air n’était pas pur pour autant, mais il était froid

Bien sûr, elle n’avait pas non plus de papiers valables, mais elle savait que sainte Marie de Compostelle était de son côté. C’est à elle qu’on avait emprunté son nom de baptême, et jusqu’à ce jour la Vierge lui avait toujours apporté son aide

Le vent avait traîné jusqu’ici des nuages gris foncé et les avait laissés sur place

Vous savez, les nonagénaires et les portiers de nuit ont un point en commun : les nuits blanches

— Tiens donc, vous êtes un romantique. — Ne le sommes-nous pas tous ? — Vous savez, quand on a vécu tant d’années…

La voix de la femme n’était pas la seule à être enfantine : ses traits aussi étaient ceux d’une petite fille. Mais en moins vivace. Et ses mains avaient cinquante années de plus que le visage qu’elle tourna alors dans sa direction

— Quand on a vécu une vie comme la mienne, on reconnaît une haleine parfumée au champagne.

Lorsqu’il quitta le salon, il sentit de nouveau cette odeur. Il sut soudain laquelle c’était : celle de l’âge.

l’aspect d’une montre était bien plus important que sa bonne marche. Et celle-ci était belle.

Il se lava le visage, se brossa les dents et se peigna. Rien dans ce monde ne pouvait être urgent au point de ne pas lui laisser le temps de faire cela.

Des nuages de pluie gris-noir avaient dévoré la brume d’altitude gris clair

— Parfois je rêve d’être en faillite, comme toi, murmura-t-il. Je serais débarrassé de cette racaille

Je croyais que vous n’aimiez pas que les gens fument, dit-il avec un sourire. Elle sourit à son tour, pour la première fois. — Seulement quand ce sont les autres.

— Mais je te préviens, je suis bi. — Tiens donc. Tout d’un coup ? — Non, depuis toujours. Mais non pratiquant.

Il avait face à lui toute la tristesse d’une pièce dont on avait à moitié déménagé le contenu. Des tiroirs ouverts, des portes d’armoire battantes, des tapis roulés et partout du matériau d’emballage, des rouleaux d’adhésif, des cartons, des sacs à linge.

Elle ne restait jamais dans le même lieu et souffrait, c’est ce qu’elle m’a raconté, d’un irrépressible besoin de courir le monde, où qu’elle se trouve. Jusqu’à ce qu’elle comprenne que ce qu’elle prenait pour de la bougeotte était simplement le mal du pays

Je me suis qualifiée de célibataire, tout à l’heure. Mais ça n’est pas vrai. Une femme de mon âge n’est pas célibataire. À mon âge, on est une femme seule. Alors on est vulnérable à cette monnaie qu’est l’amour.

Il n’y avait personne au bar, à l’exception du vieux couple, qui donnait l’impression d’avoir été oublié là après le tea time

Dehors, l’Atlantique écumait et la pluie recouvrait les fenêtres de perles scintillantes

Ce n’est pas ce que l’argent fait de nous. C’est ce que l’absence d’argent fait de nous.

Bien qu’il ait été un virtuose du sommeil, il n’y parvint pas. Petit garçon, déjà, il avait compris à quel point le sommeil est une cachette sûre pour se protéger de la vie. Et compte tenu du cours qu’avait suivi cette dernière dans son cas personnel, il était devenu son meilleur allié dans la lutte contre la réalité. Mais ce matin-là, le sommeil le laissa en plan.

 

 

Article sur l’auteur Martin Suter sur le blog

Duperey, Anny « Les chats de hasard » (2001)

Résumé : En racontant l’histoire des chats qui ont accompagné sa vie depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, l’auteur s’interroge sur son itinéraire et rend hommage à ces personnes animales rares qui apportent paix et simplicité un temps dans l’existence.

