Scerbanenco, Giorgio «Le Sable ne se souvient pas» (2003)

L’auteur : (Source Wikipédia) Giorgio Scerbanenco, né Volodymyr-Djordjo Chtcherbanenko (en ukrainien : Володимир-Джорджо Щербаненко) à Kiev le 27 juillet 1911 et mort à Milan le 27 octobre 1969, est un écrivain de polar italien. Il est né en Ukraine, à Kiev, de mère italienne et de père ukrainien. Il arrive en Italie, à Rome, avec sa mère à l’âge de six mois. En 1917, lors de la révolution russe, tous deux retournent en Russie pour retrouver leur mari et père, mais celui-ci a été fusillé par les bolcheviques. Il rentre donc avec sa mère en Italie, d’abord à Rome puis, à seize ans, à Milan. Il est alors orphelin. Il arrête très tôt ses études pour des raisons financières. Sans diplôme, il gagne sa vie péniblement en acceptant des emplois mal payés de manœuvre, de balayeur ou de magasinier. Les privations, la malnutrition et une santé très fragile entraînent son hospitalisation dans un sanatorium à Sandrio, près de la frontière suisse. C’est pendant ce repos forcé qu’il se met à l’écriture de plusieurs nouvelles publiées à partir de 1933. Auparavant, il commence à collaborer à des journaux féminins, d’abord comme correcteur, puis comme auteur de nouvelles et de romans à l’eau de rose, ainsi qu’au courrier du cœur. Il écrira également des westerns et de la science-fiction.
Il publie son premier roman policier Sei giorni di preavviso en 1940, c’est le premier d’une série qui sera republiée dans Cinque Casi per l’Investigatore Jelling.
En 1943, il se réfugie en Suisse où il restera jusqu’en 1945. Il passe d’abord par le camp de réfugiés de Büsserach puis est accueilli, dans le canton du Tessin, par des amies suisses de son épouse, Teresa. Pendant son exil il écrit un roman Non rimanere soli qui en transpose l’expérience bien qu’il ait dû, comme il l’écrit lui-même dans l’avis au lecteur (al lettore) qui précède le roman, obéir aux prescriptions minutieuses de la police du pays dans lequel il a passé ses années d’exil et se contraindre à une neutralité hypersensible (ipersensibile neutralità) et donc à changer les noms des personnes et des lieux. C’est également en Suisse qu’il écrira Lupa in convento, Annalisa e il passagio a livello, Tecla e Rosellina ainsi qu’un roman de science-fiction — qualifié de sombre (cupo) par sa fille Cecilia dans l’avant-propos du recueil intitulé Annalisa e il passagio a livello contenant la nouvelle de même titre et Tecla e Rosellina, publié en 2007 par Sellerio à Palerme.
La renommée internationale intervient avec la série des Duca Lamberti — quatre romans dont Vénus privée, adapté à l’écran par Yves Boisset sous le titre Cran d’arrêt en 1970. Il y dépeint une Italie des années 1960 difficile, parfois méchante, désireuse de se développer mais désenchantée, loin de l’image édulcorée et brillante de l’Italie du boom économique.
Il obtient le grand prix de littérature policière en 1968.
Il peut être considéré comme un des maîtres des écrivains italiens de romans noirs à partir des années 1970.
Depuis 1993, le prix Scerbanenco récompense le meilleur roman policier ou noir italien publié l’année précédente. Ce prix est décerné lors du Festival du film noir de Courmayeur.
Depuis 2001, Laurent Lombard (université d’Avignon) a proposé en traduction des textes inédits en France aux éditions Rivages/noir : (La trilogie de la mer : Le Sable ne se souvient pas, Mort sur la lagune, Les Amants du bord de mer) ainsi qu’une nouvelle traduction de la série Duca Lamberti en cours de parution chez le même éditeur.

La trilogie de la mer : (1) La sabbia non ricorda (1961) – Publié en français sous le titre Le Sable ne se souvient pas, Paris, Payot & Rivages, Rivages/Noir no 464, 2003. – 368 pages)

Résumé : Été 1960. Dans l’aube naissante, un homme est étendu sur une plage du Nord de l’Italie. Il a une blessure à la gorge. Debout, une jeune femme contemple son cadavre. « Ça devait arriver », pense-t-elle. Elle ramasse un couteau, l’arme du crime, et le jette à la mer, puis elle prend la fuite. Elle repart chez elle, en Allemagne. Quelques heures plus tard, des carabiniers trouvent le corps du jeune sicilien. Le vent a déjà effacé les empreintes de pas sur le sable. Le sable ne garde rien en mémoire. Le sable ne se souvient pas…

Publié en 1961 dans une revue féminine, Le Sable ne se souvient pas est un inédit de Scerbanenco. Considéré comme le père du roman noir italien grâce à la série dont le héros est Duca Lamberti, l’auteur excelle dans la peinture sociale de son pays et met ici en lumière le contraste entre une Sicile pauvre et arriérée, et une Italie du Nord bourgeoise et complexée.

