Redondo, Dolorès «De chair et d’os» (2015)

Après « Le gardien invisible » voici le deuxième volet de la trilogie du Baztán (Legado en los huesos)

Résumé

Brillant élément du commissariat de Pampelune, l’inspectrice Amaia Salazar se voit chargée d’enquêter sur d’atroces crimes sexuels. Les victimes sont des femmes et tout semble indiquer que les bourreaux soient leurs maris ou compagnons. Mais des rituels macabres, qui rappellent des pratiques de sorcellerie locale, laissent penser qu’un fou diabolique pourrait orchestrer ces meurtres en série. Salazar n’en a pas fini de découvrir les turpitudes de cette vallée de Baztán dont la rivière semble emporter les secrets terrifiants.

Amaia Salazar a d’autant plus de mal à mener son enquête qu’elle vient de donner naissance à l’enfant qu’elle et son compagnon ont tant désiré. Pas facile de devenir mère quand la mort rôde et que le souvenir de celle qui vous a donné la vie vous inflige de violents cauchemars. Mais la jeune femme entend bien aller jusqu’au bout de ses recherches, quels qu’en soient les résultats.

Mon avis : J’avais beaucoup aimé le premier volet et je me suis à nouveau laissé embarquer dans la « magie » basque. Des crimes sordides, une ambiance en nuances de gris, dans une nature peu amène, entre pluies et inondations, dans la montagne, une région sauvage. Maintenant Amaia cumule les rôles d’épouse, mère et inspectrice… Cela fait beaucoup… Et elle va se trouver au cœur d’une enquête dans laquelle elle se trouvera à la fois enquêtrice et impliquée. Suspense total. Une enquête qui mêle psychologie, psychiatrie, racines, présent et passé. Les contes et légendes, les pouvoirs (sur)naturels, les blocages, les haines viscérales, l’instinct… mais aussi l’intelligence, l’amitié, les liens familiaux, la force de l’amour, la rigueur… L’imbrication mythologie/enquête fonctionne parfaitement. Pour être parfaitement honnête, le lien Mère-enfant m’a semblé parfois un peu trop appuyé ; mais c’est un petit détail par rapport à tout le reste.

Le tome un est paru en édition de poche chez Folio policier (n° 752) ; le troisième volet n’est pas encore traduit

 

Extraits :

Un tarttalo, c’est un être mythologique, non ?

— Je crois… oui, un cyclope de la mythologie gréco-romaine, et basque aussi, c’est tout ce que je sais.

Pendant des années elle avait hébergé la peur en elle comme une visiteuse indésirable et invisible qui se manifeste seulement dans les moments de faiblesse.

La peur était un vieux vampire qui planait au-dessus de son lit quand elle dormait, tapi dans l’ombre, et hantait ses rêves par d’horribles présences.

Certaines batailles sont perdues d’avance, et parfois il vaut mieux ne pas lutter aujourd’hui pour mieux le faire demain.

Elle avait lu quelque part qu’il ne faut pas revenir dans un lieu où on a été heureux, car c’est une façon de commencer à le perdre, et elle se disait que l’auteur de cette phrase avait raison. Les lieux, vrais ou fantasmés, idéalisés par l’imagination, peuvent se révéler terriblement réels et assez décevants pour en finir d’un coup avec le rêve. C’est un bon conseil pour qui possède plus d’un lieu où revenir.

Dès qu’elle franchissait le seuil, elle sentait mille présences enveloppantes qui l’accueillaient dans une paix quasi utérine.

Ils firent l’amour sans bruit, d’une façon intense et profonde, avec cette force qui sert à se venger de la mort, à se dédommager de ses outrages. Le sexe d’après les enterrements, le sexe après la mort d’un ami, le sexe qui affirme qu’on est vivant malgré les souffrances, le sexe intense et fier de la réparation, destiné à effacer la sordidité du monde, et qui y parvient

Quand on décide qu’on aime tellement quelqu’un qu’on renonce à tous les autres, on ne devient ni aveugle ni invisible, on continue de voir et d’être vu. On n’a aucun mérite à être fidèle quand on n’est pas tenté par ce qu’on voit, ou quand personne ne nous regarde. La véritable épreuve se présente quand apparaît quelqu’un dont on tomberait amoureux si on n’était pas en couple, quelqu’un qui est à la hauteur, qui nous plaît et nous attire. Quelqu’un qui serait la personne idéale si on n’avait pas déjà élu une autre personne idéale.

C’est quelque chose que certains ont du mal à accepter, mais dans cette équipe le mâle dominant est une femme.

« Quand tu sais que tu es devant une sorcière, croise les doigts comme ça », lui disait-elle, passant le pouce entre l’index et le majeur, « et si elle te parle, réponds-lui “Seule à jamais”. C’est la malédiction des sorcières, elles sont seules et jamais elles ne trouvent le repos, pas même après la mort. »

Elle alla au tableau électrique et alluma toutes les lumières. L’éclairage puissant parvint à éloigner les fantômes du passé, qui s’enfuirent dans les recoins sombres, que la lumière n’atteignait pas avec autant de force.

Ce n’est pas toujours l’été, et ce n’est pas pour ça que l’automne est mauvais.

Dans une affaire criminelle, l’enquêteur essaie de construire un puzzle dont il ignore le nombre de pièces et l’image qu’il représentera une fois terminé. Il y avait des puzzles auxquels il manquait des pièces, qui resteraient comme des trous noirs dans l’enquête, des espaces d’obscurité absolue où on ne saurait jamais ce qui s’était réellement passé.

… cet individu n’est pas un homme, c’est un spécimen humain de sexe masculin, et entre ça et un homme, il y a un abîme.

En général, les jeunes choisissent de se sentir fiers de leurs racines sans le poids qu’éprouvent leurs aînés.

Les jeunes, pour la plupart, considèrent l’histoire, au-delà de la guerre civile, comme l’ère quaternaire.

Comme tu le sais, ceci est un mariage, pas une condamnation à perpétuité, si ça ne te plaît pas…

Un village comme celui-ci est trop petit pour les rêves d’un garçon tourmenté

La solitude et la douleur chez un adolescent sont comme le chien et le percuteur dans un pistolet.

Giebel, Karine « Jusqu’à ce que la mort nous unisse » (2009)

Grande collectionneuse de prix littéraires et maître ès-thriller psychologique, Karine Giébel est née en 1971. Son premier roman, Terminus Elicius (collection « Rail Noir », 2004) reçoit le prix marseillais du Polar en 2005. Suivront Meurtres pour rédemption (« Rail Noir », 2006), finaliste du prix Polar de Cognac, Les Morsures de l’ombre (Fleuve Noir, 2007), prix Intramuros du festival Polar de Cognac 2008 et prix SNCF du polar 2009, Chiens de sang (Fleuve Noir, 2008), et Juste une ombre (Fleuve Noir, 2012), pour lequel Karine Giébel est couronnée par le prix Polar francophone 2012 et reçoit pour la deuxième fois le prix Marseillais du Polar. Son roman Purgatoire des innocents (Fleuve Noir 2013) confirme son talent et la consacre définitivement « reine du polar « . Après Satan était un ange (Fleuve Noir 2014), De force est son premier roman à paraître chez Belfond.