Mon avis : ce livre est un bijou. Il est tendre, vrai, émouvant. J’ai reconnu mon petit compagnon, j’ai souffert, souri, aimé avec l’auteur. L’écriture est belle, l’émotion est à chaque page. Elle livre sa vie, son coeur, son ame… Ce livre ne va plus quitter la chambre à coucher. Il a sa place avec les poètes . J’avais déjà acheté Les Chats mots, un recueil de textes sur les chats par différents auteurs et
j’avais été séduite par certains extraits de textes d’Anny Duperey, qui avait publié ce choix de textes. Alors là, en passant à la Fnac quand j’ai vu le livre « les chats de hasard » en édition de poche ( Points P853) j’ai craqué…  et je ne regrette pas mon coup de coeur pour le moment.

Fusionnel, magique. Pour ceux qui aiment les chats… tendre, émouvant, bouleversant, l’auteur se livre au travers des chats  – ou l’absence révélatrice de chats – qui ont jalonné sa vie.

Extraits:

« Accepter qu’une bête entre dans sa maison, s’y installe à demeure, inclut du même coup l’engagement de lui rendre la vie la meilleure possible, suivant ses moyens, de l’aimer et d’en prendre soin jusqu’à sa mort, quoi qu’il arrive. C’est comme un mariage ou une véritable adoption. Si c’est un chat ou un chien on « en prend » pour 15 ou 20 ans. C’est dire si c’est grave et s’il faut bien réfléchir avant d’ouvrir sa porte et son coeur. Rien ne doit être fait ou décidé à la légère. Dans cette optique, c’est une personne à part entière qui va s’installer chez vous, une personne-chat, une personne-chien ou une personne-cheval, en tout cas quelqu’un dont il faut découvrir le caractère, avec ses qualités et ses défauts, et avec qui il faut chercher à avoir une relation particulière, parfois surprenante, l’entretenir et l’enrichir ensuite – sans parler des soins physiques ».

 » Les gens qui aiment les chats évitent les rapports de force. Ils répugnent à donner des ordres et craignent ceux qui élèvent la voix, qui osent faire des scandales. Ils rêvent d’un monde tranquille et doux où tous vivraient harmonieusement ensemble. Ils voudraient être ce qu’ils sont sans que personne ne leur reproche rien.

Les gens qui aiment les chats sont habiles à fuir les conflits et se défendent fort mal quand on les agresse. Ils préfèrent se taire, quitte à paraître lâches. Ils ont tendance au repli sur soi, à la dévotion. Ils sont fidèles à des rêves d’enfant qu’ils n’osent dire à personne. Ils n’ont pas du tout peur du silence. Ils ne s’arrangent pas trop mal avec le temps qui passe,leur songe intérieur estompe les repères, arrondit les angles des années.

Les gens qui aiment les chats adorent cette indépendance qu’ils ont,car cela garantit leur propre liberté. Ils ne supportent pas les entraves ni pour eux-mêmes ni pour les autres. Ils ont cet orgueil de vouloir être choisis chaque jour par ceux qui les aiment et qui pourraient partir librement, sans porte fermée, sans laisse, sans marchandage. Et rêvent bien sûr que l’amour aille de soi,sans effort, et qu’on ne les quitte jamais. Ils ne veulent pas obtenir les choses par force et voudraient que tout soit donné.

Les gens qui aiment les chats, avec infiniment de respect et de tendresse, auraient envie d’être aimés de la même manière -qu’on les trouve beaux et doux, toujours, qu’on les caresse souvent, qu’on les prenne tels qu’ils sont, avec leur paresse, leur égoïsme, et que leur présence soit un cadeau.

Dans le doute de pouvoir obtenir pour eux-mêmes un tel amour, ils le donnent aux chats. Ainsi cela existe, cela console.

Les gens qui aiment les chats font une confiance parfois excessive à l’intuition. L’instinct prime la réflexion. Ils sont portés vers l’irrationnel, les sciences occultes. Ils mettent au-dessus de tout l’individu et ses dons personnels et sont assez peu enclins à la politique. Les tendances générales, les grands courants, les mouvements d’opinion, les embrasements de foule les laissent aussi circonspects que leur animal devant un plat douteux. Et si leur conviction les pousse à s’engager, une part d’eux-mêmes reste toujours observatrice, prête au repli dans son territoire intime et idéaliste, toujours à la frange, comme leurs compagnons, d’un pacte avec la société et d’un retour vers une vie sauvage dans l’imaginaire.

