Coulon, Cécile «Le cœur du Pélican» (01/2015)


Résumé
: Anthime, un adolescent inséparable de sa sœur Helena, vient d’emménager dans une banlieue de province avec toute sa famille. Il craint de ne pas s’intégrer dans cette nouvelle communauté où personne ne l’attend.
Pourtant, il va vite trouver le moyen de se distinguer et de se faire connaître. Lors d’une kermesse, il s’illustre par sa rapidité au jeu de quilles. Il n’en faut pas plus à Brice, un entraîneur obèse et bonhomme, pour l’enrôler dans la course à pied. Anthime, surnommé le Pélican, excelle dans cette discipline et devient un exemple et un symbole pour toute la région. Sa voisine Joanna l’adule mais le coureur n’a d’yeux que pour Béatrice, une camarade de classe, belle et charnelle, et qui ne reste pas, elle non plus, insensible à son charme… La veille d’une course déterminante, ils échangent un baiser qui scellera leur relation devenue désormais impossible à cause de la chute d’Anthime, qui s’effondre aux portes de la gloire…
Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout abandonné, désormais bedonnant, et qu’il vit un amour médiocre avec Joanna, Anthime reçoit un électrochoc. Il sort de sa torpeur lorsque ses anciens camarades de classe lui lancent le défi de traverser le pays en courant.
Le Pélican retrouvera-t-il en lui la force de redevenir un champion et combler, par la même occasion, son orgueil ?
Porté par une extrême émotion, Le Cœur du Pélican nous parle de la gloire et de sa fragilité, du sport et de sa souffrance. Il raconte le courage et la destinée à la fois banale et extraordinaire d’un homme qui réussit, connaît le succès, tombe et se relève. Cécile Coulon parvient formidablement à incarner ses personnages aux prises avec leurs désirs et aveuglés par les non-dits.

Mon avis : J’ai entendu dire que la romancière (de 24 ans !) écrit une thèse sur la littérature et le sport et qu’elle-même est une coureuse de marathon. Cela explique sans doute sa connaissance du sujet. Mais quelle claque que ce livre ! Un vrai coup de poing dans ma petite gueule. Je le recommande. J’avais été impressionnée de l’entendre en interview, le livre montre à quelle point cette romancière mérite d’être lue.
Ce roman pourrait être qualifié d’apprentissage. C’est l’Ascension et la chute d’un sportif. Anthime va reprendre sa vie là où il a abandonné, il y a vingt ans. Il va décider de se battre et de montrer au monde qu’il vaut plus que ce que les gens imaginent. Il va tout reprendre, après son long déclin progressif, pour aller au bout de lui-même, s’extraire de la médiocrité dans laquelle il évolue. Ce livre est aussi le rapport entre l’être humain et le sport, entre le sportif et les médias/le public. Au départ Anthime ne supportait pas sa vie, le mode bien propret dans lequel il avait été élevé, dans lequel il évoluait. La course à pied lui avait offert le moyen de s’extraire de ce milieu, de ce monde qu’il déteste. Et soudain c’est la chute, ce roman traite de la fêlure dans l’entre humain, de la violence qui l’habite. Nous avons tous de la violence en nous, elle est toujours présente mais chez lui, c’est le moteur qui le fait avancer. Elle est à la fois réaction contre le monde extérieur mais aussi réaction à ce qu’il s’impose au fond de lui. Ce livre traite aussi de ceux qui vivent par procuration, en fonction des autres, par et pour le regard des autres. Anthime vit par le regard des autres, pour ne pas les décevoir, mais il finit par leur en vouloir. Dans le sillage d’une idole (que ce soit un sportif, un acteur, un chanteur) il y a ceux qui évoluent (les manageurs, les entraineurs) qui ont envie de réussir par procuration, eux qui n’ont pas réussi tout seuls… Et il y a les admirateurs ou les anciens aadmirateurs, qui croient en lui, qui l’aiment et qui sont demandeurs à chaque instant. Et qui critiquent ce qu’il est devenu, se moquent de lui et de ses échecs… alors que lui ressent comme un sacrifice tout ce qu’il a fait pour eux.
En plus du personnage d’Anthime et de son entraineur, les trois femmes de sa vie. Sa sœur, son grand amour et sa femme. Toutes trois ont en regard différent sur lui mais toutes trois ont en commun de l’aimer en s’oubliant elles-mêmes.
C’est le roman de quelqu’un qui se retourne sur sa vie, sur son passé. C’est le reflux d’une vie gâchée, d’un passé qui lui montre son échec. Il n’a pas fait ce qu’il voulait, il n’a pas vécu l’amour qu’il voulait, il s’est laissé porter par la volonté de celle qui est devenue sa femme, il s’est laissé imposer ce qu’il ne voulait pas. Anthime est tout sauf une personne extraordinaire ; c’est un être qui pourrait exister dans notre entourage. Dans sa vie, les sentiments amour et admiration se sont transformés en méchanceté et haine ; de celui qui déçoit alors qu’il ne nous a jamais rien promis ; de ne pas être capable de donner ce que les autres attendent de vous. Si on n’arrive pas à s’accepter et à accepter l’autre pour ce qu’il est, c’est la rancœur et la violence assurées.
Il l’exprime en ces termes : « J’étais la beauté, l’incarnation d’un rêve dont vous n’avez jamais réussi à vous contenter. Alors, ne venez pas me cracher dessus simplement parce que j’ai quitté le masque, ne venez pas me dire que je vous déçois, parce qu’entre nous, vous m’avez déçu si tôt, si brutalement, que vous mériteriez de vous faire arracher les chicots à la petite cuillère. Comment osez-vous me dire que je me suis trompé ? Je n’ai pas choisi mon camp, je suis né dedans. J’ai marché à l’avant du troupeau pendant dix ans, je vous ai donné mon corps, ma vie, ma famille, ma nana. Je vous ai tout donné pour meubler vos discussions le dimanche, faire rêver vos enfants, vos enfants du même âge que vous avez protégés du monde extérieur en les collant devant la télévision. » Il s’adresse de fait au lecteur, au spectateur qu’il ne veut pas décevoir ; C’est de fait le demi-dieu idole qui parle, qui en veut à ceux qui l’on admiré. Comment et pourquoi en arrive-t-on là ? A tout sacrifier …et comment peut-on se remettre au moment où on quitte la une des médias, que l’on est plus la cible de l’amour des gens, qu’on ne fait plus rêver. Une fois au sommet, comment accepte-on de redescendre ? Car la performance est courte en regard de la suite…
Je ne vous raconte pas la fin…

Extraits
:

Une chose est sûre, il ne suffit pas de savoir que quelqu’un ne reviendra pas pour cesser de l’attendre.

Je l’aime, parce que je ne sais pas ce qu’il est devenu. Personne ne sait s’il est mort, s’il est riche, s’il est heureux. Son absence remplit nos existences de murmures incontrôlés, de gestes interdits, d’images atrocement glorieuses.

C’est dangereux le succès, ça vous mange la famille, la mémoire.

Les êtres humains, prisonniers de leurs mystères intérieurs, étaient déjà trop pleins de mensonges, d’idées, de fantasmes pour qu’elle pût raboter, réduire, poncer les parois de leur caractère, arrondir les angles de leur chair, effacer les traces des erreurs commises comme on prépare un appartement vide à la venue de ses nouveaux locataires.

leurs familles faisaient partie des seigneurs du village, insupportables fins de race accrochées à leurs terres telles des montagnes humaines qu’aucune érosion ne peut altérer.

…. accoudés au rebord de leur mariage à la manière d’un ivrogne écroulé sur ce qu’il reste du comptoir, à l’heure de fermeture.
Son corps bruissait, arbre aux branches de peau et de sang. Les blessures du passé apparaissaient partout, des ramures couleur de viande fraîche, prête à être découpée, mais impossible à cuisiner.

Il ne cherchait pas à noyer son chagrin dans l’alcool ; il lui apprenait simplement à nager

Mettez-vous en pièces pour les autres, défoncez-vous, faites craquer les squelettes, vendez-leur du rêve. Voilà ce que ça voulait dire : arrachez-vous la peau pour nourrir les espoirs des autres. Oiseau de malheur. Pour s’arracher le cœur, encore faut-il en avoir un.
Elle ne vivait pas sa vie ; elle vivait leur vie, celle qu’elle imaginait avec lui.

les gens ont une fâcheuse tendance à confondre silence et humilité

Gagner. Que voulait-il faire de sa vie ? Il voulait gagner. Encore et encore

sa haine était son trésor, son moteur, essence inépuisable qui nourrissait sa foulée, son cœur, soulageait ses muscles, écrasait la fatigue.
Je n’ai rien vu venir. Ça m’est tombé sur le coin de la figure ; le succès. Newton avait sa pomme. Moi j’ai la vitesse.

Ce n’est pas parce que vous vivez avec quelqu’un que vous connaissez cette personne mieux que quiconque. C’est l’inverse : plus vous êtes proche, moins vous portez d’attention à certains gestes. Englués dans l’amour, les mots, les sourires, les injures n’ont pas la même valeur. L’intimité vous empêche de prendre du recul. Vous ne voyez que de face, pas d’ombre, pas de contraste, pas de secret planqué sous les piles de draps propres. Vous ne faites pas attention à ces choses-là, puisque vous êtes sûre, tellement sûre de vous.

Plus ils l’acclamaient, plus il sentait le poids de leurs mornes existences peser sur ses épaules. En bon pélican, il s’était arraché le cœur et nourrissait ses admirateurs avec sa propre chair.

Il pouvait remporter le bronze, sans aucun doute. Mais le bronze n’était pas l’or, le bronze n’était pas gagner. Le bronze était un foutu lot de consolation, et il refusait qu’on le console, qu’on lui passe une médaille en chocolat autour du cou.

Pour monter cogner aux portes du succès, il n’y a pas d’ascenseur, il faut prendre l’escalier, et les marches sont branlantes.
elles brûlaient du même feu, portaient le même poids, celui des femmes qui savent à l’avance ce qui arrivera, et qui attendent sagement de voir le monde s’écrouler pour en reconstruire un à leur mesure.

Qu’il était loin le temps où son cœur battait si fort qu’il semblait exploser dans sa poitrine. De cette époque, il restait des souvenirs, des souvenirs gardés dans un tiroir qu’on évite d’ouvrir.

Une fille moyenne pour un type moyen. Elle occupait le vide sentimental de son cœur comme un locataire aimable.

Il ne faut rien lâcher, mais s’il n’y a aucune main à tenir, ça me paraît compliqué.

Dans sa bouche, dans sa voix, dans ses yeux qu’elle ne voyait pas puisqu’il lui tournait le dos, c’était quelque chose d’indécent, il disait ma sœur comme on dit mon amour à sa maîtresse, ma chérie à sa femme. Il disait ma sœur pour dire je t’aime.

…les problèmes arrivaient dans sa vie tels des malheurs bienvenus qui la poussaient en avant au lieu de l’immobiliser.

Derrière eux, la surface de l’eau, encore frémissante, ressemblait à un grand drap gris, aux ondulations sensuelles, la poitrine d’une géante semblait reposer sous les vagues

Un fusil à la place des yeux. Un fusil chargé à l’infini. Il ne savait pas avec quoi.

L’orage balafrait leurs vingt ans de vie commune. Mais la tempête, la vraie, était sur le point de tout emporter sur son passage.

Il ne faisait pas le poids. Personne ne peut rien faire devant la douleur d’une femme bafouée. Le pire, c’est qu’elle ne souffre pas de ce qu’elle sait, mais de ce qu’elle imagine.

Ils ne se regardaient plus, ils ne se voyaient plus. Chacun fouillait en lui-même, à la recherche d’une lame plus aiguisée pour écorcher l’adversaire.