« Toutes les qualités de Scerbanenco, disparu prématurément en 1969 alors qu’il promettait de devenir l’égal transalpin d’un Simenon, se retrouvent dans ce récit. » ( Le Canard Enchaîné)
« L’un des chefs-d’œuvre du père du roman noir en Italie. » ( Le Nouvel Observateur)
« Une réussite exemplaire, parfaitement représentative de cette fantastique ‘machine à raconter des histoires’ que fut l’inépuisable Scerbanenco. » (Christian Gonzalez, Le Figaro Madame)

Mon avis : Un très gros merci à Fouad pour m’avoir suggéré de lire cet auteur. Je ne vais pas m’arrêter après ce premier … c’est certain. Un excellentissime conseil. L’Italie du Sud qui s’oppose à celle du Nord. D’un côté les pauvres, de l’autre les nantis. La femme soumise contre la femme libérée. Il y a le coté policier, le coté sociétal et le coté psychologique. En effet bon nombre de personnages ont des personnalités bien différentes et vivent avec des angoisses, des peurs, un passé qui leur colle à la peau et les empêche de vivre. Il y a à la fois des réflexions style délit de sale gueule (Autrefois, les délinquants, les assassins avaient un physique de délinquant ou d’assassin) et images stéréotypées et à la fois des analyses très fouillées, sensibles, délicates. Tous les personnages ont un rôle à jouer et tous sont vivants et extrêmement bien décrits. Tous ont leur coté ombre et leur part de lumière. Et le suspense est total… Il y a des pistes à suivre, plusieurs coupables possibles… et on est tenus en haleine jusqu’au bout… En plus de Fouad , j’avais lu que Valerio Varesi était un admirateur de cet auteur : j’ai compris pourquoi 😉

Extraits :

Elle regarda autour d’elle : personne. On pouvait même dire : rien, parce qu’à cette heure-là, dans la couleur grise qui confondait toute chose, c’était comme si le néant l’entourait. Un ciel sans étoiles, et sans soleil, comme un vide.

Mais à l’intérieur, elle était vide. Enfin, presque, car il lui restait un lac d’angoisse qui lui ôtait toute force physique et la faisait paniquer pour un rien, pour ce qui bougeait comme pour ce qui était immobile

Il comprenait qu’elle n’allait pas bien, qu’elle s’était arrêtée ; ni en vie, ni sans vie.

Ce n’était pas un visage : c’était un livre. N’importe qui pouvait le lire.

— Ce n’est pas du silence ça, écoutez.
Il se tut un instant, pour lui faire comprendre que ça, ce n’était pas du silence.
— Ça, c’est le néant, vous avez entendu ? On a l’impression d’être dans le néant et d’être anéanti.

Elle savait ce qu’étaient les idées fixes, les obsessions, les angoisses, c’est pourquoi elle arrivait à le comprendre. On n’échappe pas à quelque chose qu’on a à l’intérieur de soi.

Elle savait ce qu’étaient les idées fixes, les obsessions, les angoisses, c’est pourquoi elle arrivait à le comprendre. On n’échappe pas à quelque chose qu’on a à l’intérieur de soi.

Les femmes sont nées pour attendre, croyait-elle sans être capable de le penser, et elle aimait ça, attendre, parce que, elle, c’était une vraie femme.

Et tout comme son fils dont il suffisait de regarder le visage pour y lire ce qu’il pensait, il suffisait de suivre le déplacement et le froissement de ses rides pour connaître chacune de ses pensées et chacun de ses sentiments.

Tout le monde doit se convaincre par soi-même, et non parce qu’on force votre volonté.

J’ai changé d’idée, et un homme n’aime pas tellement changer d’idée. Peut-être qu’une femme ne peut pas le comprendre.

C’était une statue, à un point tel que l’habiller, c’était comme mettre un tailleur à Aphrodite

Elle fut la première à se défaire de l’embrassade, comme si elle se défaisait d’une partie vivante d’elle-même.

il comprit que durant toutes ces années où il avait été loin d’elle, il avait souffert, même s’il n’en avait pas eu conscience, même s’il croyait qu’il souffrait pour d’autres raisons.

il savait que personne n’effraierait cette fille au visage haineux.
La haine n’a peur de rien.

Tu sais, personne n’accorde de crédit à certaines femmes, même si elles disent la vérité.

Ses yeux, deux pierres dures noires de haine, s’adoucirent, s’arrondirent, et se transformèrent sur son visage en deux océans de lumière.

Les mots n’avaient jamais aucune importance, pensa-t-il, ce sont les faits qui comptent.

un policier, avant d’arriver à la vérité, travaille presque toujours sur du vide, jusqu’à ce que, une fois écarté un tas de riens, il trouve la bonne piste.

son regard bleu se posa sur elle ; tout ce que le bleu de ses yeux pouvait avoir d’angélique et de naïf se transforma subitement en un bleu d’acier glacial qui la pénétra et accrut son appréhension

Sa générosité envers elle avait toujours été délicate : nul cadeau, aucun geste banal et futile, mais toujours des attentions subtiles et profondes à son endroit.

Oh ! ma pauvre chérie, tu as la chair de poule, lui dit-il en lui passant une main sur le bras, mes paroles ne te réchauffent pas assez.

Il avait compris que l’arme la plus puissante d’un policier était de penser que les mystères les plus enchevêtrés pouvaient se résoudre simplement en réfléchissant.

Un Allemand sérieux est rigide, dur et inexpressif comme un tank à l’arrêt.

Certains névrosés ne vivent plus dans le présent, ils attendent le futur, le lendemain, l’heure prochaine, la minute qui va arriver, et ils vivent toujours dans la peur de cet avenir, pour voir ce qui se passera, s’il porte toutes les angoisses qu’ils redoutent. Ce sont des êtres qui ont toujours peur de tout, de la lumière et de l’obscurité, de la foule et de la solitude, du silence et du vacarme et qui finissent par exploser dans un acte de violence

On peut mourir de bien des façons tout en continuant à rester en vie.

À un certain âge, l’expression ne change plus, on peut être mort à l’intérieur – lui aussi devait être mort – sans que cela se voie.

Info : Giannuzzo, de même que Giovanuzzo, est un diminutif, plutôt peu raffiné, du prénom Giovanni. Il est usité couramment et principalement en Sicile.