Les gens qui aiment les chats sont souvent frileux. Ils ont grand besoin d’être consolés. De tout. Ils font semblant d’être adultes et gardent secrètement une envie de ne pas grandir. Ils préservent jalousement leur enfance et s’y réfugient en secret derrière leurs paupières mi closes, un chat sur les genoux. »

Mais l’indicible était mon paysage intérieur, celui qui m’était familier depuis si longtemps, et si j’essayais de le formuler, ce n’est pas pour autant qu’il ne restait pas mon « chez moi ». Et il se trouve qu’il était aussi son « chez elle ». Elle posait quelquefois son front animal sur ma tête, se couchait le long de mon cahier ou sur un fauteuil touchant le mien. Elle n’essayait pas de me consoler, ni de me conseiller, ni de formuler à ma place. Elle était là, avec sa tendresse et sa chaleur, c’est tout.

 

et en photo, ma chatte de hasard, Penélope qui répond aussi aux noms de  Pene, SGF (Sans Gamelle Fixe) ou Sud-Rail ( Reine de la manif quand elle a faim)

 

 

Davrichewy, Kéthévane «La mer noire» (01.2010)

 

Résumé : En ce jour d’anniversaire, la première pensée de Tamouna est pour Tamaz. Cet homme, qu’elle a rencontré l’été de ses quinze ans à Batoumi et qu’au fil des années elle n’a cessé d’attendre, s’est annoncé à la fête qui se prépare. Dans un demi-sommeil, la vieille dame se souvient de leurs amours timides et éblouies, très vite interrompues par le départ précipité de la famille, contrainte de fuir devant les bolcheviques. … Tout aussi brutalement que de ses grands-parents et de son univers, la jeune fille a été coupée de son amour de jeunesse. Sa vie peu à peu s’est construite à Paris, parmi la communauté des exilés géorgiens. Quand Tamaz finit par reparaître, alors que les frontières du pays natal sont hermétiquement closes, leurs vies se sont dessinées autrement… La longue journée pendant laquelle se déroule le roman est comme une métaphore de la vie de Tamouna : entourée des siens, de cette famille géorgienne qui a su garder vivaces les traditions et perpétuer un bonheur de vivre qui aurait dû être immuable, elle laisse libre cours à ses souvenirs. Dans une narration habilement tissée, l’image de la doyenne qu’elle est devenue se superpose à celle de la jeune fille exilée. Et c’est toute la force de ce roman que de peindre avec une remarquable élégance et sans le moindre pathos le portrait d’une femme toujours habitée par la joie et le désir malgré les deuils et les déchirements de l’histoire.

Mon avis : Troisième rencontre avec Kéthévane Davrichewy ( son deuxième roman) . Et chez moi la magie opère à nouveau. Un livre sur l’exil, sur la pérennité des sentiments, sur la famille, sur le besoin et l’envie de croire à l’amour et à l’amitié, malgré tout ce qui peut se passer. Un livre aussi sur la fidélité. C’est l’histoire d’une vie ( la famille de la romancière ou de son entourage je présume…) ; Cela commence par une rencontre, la naissance d’un amour, puis une séparation abrupte, la fuite vers la France, l’espoir de retrouver son amour perdu, la perte de cet espoir… puis les croisements au hasard des vies.. Le présent, le passé… L’importance des absents… L’histoire des Géorgiens exilés en France, une communauté peu nombreuse et méconnue. Je ne peux pas dire que c’est un livre de regrets ou une histoire nostalgique. Non, c’est une vieille dame qui est à la fin de sa vie, qui fête son anniversaire, entourée des présents, des absents et de ceux qui devraient être là et qui se raconte, avec ses joies, sa famille, ses espoirs. Une grande sensibilité et un merveilleux roman.

Extraits :

Elle ne prononce plus ce prénom. Il est sorti de sa vie et, pourtant, il semble l’avoir accompagnée partout

Les gens sont-ils plus présents une fois partis ? En faisant sa toilette, elle songe aux absents, elle mesure leur présence dans son existence.