Nous avons trois familles.
Celle que l’on rêve d’avoir, celle que l’on croit avoir et celle que l’on a vraiment. Déjà qu’avec une seule, rien n’est simple, alors toutes en même temps, pas étonnant que ça craque.

Les enfants n’aiment pas se sentir supérieurs à leurs parents. Aucun homme ne mérite la pitié de son gosse. Plutôt crever.

Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas quand ils ont perdu
Le passé n’était plus qu’une diligence aux chevaux fatigués qui le ramenait sans cesse au même point de départ.

il désirait échapper à sa bienveillance, à sa ponctualité, à son dévouement. Il l’aimait, comme on aime une photo d’un passé bienheureux.
Il s’enfonçait dans sa haine de lui-même, chaque jour il rajoutait une pierre à l’édifice, conscient qu’il avait échoué, que ses jambes n’étaient pas assez musclées pour le porter au-delà de ce quartier sans âme ni caractère.

il est des rêves impossibles à rattraper, même au pas de course.

Anthime s’écarta de sa propre enveloppe et plongea en lui-même comme un scaphandrier s’enfonce dans les tréfonds de l’océan.

Suter, Martin « Montecristo » (2015)

Résumé : Jonas Brand est reporter vidéo à Zurich. Spécialisé dans les émissions people, il rêve un jour de tourner Montecristo, un long métrage de fiction dont on lui a jusqu’alors refusé le financement. Lorsqu’il découvre qu’il est en possession de deux billets de cent francs suisses porteurs du même numéro de série – ce qui est a priori techniquement impossible -, il décide de mener l’enquête. Sans le savoir, il se trouve mêlé à une affaire dont il ne mesure pas l’ampleur.

« Le nouveau roman de Martin Suter nous introduit dans le monde interlope de la haute finance suisse. […] Montecristo n’est pas seulement le tableau profondément pessimiste d’un milieu. Il traite aussi de questions devenues quotidiennes de la vie politico-économique, en Suisse et ailleurs. L’importance vitale des banques pour le système, par exemple, invoquée par les conjurés pour justifier leur campagne de maquillage des comptes. » Sebastian Baltzer, Frankfurter Allgemeine Zeitung « Haletant thriller financier, […] Montecristo marque le grand retour de Martin Suter au roman d’investigation métaphysico-policière. […] La fiction devient entre les mains expertes de Suter une arme de destruction massive. » Olivier Mony

Mon avis : Bien contente de retrouver un Suter plus consistant que les petits polars de Von Allmen ! Un polar pur jus ! Un journaliste de presse people qui rêve de devenir réalisateur de films tourne quelques images lors d’un « incident de personnes » dans un train. Dans le même temps il se retrouve avec ceux billets de cent francs avec le même numéro de série. Est-ce possible ? Dès les premières lignes, on est plongés dans le feu de l’action. Le roman repose sur des coïncidences, sur le hasard. Une sombre histoire de faux billets ( ?) ; une écriture très précise, très minutieuse, beaucoup de détails, une histoire bien structurée et fort documentée. C’est une écriture cinématographique avec des scènes bien cadrées, même si, comme dans un film, il y a des flash-back. Les décors sont bien plantés et très révélateurs des personnages ; ils sont le reflet de leur caractère; les personnages se précisent au fur et à mesure que l’histoire progresse. Appartements et habillement indiquent comment les personnages souhaitent qu’on les perçoive. Et ce qui intéressant est que place est laissée à différents points de vue de différents protagonistes sur le déroulement des faits ; mais on a en permanence le « narrateur » qui lui sait de quoi il retourne. Le monde décrit par le roman n’est pas une petite Suisse idyllique ! Et l’auteur nous présente aussi les différentes facettes du journalisme ; il y a le journalisme d’investigation, et la presse people ; il y a le journaliste qui fait des concessions et celui qui résiste envers vents et marées. Il a le mérite de décrire les faits sans les juger. Martin Suter se permet de critiquer la Suisse, mais comme il est suisse, on lui accorde le droit de le faire ; de plus il est bien placé pour poser son regard sur le pays, lui qui a vécu de longues années à l’étranger.

Comme dans ses autres romans, il privilégie le vrai. Il fait attention aux détails, aux descriptions, afin de rendre ses écrits crédibles. Pour exemple la vérification en 18 points de la véracité des billets suisses. Il s’est également documenté sur les visites de prisonniers en Thaïlande, les hôtels, le cadre ou se déroule son roman.

En refermant ce thriller passionnant, je dois quand même dire que je suis effarée par les dessous de la place financière suisse/mondiale… Pas joli joli… cela fait réfléchir et c’est assez inquiétant. Je conseille vivement de le lire. L’écriture est fluide, le scénario suspense jusqu’au bout, les personnages crédibles…

Extraits :

C’est qu’une vie aussi bonne que celle des Suisses était difficilement supportable.

C’est comme ça, dans le cinéma : tout le monde veut de l’expérience, et personne ne vous laisse l’acquérir.

— Je suppose que tu n’invites pas tes rendez-vous à boire un dernier verre dès le premier soir.

— Si, répondit-elle. Mais pas ceux que je veux revoir.

Naogopa simba na meno yake siogopi mtu kwa maneno yake. C’était du swahili et cela signifiait : « J’ai peur d’un lion avec ses dents puissantes, mais pas d’un homme avec ses mots. »

Il était très rare qu’il parle de lui. Et quand il le faisait, cela lui laissait toujours une sensation désagréable, comme après une soirée trop chargée en alcool et en souvenirs imprécis.

Il s’assit sur son canapé blanc et attendit. Son appartement était à l’opposé du sien. Pas de bibelots, des murs nus. L’unique décoration était une bibliothèque comportant quatre étagères de livres rangés par ordre de grandeur.

Pour tout dire, les lieux ressemblaient à ce qu’aurait été son domicile s’il n’avait pas décidé de remplir son grand logement avec autre chose que sa seule présence. Il s’était peut-être aussi agi d’une simple réaction à son ex, qui lui avait reproché d’être un minimaliste.

 

Il lui était bien arrivé de préparer le dîner avec l’une de ses liaisons, mais il n’avait pas tardé à se rendre compte que cuisiner ensemble supposait plus de familiarité que coucher ensemble.

— Est-ce qu’il y a une question que je ne dois pas poser ?

Elle réfléchit un instant.

— Vous pouvez poser toutes les questions. À moi de voir si j’y réponds.

Les autorités policières de différents cantons avaient-elles le droit d’échanger ce genre d’informations lorsqu’il s’agissait de victimes et non de coupables ?

« Si tout le monde le fait, c’est déjà un petit peu obligatoire. »

À la joie que lui procurait la perspective de ce travail se mêlaient déjà les premiers signes d’angoisse de l’échec. Il avait toujours été à la hauteur du rêve, mais le serait-il aussi de sa réalisation ?

Ma mère dit qu’une vie entière ne suffit pas pour se connaître soi-même.

 

 

 

Suter, Martin «Allmen et la disparition de Maria» (2015)

4ème enquete de Von Allmen..

Résumé : La nouvelle enquête du détective zurichois prend une tournure peu ordinaire lorsque Maria, l’amie de son dévoué serviteur Carlos, est enlevée. La rançon exigée conduira les deux hommes à croiser des personnages bien singuliers… Spécialisé dans la recherche d’œuvres d’art, Allmen fait preuve de perspicacité et navigue avec flegme et aisance dans les milieux artistiques. De surprises en rebondissements, mais toujours avec élégance, il dirige brillamment son enquête et l’on se délecte à le suivre dans cette nouvelle aventure !

Mon Avis : 190 pages. C’est la suite du précédent. Je pense même qu’il faut avoir lu « Allmen et les dahlias » avant. Et même là, j’ai trouvé cet opus décevant, au niveau de l’intrigue car l’humour est toujours bien présent. Mais cette série est davantage un prétexte à la peinture d’un monde en voie de disparition qu’une série policière. Alors goutons de la plume de l’auteur et oublions le reste… Par contre j’ai bien aimé la face cachée Allmen, qui se soucie de Carlos, qui modifie son comportement en conséquence.. Derrière le dandy, l’homme de cœur sommeille… et un petit indice sur qui est à l’origine le personnage principal de la série..

Extraits :

le bref éclat de rire avec lequel les gens dont l’emploi du temps est désespérément saturé réagissent à une proposition de rendez-vous.

Plus elle faisait de vacarme, plus elle criait, plus elle trépignait et couinait, plus la panique montait en elle. Elle se cabra comme un animal pris au piège jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent.

Elle avait souvent cru déceler en lui une tendance à fermer les yeux pour ne pas voir les choses désagréables de l’existence.

Ne rien faire lui était devenu insupportable. Mais à présent qu’il avait trouvé une activité, il était bien forcé de constater qu’elle ne le distrayait pas non plus.

Ce qui, parfois, le maintenait éveillé, ce n’étaient pas les soucis. C’était l’insouciance qui, de temps en temps, l’empêchait tout simplement d’aller dormir.

Au Guatemala, un « petit problème » pouvait avoir toutes les dimensions imaginables,

Le bruit le plus puissant à l’intérieur de la voiture provenait du bref bégaiement de l’un des balais d’essuie-glace, une fois sur deux, lorsqu’il revenait sur sa course.

Car il ne mesurait pas la richesse d’un homme à l’argent qu’il possédait. Mais à celui qu’il dépensait.

 

 

 

 

 

Rankin, Ian : La série des enquêtes de John Rébus (et de Malcolm Fox)

Rankin, Ian : Toute la série des enquêtes de John Rébus (et de Malcolm Fox)

Auteur : Ian Rankin, né le 28 avril 1960 à Cardenden, village de la région de Fife (trentaine de kilomètres au nord d’Édimbourg), est un auteur écossais de romans policiers, de nouvelles, de romans d’espionnage et de critiques littéraires. Il est surtout connu pour sa série policière ayant pour héros l’inspecteur de police John Rebus.

Série Inspecteur John Rebus

L’inspecteur Rebus, le personnage principal de Rankin, est un détective d’une cinquantaine d’années, dur et quelque peu cynique. Il vieillit au même rythme que la publication des romans. Aux dires de Rankin10, Rebus serait né approximativement en 1947. Comme les inspecteurs de police d’Édimbourg prennent obligatoirement leur retraite à l’âge de 60 ans, on savait depuis de nombreuses années que les enquêtes de l’inspecteur Rebus s’achèveraient en 2007. La fin inéluctable de cette série inquiéta beaucoup ses lecteurs passionnés, à tel point que la MSP11 du Fife, Helen Eadie, fan de Rebus, posa la question au Parlement d’Écosse : « Pouvons-nous changer les lois de façon que les officiers de police judiciaires d’Édimbourg puissent travailler jusqu’à 65 ans ? » La ministre de la justice, Cathy Jamieson, répondit que les inspecteurs retraités pouvaient toujours revenir bénévolement communiquer leur expérience aux jeunes inspecteurs. Rankin doute toutefois que Rebus ait une quelconque expérience profitable à faire partager aux nouveaux.

Divorcé et amateur de whisky, Rebus travaille dans le centre mal famé d’Édimbourg. Il entre souvent en conflit avec sa hiérarchie, alors qu’il partage une certaine empathie avec les criminels qu’il côtoie. Rankin commente : « C’est un personnage du genre de Dr Jekyll et Mr Hyde, dans le sens où il paraît faire tout mal, et il finit par faire tout bien, (…) en cela, il est proche du détective privé américain. Il a la loi avec lui, et pourtant il agit comme quelqu’un d’éloigné de l’enquête. C’est parce qu’il n’aime pas l’autorité et qu’il n’aime pas faire partie d’une équipe. »

Ian Rankin a expliqué l’origine du nom de son héros. Son prénom John a été emprunté à John Shaft, détective privé américain de fiction, héros de l’auteur Ernest Tidyman, et Rebus, tout simplement parce que, dans le premier roman Knots and Crosses, cet inspecteur avait un rébus à résoudre : « Je reconnais maintenant que c’est un nom stupide », plaisante Rankin à la fin de son explication.