D’Aillon Jean – Les aventures de Louis Fronsac

D’Aillon Jean – Les aventures de Louis Fronsac

Louis Fronsac, ancien notaire anobli par Louis XIII, marquis de Vivonne, conduit des enquêtes criminelles au XVII eme siècle. Louis Fronsac, notaire à Paris, met ses talents d’enquêteur au service de Richelieu (duc de… Fronsac) puis de Mazarin. Aidé de son ami Gaston de Tilly, commissaire, et de soldats chevronnés tels que Gaufredi et Bauer, il va déjouer plusieurs complots et acquérir par ses mérites ses titres de noblesse.

Présentation des livres : Romans et nouvelles où apparaissent les Fronsac (dans l’ordre chronologique)
1. Les Ferrets de la Reine (2007, J.C. Lattès)
Résumé : 1624. Tandis que se négocient âprement les conditions du mariage entre le prince de Galles et Henriette, la soeur du roi Louis XIII, le jeune Louis Fronsac, âgé de douze ans, entre en sixième au collège de Clermont. Louis va se lier d’amitié avec un enfant noble et découvrir une redoutable conspiration ourdie au sein même de l’école. Cet ami est un jeune orphelin, pensionnaire comme lui, nommé Gaston de Tilly. Conduit par des jésuites hostiles à l’alliance anglaise, le complot vise à détruire la confiance entre la France et l’Angleterre, au risque de blesser Anne d’Autriche. Entre tavernes louches, pièces secrètes du collège et repaire de bandits, les deux adolescents mènent leur première enquête, cherchant par tous les moyens à prévenir la reine des dangers qui la guettent.
Mon avis : (pas encore lu)

2. Les collèges fantômes (Parution septembre 2017)
Résumé : Autour de Sainte-Geneviève, les vieux collèges du moyen âge se pressent les uns contre les autres, mais beaucoup sont désormais à l’abandon car la bourgeoisie et la noblesse choisissent désormais l’établissement des Jésuites – le collège de Clermont – pour l’éducation de leurs enfants.
En 1626 le recteur de Clermont a l’opportunité d’acheter un collège mitoyen abandonné : celui du Mans. Le jeune Louis Fronsac et son ami Gaston de Tilly décident alors d’explorer le vieux bâtiment.
Mais l’établissement n’est pas déserté, ni son voisin, le collège de Marmoutier, pourtant vide d’élèves. Qui sont ces gentilshommes qui entreposent mousquets et cuirasses ? Qui sont ces truands qui entassent des muids de vin dans les salles ? Les enfants trop curieux vont devenir des proies pour des individus impitoyables, tandis que se prépare dans l’ombre une effroyable conspiration contre le cardinal de Richelieu.
Mon avis : (pas encore lu)

3. Le Funeste testament
Résumé : Singulière affaire dont doit s’occuper Louis Fronsac en mai 1638. En ouvrant le testament d’un riche voiturier sur eau qui vient d’être assassiné, sa fille découvre qu’il a laissé sa fortune à sa belle-mère, contrairement à la coutume de Paris.
Au même moment, Gaston de Tilly, revenu de Hollande où il était cornette dans la compagnie de M. de Turenne, occupe une charge de commissaire des quais au bureau de l’Hôtel de ville de Paris quand M. Fronsac obtient pour lui un office de commissaire examinateur au Grand-Châtelet.
Rapidement, Louis va se retrouver face à des ennemis implacables et puissants, dont certains siègent aussi au Châtelet.
Cette nouvelle lève le voile sur une partie de la vie de Louis Fronsac et de Gaston de Tilly, entre les années passées au collège de Clermont et le Mystère de la chambre bleue.
Mon avis : (pas encore lu)

4. Le Mystère de la Chambre Bleue (1999, Le Masque)
Résumé : (1641-1642) : – En juin 1642, une copie du traité d’alliance passé entre le marquis de Cinq-Mars et l’Espagne arrive mystérieusement sur le bureau du cardinal de Richelieu. Dans le Paris de Louis XIII certains s’interrogent sur le rôle qu’aurait pu jouer la marquise de Rambouillet, surnommée Arthénice, durant les trois conspirations de 1641 : celle du duc de Vendôme, celle du duc de Soissons et celle du marquis de Cinq-mars.
Le perspicace notaire Louis Fronsac, ami du poète Vincent Voiture et du commissaire-enquêteur Gaston de Tilly, recherche la vérité sur la mystérieuse chambre bleue d’Arthénice. Enquête pour laquelle il risque sa vie, mais heureusement il est protégé par Giulio Mazarini…
Mon avis : Le premier de la série que je lis. J’aime beaucoup. Bien documenté, il dépeint l’époque et l’ambiance. Présentation des personnages de la série.

5. La Conjuration des importants (2000, Le Masque)
Résumé : (1643) : Décembre 1642. Qui a tué le commissaire de police du quartier Saint-Avoye dans une pièce entièrement close ? C’est ce que va tenter de découvrir le héros de ce roman, un jeune et brillant notaire, Louis Fronsac. Comme son meilleur ami travaille pour la police, les deux hommes ne devraient pas tarder à boucler leur enquête. Mais c’est compter sans la présence de la troublante Anne Daquin qui poursuit le jeune Fronsac de ses assiduités alors que son mari meurt empoisonné quasiment dans les bras du notaire.
Mon avis : Ah oui . j’adore. le souci du détail, la qualité des descriptions, de l’action…

6. La Conjecture de Fermat (2006, J.C. Lattès)
Résumé : (1644) : En ce mois d’octobre1643, alors que se négocie la fin de la guerre de Trente Ans, Mazarin soupçonne la présence d’un espion au bureau du Chiffre. À Louis Fronsac de le découvrir, et vite ! Et de trouver l’homme qui lui garantira un nouveau code secret inviolable. Mais sur le chemin du marquis, s’avance la Belle Gueuse, prête à tout… Amie ou ennemie ?
Mon avis : Alors là! C’est une découverte! J’ai l’impression de lire un Alexandre Dumas … presque… je vais me jeter sur les autres!!! C’est ma première rencontre avec les personnages. Je regrette de ne pas avoir commencé par le 1er, qui explique comment le petit notaire est devenu enquêteur.