Résumé : La montagne ne pardonne pas. Vincent Lapaz, guide solitaire et blessé par la vie, l’apprend aujourd’hui à ses dépens : la mort vient de frapper, foudroyant un être cher. Simple accident ? Vincent n’en croit rien : la victime connaissait le parcours comme sa poche. C’est un meurtre. Avec l’aide d’une jeune gendarme, Vincent mène l’enquête, de crevasses en chausse-trappes, déterrant un à un les secrets qui hantent cette vallée. Et Lapaz non plus n’est pas du genre à pardonner…

Prix des Lecteurs de bibliothèques et de médiathèques, Festival Polar de Cognac 2010, pour Jusqu’à ce que la mort nous unisse[

Mon avis : Au centre du livre, la solitude, la difficulté de communiquer, l’amour de la montagne…

La montagne est un personnage a part entière dans le roman. A la fois lumineuse, tourmentée, amicale, hostile ; Le rythme de la vie à la montagne, lent.. au gré des éléments. Le rythme des saisons aussi, accentué par les quatre saisons de Vivaldi. Toujours des personnages atypiques, mal dans leur peau. Cette fois c’est un livre de 600 pages, contrairement aux autres que j’ai lu. Mais j’aime cette analyse des solitudes, la progression dans la connaissance des personnages, tous attachants d’une manière ou d’une autre. Nous sortons du huis clos des precedents romans pour entrer dans un environnement toujours assez réduit ( un village de montagne) mais plus vaste. Une « communauté » qui se connait depuis l’enfance, qui est le cœur d’un village de montagne qui vit principalement du tourisme qui rythme les saisons.. Les guides, les personnes qui travaillent dans le tourisme, les notables, la gendarmerie … et les haines et amours qui les lient. Magnifique analyse psychologique (comme les fois précédentes) et encore un suspense qui va jusqu’à la dernière page…

 

Extraits :

Comme si la nature telle qu’elle est, ne leur suffisait plus. Ils veulent la rendre plus fréquentable ; la goudronner, la baliser, l’aménager ; la citadiniser, la désauvagiser.
L’humaniser.

On est toujours tellement impatient de vieillir à cet âge-là. On appuie sur l’accélérateur, en vain. Jusqu’au jour où on se surprend à chercher la pédale de frein… En vain.

Parler ou se taire.
Parler, c’était risquer de tout perdre.
Se taire, risquer de se perdre lui-même.

Certes, il n’était pas très volubile, mais choisissait ses mots. Comme s’il ne voulait pas les gaspiller.

Elle ne savait peut-être pas regarder, mais savait lire dans les âmes. Une sorte de don ou de faculté exacerbée. Et cet homme était en souffrance. Une détresse érigée en bouclier, en armure.
Un rocher brisé.

Mieux vaut des souvenirs qui font mal que pas de souvenirs du tout.

Avec la solitude comme seule compagne, il était heureux.
Personne ne le jugeait, ici. Personne ne l’observait. Seule la montagne gardait un œil bienveillant sur lui.
Il aurait aimé ne faire qu’un avec elle. Se fondre dans ce paysage, devenir arbre ou rocher et la suivre dans l’éternité.

Mais on n’est jamais vraiment libre. Enchaîné par ses sentiments, ses passions, ses pulsions. Ses besoins, ses envies. Les devoirs qu’on s’impose, les prisons dont on perd la clef. Les souvenirs et les rêves.
Tout ce qui fait qu’on est vivant.

… chaque pas devenait une découverte pour ceux qui avaient soif d’apprendre. Il était le narrateur de ces lieux, l’inventeur de ces trésors.

On ne pleure jamais que sur soi-même, au final…

— Qu’est-ce que ça veut dire l’Ancolie ? demanda soudain Servane.
— C’est une fleur de montagne. Très belle mais terriblement toxique… C’était la fleur préférée de Laure.
— Ancolie, mélancolie, murmura Servane. Mélancolie…

… simple question de volonté.
Et sa volonté était toujours d’acier.

La lâcheté a quelque chose de fascinant. Peut-être parce qu’elle ne connaît pas de limite, contrairement au courage.

Sa vie, comme un livre écrit sur le ciel, entre le jour et la nuit.

Giebel, Karine « Les morsures de l’ombre » (2007)

Grande collectionneuse de prix littéraires et maître ès-thriller psychologique, Karine Giébel est née en 1971. Son premier roman, Terminus Elicius (collection « Rail Noir », 2004) reçoit le prix marseillais du Polar en 2005. Suivront Meurtres pour rédemption (« Rail Noir », 2006), finaliste du prix Polar de Cognac, Les Morsures de l’ombre (Fleuve Noir, 2007), prix Intramuros du festival Polar de Cognac 2008 et prix SNCF du polar 2009, Chiens de sang (Fleuve Noir, 2008), et Juste une ombre (Fleuve Noir, 2012), pour lequel Karine Giébel est couronnée par le prix Polar francophone 2012 et reçoit pour la deuxième fois le prix Marseillais du Polar. Son roman Purgatoire des innocents (Fleuve Noir 2013) confirme son talent et la consacre définitivement « reine du polar « . Après Satan était un ange (Fleuve Noir 2014), De force est son premier roman à paraître chez Belfond.

Résumé : Elle est belle, attirante, disponible. Il n’a pas hésité à la suivre pour prendre un dernier verre.
À présent il est seul, dans une cave, enfermé dans une cage. Isolé. Sa seule compagnie ? Sa séductrice et son bourreau. Et elle a décidé de faire durer son plaisir très longtemps. De le faire souffrir lentement.
Pourquoi lui ? Dans ce bras de fer rien n’est dû au hasard. Et la frontière entre tortionnaire et victime est bien mince…

Prix SNCF du polar français 2009

Mon avis : Angoissant ! Dérangeant. Prenant. Le livre met mal à l’aise car tout comme « Lui », on ne comprend pas pourquoi… Mais au-delà de la folie et du suspense insoutenable jusqu’à la dernière ligne ; une construction machiavélique, des rebondissements, des doutes qui s’immiscent, il y a des sentiments qui tempèrent la folie destructrice… Je range un peu ce livre dans le même registre que ceux de Sandrine Collette, mais avec un zeste d’humanité qui fait toute la différence. Je vais lire d’autres livres de cette romancière. C’est certain. Depuis le temps que Karine Giebel était sur (sous) la pile… je suis ravie de la découverte.

 

Extraits :

Il tente de se rappeler, encore. Un gruyère à la place de sa mémoire. Quelques images, très floues, sans queue ni tête.

il tente de maîtriser sa voix, à défaut de maîtriser le reste. Tout comme votre vie…

Personne ici n’est au courant de son péché qui n’a rien de mignon.

Mais il y a des secrets à garder, même envers son psychiatre… Surtout envers son psychiatre, d’ailleurs !

… sachez que vous n’êtes pas du tout mon genre… Vous avez dépassé la date de péremption depuis longtemps !

Oui, il aimait même la peur, celle qui file des shoots d’adrénaline dans le sang.

il se sent à nouveau d’attaque.
Mais d’attaque pour quoi ?

 

Ces yeux aux reflets précieux, identiques à ceux d’un chat sauvage. Ou d’une lionne. Qui semblent prendre feu, à ce moment précis.

La blessure à l’âme et au corps est toujours ouverte. Ça saigne.
Hémorragie sentimentale.

Surtout lorsque les souvenirs parent sa voix de notes enfantines.

Du puits de folie dans lequel elle a dégringolé. Alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. On peut donc dévisser de la vie et plonger dans une crevasse, du jour au lendemain…

Sa mémoire l’a pris par la main, le conduisant sur des chemins qu’il pensait avoir effacés de la carte de son existence. Des trésors enfouis dans les alvéoles de son cerveau, cachés derrière des portes que l’on ouvre rarement. Ces images du passé abandonnées dans un coin, que l’on croit perdues à tout jamais. Et un jour, lorsque la mort se dresse en face, on les ressort pour les passer en revue. Gravures idylliques du temps jadis où l’on se pensait encore immortel.

Un éphémère passage sous les projecteurs avant de retourner en coulisses. Et ensuite… Où vont tous ces souvenirs ? Ils s’évaporent dans le néant, disparaissent en fumée, se décomposent à l’intérieur du cadavre pourrissant qui les avait minutieusement engrangés. Pour rien.

Finalement, il aimerait partir sans mémoire, sans passé, sans attaches. Pour ne surtout pas regretter quoi ou qui que ce soit.