La série :

  1. L’Étrangleur d’Édimbourg Knots and Crosses (1987) voir article sur le blog
  2. Le Fond de l’enfer Hide and Seek (1991) voir article sur le blog
  3. Rebus et le Loup-garou de Londres Wolfman /Tooth and Nail (1992) voir article sur le blog
  4. Piège pour un élu Strip Jack (1992) voir article sur le blog
  5. Le Carnet noir The Black Book (1993) voir article sur le blog
  6. Causes mortelles Mortal Causes (1994)
  7. Ainsi saigne-t-il Let it Bleed (1996)
  8. L’Ombre du tueur Black and Blue (1997)
  9. Le Jardin des pendus The Hanging Garden (1998)
  10. La Mort dans l’âme Dead Souls (1999)
  11. Du fond des ténèbres Set in Darkness (2000)
  12. La Colline des chagrins The Falls (2001)
  13. Une dernière chance pour Rebus Resurrection Men (2002)
  14. Cicatrices A Question of Blood (2003)
  15. Fleshmarket Close Fleshmarket Close (2004)
  16. L’Appel des morts The Naming of the Dead (2006)
  17. Exit Music Exit Music (2007)
  18. Debout dans la tombe d’un autre Standing in Another Man’s Grave (2012) – John Rebus est ici à la retraite et Malcolm Fox est également présent dans ce roman qui constitue donc aussi le 3e roman dans la série de ce personnage.
  19. Saints of the Shadow Bible (2013)
  20. Even Dogs in the Wild (2015)

Série Malcolm Fox

  1. Plaintes The Complaints (2009)
  2. Les Guetteurs The Impossible Dead (2010)
  3. Debout dans la tombe d’un autre Standing in Another Man’s Grave (2012) – John Rebus est ici à la retraite et Malcolm Fox est également présent dans ce roman qui constitue donc aussi le 3e roman dans la série de ce personnage.

 

 

** Source principale : Wikipédia…

 

 

 

 

 

Rankin, Ian « Piège pour un élu » (2005)

Série John Rebus –  Tome 04 : Piège pour un élu (2005) Strip Jack (1992)

Résumé
: Lorsque Gregor Jack, jeune et brillant député, se fait surprendre dans un bordel à l’occasion d’une rafle de police, la presse à scandale est prompte à se déchaîner. Si le sémillant politicien peut compter sur le soutien du Clan, un groupe d’amis qui ne se sont jamais perdus de vue depuis les bancs de l’école, en revanche, Liz, son épouse, une riche héritière, brille par son absence.
Ce qui pouvait passer pour une bouderie vire à la tragédie lorsque le cadavre de la jeune femme est retrouvé. Plus aucun doute n’est permis : quelqu’un veut la peau de Jack.
L’inspecteur Rebus se retrouve alors plongé dans un univers de faux-semblants, où les paillettes cachent souvent une réalité des plus glauques. Pris entre une hiérarchie calculatrice et des subordonnés entreprenants, il mène l’enquête dans la campagne écossaise, s’ingéniant à faire tomber les masques les uns après les autres.
Mon avis : pas grand-chose à dire. J’aime toujours plus cet enquêteur, ses doutes et ses intuitions, sa vie privée un peu à la ramasse mais qui semble s’arranger un peu… Et puis cette Ecosse qu’il aime et décrit si bien… et si cela peut vous donner un indice.. je ne vais pas tarder à enchainer sur le tome 5…
Extraits:
Rebus était collectionneur de livres. Enfin, façon de parler. Mettons qu’il achetait plus de livres qu’il n’avait le temps d’en lire, attiré par la couverture, le titre ou les conseils grappillés ici ou là.

Mais les mots ne disaient pas tout. Impérieuse, grincheuse, joyeuse, futée, robuste, ingénieuse, têtue… On aurait dit les sept nains au féminin.

Il se leva tant bien que mal. L’alcool ingurgité la veille en fit de même et se mit à faire des cabrioles dans sa tête. Vin rouge et whisky. Le cru et la cuite. Que disait-on, déjà ? Ne jamais mélanger céréale et raisin. Peu importe, quelques litres de jus d’orange le remettraient d’aplomb.

Il dansait le twist sur ma veste que j’ai sauvée de justesse.
— Le twist ? Tu sais, ses références en matière de danse en disent long sur l’âge d’un homme.

Elle a son regard à vous givrer la banquise.

Tout les sépare, voyez-vous. Le feu et la glace. Le feu, c’est elle. Et lui la glace… en général pour accompagner son verre de scotch.

Il avait les nerfs qui grésillaient comme du bacon dans une poêle à frire.

Inutile que les rumeurs se mettent à voler dans tous les sens comme les arbres à l’occasion du lancer de troncs aux Jeux des Highlands.

Certains journalistes commencent toujours par faire les poubelles. Ce n’est pas par hasard qu’on dit « salir quelqu’un ».

L’Écosse avait ceci d’agréable qu’elle changeait de visage tous les cinquante kilomètres. Un changement de caractère, de paysage, de dialecte.

Le ciel était bas au-dessus des collines. Le beau temps n’avait pas tenu. C’était exactement le souvenir qu’il gardait des Highlands – un endroit couvert et menaçant. D’épouvantables drames s’y étaient déroulés par le passé, massacres et migrations forcées, querelles d’une violence inouïe.

tout dans l’apparence et le superficiel. Était-il si différent que ça d’un acteur ou d’un politicien ? Ou d’un policier, tout compte fait. Tous dissimulaient leurs mobiles profonds à l’aide de quelques astuces.

— J’ai l’impression de couler, inspecteur, répondit-il d’un ton calme. Alors je largue tout le superflu.

— Faire la pute n’est pas la pire forme de prostitution.

Elle aime ses animaux, les soirées à la maison au coin du feu, les dîners aux chandelles.
— Ça m’a l’air génial… Je vous donne trois mois maximum.
— Allez vous faire foutre !

— Bon sang, je sais que ce n’est pas du tout cuit. Je sais qu’il reste des zones d’ombre…
— Des zones d’ombre ? De quoi plonger le stade d’Hampden dans l’obscurité

Où étaient passés la confiance et le charisme ? Le visage qui rassurait les électeurs et la voix claire et honnête ? On aurait dit une sauce comme on les prépare dans les émissions de cuisine à la télé – ça réduisait de plus en plus.

Son unique but était de le faire parler pour qu’il n’ait pas trop le temps de réfléchir. Car moins il réfléchissait et plus on aurait de chance de lui arracher la vérité.

Le problème, ce n’est pas de faire quelque chose de mal, c’est de se faire prendre. Vous n’êtes pas d’accord ?

 

Rankin, Ian  : La série des enquêtes le John Rébus (et de Malcolm Fox)

Khadra, Yasmina «La dernière nuit du Raïs» (2015)

Résumé : « Longtemps j’ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde à genoux. J’étais la légende faite homme. Les idoles et les poètes me mangeaient dans la main. Aujourd’hui, je n’ai à léguer à mes héritiers que ce livre qui relate les dernières heures de ma fabuleuse existence.

Lequel, du visionnaire tyrannique ou du Bédouin indomptable, l’Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose même pas puisque l’on n’est que ce que les autres voudraient que l’on soit. »

Avec cette plongée vertigineuse dans la tête d’un tyran sanguinaire et mégalomane, Yasmina Khadra dresse le portrait universel de tous les dictateurs déchus et dévoile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.

 

Mon avis : 216 pages. Mais quelles pages ! En parcourant ce résumé qui dit « dresser le portrait universel de tous les dictateurs déchus » je ne peux m’empêcher de me demander si tel est bien le cas car je n’ai pas ressenti Kadhafi comme un dictateur comme les autres. La langue magnifique de Khadra mise au service d’un « personnage » plus que d’un dictateur. De Mouammar à Kadhafi, il y a un monde. Ce roman retrace la vie d’un jeune bédouin issu de rien qui surmonte toutes les difficultés pour finir laminé par son peuple. Il fait également la comparaison entre les dictateurs, car en aucun cas il ne peut accepter d’être comparé à un lâche, comme Saddam Hussein, qui se terre dans un trou ( – et pourtant – , ou à d’autres acteurs du monde arabe, du style Ben Ali, ceux qui se défilent. Lui est fier, mégalo, et affronte les bombes, debout face aux bombardements. Mais au bout du compte, qu’est ce qui est préférable ? Être pendu par les Américains comme Saddam ou lynché par les siens… L’homme est sans nul doute un personnage de roman, une personnalité à part entière, faite de clinquant et de faste, de folie et de démesure ; je n’ai pu m’empêcher d’être fascinée par la « bête de scène ». Khadra nous dresse le portrait de Kadhafi jeune, de ses colères, de ses doutes, de ce qu’il croit et veut être, de ceux qu’il respecte et de ceux qu’il vomit. Le roman retrace les deux faces de Kadhafi : la part « Guide » et la part « tyran » ; l’homme qui doute et affronte ses démons et ses cauchemars, l’homme qui croit en lui et fait face.Et au final, il nous décrit les dernières heures, la fuite, la fin qui est en opposition avec l’image qu’il se faisait de lui …

Et comme à chaque fois, je suis sous le charme de la prose de Khadra, qui fait passer tous les sujets, tous les thèmes, toutes les atrocités… Et je pense que si ce n’avait pas été cet auteur, je n’aurais pas lu un livre sur la dernière nuit du Raïs…Mais après avoir tellement aimé son « Ce que le jour doit à la nuit ».. je ne peux être infidèle en fonction du thème..

20.11.2011. Jour de la mort du Raïs.  Un roman écrit à la 1ere personne… Musulman, Bédouin, Militaire. Voici le portrait de Kadhafi, mais aussi ses points communs avec Khadra.

Khadra est entré dans la tête de Kadhafi comme en territoire connu et balisé. Celui qui voulait être un héros et faire du bien a fait le contraire de ce qu’il voulait faire : il a fait le mal et a été un bourreau. Il voulait construire une grande nation mais il a tout fait exploser. Un personnage fantastique sur le plan littéraire, qui est loin d’être un dictateur comme les autres, qui a commencé par apporter avec lui beaucoup d’espoir. Un personnage omniprésent dans le monde arabe et dans le débat politique, avec un discours violent, une figure médiatique, controversée, intense, hallucinée, débridée, mégalo…

Des anecdotes vraies et peu connues sont racontées dans le livre. L’auteur a écrit le livre en connaissance de cause, dans un genre de dédoublement de personnalité, avec l’impression de se ressentir et de l’avoir à ses côtés. L’auteur ne déteste pas Kadhafi, loin de là,  et il le comprend ; il ressent ses colères et ses angoisses. Pour lui on ne peut pas écrire sur l’autre si on le déteste ; si on déteste une personne on écrit la frustration et on ne voit pas l’autre. Son départ a plongé le pays dans le chaos, même si ce n’était pas la panacée alors qu’il était vivant, il a laissé la place à la violence. Que restera-t-il de ce personnage dans la Mémoire de l’Histoire ?