7. L’Homme aux rubans noirs (2010, Éditions JC Lattès) regroupe cinq récits : Avec L’Homme aux rubans noirs, Jean d’Aillon nous entraîne au côté de son célèbre héros Louis Fronsac lors de cinq enquêtes sous la Régence d’Anne d’Autriche. D’un atelier d’alchimiste à la cour des miracles, des coulisses du théâtre du Marais au coeur secret du Pont-Neuf, le notaire Louis Fronsac percera d’étonnants mystères dans une ville qui gronde contre Mazarin. Sous la plume savante et précise de Jean d’Aillon, on découvre la belle Roxanne de Cyrano sous un jour nouveau et les tours de passe-passe d’un descendant de Nicolas Flamel ou encore les inspirations d’un jeune dramaturge qui deviendra Molière.
La Lettre volée (Action située en avril 1644)
Résumé : 1644, alors que la France gronde contre le Mazarin, pourquoi Paul de Gondi, coadjuteur de Paris est-il autant terrifié par le vol d’une lettre qu’il conservait dans sa chambre du Petit Archevêché?
Mon avis : (pas encore lu)

L’Héritier de Nicolas Flamel (Action située de mai à juillet 1644)
Résumé : Qui est vraiment Nicolas Perrier, cet orfèvre de la rue de Montmorency qui raconte volontiers être le descendant de l’alchimiste Nicolas Flamel et capable, comme son ancêtre, de transformer l’or en plomb ? Quel mystère entoure son épouse ? Gaston de Tilly va-t-il perdre sa charge pour s’être intéressé d’un peu trop près aux finances du royaume ?
Mon avis : (pas encore lu)

L’Enfançon de Saint-Landry (Action située en janvier 1646)
Résumé : Qu’est devenue la petite-fille de Mathieu Molé, le président du Parlement de Paris, enlevée à sa mère, novice à Saint-Antoine-des-Champs, pour être abandonnée devant l’église Saint-Landry ? Le nourrisson a-t-il été acheté par des saltimbanques ou par des mendiants de la cour des Miracles ? Louis Fronsac risquera sa vie pour découvrir la vérité.
Mon avis : (pas encore lu)

Le Maléfice qui tourmentait M. d’Emery (Action située en mars – avril 1646)
Résumé : Qui a battu effroyablement Michel Particelli d’Emery, le contrôleur général des Finances qui redoute d’être envoûté par quelque sorcier ? Pour aider Françoise de Chémerault, l’ancienne espionne de Richelieu surnommée la Belle Gueuse, Louis Fronsac va enquêter sur Mme de Vervins, la terrible fesseuse, qui soigne les envoutements à coup de fouet. Mais derrière ces débauches, n’y a-t-il pas un plus redoutable adorateur de Satan ?
Mon avis : (pas encore lu)

La Confrérie de l’Index (Action située en novembre 1647)
Résumé : Qui est cette mystérieuse confrérie de l’index qui poursuit de sa férocité les libres penseurs et principalement Savinien Cyrano de Bergerac, accusé d’avoir assassiné le comédien du théâtre du Marais, Philidor ? Louis Fronsac ira de surprise en surprise en découvrant où elle se réunit et qui en est le chef.
Mon avis : (pas encore lu)
8. L’Exécuteur de la haute justice (2004, Le Masque)
Résumé : (1645): Nous sommes en 1645 après la Conjuration des Importants. La cour de France se déchire à nouveau et un jeune homme de quinze ans arrive inopinément des Pays-Bas. Il serait le fils du duc de Rohan et pourrait devenir le chef de file des huguenots de France. Mais le duc d’Enghien laisse entendre qu’il est un imposteur…
L’ancien notaire, Louis Fronsac, désormais chevalier de Saint Louis, sera chargé de découvrir la vérité. Aidé de son ami de toujours, Gaston de Tilly, ils mèneront l’enquête autour de la Bastille et dans la rue de la Pute y Musse et recevront l’aide d’un certain Jean-Baptiste Poquelin qui vient d’installer son Illustre Théâtre au jeu de paume de la Croix-Noire.
Mon avis : Cette fois encore j’ai été happée par les aventures du petit notaire ; la vie de l’époque, les intrigues de cour et de la politique. J’ai découvert le monde des prisons, des juges, des tourmenteurs, des bourreaux… Paris d’avant et ses notes qui font référence au Paris de maintenant. Les dessous de l’histoire, car le contexte historique foisonne toujours autant de détails sur la vie quotidienne, les historiettes politiques, les alliances et mésalliances.. Et plus j’avance dans la série, plus je m’attache aux personnages. Je les retrouve avec plaisir. Gaufredi devient de plus en plus mystérieux… que cache son histoire? On a le plaisir de faire connaissance avec le monde des arts de l’époque (les théâtreux, les auteurs…)
Quelques infos :
– Bourreau : Personne chargée d’exécuter les jugements criminels. Il faut distinguer l’exécuteur des hautes œuvres chargé de la mise à mort sur un échafaud (en hauteur) et l’exécuteur des basses œuvres sans mise à mort au niveau du sol. La femme du bourreau est la bourrelle…
– Tourmenteur Juré : Bourreau chargé de soumettre un accusé à la Question.
– La Ville d’Alès (Alais à l’époque) : Alès était une cité sur la voie Régordane entre Le Puy et Saint-Gilles. En 1629, Louis XIII assiégea la ville, alors haut-lieu de la résistance protestante, qui capitula après neuf jours. Le dimanche 17 juin 1629 au matin, Alès se rend, les quelque 2300 hommes présents en ses murs ne purent rien devant l’armée du roi. Louis XIII fait son entrée à la tête de ses troupes par la porte de la Roque, accompagné par Richelieu en habit militaire. Les huguenots furent autorisés par le roi à partir pour Anduze avec la promesse expresse de ne plus porter les armes contre le roi. Le 28 juin 1629, Richelieu accorda aux protestants la paix d’Alès ou l’Édit de grâce. Cet édit qui leur retirait les places fortes mais leur confirmait les garanties religieuses de l’édit de Nantes a été signé par Richelieu au camp de Lédignan. On dit que Louis XIII logea à l’auberge du Coq Hardi, dans la Grand’Rue. Cette rue, aujourd’hui disparue comme tout le quartier, se situait au bas de l’actuelle rue Jules-Cazot. On peut voir le blason au restaurant du Coq Hardi, rue Mandajors. (Source Wikipedia)