Les souvenirs surgissent au moment où elle s’y attend le moins, ils frôlent la vérité quelques minutes puis mentent très vite. Elle les abandonne un peu coupable et se réfugie dans des rêveries infinies où elle finit par en inventer d’autres

Elle peut aller n’importe où, sa mémoire n’a pas de limite. Elle en savoure l’infini

Nous attendons des nouvelles. Les jours passés sont autant de pierres amassées en moi. Je vis avec ce poids à l’intérieur. Parfois il remonte jusqu’à ma poitrine et m’étouffe.

Je la force à s’arrêter, à rester immobile. Elle arrête de rire. Nous nous regardons et chacune trouve dans le regard de l’autre ce qu’il faut pour continuer.

J’ai avec toi des conversations imaginaires, dans lesquelles tu me dis : ce qui compte, c’est avancer. Sans se retourner. Ici, nous ne faisons que nous retourner. Avancer, personne ne semble l’envisager. Nous survivons, nous nous souvenons

Mais je meurs des mots que personne ne prononce.

Ne pas savoir est une maladie qui ronge, la vérité est que je suis lâche moi aussi, puisque je ne dis rien

Tout ce à quoi nous croyons est mort, il nous faut trouver une nouvelle foi

Je hais le silence qui l’entoure, je hais le temps qui fait de lui une silhouette glissant dans des sables mouvants, je hais ma passivité. Quelques photos de lui sont rangées dans un placard, je l’ouvre parfois. Son vrai visage s’évapore peu à peu, seules perdurent ces images factices.

Je me réveille souvent la nuit. Je revois son visage intact, comme si je venais de le quitter. À mon réveil, ses traits m’échappent à nouveau et les années ont gagné. Je ressens alors un chagrin si profond qu’il est indescriptible.

Je n’ai pourtant pas cessé de  t’aimer. J’ai cessé de t’espérer.

Le téléphone sonne. Elle n’a pas envie de décrocher. Elle préfère l’immobilité. Elle a souvent préféré l’immobilité. Son goût pour la contemplation et la rêverie l’a conduite vers sa maladie. Sa maladie lui ressemble. Cela lui paraît réconfortant.

Parfois, la réalité et l’imaginaire, le passé et le présent se confondent dans ce monde immobile. C’est ce qu’elle a toujours souhaité. Que ses vies multiples forment un tout

Certaines choses sont des piliers indestructibles qui soutiennent notre existence, dis-je, quoiqu’il arrive, c’est là, et tant qu’on en est conscient, rien ne peut nous l’enlever

Le charme est rompu. Nous sommes comme deux carrosses redevenus citrouilles. Je le lui dis pour détendre l’atmosphère. Il ne sourit pas. Il se lève. Au moins, nous avons été carrosses, dit-il, c’est ce qui compte, ne l’oublie pas

J’ai peur, me dit-elle encore. Une larme coule le long de sa joue. Je l’essuie de ma main, je répète : Je suis là. Mais elle est déjà seule pour affronter la suite. Je ne peux rien faire pour elle et cela est déjà un chagrin.

Est-ce que le bonheur existe au présent ? répond-elle.

Rien ne pourra calmer sa douleur. Elle apprendra juste à la contenir.

Nous disposons de moments de solitude et ce luxe nous grise.

Les bords de l’Atlantique ne ressemblent en rien aux rives de la mer Noire. Il me semble pourtant que l’horizon, la mer et le ciel sont éternels.

Plus personne ne prend ma mère dans ses bras, plus personne ne me prend non plus dans ses bras. Nous sommes deux abandonnées, incapables de nous réchauffer l’une l’autre.

Que voit-elle encore ? Est-elle si clairvoyante et suis-je si aveugle ? Que me pardonne-t-elle ? Je n’ai rien à me faire pardonner. Je suis là, je l’écoute, depuis des années

Nos têtes reposent sur le même oreiller, je regarde le ciel par-dessus les toits. Une parcelle d’éternité est dans ce bout de ciel.