Mourir sans avoir à porter le fardeau de tous ces rêves qu’il ne réalisera jamais. De tous ces remords qui viennent le harceler au moment de franchir l’ultime frontière.

Les souvenirs constituent désormais son seul refuge. Ils servent donc à cela…

Le désespoir lui plante ses canines acérées en plein cœur.

Il y a des journées plus longues que d’autres. Des heures qui s’éternisent.

En silence, elle se balance d’avant en arrière. Comme une pendule détraquée.
Détraquée, oui. C’est ce qu’elle est.

Giebel, Karine « Terminus Elicius » (2004)

Grande collectionneuse de prix littéraires et maître ès-thriller psychologique, Karine Giébel est née en 1971. Son premier roman, Terminus Elicius (collection « Rail Noir », 2004) reçoit le prix marseillais du Polar en 2005. Suivront Meurtres pour rédemption (« Rail Noir », 2006), finaliste du prix Polar de Cognac, Les Morsures de l’ombre (Fleuve Noir, 2007), prix Intramuros du festival Polar de Cognac 2008 et prix SNCF du polar 2009, Chiens de sang (Fleuve Noir, 2008), et Juste une ombre (Fleuve Noir, 2012), pour lequel Karine Giébel est couronnée par le prix Polar francophone 2012 et reçoit pour la deuxième fois le prix Marseillais du Polar. Son roman Purgatoire des innocents (Fleuve Noir 2013) confirme son talent et la consacre définitivement « reine du polar « . Après Satan était un ange (Fleuve Noir 2014), De force est son premier roman à paraître chez Belfond.

Résumé : Istres-Marseille. Pour Jeanne, la vie est ponctuée par cet aller-retour ferroviaire quotidien entre son travail de gratte-papier au commissariat et la maison de sa mère. Elle attend néanmoins qu’un événement vienne secouer le fil de son existence: un regard, enfin, du capitaine Esposito? La résolution, peut-être, de cette affaire de serial killer qui défraie la chronique phocéenne? « Vous êtes si belle, Jeanne Si touchante et si belle. » Ce soir-là, une lettre, glissée entre deux banquettes, semble combler toutes ses espérances. Un peu trop, même. Car derrière le mystérieux soupirant se cache le meurtrier tant recherché par la police. Commence alors une correspondance amoureuse qui, pour Jeanne, n’aura de terminus qu’au bout de l’enfer…

Prix Marseillais du Polar 2005

Mon avis : C’est je crois le premier livre publié par cette romancière française et c’est de bonne augure pour la suite. D’ailleurs elle semble avoir confirmé depuis et se situer dans les tous bons auteurs de policiers français.. Ce livre est court mais très prenant. Un thriller psychologique ou tant le Commissaire que le coupable ou que Jeanne ne sont pas bien dans leur peau… c’est le moins qu’on puisse dire… La jeune Jeanne vit un calvaire, prise entre deux feux… Esposito et Elicius… Dénoncer ou couvrir… Trahir ou pas.. Privilégier l’amour ? à vous de prendre le train … Ce que j’aime dans ce roman – tout comme dans l’autre roman que j’avais lu d’elle – c’est l’humanité et la compréhension dont font preuve les personnages envers ceux qui semblent atteints de folie meurtrière ou autre…

Extraits

Elle aimait l’exactitude et détestait les approximations. Ce qui n’était pas parfait, ce qui n’était pas à sa place. Les livres écornés, les crayons mal taillés, les vêtements mal repassés. Les hommes mal rasés.

… elle avait toujours l’étrange impression d’être épiée, dévisagée. Autopsiée.

Je regarde le monde comme on regarde un film, sans avoir l’impression d’y participer. Un peu comme s’il tournait sans moi. Un étranger qui ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe autour de lui.

Alors, elle se laissa bercer par les mots, ne retenant que les plus beaux, oubliant la laideur des autres. Bercer par le ronronnement rassurant et les images familières qui l’entouraient…

Elle aurait voulu hurler sa souffrance mais elle ne pouvait pas. Bloquée au fond d’elle depuis longtemps, elle avait remplacé le sang dans ses veines, se nourrissait de ses entrailles. Elle avait pris toute la place dans son crâne…

J’adore les gares. Et vous ? Un petit monde dans le monde, arrivées et départs, séparations et retrouvailles. Ceux qui sont pressés, ceux qui aimeraient que le temps s’arrête.

Et sa télévision était une fenêtre sur l’extérieur, le seul lien avec cette réalité brutale.

Ce n’est pas une école, c’est une entreprise de démolition ! Oui, c’est ça : un rouleau compresseur qui écrase la moindre faiblesse. Une sorte de temple de la sélection naturelle, en somme.

Quelques secondes qui échappent au temps et à la réalité. Tout s’arrête, tout semble possible. Sensation éphémère.

Comme si elle ne l’avait jamais vue avant. D’ailleurs, elle ne l’avait jamais vue. Jamais remarquée, en tout cas. Comme ces gens que l’on croise chaque jour dans les couloirs et auxquels on ne fait même pas attention. Mais, aujourd’hui, cette inconnue était le centre d’intérêt, le centre du monde.

Dans votre cœur, je continuerai d’exister. Et c’est le plus bel endroit pour exister.

Elle avait changé. Elle était toujours la même, pourtant. Une façade pour cacher l’indicible. Les blessures partout, les plaies qui refusent de guérir. L’horreur qui se dessine au fond de ses yeux.

 

Carrisi, Donato « L’écorchée » (2014) – Mila02

L’auteur : Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur italien de thrillers le plus lu dans le monde. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le ChuchoteurL’Ecorchée
Série Marcus et Sandra : Le tribunal des âmes Malefico
Autres romans : La Femme aux fleurs de papierLa Fille dans le brouillard

2ème enquête de Mila.

Résumé :

« JE LES CHERCHE PARTOUT. JE LES CHERCHE TOUJOURS, »

Sept ans après s’être mesurée au Chuchoteur, Mila Vasquez travaille aux Limbes, le département des personnes disparues. L’enquêtrice excelle dans son domaine. Peut-être parce qu’elle est incapable d’éprouver la moindre émotion. Ou peut-être parce qu’elle-même porte dans sa chair la marque des ténèbres.

On a tous ressenti l’envie de s’évanouir dans la nature. De fuir le plus loin possible. De tout laisser derrière soi.

Or chez certains, cette sensation ne passe pas. Elle leur colle à la peau, les obsède, les dévore et finit par les engloutir. Un jour, ils se volatilisent corps et biens. Nul ne sait pourquoi.

Bientôt, tout le monde les oublie. Sauf Mila.

ET PUIS, SOUDAIN, CES DISPARUS RÉAPPARAISSENT POUR TUER.

Face à eux, Mila devra échafauder une hypothèse convaincante, solide, rationnelle. Une hypothèse du mal. Mais pour les arrêter, il lui faudra à son tour basculer dans l’ombre.

Mon avis : Deuxième enquête de Mila et je pense que des deux protagonistes principaux de Donato Carrisi, Mila est celle que je préfère. Mais après avoir lu les 4 titres de cet auteur, je suis certaine d’être totalement accro !

Extraits :

Des individus qui vivaient entourés de vide et n’imaginaient pas qu’un jour ce vide les avalerait.

Elle faisait toujours des cauchemars, mais pas la nuit. Avec le sommeil tout disparaissait, tandis qu’à la lumière du jour elle ressentait parfois une peur soudaine. Comme un chat qui flaire le danger, elle sentait une présence à ses côtés. Après avoir compris qu’elle ne se débarrasserait pas de ces souvenirs, elle était arrivée à une sorte de compromis avec elle-même, qui prévoyait certaines précautions, sa « ligne de sécurité ».