Extraits :

De ma pleine lune, il ne subsiste qu’une éraflure grisâtre à peine plus large qu’une rognure d’ongle

S’il y a moins d’étoiles ce soir dans le ciel de Syrte et que ma lune paraît aussi mince qu’une rognure d’ongle, c’est pour que je demeure la seule constellation qui compte

La misère était mon élément. Je ne mangeais qu’une fois sur deux, toujours la même nourriture à base de tubercules lorsque le riz venait à manquer. La nuit, les genoux collés au ventre sous ma couverture, il m’arrivait de rêver d’une cuisse de poulet jusqu’à me noyer dans ma salive

J’ai eu ton âge, il y a une éternité. C’est si loin que je ne m’en souviens presque pas

Il cherche ses mots comme on cherche un abri sous les bombes

Il ne mérite pas de marcher sur mes pas. Mon ombre ne serait pour lui qu’une insondable vallée des ténèbres

Ses joues ravinées lui tailladent la figure, conférant à son regard l’air hébété d’une bête à l’agonie

Occupés à se remplir les poches, ils ne se rendaient compte ni du monde qui mutait à une vitesse vertigineuse ni des lendemains chargés d’orages en train de s’enfieller à l’horizon

Un chef arabe ne rend pas le burnous

Il n’y a aucune différence entre celui qui se livre et celui qui refuse de se battre. Je dirais même que si le premier a le courage de sa lâcheté, le second en est totalement dépourvu

Mon destin se joue à pile ou face, et la pièce de monnaie demeure suspendue en l’air, aussi tranchante qu’un couperet

Les yeux plus grands que l’horizon, les cheveux noirs jusqu’au fessier, la peau translucide, elle semblait sortir d’un songe d’été. Je l’ai aimée à l’instant où je l’ai vue. Mes insomnies étaient emplies de son parfum

Je ne marchais pas, je planais, porté par les battements de mon cœur.

J’étais allé sur la plage voir la mer se pulvériser contre les rochers. J’eus envie de hurler jusqu’à ce que mes cris fassent taire le vacarme des vagues, jusqu’à ce que l’horreur dans mon regard fasse reculer les flots

pour moi, rien ne vaut la splendeur d’une guitoune déployée au beau milieu du désert et pas une symphonie n’égale le bruissement du vent sur la barkhane

Il n’est que l’ombre d’un vieux souvenir ; son regard, qui autrefois portait plus loin que la foudre, a du mal à s’aventurer au-delà du bout de ses cils

Tous les silences de la terre ne feraient pas taire la vérité

S’il vous arrivait malheur, la Libye ne s’en remettrait pas. Ce beau pays que vous avez bâti seul, contre vents et marées, s’émietterait comme une vieille relique vermoulue

Ce que je dis est parole d’Évangile, ce que je pense est présage. Qui ne m’écoute pas est sourd, qui doute de moi est damné

Je marche le nez en l’air, ma pleine lune en guise d’auréole, et je foule aux pieds les maîtres du monde et leurs vassaux

Je n’ai jamais prêté l’oreille à une autre voix que la mienne

mes camarades buvaient mes paroles jusqu’à l’ébriété. Ce n’était pas moi qui les ensorcelais avec mes diatribes, mais la Voix qui chantait à travers mon être

Confiance ? Cet attrape-nigaud ! J’ai aboli ce mot vénéneux de mon vocabulaire avant d’apprendre à marcher. La confiance est une petite mort

Ils se disent musulmans et c’est à peine s’ils laissent quelque chose aux démons

Un pied dans chaque magouille, les yeux plus gros que le ventre, il se faisait graisser la patte pour la moindre des choses et s’empiffrait aux frais de la monarchie sans être obligé de porter la main à la poche

L’important n’est pas d’où l’on vient, mais le chemin que l’on a parcouru. Personne ne m’a fait de cadeau. J’ai étudié sans bourse aucune et je me suis construit moi-même

J’étais malheureux comme il est rarement possible de l’être, aussi misérable que l’ombre squelettique raturant le sable, aussi éperdu que les racines tentaculaires qui s’enchevêtraient autour de moi, ne sachant où terrer leur douleur

Mes repères n’avaient pas plus de consistance que les mirages en train de se falsifier au loin

La nudité du désert se voulait une page blanche prête à recueillir le récit de mon épopée galopante.

Rien ne saurait être plus gratifiant pour un martyr que de rendre l’âme sans rendre les armes, en s’identifiant à chaque boule de feu, à chaque claquement de culasse, à chaque bout de chair happé par la spirale du sacrifice suprême

Sous mon règne, l’Iraq était une grande nation. Haroun Rachid n’a pas été meilleur souverain que moi. Mes universités produisaient des génies, Bagdad festoyait chaque soir, et chaque grain que je semais bourgeonnait avant de toucher terre. Mais toi, Mouammar, qu’as-tu fait de ton peuple ? Une meute affamée qui te dévorera cru

Il sait que j’ai la susceptibilité à fleur de peau et que s’il m’arrive parfois de pardonner l’insolence, je ne l’oublie jamais

Les mauvaises nouvelles compliquent les situations

il ne faut pas avoir peur de mourir car on risque de mourir de peur. Et puis, n’est-ce pas le but final de l’existence, la mort ? On a beau posséder le monde ou tirer le diable par la queue, un jour on est appelé à tout laisser sur place, nos trésors comme notre lot de misères, et à disparaître

Ce qui n’a pas de fin use et ennuie.

J’avais la foi, je n’ai plus d’idéal, monsieur. J’ai renoncé à la première pour ne pas avoir à la partager avec les hypocrites et j’ai renoncé au second parce que je n’ai trouvé personne avec qui le partager

— Vous avez écrit l’Histoire, Raïs.

— Faux. C’est l’Histoire qui m’a écrit

 

J’étais prêt à mourir en héros pour que ma légende soit sauve

Il n’y a pas de honte à être vaincu. La défaite a son mérite ; elle est la preuve que l’on s’est battu

Étranges, les volte-face du temps. Un jour vous êtes idolâtré, un autre vous êtes vomi ; un jour, vous êtes le prédateur, un autre vous êtes la proie

Quelle que soit la confiance que nous avons en l’être aimé, lorsqu’il n’est pas là, le doute devient notre animal de compagnie.

Quelle image gardera-t-on de moi ? Celle du Guide ou celle d’un tyran

Vous avez effectivement fait d’un archipel de tribus hostiles les unes aux autres une même chair et une même âme

Ce peuple m’a-t-il sincèrement aimé ou n’a-t-il été qu’un miroir qui me renvoyait mon narcissisme démesuré ?

Je craignais la traîtrise dans mes palais, elle me prend au dépourvu dans les faubourgs

Il est des forêts qui ne survivent pas à leur sinistre. Elles s’immolent comme les illuminés, et plus jamais herbe ne pousse sur leurs cendres

La vie n’est qu’un rêve dont notre mort sonne le réveil, se consolait mon oncle. Ce qui compte n’est pas ce qu’on emporte, mais ce qu’on laisse derrière soi

Au lieu de revoir sa copie, on s’entête à voir les choses telles qu’on voudrait qu’elles soient

 

 

 

Dupont-Monod, Clara « La Passion selon Juette » (2007)

Résumé: Juette est née en 1158 à Huy, une petite ville de l’actuelle Belgique. Cette enfant solitaire rêveuse se marie à treize ans dans la demeure de ses riches parents. Elle est veuve cinq ans plus tard. Juette est une femme qui dit non. Non au mariage. Non aux hommes avides. Non au clergé corrompu. Violente et lucide sur la société de son temps, Juette défend la liberté de croire, mais aussi celle de vivre à sa guise. Elle n’a qu’un ami et confident, Hugues de Floreffe, un prêtre. A quelles extrémités ira-t-elle pour se perdre et se sauver ? Car l’Eglise n’aime pas les âmes fortes.

Histoire: Sainte Ivette de Huy (également connue sous le nom de Juette), née à Huy en Belgique;  une veuve devenue recluse et mystique du XIIe siècle. Sa vie nous est connue grâce au chanoine Hugues de Floreffe. Elle est fêtée le13 janvier.

Mon avis: Belle langue, belle idée avec cette histoire racontée du point de vue de Juette et de celui du prêtre mais je ne suis pas rentrée dans le livre. Juette ne m’a pas attachée, le personnage n’a pas convaincu…Elle est féministe avant l’âge, contre la dureté des hommes et l’intransigeance de l’église, mais son comportement est calqué sur eux…

A rapprocher de : « Du domaine des murmures » de Carole Martinez ( voir article sur le blog); les deux histoires se situent à la même époque, et il s’agit de femmes poussées à épouser des hommes dont elles ne veulent pas et qui entrent en résistance. Mais de manière totalement opposée. Et le style est si différent. Juette est dure et je ne me suis pas attachée au personnage.

La critique du site evene : par Claire Simon

Avec ‘La Passion selon Juette’, Clara Dupont-Monod fait le pari de l’originalité en cette rentrée littéraire. Elle choisit pour intrigue l’histoire d’une enfant au 12e siècle, au coeur de l’agitation cathare.

Dans une société profondément régie par la foi catholique, la jeune Juette a du mal à trouver sa place, entre une foi intransigeante et un monde dominé par les hommes et la corruption. Mariée à 15 ans, devenir femme lui est insupportable, le sexe et l’enfantement la déchirent. A la mort de son mari, elle se libère des conventions. En se vouant totalement aux lépreux, elle trouve sa place et s’affirme telle qu’elle est. Forte de cette nouvelle assurance et de visions mystiques, elle va incarner une religion pure et dépouillée qui fera d’elle une sainte pour certains, une menace pour d’autres.

Le livre est un récit à deux voix, celle de Juette et de son ami prêtre, Hugues de Floreffe. Cette construction offre deux façons de vivre la religion et une belle réflexion sur la foi : l’auteur illustre avec brio le conflit entre une institution et des individualités, malgré tout ferventes. On saluera également le féminisme qui teinte l’histoire de Juette car, au-delà de la religion, c’est contre la soumission à des lois d’hommes qu’elle se bat. Malgré cela, ‘La Passion selon Juette’ n’est pas de ces livres qui vous transportent. Après tout, le pari était osé…

Extraits

Pourquoi fêter la fin de l’enfance ? On ne danse pas quand quelqu’un meurt !

J’ai longtemps cru que la solitude était une inclination du cœur. Un être seul était un incroyant. Il lui manquait la présence du Christ, seul capable de le délester de l’âme humaine. Aujourd’hui je comprends que la solitude est inscrite dans les lois du monde, au même titre que les feuilles des arbres ou le sang dans le corps. La solitude n’est pas un sentiment mais un élément organique. J’ai été vaniteux de croire que je pouvais y échapper.

Juette l’ignore mais elle me montre l’essentiel de la religion : cette part d’enfance qu’il faut porter en soi pour se montrer confiant et s’en remettre à une puissance supérieure.

Personne ne peut séparer la poésie de la violence. Elles sont les deux facettes d’un élan qui pousse à vivre et qu’il serait criminel de vouloir détruire. Les vrais fous, ce sont peut-être les esprits vertueux, comme ma mère. Ils effacent la vie, aveuglés par leur désir de ressembler aux anges.

A quoi servent ces grands édifices ? Il faut être stupide pour vouloir égaler le ciel. Croire en Dieu c’est déjà se construire sa propre cathédrale invisible. On n’a pas besoin de l’extraire de soi pour la planter sur un parvis.

J’ai peur de ces choses immuables, comme la pluie, la nuit qui tombe, la mort après l’amour, l’enfer après la mort.
S’il existe une éternité, c’est celle de la souffrance toujours répétée.