Lavoine, Marc «L’homme qui ment» (01.2015)

Résumé : Communiste et charmeur, cégétiste et volage : tel était Lulu, mon père. Menteur aussi, un peu, beaucoup, passionnément, pour couvrir ses frasques, mais aussi pour rendre la vie plus belle et inattendue.

Lulu avait toujours une grève à organiser ou des affiches à placarder. La nuit venue, il nous embrigadait, ma mère, mon frère et moi, et nous l’aurions suivi au bout du monde en trimballant nos seaux de colle et nos pinceaux. Il nous faisait partager ses rêves, nous étions unis, nous étions heureux.

Evidemment, un jour, les lendemains qui chantent se sont réduits à l’achat d’une nouvelle voiture, et Che Guevara a fini imprimé sur un tee-shirt.

Le clan allait-il survivre à l’érosion de son idéal et aux aventures amoureuses que Lulu avait de plus en plus de mal à cacher ? Collègues, voisines, amies ; brunes, blondes, rousses : ses goûts étaient éclectiques. Lulu était très ouvert d’esprit.

Sans nous en rendre compte, nous avions dansé sur un volcan. L’éruption était inévitable.

 

Mon avis : Un vrai moment de bonheur de lecture. Ce n’est pas le chanteur/acteur qui a réussi qui se raconte. Non. D’ailleurs c’est un livre d’écrivain et pas un livre de mémoires.. C’est une véritable découverte d’une enfance/adolescence dans un petit coin de banlieue. C’est un garçon qui nait alors que sa mère voulait une « Brigitte », c’est un père absent et qui était un être à part, c’est un roman sur l’amour filial, sur la gaité et aussi sur la souffrance. C’est la description de la vie, sur les rapports humains, sur la complicité père/fils (un peu forcée), sur les rapports entre frères, sur la protection au sein de la famille. Emouvant, sincère, triste ou drôle, extrêmement vivant. Il y raconte sa jeunesse mais c’est la jeunesse d’un jeune qui se souvient des bons et mauvais moments. C’est aussi une belle description avec le vocabulaire et les références de l’époque. Ce sont ses souvenirs mais c’est aussi notre jeunesse. Un livre tendre et sensible, bien écrit.

Extraits :

une Clio grise de location était garée, échouée comme une enfant baleine sur une plage désolée du nord de l’Europe, semblable à un chagrin d’amour.

Banlieue, origine du monde, tu restes dans mon cœur comme la Bretagne pour un Breton, Marseille pour Pagnol, le pays d’origine d’un émigré

À l’époque, j’étais mal dans ma peau, encombré de moi-même, prisonnier comme d’une tyrannie, ce qui m’a laissé une sorte de souffle, un voile sur le cœur quand je respire

Je partais en vacances pour d’autres couleurs, tout était simple et beau, sauf peut-être mon intérieur et mes contours, mon petit fardeau

La guerre a bonne mémoire et tue parfois ceux qu’elle a ratés sur les champs de bataille

Pourquoi ce chagrin ? Un de plus ou un des premiers ?

À la place du bleu que tu avais à l’âme, le rose t’aurait fait voir la vie autrement. Le bleu te donnait des cernes, le rose aurait pu t’offrir des fleurs et te teinter les joues, va savoir.

Certaines photos vous donnent l’impression que votre mémoire s’étend au-delà de vos souvenirs

La photo est dans mon esprit, tu es là, maman, un peu partout et à toutes les époques en superposition, je te vois à tous les âges

Je te vois réfléchir, penser. Je te vois ne rien dire. Je t’entends te taire et les mots que tu penses, je les entends aussi

Du sang de Dieu au petit vin blanc, en passant par le whisky bon pour les artères, on n’en finit pas de trouver des raisons de s’en jeter un derrière la cravate ou de s’en prendre une bonne. C’est vrai que, floutée, la vie a une autre gueule

Mais la gauche aussi est sensible aux intoxications de cette société qui, sous l’influence de la publicité, finit par nous donner des désirs d’apparence.