Le tunnel de branches semblait prêt à se refermer sur l’habitacle. Le bois se penchait pour caresser leur passage, gentil et persuasif, comme s’il cachait une mauvaise intention.

Dans les situations de danger, la réaction la plus courante n’est pas la peur, c’est l’incrédulité.

aussi loin qu’on fuie, où qu’on aille, notre maison nous suit toujours. Même quand on déménage souvent, on reste toujours liés à une habitation. Comme si c’était nous qui lui appartenions, au lieu du contraire. Comme si nous étions constitués des mêmes matériaux – terre en guise de sang, bois dans les jointures, os de ciment.

Par certains aspects, les livres constituaient un lest pour rester ancrée à la vie, parce qu’ils avaient une fin. Peu lui importait qu’elle soit heureuse ou non, cela restait un privilège dont ne jouissaient pas toujours les histoires dont elle s’occupait au quotidien. Et puis, les livres étaient un excellent antidote au silence parce qu’ils remplissaient son esprit des mots nécessaires pour combler le vide laissé par les victimes. Surtout, ils représentaient une échappatoire. Sa façon de disparaître. Elle se plongeait dans la lecture et tout le reste – y compris elle-même – cessait d’exister. Dans les livres, elle pouvait être n’importe qui. Ce qui revenait à n’être personne.
Quand elle rentrait chez elle, seuls les livres l’accueillaient.

— Je parie que la moitié de ce que tu gagnes va au fisc.
— Oui, ces salauds ont toujours les mains dans mes poches.
Les impôts, excellent sujet de conversation, toujours efficace. Qui créait de la complicité, juste ce dont il avait besoin.

notre ennemi est le vide, il est fait d’air et d’ombre. Plus on le regarde, plus il nous semble réel.

le vide se met à nous parler et, parfois, il devient attirant. Il nous offre un indice et nous convainc que nous pourrons en trouver d’autres. On lui cède progressivement des parties de soi. Or on ne peut pas vivre avec le vide, on ne pactise pas avec le vide. On lui ouvre la porte de chez soi, comme à un ami bienveillant. Le vide s’engouffre et pille tout ce qu’il y a à piller.

se balançait sur la chaise de son bureau, les yeux dans le vide, tel un équilibriste en suspens sur ses propres pensées

La porte était là, si proche qu’elle semblait inaccessible, l’idée de la traverser était si belle qu’elle paraissait irréelle. Elle sentit l’air frais venant de dehors, comme si la porte respirait.

Cet acte de générosité apaisait la conscience de celui qui agissait, mais il n’était pas dit qu’il fasse le bien de celui qui recevait.

L’amour contamine tout par le souvenir. L’amour est une radiation.

On nous apprend à compter les secondes, les minutes, les heures, les jours, les années… mais personne ne nous explique la valeur d’un instant.

Quand on risque de perdre quelque chose, on n’arrive pas à se faire une raison. Quand on risque de tout perdre, on s’aperçoit qu’en réalité on n’a rien à perdre…

Quand on meurt, son nom est ce qui reste. Pas son corps, ni sa voix. Tôt ou tard, ce qu’on a fait sera oublié, mais son nom deviendra le nom de tous les souvenirs. Sans nom, on est condamné à l’oubli.

Après était un mot qui n’existait pas, après était un mot qui ne signifiait rien

Peu m’importe de savoir s’il est heureux ou non. De toute façon, le malheur des autres ne nous intéresse que quand il nous renvoie au nôtre…

Nous nous attendons toujours à une contrepartie pour nos sentiments, et quand elle ne nous est pas accordée nous nous considérons trahis

Les chiens jugent mieux que quiconque, mais heureusement pour les humains ils ne savent pas parler.

Carrisi, Donato « Le Chuchoteur » (2011) Mila01

L’auteur : Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur italien de thrillers le plus lu dans le monde. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le ChuchoteurL’Ecorchée
Série Marcus et Sandra : Le tribunal des âmes Malefico
Autres romans : La Femme aux fleurs de papierLa Fille dans le brouillard

Série « Mila Valdez » 1ère enquête

Résumé : Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés.
Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort Mila Vasquez, spécialiste des affaires d’enlèvement…

Mon avis : Mais comme je me suis attachée à cette enquêtrice hors-normes ! Commencez par ce livre… et lisez le suivant, « L’écorchée »… Le personnage prend de l’ampleur et même si il n’est pas impératif de les lire dans l’ordre, c’est mieux !

Extraits :
Lieu de passage pour les uns, but pour les autres qui s’arrêtent là et n’en repartent plus. Les gares sont une sorte d’antichambre de l’enfer, où les âmes perdues s’amassent en attendant que quelqu’un vienne les chercher.

Leur seul désir n’était pas de se résigner, mais de pouvoir arrêter d’espérer. Parce que l’espoir tue plus lentement

De ceux qui ne changent jamais leurs habitudes, et pour qui il est bien plus important d’avoir l’air en ordre que d’être à la mode.

Les médias allaient donner leur propre version des faits. Ils avaient désigné l’homme pour jouer le rôle du monstre, sans contradiction possible, ne se fiant qu’à la force de leur unanimité.

Les enfants prennent le bonheur partout où il se trouve.

Nous savons que le monde intérieur d’un tueur en série est un entrecroisement de stimuli et de tensions, mais quand cette intériorité n’est plus capable de les contenir, le passage à l’acte est inévitable. La vie intérieure, celle de l’imagination, finit par supplanter la vie réelle. C’est alors que le tueur en série modèle la réalité qui l’entoure selon son imagination.

L’homme est le seul animal qui a la capacité de rire ou de pleurer.

« La douleur n’existe pas. Comme toute la gamme des émotions humaines, du reste. C’est juste une question de chimie. L’amour n’est qu’une question d’endorphines. Avec une piqûre de Pentothal, je peux vous débarrasser de toute exigence affective. Nous ne sommes que de la chair. »

quand on est trop haut dans la hiérarchie, il y a toujours quelqu’un qui veut nous pousser vers le bas.

Le tueur en série, par son action, nous raconte une histoire : celle de son conflit intérieur

Faire les choses ensemble signifiait que maintenant ils devaient s’occuper l’un de l’autre, et que donc aucun des deux ne pouvait « laisser tomber »

même dans un lieu qui cache le mal, il peut y avoir de la place pour la pitié.

Bien que lumineuse, la maison était habitée par une atmosphère décadente. En y prêtant attention, on pouvait entendre l’écho des silences passés, sédimentés dans le temps jusqu’à constituer ce calme granitique et oppressant.

On appelle pareidolie la tendance instinctive à trouver des formes familières dans des images désordonnées. Dans les nuages, dans les constellations, ou même dans les flocons d’avoine qui flottent dans une tasse de lait.

Le futur était mystérieux, pas menaçant – il l’avait justement découvert ce matin. Et pour en goûter les fruits, il fallait prendre des risques.

Il y a une raison pour laquelle les poneys plaisent tant aux enfants. Parce qu’ils ne grandissent jamais, ils sont figés dans l’enfance. Une condition enviable.

Carrisi, Donato «Maléfico» 2015 (Marcus02)

L’auteur : Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur italien de thrillers le plus lu dans le monde. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le ChuchoteurL’Ecorchée
Série Marcus et Sandra : Le tribunal des âmes Malefico
Autres romans : La Femme aux fleurs de papierLa Fille dans le brouillard

Série « Marcus » (2ème enquête)
Résumé : Marcus est un pénitencier. Un prêtre capable de déceler le mal enfoui en nous. Mais il ne peut pas toujours lui faire barrage. Sandra est enquêtrice photo pour la police. Elle photographie les scènes de crime. Et ferme parfois les yeux. Face à la psychose qui s’empare de Rome ils vont unir leurs talents pour traquer un monstre. Ses victimes : des couples. Une balle dans la nuque pour lui. Une longue séance de torture pour elle.
Quel et l’être maléfique qui ne tue que des jeunes amoureux ?