 

Rankin, Ian « Rebus et le Loup-garou de Londres » (2005)

rie John Rebus

Tome 03 : Tooth and Nail (1992) (Wolfman) Rebus et le Loup-garou de Londres (2005)

Résumé : Un tueur en série sème la terreur à Londres. Parce que sa première victime a été retrouvée dans Wolf Street (rue du Loup), parce qu’il laisse une morsure sur le ventre des femmes qu’il assassine, la presse l’a baptisé le Loup-Garou. À court de piste, la police londonienne fait appel à l’inspecteur John Rebus en qui elle voit depuis l’affaire de L’Etrangleur d’Edimbourg un expert ès tueurs en série. L’Écossais plonge dans l’univers de la métropole, avec ses métros bondés et ses cités dangereuses. Fidèle à lui-même, Rebus ne se fait pas que des amis dans la police londonienne et manque d’être renvoyé à Édimbourg. Quand une jeune et séduisante psychologue propose de réaliser un profil du tueur, l’occasion est trop belle pour qu’il la refuse. Toujours adepte des méthodes peu orthodoxes, il cherche alors à provoquer l’assassin, néanmoins celui-ci semble garder une longueur d’avance sur la police. Rattrapé par sa folie, le Loup-Garou sombre peu à peu dans une spirale destructrice qui menace d’emporter Rebus et sa jolie, mais pas si innocente, psychologue…

Mon Avis : Troisième opus et je découvre toujours le personnage de Rebus. J’aime bien cette série et là, bien malin qui va séparer le vrai du faux… Rien ne correspond à la réalité, et Rebus va finir par s’en rendre compte. Le pauvre Ecossais parachuté chez les Anglais va leur montrer ce qu’il vaut. Je ne sais pas comment je suis passée à coté de cette série depuis si longtemps.. moi qui aime l’Ecosse et l’humour britannique.( L’avantage c’est que sur une vingtaine de tomes, ils sont presque tous soit en poche soit disponibles sans attendre à la bibliothèque)

Extraits :

Ses gestes et ses paroles avaient quelque chose de retenu, de feutré, comme s’il cherchait à contenir ses émotions, son envie de crier ou de donner des coups de pied.

Rébus classait ses collègues de la brigade criminelle en trois catégories vestimentaires. La section jean et blouson de cuir, c’étaient ceux qui voulaient se donner l’air coriace. La clique élégante des costard-cravate convoitaient respect et promotion (pas forcément dans cet ordre). Et les insignifiants étaient ceux qui mettaient chaque matin les premières fringues qui leur tombaient sous la main, et dont la garde-robe était rafraîchie une fois par an en l’espace d’une heure dans un grand magasin.

Ses pensées se résumaient à une idée simple : toi aussi je t’emmerde. Au fil des ans, c’était devenu comme une rengaine. Toi Aussi Je T’emmerde. TAJT.

La morgue était ce lieu où un mort cessait d’être une personne pour devenir un sac de chair, de viscères, d’os et de sang.

Ils s’étaient tous renfermés, refusant de s’impliquer. Agiraient-ils de même au cours d’une bagarre ? En voyant un type baraqué voler le portefeuille d’un touriste ? Oui, sans doute que oui. Ici, le bien et le mal n’existaient pas : c’était le vide moral qui inquiétait Rébus par-dessus tout.

On aurait tant de choses à se dire mais on ne se dit rien. Insupportable. Totalement insupportable.

Coincés sous son bras, les journaux se tortillèrent, désireux de se libérer et de s’éparpiller par terre. Il les remit en ordre et les tint fermement sous son coude.

Glasgow était en pleine mutation. Alors qu’Edimbourg avait tendance à prendre de l’embonpoint depuis quelques années, sa rivale du sud s’employait à retrouver la forme. La ville avait quelque chose de chic et de tonique, un air fringant sans rapport avec l’image d’ivresse titubante qui lui collait à la peau depuis si longtemps.

Il fallait reconnaître que les côtes est et ouest d’Ecosse ne se portaient pas dans le cœur l’une de l’autre. On aurait pu dresser un mur entre les deux régions qui se livraient depuis toujours leur propre guerre froide.

— A votre place, j’irais mollo, lui conseilla le barman en lui tendant sa bière. Elle cogne dur.
— Sauf si c’est moi qui la descends en premier !

— Oui ?
Il étira tellement la syllabe qu’elle manqua se déchirer.

Une voix aussi froide que le carrelage d’une morgue, dépouillée de tout vestige d’humanité.

Il emprunta des rues pavées d’intentions plus ou moins bonnes, comme dans toutes les grandes villes. Des rues anciennes ou modernes, qui respiraient l’envie et l’enthousiasme. Et aussi le mal. Pas tant que ça, juste ce qu’il fallait. Après tout, le mal était une constante.

image : Old Bailey – Londres (une Cour centrale de la Couronne britannique)

Rankin, Ian  : La série des enquêtes le John Rébus (et de Malcolm Fox)

Angot, Christine : « Un Amour impossible » (2015)

Résumé : Pierre et Rachel vivent une liaison courte mais intense à Châteauroux à la fin des années 1950. Pierre, érudit, issu d’une famille bourgeoise, fascine Rachel, employée à la Sécurité sociale. Il refuse de l’épouser, mais ils font un enfant. L’amour maternel devient pour Rachel et Christine le socle d’une vie heureuse. Pierre voit sa fille épisodiquement. Des années plus tard, Rachel apprend qu’il la viole. Le choc est immense. Un sentiment de culpabilité s’immisce progressivement entre la mère et la fille. Christine Angot entreprend ici de mettre à nu une relation des plus complexes, entre amour inconditionnel pour la mère et ressentiment, dépeignant sans concession une guerre sociale amoureuse et le parcours d’une femme, détruite par son péché originel : la passion vouée à l’homme qui aura finalement anéanti tous les repères qu’elle s’était construits.

Née en 1959, Christine Angot est l’auteur de romans, dont Sujet Angot (1998), L’inceste (1999), Pourquoi le Brésil (2002), Les désaxés (2004), Le marché des amants (2008) et de pièces de théâtre, dont La place du singe (Théâtre de la Colline, 2005). Elle a préfacé une monographie sur Jean-Michel Othoniel (Flammarion, mai 2006).

Analyse du livre étayée par des interviews de la romancière (« Entre les lignes » 2/9/2015) :

Un nouveau opus « auto-fiction », qui relate une part de son enfance. Elle travaille en lisière du roman/autobiographie, sur l’inceste dont elle a été victime. Dans ce livre, elle revient sur cet événement et elle parle au « je ». Elle parle de ce qui s’est passé avant l’inceste dans ce livre. La différence de classe sociale est au cœur même du livre. Au moment où le père apparait dans la vie de la fillette, la relation incestueuse commence. La mère le découvrira par la suite, car la jeune fille s’est confiée à son premier amant. Dans ce livre on sort de l’intimité pour faire une lecture sociologique de l’événement. L’Inceste était inscrit dans la logique de la relation. La liberté dans la France des années 50. Et aussi le fait que l’apparition du père vienne démolir son enfance. Elle met en scène la rencontre de ses parents, elle reconstruit les faits. Ce n’est pas un roman, pas un témoignage ; elle ne raconte pas ; elle essaye de faire vivre les scènes, il faut faire abstraction de l’écrivain. Elle est celle qui est au service des personnages, celle qui est à leur place, et celle qui écrit et écoute les phrases. Elle éprouve émotionnellement puis relit de l’extérieur. C’est une pièce qui s’imbrique dans la suite logique des autres livres ; ils ne doivent pas se lire dans l’ordre mais elle construit une histoire avec le lecteur. Si le lecteur veut approfondir, il peut (il en sait plus que la mère si il a lu « une semaine de vacances ») ; Elle essaie de supprimer tous ses commentaires « de l’auteur » ; elle installe les personnages et laisse le lecteur en direct avec eux. Elle fait son possible pour se tenir en retrait. Dans « une semaine de vacances » elle écrivait à la 3ème personne ; la jeune fille ne parlait pas et était incapable de penser ce qu’elle vivait ; elle ne pouvait pas raconter. .Dans « Un amour impossible » c’est écrit à la 1ère personne.

Le livre commence par la description précise (très en détails) de la rencontre, du lieu de la rencontre, du contexte social. « Mon père et ma mère se sont rencontrés » est la première phrase du livre; ce fut difficile d’associer « père » et « mère », d’intégrer le « mon » et « ma », d’envisager le « je »; elle écrit pour les lecteurs, elle les voit et elle s’adresse à eux. Le lecteur doit être en relation avec les personnages ; l’auteur est là pour s’effacer. Elle ne raconte pas les scènes du livre et la réalité qui les a inspirées.

« C’est l’histoire d’un amour », comme le chante Dalida fort à propos… La dactylo et le grand bourgeois, le décor social est l’enjeu fondamental entre eux. Un portrait de jeune femme dans la France des années 50 ; La France de province : importance donnée aux lieux. Quand on vit les choses la description précise du décor est très importante, on y passe tous les jours et le statut social est déterminé par le lino ou le parquet en bois…

Rachel : elle était exilée à Châteauroux, elle se sentait pas à sa place, elle avait en elle le sentiment d’être faite pour un autre lieu, une autre vie. Elle n’avait pas l’impression d’être à l’endroit qui lui correspondait.

Pierre : elle sera fascinée par un homme venu d’ailleurs, les signes de l’apparence, le maintien, la démarche, la façon de parler et de se tenir. Il lui fait découvrir un autre monde et elle ne veut pas le lâcher ; sa jeune adolescente sera subjuguée par le même personnage, son père, une génération plus tard. Elle, elle pensera que son sentiment de déracinement, d’exil s’explique par le fait qu’elle a été coupée de cette « partie du monde », il lui a manqué 50% de son milieu. C’est un livre sur les humiliations et la fascination sociale. Le père est un prédateur, libre… et il se sert de son privilège de classe pour humilier. Il est dans la conscience de sa supériorité, il fait bloc avec lui-même, pas de désir d’être quelqu’un d’autre contrairement à elle, qui a besoin de sa parole à lui pour être quelqu’un d’autre.

L’enfant est un enfant désiré par les deux ; pourtant la lecture de la carte postale dans laquelle il dit qu’il ne se déplace pas engendre de la colère, de la révolte, des sentiments très intenses. On voit, dans les quelques réflexions sur sa famille à elle, qu’elle n’est pas la première a été fascinée par un homme « venu d’ailleurs » ; le grand père est venu d’Europe de l’Est mais né à Alexandrie. L’enfant né hors mariage est aussi un « héritage », qui se répète depuis 3 générations. L’inconscient se répète ; à nous de décider si on veut casser le moule ou pas et ce n’est pas une histoire de classe sociale.

A 13 ans, le père lui propose une semaine de vacances (référence à son autre roman paru en 2012) ; au retour elle qualifie son père, son séjour avec lui de « difficile » ; elle est rejetée, traiter comme une moins que rien, accuser de tous les maux. On voit comment l’adolescente voudrait raconter l’inceste mais ne peut pas… mais à travers ses récits elle raconte la violence.

Elle raconte son l’enfance passée dans le paradis qu’est la maison de la grand-mère ; l’enfance sans père est le paradis perdu. Puis il y aura la mort de la grand-mère, le rapport fusionnel avec la mère… avant la rencontre avec le père, qui va attaquer méchamment la relation mère/fille. . Ce père a passé son temps à ne pas venir. Mais la petite fille ne l’a pas attendu toute sa vie car la relation grand-mère-mère,-fille remplissait sa vie.

Dans le livre, le personnage est « la mère » et pas la petite fille, la jeune fille ou la jeune femme qu’elle va devenir. Elle a des choses à dire mais en périphérique. Ce que la mère ne sait pas, on n’est pas censé le savoir avant elle ; c’est l’itinéraire de la mère (son amour, son travail) …

Quand elle sort un livre, elle ne peut pas en écrire un autre. Le désir de le faire revient vite, pas fatalement la capacité. Les idées sont mauvaises conseillères, elles manquent de vérité. L’accouchement du roman a demandé 25 manuscrits.

Mon avis : Alors je dois dire que j’y suis allée à reculons ; deux personnes dont j’apprécie les conseils de lecture me l’ont fortement recommandé. Pourtant mes tentatives précédentes de lire du « Angot » n’avaient pas été convaincantes.

Je me suis accrochée ! Je vous le dit ! Je me suis « farci «  l’ennui pendant les 5/6 du livre pour trouver de l’intérêt et de la sensibilité dans les dernières pages du livre.. L’analyse sociale de la dépendance, de l’humiliation et de la destruction programmée de Rachel et sa fille par Pierre.