Pour les ados de ma génération, l’image des icônes progressistes était comme celle des pop stars. Guevara, Bob Dylan, Angela Davis, Lennon, même combat : ils finissent sur des tee-shirts. Alors peut-être était-ce le début de la fin des pensées simples pour des gens simples

J’ai eu un accident avec une Mercedes qui m’a coupé la route à fond la caisse. » Et il conclut : « La Capri, c’est fini. »

Le monde était suspendu et le temps se taisait, la clameur retentissait en sourdine, même la nature était pâle. Impossible de revenir en arrière, la vie devait continuer

Il était d’une tristesse folle, le barrage avait sauté, ses peines enfouies coulaient de ses yeux, des rivières de montagne qui se réveillent

Tu utilisais n’importe quel prétexte pour justifier ton appétit charnel envers tout ce qui bouge sur terre et qui porte une jupe. Sauf les Écossais, avec tout le respect qui leur est dû

Je décidai de prendre les choses à la légère, c’est à la longue qu’elles ont pris du poids, jusqu’à devenir vraiment lourdes pour un garçon de mon âge.

Certaines choses restent suspendues, comme des morceaux de temps dans une cachette.

Elle était ainsi. Pourtant, elle en avait, des soucis, mais son vrai souci était ailleurs, le goût des autres

Les démons de midi viennent sans qu’on s’y attende, et ils vous cassent la boussole à en perdre la tête en même temps que le nord

Ces fleurs se replient le soir venu pour enfermer en elles tous vos souvenirs de la journée, elles vous invitent et vous envoûtent pour vous noyer à jamais dans l’antichambre des dieux, afin de les nourrir de vos cœurs attendris. Ce sont des sirènes botaniques dont le chant inaudible mène à un vertige fatal auquel vous succombez volontiers

Il vivait au rythme de ses marées, il courait après tout

Je me rends compte en regardant quelques photos et visionnant de plus près mes souvenirs, pour certains à la loupe, qu’au fond, je me suis toujours déguisé en autre chose que moi et qu’à chaque fois je me sentais mieux.

C’est peut-être toi qui t’en voulais le plus de ne pas être celui dont tu avais rêvé

Unis contre vents et marées, nous rêvions en collant la nuit nos idées sur les murs

Comment imaginer qu’une mère qu’on pensait immortelle puisse prendre froid et tomber gravement malade ?

Elle se sentait comme une robe à fleurs fanée et froissée qu’on ne portera plus.

Tout semble s’apaiser, mais il faut se méfier du calme comme de l’eau qui dort. C’est fou combien ce genre de dictons peut vous empêcher de saisir les moments comme ils viennent. Il faut toujours s’angoisser à l’avance, anticiper la tuile, ce malheur qui ne vient jamais seul

Les habitudes prenaient un coup de vieux, pour donner naissance à un autre chose dont nous avions conscience, c’est-à-dire l’air libre. Depuis, je n’ai cessé d’écrire pour que M. Cadet soit fier de

Je n’ai rien à te pardonner. Tâche d’être heureux. » Et puis elle a fermé la porte sur toutes ces années mortes, j’imagine qu’elle a mis le disque de Jean Ferrat et qu’elle a écouté « La matinée se lève » en regardant le ciel du printemps qui va naître.

Quand on brise le cœur de quelqu’un, on en brise toujours plusieurs à la fois, c’est ça la vie, un magasin de porcelaine.

Sur ces belles paroles, tu partis, armé de ton courage vacillant, pour Austerlitz… ou Waterloo.

la nouvelle tomba comme un morceau de montagne sur une voiture de touristes, la tuile version large

C’est parti comme un p’tit bouchon, le ton est monté comme un thermomètre en canicule

Elle a mis la clé sous la porte de sa vie de femme, c’était fini les hommes, elle n’en voulait plus

Elle vivait dans son monde, entre un passé disparu et un avenir dont elle n’attendait rien

tu semblais couler des jours paisibles bercé par le vent de là-bas, arrosé par le sang du Seigneur auquel tu ne croyais toujours pas mais dont tu connaissais plutôt bien les vignobles.

J’avais tant de choses à te confier et si peu de temps ou de courage, mais je savais que je t’aimais, ça je n’ai jamais cessé de te le dire. Même lors de nos désaccords, c’était comme ça, je t’aimais