Mon avis : Plus je lis cet auteur et plus j’aime ! Deux séries à lire de toute urgence. Ce livre est « la suite » du livre « Le Tribunal des âmes », on y retrouve les deux personnages principaux. Toujours aussi noir et palpitant.

Extraits :
Entendre prononcer son nom n’avait pas produit sur lui l’effet espéré. C’était un son comme un autre, aucune familiarité.

Le Caravage veut nous dire que, dans son dessein impénétrable, Dieu guide la main de l’assassin.

Il existe un lieu où le monde de la lumière rencontre celui des ténèbres. C’est là que tout advient : dans la terre des ombres, où tout est raréfié, confus, incertain.

Un fantôme rancunier, pensa-t-il. Voilà ce que je suis. Parce que les vivants auraient toujours un avantage sur lui. Ils avaient une porte de sortie : ils pouvaient mourir.

Elle s’était souvent demandé de quoi était constitué le bonheur. Désormais elle savait que c’est un secret, impossible à expliquer aux autres. Comme si cette sensation avait été créée exprès pour soi.

Quand on ne peut donner de visage au monstre, n’importe qui lui ressemble. On se regarde les uns les autres avec suspicion, on se demande ce qui se cache derrière les apparences, conscients d’être observés avec la même interrogation dans le regard.

Quand on se consacre aux mots, on ne peut être touché par l’horreur du monde.

On se prépare au pire dans le but d’être démentis.

Le mal est cette anomalie devant les yeux de tous mais que personne n’arrive à voir.

le monstre avait atteint son but, parce qu’on peut tuer quelqu’un en le laissant en vie.

Un froid intense était tombé sur la campagne et semblait l’avoir entièrement mise en hibernation, même les sons. L’air était immobile, tout était suspendu.

D’un côté il y avait ce qu’elle devait faire, de l’autre ce qu’il était juste de faire. Et elle ne savait pas quoi choisir.

Il n’y a rien à faire : où qu’on cherche à fuir, notre enfance nous poursuit.

Il escalada la grille et retomba sur un tapis de feuilles humides. Le vent les balayait d’un bout à l’autre du jardin, comme des esprits de petits enfants jouant à se courir après. Dans la pluie, on entendait leurs rires faits de bruissements.

« Les enfants sont plus cruels que les adultes quand ils tuent : l’ingénuité est leur masque.. »

Il lui avait encore fallu du temps pour accepter un autre homme dans sa vie. Un amour totalement différent et une autre façon d’aimer. Une autre brosse à dents dans la salle de bains, une nouvelle odeur sur l’oreiller à côté du sien.

De toute façon, les premières fois, belles ou non, créaient un souvenir indélébile et une magie étrange. Et elles contenaient une leçon précieuse pour l’avenir. Toujours.

Derrière lui, le bois où les squelettes avaient été retrouvés. Devant lui, une forêt de micros.

La question est tout autre : qu’est-ce qu’un homme ? Ne pouvant savoir qui il est réellement, nous le jugeons sur ce qu’il fait. Le bien et le mal sont notre baromètre de jugement. Mais est-ce suffisant ?

le mal n’est pas une idée abstraite. Le mal est une dimension.

— Qu’y a-t-il de plus beau que le mystère de l’avenir ? Y compris les drames et les appréhensions. Les hommes qui ne doivent plus s’en soucier, c’est comme s’ils avaient mené à terme en avance le but de leur existence. Moi, j’ai l’histoire : le passé est la seule certitude dont j’aie besoin.

Le problème, quand on a la personne parfaite à ses côtés, c’est qu’on se sent toujours en décalage.

— Rien n’est éternel. J’ai appris une chose, c’est que nos actions ne dépendent pas de notre capacité à projeter ou imaginer l’avenir. Elles ne sont dictées que par ce que nous sentons, ici et à cet instant. Un mariage avec moi pourrait ne pas durer toute la vie, mais peu importe. Ce qui compte, c’est que maintenant je le veux. Je suis prêt à risquer d’être malheureux, juste pour être heureux tout de suite.
la valeur des contes : il dit qu’ils constituent le miroir le plus fidèle de la nature humaine. Si on enlève les méchants des contes, ils ne sont plus amusants, tu as remarqué ? Personne n’aime les histoires où il n’y a que des gentils.

La lumière de la lune glissa entre ses jambes comme un chat, le précédant à l’intérieur.

Parle-leur du bien, ils t’ignoreront. Montre-leur le mal, ils t’écouteront.

Commentaire de l’auteur:
l’exception de ceux liés au progrès technologique, les crimes, surtout les plus atroces, sont restés identiques au fil des siècles. À l’époque de la Rome antique, il y avait des tueurs en série, exactement comme maintenant (sauf qu’on ne les appelait pas « serial killers »).

Dicker, Joël « Le livre de Baltimore » (2015)

Résumé : Joël Dicker ne quitte pas la côte Est. Le Livre des Baltimore se situe toujours à flanc d’océan. Et l’on retrouve surtout Marcus Goldman en personne, le héros de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert.

Il quitte pour cela New York et son hiver glacé pour la touffeur tropicale de Boca Raton en Floride. C’est là qu’il décide d’écrire sur sa propre famille. Marcus vient des Goldman de Montclair: classe moyenne, maison banale à Montclair, petite ville dans la banlieue de New York. Rues à la Hopper, avec maisons de briques. Marcus a grandi dans la fascination pour l’autre branche de la famille, les Goldman de Baltimore, le grand port sur l’Atlantique, porte d’entrée historique pour de nombreux migrants. Ces Goldman-là habitent une grande demeure somptueuse dans la banlieue riche de la ville. L’oncle Saul est un avocat de renom. Tante Anita est médecin à l’Hôpital John Hopkins. Il y a aussi Hillel, leur fils, provocateur inspiré, et Woody, fils adopté par le couple, sauvé des gangs et qui rêve d’une carrière dans le football.

Mon avis : J’avais un peu de crainte après le premier. Et bien rassurée. Toujours aussi sympa à lire. Je crois même que je l’ai préféré. Mais c’est un vrai « scénario » de cinéma.. Je suis certaine qu’il va être adapté. Une écriture fluide, une histoire sympa, rien à redire. Un bon roman.. pas un chef d’œuvre mais on passe un très bon moment de détente. Par contre, c’est pas trop une suite…

Extraits :

De l’âge de dix à dix-huit ans, nous fûmes tous les trois absolument inséparables. Nous constituâmes ensemble une entité fraternelle triface, triade ou trinité

Le problème des gens qui achètent un chien, c’est qu’ils ne réalisent souvent pas qu’on ne choisit pas un chien, mais bien l’inverse : c’est lui qui décide de ses affinités. C’est le chien qui vous adopte, feignant d’obéir à toutes vos règles pour ne pas vous peiner. S’il n’y a pas de connivence, c’est foutu.

Les enfants de vos enfants regarderont les livres avec la même curiosité que nous regardons les hiéroglyphes des pharaons. Ils vous diront : « Grand-père, à quoi servaient les livres? » et vous leur répondrez: « À rêver. Ou à couper des arbres, je ne sais plus. »

Désormais les gens veulent de l’image ! Les gens ne veulent plus réfléchir, ils veulent être guidés ! Ils sont asservis du matin au soir, et quand ils rentrent chez eux, ils sont perdus : leur maître et patron, cette main bienfaitrice qui les nourrit, n’est plus là pour les battre et les conduire. Heureusement, il y a la télévision. L’homme l’allume, se prosterne, et lui remet son destin.

Mon récit le fit éclater de rire et son rire me fit du bien. C’était son rire d’avant. Un rire solide, puissant, heureux.

Longtemps, je crus avoir été le plus tendre des fils. Pourtant, je me montrais violent à leur égard chaque fois que j’éprouvais de la honte envers eux.