9. L’énigme du clos Mazarin (1997, Le Masque)
Résumé : (1647): En 1646, Jules Mazarin, président du conseil royal, signe des lettres de patentes qui permettent à son frère Michel d’augmenter la surface de la ville d’Aix. Au même moment, le comte d’Alais, gouverneur de Provence, avertit le ministre que de fausses lettres de provision, toutes signées par le cardinal et permettant d’accéder à des charges de conseiller au parlement d’Aix, sont mises en vente. Qui peut bien chercher à céder de tels documents et à semer le trouble dans la ville ? Mazarin charge le marquis de Vivonne de mener l’enquête. Aidés de Gaston de Tilly, procureur du roi et du perspicace Louis Fronsac, les trois hommes finiront par découvrir la vérité après avoir frôlé la mort plus d’une fois, dans une ville d’Aix sale, obscure et encore enserrée dans ses remparts moyenâgeux.
Mon avis : C’est mon préféré pour l’instant! L’intrigue, les personnages… et la visite d’Aix … La description des voyages fait froid dans le dos… Paris-Aix ! 15 jours d’aventures, d’auberges, de rencontres avec des gens plus ou moins recommandables… Une documentation toujours aussi fouillée qui nous explique le contexte politique et la vie sous Mazarin. Et en refermant le livre, l’envie de visiter l’Aix en Provence d’aujourd’hui avec le livre à la main pour replonger dans le passé et parcourir les lieux maintenant avec le regard de Fronsac et ses amis…

10. Le Secret de l’enclos du Temple (2011, Flammarion)
Résumé : 1647. La France souffre, les cabales se multiplient, le pouvoir se fissure. Poussé par la bourgeoisie écrasée d’impôts, le parlement de Paris tente d’imposer à Mazarin une constitution
limitant le pouvoir royal. Le cardinal se cabre. Et le pays l’imite. Quand débute ce qui va dégénérer en sanglante guerre civile, le confite de Bussy fait une découverte étonnante : sa maison de l’enclos du Temple cache un message chiffré écrit par le dernier grand maître des templiers. Réputé pour son
habileté, Louis Fronsac va tenter de résoudre cette énigme. Quelqu’un agit-il dans l’ombre pour multiplier les émeutes, faire régner la peur et s’approprier le trésor de l’Ordre ?
Mon avis : Parfois l’impression d’être un peu « engluée » dans le récit de la période et recherchant le fil du roman et des aventures de Fronsac et Tilly.. Mais toujours du plaisir à me promener dans cette période et de réviser avec un fil conducteur et des notes qui relient au présent.

11. La Malédiction de la Galigaï (2012, Flammarion)
Résumé : 1617 : Concino Concini, maréchal d’Ancre et favori, organise le vol de la recette des tailles de Normandie. Peu après, il est assassiné sur le pont dormant du Louvre. Son épouse, Léonora Galigaï, sera exécutée pour sorcellerie quelques mois plus tard. Avant sa mort, elle maudira ceux qui ont trahi son mari.
1649 : Tandis que se termine la fronde des parlementaires parisiens, Gaston de Tilly, procureur à la prévôté de l’Hôtel du roi, découvre que son père, lieutenant de prévôt, a été assassiné trente ans plus tôt par les voleurs des tailles de Normandie. S’apprêtant à les châtier, il sera emprisonné, puis délivré grâce à l’habileté de son ami Louis Fronsac qui découvre qu’un nouveau vol se prépare. Tout indique que le commanditaire est, cette fois, un proche du prince de Condé, lequel vient de sauver la royauté.
Condé est-il complice de ce brigandage alors que le duc de Beaufort s’associe une nouvelle fois au roi de la cour des Miracles ? Le coadjuteur Paul de Gondi participe-t-il à cette infâme entreprise ? Par delà le temps, la malédiction de la Galigaï va-t-elle se réaliser ?
Mon avis : (pas encore lu)

12. L’Enlèvement de Louis XIV (2011, Le Masque)
Résumé : Dans ce recueil composé de deux longues nouvelles, Louis Fronsac est confronté au secret le mieux gardé du Grand Siècle. En 1659 à Aix, Forbin-Maynier, président du Parlement de Provence et fidèle soutien du roi et de Mazarin, est chargé de retrouver un neveu du cardinal de Retz, un père chartreux qui a mystérieusement disparu. Au cours de l’enquête, il sera mêlé aux obscurs complots qui mettent le royaume en péril. Un an plus tard, venu à Aix pour tenter de mettre un peu d’ordre dans les troubles qui agitent la province, le jeune roi Louis XIV est enlevé par une froide nuit de janvier dans son hôtel de Châteaurenard. Serait-ce l’oeuvre de Gaspard Glandevès-Niozelles, le chef des séditieux marseillais, ou de François de Gallaup, ancien capitaine de la garde du prince de Condé condamné à mort et en fuite ? A moins que ce ne soit Mademoiselle de Montpensier, cousine du roi qui n’a pas hésité à tirer sur lui durant la Fronde… Louis Fronsac n’aura que quelques heures pour retrouver le souverain qui est peut-être la victime d’une terrible affaire de sorcellerie…