Je veux bien appeler ce livre un témoignage et une analyse sur la supériorité des classes. Mais certainement pas de la littérature, et pas un roman. C’est un récit, un témoignage, une analyse sur les classes sociales.

Lors de son passage à La Grande Librairie elle a dit, concernant son style, qu’il fallait qu’il soit le plus simple possible, par respect pour le lecteur, pour qu’il n’ait pas à se poser de questions. Et bien.. c’est réussi ! Le style.. quel style ? C’est plat et mal écrit. En tout cas, c’est précis ! Une vraie reconstitution policière.. Tel jour, telle heure, tel endroit.. avec les descriptions.. Un GPS désincarné.. L’énoncé des faits, aucune chaleur, aucune émotion. Une phrase sur trois comporte un « on » ; je crois que la lecture d’un rapport de médecine légale, ce serait encore plus chaleureux. Et tellement mauvais que cela fait passer la vie de cette pauvre femme au second plan et que j’ai fini par m’ennuyer sérieusement et me demander quand elle finirait de se plaindre.. Aucune empathie … Que de platitudes … Elle en est à découvrir que les brins de muguets sont parfumés ! Le scoop !

Extraits : (en italique LES 3 phrases que j’ai trouvé bien écrites)

La lecture de Nietzsche avait bouleversé sa vie. Après avoir fait l’amour, il lui en lisait couché quelques pages, elle posait sa tête dans le creux de son épaule, la joue sur son torse elle écoutait.

Ils marchaient sur le muguet tellement il y en avait. Ils n’avaient pas fini de cueillir sous leurs pieds qu’ils apercevaient déjà plus loin d’autres clochettes. Quatre mains ne suffisaient pas. Les brins étaient parfumés

— Il est là mon plus beau collier. C’est les deux bras de ma petite fille

Voyons voyons… La femme Scorpion est sentimentale…. — Mmm… Hhououi. — La femme Scorpion est souvent frigide… — Non… — Ou nymphomane. — Non plus

— Ç’a été difficile. — Ah ! Qu’est-ce qui a été difficile ? — Lui. Il est difficile. — Mais quoi ? Quoi en particulier ? — Son caractère. — Je sais

J’en ai marre moi, on fait rien, on s’ennuie. C’est pas intéressant ! Quel ennui. On est là, comme ça. Qu’est-ce que c’est ennuyeux ! Qu’est-ce qu’elle est pas intéressante cette vie ! Je m’ennuie moi ici. Quel ennui !! Mais quel ennui ! On parle jamais de rien. De rien d’intéressant. J’en ai marre de cette vie moi

C’est sûr que je ne peux pas lui apporter ce que son père lui apporte. Ce que je lui apporte ne lui suffit plus, je le comprends. Alors il y a un phénomène de rejet. C’est normal. Mais, c’est dur à vivre

Je ne vous dis pas que j’en souffre pas hein… Je pense pas être quelqu’un de bête, vous savez docteur. Mais j’ai pas la culture de son père. C’est sûr. Les discussions qu’on a toutes les deux sont plus simples. Sans doute. On a été très proches, vous savez, ma fille et moi. Ça fait un gros changement. Elle s’ennuie pas avec lui et c’est bien. Avec moi maintenant elle s’ennuie. Bon, je comprends. Ça me fait de la peine, je vais pas vous dire le contraire

Je ne suis pas d’accord pour que tu dises qu’on n’est pas une famille. On est une famille de deux personnes, mais on est une famille

Le timbre de sa voix n’était pas le même qu’avant. Les mots avaient l’air de sortir d’une boîte ancienne, d’y avoir été conservés plusieurs années, d’en sortir un par un, détachés les uns des autres, sans fluidité, comme de vieux papiers qui s’effritaient entre ses doigts à la lumière

Donc che te dissais, ch’ai hu l’impression que je refaissais cette fiolence à ta mère, qui était chuiffe. Cette humiliation. Que les Allemands ont fait aux chuifs. Ch’étais très mal à l’aisse

Une chape de plomb était en suspension au-dessus de nos têtes, en permanence. La hauteur variait. Sa présence nous empêchait de respirer. Parfois elle s’abattait sur nous. On ne pouvait plus faire semblant

J’avais cessé de l’appeler maman. Ça s’était fait comme ça, tout seul, sans intention, sans décision. Peu à peu. Ça n’avait pas été prémédité. Au début, la fréquence du mot avait baissé. Comme s’il n’était plus nécessaire. Ensuite, il avait pris une tonalité gênante. Il était devenu bizarre, décalé. Puis il avait disparu. Totalement. Il m’était devenu impossible de le prononcer

Il m’est apparu que, même quand on ressent la solitude, c’est souvent faux. Quelqu’un qu’on aime et qui vous aime, qui est là par sa présence ou sa parole, ça représente la vie

Je me disais c’est normal elle en a marre de sa mère. J’avais une perte de confiance totale. En nous. En notre relation. En toi. Je me disais elle découvre quelque chose de plus gratifiant. J’imaginais pas qu’il puisse y avoir une autre raison à ton état. Je pensais que tu étais mal parce que tu n’avais pas envie de me voir, de me retrouver moi. Parce que tu ne m’aimais plus

Je me suis remise à l’appeler maman au cours de cette semaine-là. Et même, à utiliser le mot sans nécessité. Pour l’avoir dans la bouche. Et le faire ressonner à son oreille comme une petite clochette enfin réparée

Tu as été rejetée en raison de ton identité maman. Pas en raison de l’être humain que tu étais. Pas de qui tu étais toi. Pas de la personne que tu étais

Et, comme son monde était supérieur au tien, sur plusieurs plans, selon leur classification, pas seulement sur le plan de l’argent, mais aussi comme ils disent de la « race », je te le rappelle, on n’en parle jamais mais pour eux ça compte, ça existe, il ne pouvait pas y avoir de conséquences sociales entre vous

 

Martinez, Carole «La Terre qui penche» (2015)

L’auteur : Carole Martinez est née en 1966. Son premier roman, « Le cœur cousu » a reçu de nombreux prix littéraires. « Du domaine des Murmures » a obtenu le Goncourt des Lycéens 2011.
« La terre qui penche » :prix de la Feuille d’or de la ville de Nancy – France Bleu Lorraine – France 3 Lorraine (12.09.2015)

Résumé : « La vieille âme, tout effilochée, écoute l’enfant qu’elle a été des siècles plus tôt sans se lasser de ses petits mensonges.
C’est étrange, mais je ne me souviens pas de ma fin. Je ne sais pas comment j’ai bien pu mourir et tu ne racontes jamais ta mort, ou peut-être la racontes-tu et ne suis-je pas capable de l’entendre ou de la retenir, peut-être me faut-il l’oublier pour parvenir à réécouter toute l’histoire, à la revivre grâce à toi. Je sais quand ma petite vie d’enfant a pris fin, mais j’ignore comment je suis morte. C’est comme si je ne m’étais réveillée qu’après… » Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

Analyse ( étayée par une interview de l’auteur) :
Se situe au même endroit que le précédent livre « Le domaine des murmures », 2 siècles plus tard. La Loue, la rivière, est un personnage récurrent, qui a déjà fait partie du décor du livre précédent, de même que le château. Elle a été peinte par Courbet, elle est pleine de légendes ; encore de nos jours, une dame verte l’habite et noie les gens. Les contes, les légendes, les chansons populaires ont traversé les siècles, elles évoquent l’enfance du monde, l’imaginaire. La nature, le silence, la dame verte et sa légende… A l’époque médiévale, le merveilleux est très important. C’est un conte, un conte médiéval qui reste dans l’enchantement de l’époque en question. Cette époque de l’histoire est à la fois celle du christianisme (tout le monde croit) et celle d’un sacré beaucoup plus archaïque et populaire (on croit à la pierre qu’il faut toucher pour avoir des enfants, aux légendes, aux fées, à la force de la rivière…) ; c’est un monde de magie et d’enchantement. C’est la magie du conte, cela parle de l’enfance de l’homme, cela fait rêver ou fait peur. C’est un roman sur l’enfance : on y parle de la mort de l’enfance et non de l’enfant.
Cette histoire romancée a pour cadre un château situé sur une terre qui penche. La Terre qui penche avec un grand T. Cette terre qui oblige les habitants de la vallée de la Loue à remonter la terre qui dégringole dans des paniers pour reconstruire leur coteau.
Cela se passe au XIVème, siècle de la misère, de la guerre de 100 ans, de la grande peste, de pauvreté et de mort. La petite fille, la narratrice, va mourir (mais de quoi ?) à 12 ans et elle dialogue avec son fantôme, six siècles plus tard. Un roman à deux voix entre l’enfance et la vieillesse de la même personne. Que reste-t-il en nous de notre enfance ? Comment passe-t-on notre vie à se la remémorer, à la refabriquer, à la romancer, à la réécrire ? Comment forge-t-on notre enfance en vieillissant ? Nos souvenirs sont-ils les nôtres ou ceux que les autres nous ont racontés et que nous avons intégré, modifiés et mis à notre sauce ? Comment a-t-on masqué délibérément des souvenirs qui sont enfouis mais présents et qui, qu’on le veuille ou non, modèlent notre personnalité et influent le cours de notre vie. Parfois, on se fabrique des souvenirs au moment où il nous arrive quelque chose. On transforme nos souvenirs, nos peurs, on fabule, on veut rattacher le présent au passé, et la petite va transformer poétiquement ce qui lui est arrivé. Enfant on ne fait que vivre et nous tentons d’analyser de notre enfance plus tard. La petite transforme son enfance, elle la relie à son présent. Elle revisite son enfance pour analyser ce qu’elle est devenue. Confrontation entre la vieille âme, aigrie qui a l’expérience du monde et la fillette qui vit plongée dans son présent avec toute son énergie. Décalage entre ce qu’on vit et la force de l’imagination qui transforme la réalité.

La fillette se raconte au présent. L’histoire de Blanche, a entre 11 ans et demi et 12 ans et demi, au moment où la terre penche pour elle, ou tout se bouleverse, ou elle quitte l’enfance. Elle veut apprendre à lire et écrire. C’est le fantôme de « Blanche » qui parle, Elle fait suite au fantôme d’Esclarmonde qui habitait là au XIIème siècle. Le fantôme parle par-delà la mort, elle parle en dormant et raconte son histoire à sa vieille âme de six cents ans qui a perdu sa mémoire, qui pleure son enfance perdue. Elle est donc écoutée par sa vieille âme, celle qui est morte depuis 600 ans et ne se souvient plus de ce qui lui est arrivé. On alterne entre la petite fille qui a toujours parlé en dormant et celle qui erre depuis 600 ans, en voyant ce qui se passe ; elle ne comprend pas comment elle a autant pu vieillir depuis qu’elle est morte. Elle aime se raconter son enfance, parler de ses sensations. Elle a le recul pour analyser sa vie, elle fait des rapports entre maintenant et il y a 6 siècles. Un pont entre celle qu’elle était enfant et celle qu’elle est devenue.

Le père est un personnage terrible au moment où la fillette nous le présente ; elle va apprendre à le connaitre au fil de l’histoire. Il n’est ni tout bon et tout mauvais. Il ne croit plus en rien, mis à part au chaos. Mais on va découvrir que c’est un être blessé.

Le rapport de l’enfant à l’écriture est très important. Une envie d’écrire, une recherche de liberté, d’autonomie, d’expression et aussi la peur de l’écrit, de l’impossibilité de s’exprimer.