J’avais besoin de ta présence, alors nous restions au téléphone pendant des heures, sans rien dire. Juste pour que tu me tiennes compagnie. »

— Vous le paierez !
— C’est une menace?
— Non, c’est une promesse.

… nous nous jetâmes dans les bras les uns des autres. Et pendant de longues secondes, nous serrâmes du plus fort que nous pûmes l’amas de corps, de muscles, de chair et de cœurs que nous formions ensemble.

Rêve, et rêve en grand ! Seuls survivent les rêves les plus grands. Les autres sont effacés par la pluie et balayés par le vent.

tu commenceras à vivre vraiment quand tu cesseras de remuer le passé.

Tout commence comme tout finit et les livres commencent souvent par la fin.

Je garde de ces derniers moments avec lui le souvenir de sa vivacité et de son sens de l’humour, même aux portes de sa dernière demeure.

Après nous être manqués pendant si longtemps, par où devions-nous commencer pour nous raconter nos histoires? Par le silence. Ce silence puissant, presque magique.

Nous arrivâmes à l’heure, mais comme elle était en avance elle considéra que nous étions en retard.

Les souvenirs, c’est dans la tête. Le reste n’est que de l’encombrement.

Ils avaient cessé de rêver : ils s’étaient laissé dévorer par une forme de renoncement à la vie. Ils étaient rentrés dans le rang.

Qui est-elle? Une femme qui a vieilli.
Elle veut lui plaire, elle fait tout pour ça. Mais il ne la regarde plus.

J’attrapais les souvenirs dans le filet à papillons de ma mémoire.

Beaucoup d’entre nous cherchons à donner du sens à nos vies, mais nos vies n’ont de sens que si nous sommes capables d’accomplir ces trois destinées : aimer, être aimé et savoir pardonner. Le reste n’est que du temps perdu.

 

 

 

 

 

 

Garcia-Roza, Luiz Alfredo « L’étrange cas du Dr Nesse » (2014)

L’auteur : Luiz Alfredo Garcia-Roza est né à Rio en 1936 et, à l’instar d’un Camilleri, est venu au roman policier très tardivement. Philosophe et psychologue, il a enseigné la théorie psychanalytique pendant trente-cinq ans à l’université fédérale de Rio.

Actes Sud a publié les enquêtes du désormais célèbre commissaire Espinosa : Le Silence de la pluie (2004), Objets trouvés (2005), Bon anniversaire, Gabriel ! (2006), Une fenêtre à Copacabana (2008), L’étrange cas du docteur Nesse (2010) et Nuit d’orage à Copacabana (2015).

Résumé : Dans son commissariat de Copacabana, Espinosa est confronté à l’une des plus troublantes affaires de sa carrière. Doit-il protéger un médecin poursuivi par un dangereux malade mental ? Ou un patient persécuté par un médecin paranoïaque ? Une chose est sûre : la mort ne saurait être un simple trouble psychique.

Mon avis : j’ai été entrainée dans cette histoire étrange… avec un sentiment de ne pas savoir ou je mettais les pieds… J’en suis ressortie tout aussi perdue… Machination ? Persécution ? Imagination ? En tous cas, le suspense est réel… mais que dire des personnages ? Un médecin psychiatre, un jeune homme, les deux filles du médecin, sa femme… Qui est normal, qui ne l’est pas ? un doute qui persiste tout au long de cette étrange histoire… que j’ai beaucoup aimée..

Extraits :

Et le temps n’a pas d’importance, quand on connaît déjà la fin de l’histoire.

De tous les handicapés, les malades mentaux étaient ceux qui le perturbaient le plus. Certains lui paraissaient comme des sortes de modèles défectueux, d’autres lui semblaient en revanche dotés de qualités exceptionnelles, comme si chez eux le défaut s’était transformé en excellence, une excellence pour le mal, soit, mais une excellence tout de même.

Le discours d’un dément est une fiction par laquelle il prétend exorciser le monde qui le menace. Cette fiction, en soi, peut être parfaitement logique, la seule chose qui lui manque, c’est une correspondance avec la réalité.

De temps à autre, il avait la nostalgie du matraquage des anciennes machines à écrire, remplacé par le son presque inaudible des claviers d’ordinateurs.

« Chaque fois qu’on me parle de mariage, je m’imagine un corset : j’ignore si c’est parce que c’est vieux, ou parce que c’est étouffant »

On aurait dit les employés d’un zoo moderne, ils regardaient les patients internés avec la même distance que les employés d’un zoo regardent des animaux.

Quand un fou dit qu’il est persécuté, son persécuteur peut être imaginaire, mais le sentiment de persécution est réel.

Région paisible, rue paisible, la maison de ses parents était pour lui un havre de paix. Paix, et non pas bonheur ni joie. Une paix triste, vide, morte. Là, la vie s’était mise en retraite.

S’il roulait doucement, ce n’était pas à cause de la circulation extérieure, moins intense à cette heure-là, mais de la circulation de ses idées qui, elle, était intense et confuse, et justement à cause de l’heure.

il croyait en une raison travaillant en silence, à son insu, il croyait que les lacunes et les ombres de la raison n’étaient pas des défauts, mais au contraire des qualités que le penseur ne reconnaissait pas toujours comme telles.

Il pensa que c’était lui, peut-être, qui était inhabité, et non pas l’appartement.

Elle n’avait pas perdu sa beauté, mais elle avait perdu son charme et son pouvoir de charmer, elle était devenue une femme diet, à ne recommander qu’aux malades

Il s’était toujours senti profondément envahi par le regard du malade mental, comme si ce dernier avait pu voir le médecin en dedans, parcourir l’intérieur de son corps, examiner chaque organe, chaque recoin de son intériorité corporelle ; d’autres fois, ce regard semblait le dépasser et voir au-delà, comme si, devant ce regard, le corps du médecin s’était dématérialisé et réduit à une brume transparente.

Tout partait en fumée… devenait comme lui. Léger.

Chaque masque levé ne révélait pas un visage plus authentique, mais un autre masque.

 

 

 

 

 

 

 

Alder-Olsen, Jussi « Effet papillon » (2015)

Auteur : Carl Valdemar Jussi Adler-Olsen, né le 2 août 1950 à Copenhague, est un écrivain danois. Depuis 2007, Jussi Adler-Olsen s’est spécialisé dans une série de romans policiers dont Dossier 64, qui a été la meilleure vente de livres en 2010 au Danemark ; ainsi il a reçu cette année-là la distinction du meilleur prix littéraire danois, le prix du club des libraires : les boghandlernes gyldne laurbær ou « lauriers d’or des libraires ».

Série Les Enquêtes du département V :  : MiséricordeProfanationDélivranceDossier 64L’effet PapillonPromesseSelfies

la 5ème enquête du Département V…

Résumé : Marco, un adolescent de quinze ans, a passé toute sa vie au sein d’une bande de jeunes voleurs exploités par son oncle Zola. Un jour, alors qu’il essaie de sortir de la clandestinité, il découvre le cadavre d’un homme, lié à des affaires de corruption internationale, dans le bois derrière les maisons de son ancien clan, et doit fuir, poursuivi par son oncle qui veut le faire taire.

Parallèlement, l’enquête du Département V sur la disparition d’un officier danois, piétine. Du moins, jusqu’à ce que Carl Mørck ne découvre qu’un jeune voleur, Marco, pourrait avoir des informations pour résoudre ce cold case.

Déjà traqué par la bande de Zola, Marco déclenche malgré lui un tsunami d’évènements et se retrouve avec des tueurs serbes et d’anciens enfants soldats sur le dos. Aucun moyen ne sera épargné pour l’éliminer et gagner le département V de vitesse.

Encore une fois, Jussi Adler-Olsen a réussi à nous surprendre. Dans ce cinquième tome de la série, Carl Mørck et ses assistants s’engagent dans une course-poursuite au suspense haletant qui, des rues de Copenhague, les amène jusqu’en Afrique.