Le Disparu des Chartreux (Février – mars 1659)
Résumé : 1659 : Louis Fronsac demande à M. de Forbin-Maynier, président du parlement de Provence et fidèle soutien du roi et du cardinal Mazarin, de rechercher un neveu du cardinal de Retz, père chartreux, qui a quitté son couvent. Une requête qui contrarie l’homme fort de la Provence, car le petit peuple gronde contre lui à cause des impôts qui l’étouffent. De plus, son neveu, chargé de cette enquête, disparaît à son tour, ainsi que son secrétaire, alors que circulent en ville des centaines de faux écus au soleil. Un complot se prépare-t-il contre le maître de la Provence ? Qui en sont les instigateurs ? Ses anciens compagnons frondeurs, proches du prince de Condé ? Le jeune Gaspard de Glandevès-Niozelles, nouveau maître de Marseille ? L’archevêque janséniste d’Aix, monseigneur Grimaldi ? À moins que Forbin n’ait réveillé de plus anciennes haines, celles contre son ancêtre, le boucher des Vaudois ?
Mon avis : (pas encore lu)

L’Enlèvement de Louis XIV (Janvier 1661)
Résumé : Le secret le mieux gardé du grand siècle !
1660 : Le jeune roi Louis XIV vient en Provence pour réduire les troubles qui agitent la province. Il loge à Aix, dans l’hôtel de Châteaurenard quand il est enlevé par une froide nuit d’hiver.
Qui sont les ravisseurs ? Le chef des séditieux marseillais Gaspard de Glandevès-Niozelle ? L’ancien capitaine des gardes du prince de Condé François de Gallaup, condamné à mort et en fuite ? Le duc de Beaufort qui a déjà tenté de tuer le cardinal Mazarin ? Mademoiselle de Montpensier, la cousine du roi, qui n’a pas hésité à tirer sur lui durant la Fronde ? Ou plus simplement les amis du prince de Condé qui vient justement à Aix demander son pardon ?
Louis Fronsac n’a que quelques heures pour retrouver le roi. Mais n’est-il pas déjà trop tard si Sa Majesté est mêlée à une affaire de sorcellerie ?
Mon avis : (pas encore lu)
13. La vie de Louis Fronsac et autres nouvelles (C’est sous la plume d’Aurore La Forêt, la belle-fille de Louis Fronsac que J. d’Aillon raconte la vie de celui qui fut notaire au Châtelet, puis chevalier de Saint-Michel, marquis de Vivonne et enfin chevalier de Saint-Louis. ©Electre 2017)
Résumé : Qui était Louis Fronsac ? Ce notaire et chevalier de Saint-Michel, marquis de Vivonne et enfin chevalier de Saint-Louis ? Un émissaire au service du chapelain de la reine, Anne d’Autriche, chargé de retrouver un banquier disparu? Un enquêteur plongeant dans un passé oublié, pour appréhender les derniers survivants d’une bande qui avait terrorisé Paris? Ces trois nouvelles apportent un éclairage romanesque à l’authentique histoire d’un homme aux mille facettes.

Le Bourgeois disparu (dans : Dimension de Capes et d’Esprits, Rivière Blanche, J’ai lu, juin 2013) (Action située en juin 1661.)
Résumé : Après la mort du cardinal Mazarin, Louis Fronsac est approché par le chapelain de la reine, Anne d’Autriche, pour retrouver un banquier disparu. Selon certains, celui-ci serait dans un cachot de la Bastille, ce que les plus hautes autorités du royaume réfutent. Au fil de son enquête, Fronsac découvrira une effroyable machination.
Mon avis : (pas encore lu)

Le Forgeron et le galérien (Dans La Vie de Louis Fronsac, J’ai lu, 2013). – mars 1663.
Résumé : Le forgeron de Luzarches a été assassiné et tout accuse sa fille. A la demande de Jean de Champlâtreux, fils de Mathieu Molé, le garde des Sceaux, Louis Fronsac reprend l’enquête conduite par le lieutenant du bailli de Senlis.
Mon avis : (pas encore lu)

14. Le Grand Arcane des rois de France (La vérité sur l’aiguille creuse) (2015, Flammarion)
Résumé : 1663. Une voleuse au talent de faussaire du nom d’Anne Lupin. Des Anglais espions qui veulent s’emparer d’un trésor caché. Le marquis de Louvois et Jean-Baptiste Colbert qui jouent des coudes et complotent pour s’attirer les faveurs de Louis XIV. Au milieu de ces intrigues, plongés dans une aventure où mort et trahison rôdent, Gaston de Tilly et Louis Fronsac enquêtent. Leur dessein ? Découvrir le Grand Arcane des rois de France, ce secret que les souverains se transmettent depuis mille ans.
Les échauffourées, les cabales, les chevauchées et les combats se succèdent. Fronsac et son ami parviendront-ils à percer le mystère alors que les dragons de Louvois, les hommes de main de Colbert et les truands de lady Carlisle sont à leurs trousses ?
Mon avis : (pas encore lu)

15. Le Grand incendie
Résumé :
Mon avis : (pas encore lu)

16. Le Dernier secret de Richelieu (1998, Le Masque) : Louis Fronsac, âgé, mène une dernière enquête qui l’amène à découvrir qui est l’Homme au masque de fer. Évènements survenus de septembre 1669 à mai 1670.
Résumé : (1669): Nous sommes en 1669 et un mystérieux prisonnier est conduit à la forteresse de Pignerol. Pourquoi tous ceux qui s’intéressent à lui disparaissent-t-ils comme par enchantement ? Pendant ce temps, le jeune roi se transforme en monarque absolu et la France connaît un régime des plus sévères. Le jeune notaire, Louis Fronsac est une fois de plus au cœur de l’affaire et il se pourrait bien qu’il nous révèle enfin la vérité sur le Masque de fer…
Mon avis : Suite des aventures du petit notaire. On traverse la France avec lui et on visite le Marseille de l’époque. J’aime toujours autant.