Ici aussi la relation entre le texte et le tissu. Savoir écrire pour réparer sa petite chemise avec son nom, notion de trame du tissu et trame de vie qui était aussi présente dans « le cœur cousu ». Le tisse, le raccommodage, la broderie, la trame, le fil (elle finira par écrire son nom en écrivant son nom en prenant pour fil ses longs cheveux)

Celles qui prennent la parole dans les livres de Carole Martinez sont des femmes. Elles font vivre l’époque médiale, qui est très peu connue du point de vue des femmes.

Mon avis : C’est poétique, c’est ciselé, la langue est belle.  L’histoire vous emporte. Magnifique. Cette histoire est comme « la Loue », elle vous attrape, vous envoie plus loin, vous submerge, vous relâche, vous emprisonne, vous rend votre âme…L’eau, la forêt, la lumière, les animaux, les éléments.. ont tous une vie…  Magique …

Peut-être un peu difficile de rentrer dans l’histoire au tout début, mais ensuite on est pris dans le monde de la fillette et de la vieille âme et on est entre dans la magie…

Extraits :

Je dois me méfier de ces souvenirs qui n’en sont pas. Il se peut que je m’invente une mémoire, que, n’ayant plus ni aiguille, ni tissu, ni mains, j’aie brodé cette histoire dans mon esprit, puisque c’est tout ce qu’il me reste. Il est terrible de tant vieillir par-delà la vie et de ne plus parvenir à démêler le vrai du faux.

Au fil du temps, nous reconstruisons notre vie pour lui donner une consistance, une cohérence. Nous romançons, et il me semble que cette réécriture commence de notre vivant, déjà.

Au fil du temps, nous reconstruisons notre vie pour lui donner une consistance, une cohérence. Nous romançons, et il me semble que cette réécriture commence de notre vivant, déjà.

Tu as volé cette scène. Et tu t’es enfuie avec…

Son regard s’illumine en te voyant et c’est comme si son visage sec s’enflammait, tant ses traits mornes s’organisent soudain et s’étirent autour de ses yeux qui sourient.

Un rêve n’a aucun poids sur le réel, un rêve ne peut pas faire levier, ni dégager une jambe. Un rêve ne pourrait même pas se blottir contre moi et me tenir chaud dans la nuit qui vient.

Il est filou, le diable, et agile, il se glisse dans les têtes par de toutes petites portes, un livre s’ouvre et le voilà qui pointe le bout de son nez entre deux pages.

Je cause pour causer, pour emplir le silence de tous les mots que je connais.

Il ne veut pas faire de moi une lettrée, la faute au diable qui entre dans les âmes des filles qui savent lire !

Tu as tendu le cou vers le ciel d’où s’écoulait une lumière oblique, une bruine de clarté, tamisée par les superpositions de feuilles pâles, une onde hypnotique dans le balancement du pas de ton si grand cheval

L’eau passait entre tes mèches comme des doigts, elle te peignait, démêlait tes cheveux que le vent avait noués.

L’alphabet s’est fixé dans ma tête en sept jours, ces sept jours qu’il a fallu à Dieu pour créer le monde.

Les vides, quand on écrit, doivent être aussi larges que les barres. Le vide sépare et unit. C’est lui qui rend la lettre lisible tout en l’attachant à la suivante pour façonner un mot. Un vide deux fois plus large marquera la limite entre deux mots.

Les prés, les forêts, le monde du dehors ne me limitent pas comme ce misérable jardin de cire rouge où je dois dessiner mes barreaux en prenant garde aux vides. Si mes traits étaient plus espacés, je pourrais me faufiler, m’échapper entre les lettres, rêver en plein milieu d’un mot. Mais l’écriture que mon maître m’enseigne est si serrée que l’air n’y entre pas. Il reste dans la marge, là où poussent les drôleries, l’herbe étoilée et les rinceaux.
Tu t’étais détournée le temps de nous fabriquer un souvenir et, sans cette minute perdue en rêverie, toute l’histoire eût été autre, peut-être.

On oublie si vite nos rêves et nos désirs d’enfant, on les dilue pour les rendre acceptables, innocents et jolis. On ne se souvient que d’un monde doux et tranquille, alors que la pureté même de l’enfance est tout entière dans cette violence que tu dis sans détours.
L’enfant est un dévorant qui avalerait le monde, si le monde était assez petit pour se laisser saisir.
Ô mon enfance, tes rires et tes révoltes secouent mes vieux os et je tremble avec toi à mesure que tu racontes.

Tu m’as permis de comprendre qu’on pouvait jouir du bonheur d’un autre. Ta joie découlait de ta façon de regarder le monde et de t’en imprégner.

La mémoire est une alchimie merveilleuse, certains souvenirs nous donnent l’illusion du réel. Pourquoi retenons-nous cette minute plutôt qu’une autre ? Ce minuscule détail-là ?

Il ne faut pas tenter de fouiller l’éclat de ces réminiscences, car à y regarder de plus près, le souvenir délicieux, tellement tangible, n’est qu’un trompe-l’œil de fortune, bricolé à partir de lambeaux de sensations. Il nous fait croire que tout y est, mais nous ne saisissons la totalité de l’instant qu’à partir d’une trame élimée dont nous négligeons les trous.

Je voudrais tant me sentir libre d’apprendre. Mais on me l’a interdit si longtemps que cet interdit m’est passé dans le sang. Je tremble dès que je tente de dessiner les lettres sous le regard de mon maître. J’ai peur de le décevoir et peur de réussir. Peur de satisfaire le diable et de déplaire à mon père qui m’a abandonnée.

alors il a tourné plusieurs fois sur lui-même et s’est pelotonné dans le souvenir d’un temps perdu,

À son contact, on apprenait à associer les goûts et les parfums, à mesurer la force du feu et celle des épices, à respecter les proportions les plus justes, mais toujours quelque chose échappait, bien qu’elle ne se cachât pas pour composer ses plats. Ce quelque chose ne tenait à rien de précis, il était son palais et son nez, cette sensibilité qu’elle avait au moindre écart de goût, cette mémoire des sens, son propre plaisir à pétrir pâte et images ensemble, à touiller ses souvenirs, à humer les grands vents et les plus infimes parfums, à rêver les arômes, à goûter chaque seconde

D’après mon maître, le diable n’a que la force qu’on lui donne.

La puissance des représentants du divin sur terre est aussi temporelle que le reste, les croyances, elles-mêmes, sont temporelles. Les religions grandissent, vieillissent et, sans doute, finiront-elles toutes par tourner au mythe. Certaines s’enkystent pour survivre, d’autres luttent pour s’imposer, pour rester vivantes, puissantes, effrayantes. Il arrive que des assoiffés de pouvoir dirigent des affamés de sens, leur tracent la voie à suivre, justifient la violence, se justifient par la violence, utilisent les plus sauvages pour régner sur les craintifs et terrasser les autres.
Car qui mieux que Dieu peut légitimer un pouvoir temporel ?
Que Dieu soit muet arrange bien les choses.

Le rire est une menace, qui grignote les certitudes, découd les lèvres, décille les hommes, dénude les rois, le mieux est de le déclarer hérétique.

Elle ne pourrait ajouter des larmes aux larmes sans déborder, et la crue ravagerait son beau visage impassible, ce visage qu’elle s’acharne à tenir fixe pour ne pas s’abîmer les traits, ce visage lisse et tranquille qu’elle a posé sur son âme comme un masque de marbre et qui n’exprimera jamais rien d’autre que sa beauté jusqu’au jour où il craquera et où les peines anciennes, accumulées sous sa chair, jailliront toutes ensemble, emportant pêle-mêle dans un flot de larmes la couleur de ses yeux, l’arrondi de ses lèvres et l’arête de son nez.

Je suis transparente et le monde qui m’entoure m’est opaque.

Je regarde le ciel et je flotte parmi les nuées, j’ai la légèreté d’un nuage d’été et je m’endormirais bien là, bercée par l’étrange va-et-vient de la rivière

Tu n’as jamais osé cet infime baiser, mais tu l’as tant rêvé que j’en ai encore le goût salé dans l’âme.

Je marche dans l’eau entre mon ombre et mon reflet.
Je marche dans l’eau entre mon ombre et mon reflet.
Je trempe mes mains dans la lumière qui danse

Une histoire que l’on prend par la fin perd tout son charme.

Mais les hommes cherchent toujours au-delà, ils veulent pousser toutes les portes, ils ne respectent ni les secrets, ni les interdits, ni leurs promesses. On ne peut pas leur dissimuler ce qu’on est.

Dans ces bois touffus, toute ligne droite tournait en rond et la clairière était là, au bout de chaque promenade, comme la seule destination possible

La nuit, les bêtes poussent leurs cris terrifiants, la forêt me lèche au visage, son haleine humide me pénètre jusqu’à l’os, et le feu des hommes a bien du mal à tenir les ténèbres à distance

Chacun de ses gestes est un vacarme qui fait sursauter le monde et nous gueule qu’il existe.

Je suis eau vive, car je m’emporte facilement et que je file entre les doigts de qui veut me saisir.

Le seul orage qui menace gronde dans le cœur des hommes.

Son âme est une dentelle, si fine, si belle et si fragile.

Jamais tu n’avais vu la mort à l’œuvre en un corps aimé, jamais tu ne l’avais vécue de si près, jamais elle ne t’avait paru tellement injuste, gratuite, injustifiable. Elle s’appliquait à miner les couleurs de la peau et des yeux, à réduire la carrure, à dévorer la chair, elle semblait l’aspirer du dedans

La vie t’avait abasourdie, arraché les nerfs, déracinée. Tout était vide, le ciel, ton cœur, les mots, ta pensée.

Les filles n’ont pas leur mot à dire dès qu’il est question de les marier. Les filles n’ont rien à dire d’une façon générale.

l’élan d’une aube est une force vive qui est à la fois un début et une fin. Un instant bref et fort comme un coup de tonnerre qui s’effrange en lumière, une étincelle qui nous fait renaître à nous-même.
Le jour vient, quand la nuit va…
Les aubes de mon enfance me manquent infiniment et celle-là plus que toute autre. Je ne parviens plus à vivre un moment neuf, désormais. Seuls, ces souvenirs que tu ravives me sont une fête.
Le jour vient, quand la nuit va…
Les crépuscules m’exaspèrent davantage encore ! Je n’en puis plus de ces agonies outrancières. Crachats de couleurs, spasmes sanglants. La grande scène de la fin du jour m’indispose. Il ne manquerait plus qu’il gueule en crevant !

Les secrets de famille sont des fantômes, on les enterre, mais ils nous hantent. Si je doutais de mon existence, je dirais même que ce sont les seuls vrais fantômes. Mais peut-être ne suis-je qu’une simple histoire de famille qui se cherche désespérément un sens…

S’ils s’imaginent que c’est simple d’être une rivière et de s’emporter sans le vouloir ! Je suis une eau sauvage, soumise à ses humeurs.

Je suis une tentation, car je suis vivante et profonde. Je dissous tout, même le ciel immense que je mets à portée de leurs mignonnes mains. Ils se laissent prendre à la féerie des reflets, ils aiment voir danser les lumières sur ma peau.

 

voir aussi : « Du domaine des murmures »

Nothomb, Amélie « Le crime du comte Neville » (2015)

Et comme souvent, le premier livre de la rentrée est celui d’Amélie…

Résumé : « Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. » Amélie Nothomb

Analyse : 24ème livre de la Baronne. L’Histoire d’Henri, désargenté, qui prépare sa dernière garden-party dans le château qu’il va devoir vendre. Une diseuse de bonne aventure lui prédit qu’il va assassiner un invité au cours de la fête. Le roman se déroule dans le milieu restreint de l’aristocratie belge dont l’auteur fait partie. Ce milieu est statique, il n’évolue pas. On voit bien qu’A.N. a de la tendresse pour ce petit microcosme. Il faut bien faire les choses, respecter les règles de la bienséance, la manière est plus importante que l’acte, et si les apparences sont sauves, tout va bien. Le modèle : son père, le conte, et sa vie qui tourne autour de l’art de bien recevoir.