 

Mon avis : 5ème aventure de notre trio de choc ! Quel plaisir de les retrouver. Et comme le personnage de Marco est attachant. Apres un début un peu lent pour introduire le contexte, on est pris par le sujet et on ne lâche plus le livre.. Magnifique et l’équipe de « bras cassés » est toujours aussi débrouille et sympathique,. Vivement le 6ème opus… Et en deçà de l’histoire, une problématique sociale bien actuelle. Et toujours beaucoup d’humour…

 

Extraits :

L’heure de la sieste avait lourdement frappé les habitants de la ruelle. Ceux qui n’étaient pas déjà en train de dormir finissaient de déjeuner.

Chez lui, les crampes d’estomac étaient le prolongement nerveux de son esprit et, à cet instant, il souffrait le martyre. Il n’y avait rien qu’il eût autant en horreur que les mauvais pressentiments. Il préférait encore affronter la catastrophe que de se demander quand elle allait lui tomber dessus.

Elle le regarda dans les yeux avec un petit sourire ironique et hocha longuement la tête. Et puis, au lieu de remettre la balle au centre, à l’endroit où chacun promet à l’autre de faire des efforts et des concessions sans brider sa spontanéité afin de donner toutes ses chances au couple de fonctionner, elle la retourna d’un smash décisif.

Les deux autres le regardèrent comme s’il venait de péter un câble. Ce en quoi ils n’avaient pas tout à fait tort. Quelques maillons dans la chaîne de ses associations d’idées avaient indéniablement sauté.

On aurait dit qu’il avait été lyophilisé. Sa poitrine semblait aspirée de l’intérieur et ses bras étaient aussi chétifs que ceux d’un garçonnet. L’acier était dans ses yeux. On y lisait la volonté de faire ce qui était nécessaire. Il était visiblement taillé dans le bois dont on fait les hommes.

 

Un rapport n’était plus seulement composé des conclusions d’une enquête mais des conclusions des conclusions des conclusions.

 

Et puis il faudrait qu’il trouve quelqu’un à l’hôtel de police qui sache traduire cette langue d’otarie atteinte de laryngite.

Ces deux-là, ensemble, c’était pire que de se trouver face à un troupeau de gnous dans la savane. Droit devant et ventre à terre et il y avait intérêt à faire un bond de côté si vous n’aviez pas l’intention de courir avec eux.

– Elle a dit qu’il était heureux de ce qu’il avait et qu’il n’était pas du genre à se faire savonner.

– À se faire mousser,

 

Les annonces de décès et les horaires d’obsèques publiés dans les journaux sont des invitations noir sur blanc à venir visiter la maison du défunt qui par définition ne sera pas chez lui. Sans compter les imbéciles qui écrivent sur Facebook ou sur d’autres réseaux sociaux à quel moment ils partent en vacances ! Quand le chat n’est pas là, les souris dansent, comme on dit.

Il y a tellement d’électricité dans l’air qu’on se croirait dans une zone à haute tension.

Si le charme pouvait se mesurer avec un baromètre, le sien ne se hisserait pas au-dessus du zéro.

Quand on parle déjà des gens à l’imparfait, à quoi bon discuter de leurs qualités ?

Quoique.

 

Celui qui n’a jamais connu le tsunami émotionnel qui vous submerge au moment où vous prenez conscience de la mort d’un être cher n’a jamais perdu personne ou n’a jamais aimé.

« Ensuite je voudrais savoir ce que tu n’as pas compris hier quand je t’ai dit que tu dépassais les bornes et que tu empiétais gravement sur un territoire où tu es aussi bienvenu qu’un troupeau de hyènes. »

Cet homme a des secrets qu’il n’a pas envie qu’on découvre. Il y a une lame tranchante cachée derrière son sourire

le connaissant, il n’a pas assez d’imagination pour me mentir à ce sujet. Les gens ennuyeux ne sont pas doués pour le mensonge, et je pense malheureusement qu’il dit la vérité.

Il venait d’une région où on savait que l’odeur de merde était à terme une odeur de gros sous. Quand on était un paysan avec de l’ambition, il ne fallait pas lésiner sur la merde.

 

Tu connais le topo. Vas-y doucement quand même.

– OK, chef. Mais au fait c’est qui ce Topo ?

– Laisse tomber, Assad, c’est une expression. »

Parfois le monde s’écroule en des milliers de petits morceaux et on a le temps d’analyser tous les éléments d’une catastrophe alors même qu’elle est en train de se produire.

Mais comme toujours, les bonnes idées et les meilleures intentions avaient été récupérées et détournées par des imbéciles sans éthique jusqu’à être méconnaissables.

La dernière descente de police avait fait un peu de ménage, mais comme chacun sait, les mauvaises herbes poussent deux fois mieux quand on vient de nettoyer les plates-bandes.

OK ? » Un mot pratique qui voulait tout et rien dire. En l’occurrence, il n’exprimait ni assentiment, ni respect, ni compréhension.

Le Danois n’est aimable qu’avec ses semblables, c’est un fait acquis.

 

Dans ce modeste logis, il apprit non seulement à faire confiance à son prochain mais aussi que la routine pouvait simplifier une vie et pas seulement épuiser un être jusqu’à le briser, comme c’était le cas quand il vivait avec le clan. La régularité de sa nouvelle existence l’aidait à mieux comprendre le temps qui passe et aussi à mieux le gérer. Son envie d’appartenir à une vraie famille se renforçait de jour en jour dans ce salon aux rideaux de brocart et aux innombrables bibelots.

une voix aussi sèche qu’un Krisprolls

 

 

 

 

 

 

Hédi Kaddour «Les Prépondérants» (2015)

 

Résumé : Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance.

Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs. Certains d’entre eux font aussi le voyage vers Paris et Berlin, vers de vieux pays qui recommencent à se déchirer sous leurs yeux. Ils tentent tous d’inventer leur vie, s’adaptent ou se révoltent. Il leur arrive de s’aimer.

De la Californie à l’Europe en passant par l’Afrique du Nord, Les Prépondérants nous entraînent dans la grande agitation des années 1920. Les mondes entrent en collision, les êtres s’affrontent, se désirent, se pourchassent, changent. L’écriture alerte et précise d’Hédi Kaddour serre au plus près ces vies et ces destins.

Grand prix du Roman de l’Académie Française  2015

 

Mon avis : le flop total.. Rarement je me suis autant ennuyée… au point de m’arrêter après avoir lu le 1er quart.. Je ne croche pas avec les personnages, je trouve lent… le sujet qui me paraissait palpitant en écoutant les interviews de l’auteur me laisse totalement extérieure… Et pourtant (les extraits le montrent) ce qu’il dit est intéressant… mais pour moi, il y a une description des personnages mais pas d’histoire qui me fasse vibrer, pas d’envie de savoir la suite… Je le reprendrai peut-être car cela m’étonne de passer tellement à côté…

 

Extraits :

« Si tu veux que j’épouse cet imbécile, j’obéirai », et c’était le père qui se retrouvait au bord des larmes parce que sa fille ajoutait : « Ce sera comme… une tombe avant la mort. » L’imbécile était éconduit.

 

Les derniers rayons de soleil envoyaient une lumière douce sur les grosses raquettes vertes des cactus qui bordaient un champ ; dans le ciel où le bleu commençait à s’assombrir il y avait un unique petit nuage… ma pensée peut aller jusqu’à ce nuage… « ici, lui avait écrit son mari pendant la guerre, nous avons des nuages gris pour la pluie et des nuages jaunes pour la mort »

 

les rêves romantiques restaient des rêves, et les plus malheureux, ceux qui sont à portée de la main et qui vous font d’autant mieux sentir votre inaptitude.