17. Menaces sur le roi (nouvelle).
Résumé : Quelques semaines après l’épilogue du « Dernier secret de Richelieu », Louis XIV est contraint de faire appel à la perspicacité de Louis Fronsac. Mais ce dernier, qui a pris à son service les trois Corses Verazzano, Aragna et Cougourde, se méfie du jeune roi de France. Pourquoi celui-ci lui demande-t-il d’enquêter sur un sordide parricide ? Quelle pression fait sur Sa Majesté le terrible condottiere Charles IV, duc de Lorraine ? Quel secret dissimule Olympe Mancini, duchesse de Soissons et ancienne maîtresse du roi ? Que savent Alexandre Bontemps, le premier valet de chambre de Sa Majesté, et Cateau la Borgnesse, la première maîtresse de Louis XIV ? Louis Fronsac découvrira-t-il la vérité auprès de la dame Monvoisin, une devineresse que d’autres appellent La Voisin ?
Mon avis : (pas encore lu)

18. Le Captif au masque de fer (J.C. Lattès)
Résumé : La fin du règne de Louis XIV est une sombre période pour la France. Après la révocation de l’édit de Nantes, le pays est entraîné dans d’interminables guerres. Roque la Garde, jeune protestant, enseigne au régiment du Lyonnais, est chassé de l’armée pour avoir refusé la conversion. Il devient bandit de grand chemin et prend le nom de Trois-Sueurs, celui qui donne les trois sueurs à ceux qui lui résistent… Entre crime et corruption à la cour et grande truanderie des bas-fonds de la capitale, Trois-Sueurs doit enquêter sur le secret du captif au masque de fer. Un soldat du roi devenu bandit au grand coeur confronté au plus grand mystère de l’histoire de France.
Mon avis : (pas encore lu)

Hors-série : La Vie de Louis Fronsac par Aurore La Forêt est préfacée par Jean d’Aillon (2005 ; Le Masque, coll. « Labyrinthes » hors-série, 2007 ; J’ai lu 2013).
Résumé :
Mon avis : (pas encore lu)

Image : Portrait d’homme, dit l’homme aux rubans noirs (Sébastien Bourdon 1616 – 1671) – Le Musée Fabre de Montpellier

Cayre, Hannelore «La Daronne» (03.2017)

Auteur : Hannelore Cayre est avocate pénaliste, elle est née en 1963 et vit à Paris. Elle est l’auteur, entre autres, de Commis d’office, Toiles de maître et Comme au cinéma. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, et l’adaptation de Commis d’office est son premier long métrage.

Publication : 09/03/2017 – Nombre de pages : 176- Editions Métailié – Prix Le Point du polar européen – 2017

Résumé : « On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj.
– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.
J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »
Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?
Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.
Et on devient la Daronne.

Mon avis : Bien aimé la Daronne… De fait c’est jubilatoire, enlevé, plein d’humour…. Quand les personnages deviennent plus importants que l’intrigue (et là en plus l’intrigue est à niveau) j’aime ! Une plongée dans les coulisses. Les hasards de la vie, les affinités… Et j’ai bien aimé toutes les explications. Quelques dysfonctionnements et irrégularités mises en lumière (les travailleurs au noir du Ministère de la justice dont j’avais entendu parler). Original, prenant, mené dans un bon rythme, personnages attachants. Pas beaucoup d’hommes dans cette histoire : c’est ici une histoire de mères/filles. Les traducteurs judiciaires ont toujours un coup d’avance ; comme Patience Portefeux, après une enfance et une vie de femme mariée sans soucis n’a plus de sous une fois veuve et qu’en qualité de simple traductrice-interprète judiciaire elle a les infos en avant-primeur, elle décide ( elle est veuve , sans argent et avec une mère dans une maison de retraite et deux filles à charge) de passer de l’autre côté de la barrière en utilisant les infos à son profit. Mais pas pour « faire du fric » : juste pour avoir ce dont elle a besoin pour s’occuper de sa famille. On en apprend beaucoup sur la justice … Comme dit l’auteur : « une histoire c’est toujours trois couches : l’évolution d’un personnage principal, le background et l’histoire… Ne passez pas à coté !

Extraits :

Comme si un vide-pomme m’avait été enfoncé d’un coup sec au centre du corps pour emporter mon âme tout entière.

C’est que j’adore les vieilles choses ; elles ont vu passer des tas de gens et on ne s’ennuie jamais à les regarder, contrairement aux neuves.

Sinon, j’étais payée au noir par le ministère qui m’employait et ne déclarait aucun impôt.
Un vrai karma, décidément.
C’est d’ailleurs assez effrayant quand on y pense, que les traducteurs sur lesquels repose la sécurité nationale, ceux-là mêmes qui traduisent en direct les complots fomentés par les islamistes de cave et de garage, soient des travailleurs clandestins sans sécu ni retraite. Franchement, comme incorruptibilité on fait mieux, non ?

Or il faut savoir que beaucoup d’interprètes français d’origine maghrébine ne connaissent que l’idiome de leurs parents alors qu’il existe dix-sept dialectes arabes aussi éloignés les uns des autres que le français l’est de l’allemand.