Avec la diseuse de bonne aventure, la notion de destin est évoquée ; une part de la vie est prédéterminée, l’autre dépend du choix de la personne.

Une fois encore, comme dans les autres livres, le choix des prénoms est important et les prénoms choisis par la romancière sont toujours hallucinants. Elle a inventé pour ce livre celui de « Sérieuse » et son explication est un peu tirée par les cheveux, mais au point où on en est… Les deux autres enfants du compte doivent gérer les prénoms d’Oreste et Electre. Et bien sûr on aurait pu penser que la troisième serait Iphigénie et non « Sérieuse »… la réponse est dans le déterminisme : l’infanticide est choquant. « Sérieuse », c’est Amélie adolescente. Elle se considérait comme morte-vivante, n’éprouvait rien et son réveil à la vie est tel que décrit dans le livre. La description de la vie de noble désargenté et le culte des apparences et des invités semble être familière à l’auteur et expliquer son désamour des invités.

J’ai bien aimé la référence au roman d’Oscar Wilde « Le crime de Lord Arthur Saville » : dans ce roman Lord Saville doit tuer une personne : c’est un acte grossier et mal élevé, mais ce n’est pas un acte déshonorant. Le meurtre d’un invité est « le déshonneur absolu » car l’ invité est la personne la plus respectable qu’il soit au monde et on doit tout faire pour qu’il soit à l’aise et bien traité. Alors le tuer ! et en plus avec préméditation ! Mais maintenant il va falloir que je relise le roman d’Oscar Wilde…

Le petit roman est divisé en deux : la cogitation sur la personne à éliminer car il ne remet pas en cause la prédiction et le passage en revue des invités. Et la réalisation… Et comme toujours pas de morale : un crime est commis mais la justice n’est pas rendue…

Et la morale de l’histoire : la vie ne s’éveille que par la beauté..

Mon avis : Ouais…… un peu facile.. Alors de quoi passer une heure de détente, avec quelques références littéraires et aristocratiques mais pas le meilleur. Comme souvent un livre farfelu, fantasque.

C’est le premier des livres de la rentrée 2015 que j’ai terminé avec référence au père. Au programme le Carole Martinez et le Angot : pas la même relation au père…

Extraits :

Depuis quelques années, pour d’obscures raisons, les gens ne se satisfaisaient plus des termes sentiments, sensations ou impressions, qui remplissaient pourtant parfaitement leur rôle. Il fallait qu’ils éprouvent des ressentis

En Belgique, il n’y a pas de loi pour protéger les monuments historiques. Rien n’empêcherait les futurs propriétaires de raser cette construction de 1799 et l’antique forêt qui l’entourait. Ne plus posséder cet endroit de rêve n’était pas grave, mais qu’il soit détruit, même à titre d’hypothèse, les suppliciait tous les deux

Le prénom Ernest signifie sérieux. — Pourquoi pas Ernestine, alors ? — C’est laid, Ernestine. Sérieux n’est pas très beau, mais Sérieuse, c’est magnifique.

On ne racontera pas ici les péripéties de ce noble anglais, pris entre les exigences contraires du devoir, de l’étiquette et de l’amour

En plus, mon cas est mille fois pire que le sien. Lui apprend seulement qu’il va devoir tuer quelqu’un. Ce qui peut arriver à n’importe qui, par accident ou pour mille autres raisons très défendables. Moi, je vais tuer un invité pendant la réception que je donne

L’invité était celui que l’on espérait et attendait chez soi depuis toujours, dont la venue était préparée avec une attention extrême

Voyons, combien de fois vous ai-je répété que je ne lis jamais de roman ? » Vous vous étiez alors rendu coupable d’oubli de conversation antérieure

Tuer un invité dans un instant de colère, cela sent sa classe, c’est chic. Préméditer l’assassinat d’un invité, c’est prouver, avec la dernière grossièreté, que l’on ignore l’art de recevoir

Modernes par leur date de naissance, ils avaient été élevés selon le monde ancien par des parents que leur milieu avait rendus aveugles à cette révolution

Je te préférais muette. Là, tu parles. C’est désastreux.

tu séduis pour l’unique plaisir de donner à l’autre l’impression qu’il mérite tant d’efforts. Ta séduction est une générosité

Quand on n’est jamais ému, on n’est jamais passionné

l’insomnie consistait en une incarcération prolongée avec son pire ennemi. Ce dernier était la part maudite de soi. Tout le monde n’en était pas pourvu : ainsi, tout le monde ne connaissait pas l’insomnie.

Il était l’hôte absolu, solaire, il avait fait cela toute sa vie

 

 

de Giovanni, Maurizio «La collectionneuse de boules à neige» (2015)

Les enquêtes de l’inspecteur Lojacono (tome 2)

Résumé : Au commissariat de Pizzofalcone, l’heure est à la reprise en main. Pour redorer le blason de la police dans le quartier, le commissaire Palma s’est mis en tête de recruter tous les flics fêlés et meurtris des commissariats des environs, jusqu’à l’inspecteur Lojacono, encore auréolé des retombées médiatiques de l’affaire du « crocodile».
Le meurtre d’une notable donne très vite à son équipe hétéroclite l’occasion de faire ses preuves. Cecilia De Santis, épouse d’un notaire réputé, et membre du gotha napolitain, a été retrouvée morte dans son salon, le crâne fracassé par une boule à neige. C’était pourtant une femme généreuse, qui vivait presque recluse, et dont le seul travers connu consistait à collectionner les objets les plus kitsch…
Un loisir inoffensif à première vue, que l’on verrait mal aiguiser les appétits criminels ! Mais qui sait quelles passions soudaines le soleil napolitain est capable d’éveiller ?

Mon avis : Retrouvé avec plaisir l’ambiance et les personnages et fait connaissance des nouveaux collègues de Lojacono, belle brochette de bras cassés atypiques. L’intelligence de l’inspecteur fait merveille et les ombres, la brume, le vide, le silence, la solitude et la « désespérance » qui marque cette série. Je m’attache… Et je recommande cet auteur italien.

Extraits :

Parce que c’est comme ça, l’amour. On peut le camoufler longtemps derrière les regards et les gestes du quotidien. On peut le cultiver comme une plante, en silence. Mais le jour où l’on décide de le laisser sortir, de l’étaler au grand jour, alors on ne le contrôle plus. C’est lui qui commande, l’amour. Il décide pour nous, il éclot comme une fleur sublime, il veut prendre toute la place

Ici, en revanche, on eût dit le plein hiver : une alternance de vent et de pluie, des femmes poursuivant leur parapluie retourné le long des trottoirs.

Mais le silence peut être beau, quand c’est un être aimé qui est au bout du fil.

Il y avait quelques mois à peine, cette petite phrase se serait logée dans son estomac et l’aurait perforé pour aller faire son nid dans ses intestins, où elle l’aurait taraudé pendant des heures

Une étrange amitié était en train de naître entre eux, tendue comme une corde de violon, car tous deux savaient secrètement qu’ils se plaisaient, et même beaucoup

Mais les silences ne trompent pas, disait-on dans son pays ; les mots, oui, les silences, jamais

Ce serait drôle si les émotions restaient suspendues en l’air comme une odeur. Si le parfum de ton sourire triste, la dernière fois que j’ai vu ton visage, y flottait encore. Va savoir quel parfum il aurait, ton sourire

Et beaucoup de silence. Des tonnes de silence, suspendu dans l’air ambiant comme une mauvaise odeur, un miasme insupportable. Dans ce genre de cas, on s’agrippe à son travail. Surtout quand il représente une passion, ce qu’on a toujours voulu faire depuis l’enfance. Surtout quand on est compétent. Et puis tout à coup, le travail se casse la gueule. Lui aussi

L’amour est cette force qui vous prend par la main et vous conduit jusqu’à la fin de la journée, du mois, de l’année et de la nuit. C’est un rêve, une simple illusion : mais on peut la conserver et la cultiver, cette illusion, et la faire croître jusqu’à l’habiter

Tu sais, mon amour, c’est comme ça : quand on a commis une erreur, on se dit qu’on pourrait récidiver. On n’apprécie pas le fait qu’une seconde chance nous soit accordée. Pourtant, c’est tellement important

Deux. Deux natures, deux personnes. Ombre et lumière. Peut-être, songea-t-elle, que tout le monde est comme ça

Nous sommes tous pareils, dotés d’un versant clair et d’un versant obscur.

Vous ne rentrez jamais chez vous, ou quoi ? Sa collègue ricana. — Si si, on y rentre. Mais tu sais ce que c’est, le boulot. Il se loge dans un coin de ton esprit, qui continue à ruminer

c’est un bel homme, athlétique, jeune d’allure. Et qui a du pouvoir, le meilleur des cosmétiques pour un homme

Mieux vaut vivant et mouillé que mort et sec. Je préfère marcher, merci

La fenêtre encadrait le golfe gris, la mer encore démontée et le ciel lourd. À l’arrière-plan, un énorme pétrolier noir ressemblait vaguement à une baleine vagabonde. La péninsule, de l’autre côté du golfe, était un profil sombre qui allongeait son doigt dans la grisaille, comme pour indiquer la silhouette de l’île peu distante. Lojacono pensa à la beauté dont cette ville pouvait se parer. Quand on l’observait de loin

Je te répète ce que je t’ai dit à l’époque : parler avec elle, c’était comme se pencher au-dessus d’un gouffre. Elle était désespérée, plongée dans une détresse psychologique irréversible

La femme se tourna lentement vers eux et les scruta à travers ses verres fumés. L’impossibilité de voir ses yeux et le réseau de rides sur sa peau conféraient à son visage une fixité de reptile qui les mit mal à l’aise

Ce n’était pas une beauté, mais elle était très douce et avait un regard si intense qu’il fascinait tout le monde. Elle était belle, très belle, mais dans l’âme. Elle avait mille couleurs dans l’âme

Vu leur âge, peut-être qu’ils fricotaient ensemble au paléolithique

J’ai vu l’envie de vivre disparaître peu à peu de tes yeux, ton regard errer dans le vide. J’ai entendu tes silences s’allonger, tu as cessé de parler, de participer à ces bavardages vains que je déversais sur toi, dans l’espoir de chasser le fantôme de la mort qui embrumait ton âme

Tu voulais que je te laisse t’en aller. La veille au soir, quand tu m’as tenu la main en me regardant dans les yeux à travers tes larmes, avec tout l’amour du monde, j’ai cru que tu avais mal et j’ai essayé de te distraire. Alors que ton regard était en train de m’écrire ton message d’adieu

Parfois, la pitié des gens est un poids supplémentaire que je ne supporte plus, c’est tout

Le mariage peut être pire que la prison, tu sais.

Des éclairs étincelaient dans ses yeux, comme les coups de semonces d’une tempête.

Dans son parcours professionnel, il avait eu trop souvent l’occasion de constater les ravages que le meurtre provoquait parfois chez son auteur : la victime, en plongeant dans les ténèbres sans retour, emportait avec elle une partie de l’âme de son agresseur

Le bureau, c’est un nid de guêpes, mettez trois femmes ensemble et c’est la guerre permanente, pire que la bande de Gaza

Je devais élever la voix, le vent et la mer heurtaient les volets comme s’ils voulaient entrer

confesser… si je peux éviter, je préfère. Ça m’embarrasse, on en a déjà parlé. Je ne sais pas comment t’expliquer ça… j’ai l’impression d’épier les gens, de pénétrer dans leurs pièces les plus sombres.

Tu ne comprends pas la grâce, pour ceux qui désirent quitter une vie douloureuse, une existence faite de silences et d’ombres, où chaque souvenir est un coup de poignard, la grâce immense que représente la rencontre avec celui qui les soulagera de leur fardeau

 

1ère enquête : (voir article)