 

ça se croit des hommes parce que ça va au café et que ça parle politique, alors qu’ils ne sauraient même pas gérer les choses de leur maison s’ils en avaient une ! dès qu’ils ont un costume bleu marine ils se voient diriger un pays, avec une Constitution, qui n’est même pas un mot arabe, de l’hérésie, tout comme leur femme moderne, hérésie et prostitution !

« Les gens sont innocents tant qu’un tribunal ne les a pas déclarés coupables ! — Ici on considère que la femme est une coupable en puissance, disait Rania. — Même en ville ? — Surtout en ville ! Les hommes les plus modernes cherchent à épouser des filles de la campagne, et quand ils ne le font pas c’est leur mère qui leur en trouve une, malheur à ceux qui ont abandonné les vertus de la campagne pour les noirceurs de la ville.

il fallait apprendre par cœur des versets du Coran, son seul problème était qu’il psalmodiait assez mal, le maître, Si Allal, lui reprochait de vouloir d’abord comprendre ce qu’il devait psalmodier et Raouf n’aimait pas se plier à la scansion recommandée. C’était un péché de faire autrement, disait le maître, « c’est en psalmodiant qu’on fait entrer les sourates dans l’âme, tu n’as pas d’âme ? ». Raouf avait fini par avoir deux textes dans la tête, celui qu’on lui demandait de réciter et celui qu’il cherchait à éclaircir.

 

 

 

 

 

 

 

Pastor, Ben « Lumen » (2012)

Pastor, Ben « Lumen » (2012)

 

Auteur : Ben Pastor, de son vrai nom Maria Verbena Volpi, est née à Rome mais vit depuis trente ans aux USA, mariée et bénéficiant de la double nationalité. Elle enseigne les sciences sociales au Vermont College. Ecrits en anglais, ses romans ont été publiés dans plusieurs pays.

Résumé : Dans la Pologne que l’armée allemande envahit durement en 1939, l’assassinat de la mère Kazimierza, religieuse connue pour ses dons de prophétie, pourrait mettre le feu aux poudres. Un duo improbable enquête : Martin Bora, officier du renseignement allemand, et le père Malecki, américain, prêtre à Chicago, envoyé par le Vatican. Deux hommes honnêtes dans une période de l’histoire où le mépris de l’individu est de rigueur.

Confronté avec horreur au comportement assassin des troupes de son pays, Martin Bora est coincé entre la loyauté et un idéal humaniste, qui l’amène à apprécier la discussion, pas toujours facile, avec le père Malecki. Le couvent abrite-t-il des résistants, les sœurs leur apportent elles de l’aide ? Les prophéties gênaient-elles l’occupant dans sa propagande ?

Et la belle actrice Ewa Kowalska, qui ne laisse pas indifférent un Martin Bora éloigné de son épouse et dont le couple bat de l’aile, quel jeu joue-t-elle exactement ?

“Lumen Christi adjuva nos”, plus que jamais la devise de la mère Kazimierza est de mise. Intrigue politique, thriller psychologique et mystère religieux tout à la fois, ce premier volet des enquêtes de Martin Bora dans les années troubles de la Seconde Guerre mondiale est une réussite incontestable.

 

Mon avis : Alors je suis assez mitigée. Le contexte est très bien rendu, mais j’ai trouvé un peu fouillis et un peu lent. De longs moments d’introspection qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire… Et surtout je n’ai pas d’affection pour les protagonistes, même si Bora, avec ses problèmes de conscience est un personnage intéressant, mais pas sympathique malgré tout.. Ce que j’ai bien aimé c’est l’histoire raconté de différents points de vue .. pas vraiment concordants.

 

Extraits :

Les livres tombaient l’un après l’autre, tantôt ouverts, tantôt fermés. Comme des langues de serpent noires et rouges, les rubans marque-pages jaillissaient de sous les couvertures.

— On se sent puissante, quand on peut reconquérir un homme.

— Mais si vous êtes catholique, vous devez croire aux miracles !

C’était l’un de ces moments où l’on prend parfaitement conscience de tout : du temps, du lieu, des circonstances, comme si l’éternité se révélait au sein de l’instant éphémère.

— Je voudrais seulement qu’on me fasse travailler en plein jour, voyez-vous. Parfois, j’ai l’impression que je vais mourir comme Goethe, en réclamant de la lumière.

À cet instant précis, il n’avait pas envie de ressentir quoi que ce soit. La colère et la honte le rendaient égoïste.

Devant lui, sur une étagère, les vers de Garcia Lorca, ruisselant de sang féminin et de sueur délicate, lui étaient défendus ; mieux valait se diriger vers les classiques grecs alignés à côté de la poésie latine, ou vers la fiction allemande contemporaine.

Puis, d’une petite voix, elle répliqua :
— Oui, il faut être saint pour vivre avec une sainte.

— “Si donc la lumière qui est en vous n’est que ténèbres, combien seront grandes les ténèbres mêmes !” Voilà la citation tirée de Matthieu, capitaine.

Le bruissement de sa jupe, avait écrit Garcia Lorca, ressemblait à des couteaux fendant lair.

— C’est une bonne idée de vous avoir transféré au renseignement, je trouve vraiment. Vous aimez creuser. Vous risquez de déterrer un os si vous continuez.

Il évita le pire, mais c’en était fini de l’euphorie et de la détente. On venait de lui remémorer sa condition de mortel, son insécurité suprême.

— Les Allemands et les Russes sont-ils vraiment faits pour s’entendre?

— La carte de la Pologne en est la preuve vivante, commissaire.

— Une preuve pas très vivante, mais vous avez raison.

Je me suis souvenu que, en philosophie, on appelle lumen naturale les pouvoirs cognitifs de l’esprit humain, non aidé par la grâce de Dieu.

Après tout, le mot nonne signifiait autrefois “vieille dame”.

En vérité, il commençait à sentir le poids de cette journée. Comme une charge de pierres qu’on lui aurait soudain attachée au cou, toute cette tension nerveuse le faisait souffrir physiquement.

Que ressentiriez-vous si on vous annonçait que votre maîtresse est aussi votre mère ?
— Je ne prendrais jamais une maîtresse beaucoup plus âgée que moi.

Le bruit de pas résonna dans l’église comme si l’on avait giflé l’espace voûté.

— L’Église m’a appris que le désespoir est un péché mortel.
— Oui, tout comme l’orgueil, mais les hommes ont tendance à ressentir l’un et l’autre dans les situations extrêmes, dans le malheur ou dans le bonheur.

— Si un nègre enfile mon uniforme, ce n’est plus un nègre ? Bien sûr que non. Il reste un nègre.

Les mots se heurtèrent, s’affrontèrent en lui jusqu’à ce qu’il les fasse taire, non sans lassitude, grâce à une maîtrise de soi longuement exercée. Il eut l’habileté d’ouvrir une plaie moins douloureuse pour laisser s’épancher son angoisse.

Les hommes à la moralité solide ne peuvent s’empêcher de désirer ce qu’ils se refusent. Pour ma part, je suis prêt à me montrer très indulgent envers leur frustration.

Comme si les morts passaient les premiers. Comme si notre dette envers les morts l’emportait sur les désirs des vivants.

Un faisceau subtil de lumière nette transperçait la pièce, rendant les ombres plus denses, comme un liquide noir se massant autour d’un filament d’or.

 

“L’esprit, quand on dort, a des yeux perçants.

À la lumière du jour, les choses sont moins visibles aux hommes.”

 

Dans le noir tout le monde devenait aveugle, les préjugés perdaient de leur vigueur. Seul le soupçon restait assez aigu pour découper des formes dans son esprit.

 

Faites votre travail, ouvrez l’œil, prenez des notes mentalement. Surtout, prenez des notes dans votre cœur, car c’est la meilleure place.

 

Des papiers tourbillonnaient dans les airs et tombaient comme des oiseaux abattus.