Je traduisais ça à l’infini… encore et encore… Tel un cafard bousier. Oui, ce petit insecte robuste de couleur noire qui se sert de ses pattes antérieures pour façonner des boules de merde qu’il déplace en les faisant rouler sur le sol…

Toutes leurs conversations tournent autour de l’argent : celui qu’on leur doit, celui qu’ils auraient dû toucher, celui qu’ils rêvent d’avoir…

Malgré tous ses efforts, à la sortie des études, il avait pris en pleine face le Grand Mensonge français. La méritocratie scolaire – opium du peuple dans un pays où on n’embauche plus personne, encore moins un Arabe – ne lui apporterait pas les moyens de financer ses rêves. Alors, au lieu de rester à bovaryser avec ses copains en bas de sa barre d’immeuble ou de fournir Daech en chair à canon, il était parti vivre dans le pays de ses parents avec son BTS en poche et l’idée d’en repartir au plus vite…

“Résident” avec un “e” comme citoyen d’une résidence et non un “a” comme des personnes qui habitent quelque part… et qui peuvent ainsi en repartir quand elles le veulent.

aucun de ses espoirs n’avait jamais été déçu vu qu’elle n’attendait absolument rien de la vie.

On décrit le cerveau d’un Alzheimer comme un oignon qui pourrirait couche après couche, de l’extérieur vers l’intérieur.L’envie de liberté est planquée au centre du trognon, m’étais-je dit en traversant le ramdam provoqué par sa disparition.

Vous êtes toutes les deux en colère par rapport à ce qui est en train de se passer et c’est normal. Votre maman sent qu’elle glisse, du coup elle se raccroche à tout ce qu’elle peut, y compris à vous, ce qui fait qu’elle est insupportable. Elle a peur de la vie qui finit et vous aussi vous avez peur. C’est un moment difficile qui se passe toujours très mal.

Ça faisait presque vingt-cinq ans que je m’agrippais à un morceau de bois flotté dans la tourmente de ma minable aventure tout en attendant qu’il advienne un rebondissement imprévu digne d’une série télé… une guerre, un loto gagnant, les dix plaies d’Égypte, que sais-je… et c’était enfin en train d’arriver !

Tolérance zéro, réflexion zéro, voilà la politique en matière de stupéfiants pratiquée dans mon pays pourtant dirigé par des premiers de la classe. Mais heureusement, on a le terroir… Être cuit du matin au soir, ça au moins c’est autorisé. Tant pis pour les musulmans, ils n’ont qu’à picoler comme tout le monde s’ils ont envie de s’embellir de l’intérieur.

le fait qu’il ait choisi instantanément d’être attaché à mes pieds partout où je marchais, comme une ombre en forme de chien.

les sujets de conversation avec un chien, quand on n’a eu personne avec qui vraiment échanger pendant vingt-cinq ans, ne manquent pas.

J’aimais sa présence – qui ne l’eût pas aimée d’ailleurs –, car en plus d’être la probité même, il était intelligent, cultivé et drôle. En associant ma vie à la sienne, je me disais à l’époque que je réussirais peut-être à prendre un peu de sa consistance. Mais lorsqu’il était près de moi ou pire, sur moi, j’avais l’impression d’être comme engloutie au sens propre comme au figuré sans que je sache vraiment si cela me plaisait

La vie m’était passée dessus à la manière de ce fer que j’ai manié tous les soirs pour que les miens, malgré le manque d’argent, aient toujours des vêtements impeccables. J’étais devenue une petite madame aux ailes engluées par les préoccupations matérielles et contrairement à ce que la publicité essayait de nous faire croire, ce n’était pas si évident que ça de changer de comportement après avoir incorporé tant d’habitudes.

ma vie a déraillé comme le diamant d’un tourne-disque saute d’un sillon à l’autre, d’une chanson douce à une ritournelle sinistre

Martel, Corinne «Et tu vis encore» (2016)

Auteur : Romancière française, Né(e) à : Paris en 1969
Passionnée par l’écriture, Corinne Martel est rapidement remarquée puis récompensée de nombreuses fois pour ses essais en poésie et littérature.
Après avoir réalisé ses études et obtenu ses diplômes dans un institut supérieur de gestion et de commerce, Corinne Martel embrasse une carrière orientée dans les jeux vidéos et activités pour enfants qu’elle exerce toujours à l’heure actuelle.
Fascinée par la littérature imaginaire, elle décide de s’inspirer de ses expériences ludiques pour écrire son premier roman, « Et tu vis encore » (IS Édition, collection « Sueurs glaciales », 2016), un thriller énigmatique doté d’un suspense et scénario à couper le souffle qui laisse entrevoir une carrière prometteuse.

167 pages – IS Editions – 2016

Résumé : Alice, une jeune star de la chanson, a de mystérieux secrets qu’elle nomme le « Plan A ».
Marc, un écrivain de polars, appelle les siens le « Plan B ». En panne d’inspiration, il passe son temps à visiter des sites monstrueux qui troublent son équilibre mental.
Quant à Pierre, il réussit à obtenir la direction d’une nouvelle prison composée de trente-huit détenus très spéciaux : des tueurs en série enfermés à vie. Sur son bureau, une chemise grise, nommée le « plan C ».
L’atmosphère est bien trop angoissante pour ce si petit village du Vercors…
L’heure des choix ne serait-elle pas prématurée ? Ils le savent bien, la mise en place de leurs plans va bouleverser le cours de leurs vies et les conséquences seront irréparables.
Et vous, à leur place, qu’auriez-vous fait..?
Meurtres, secrets de famille, suspense… L’énigmatique thriller de Corinne Martel est un bijou de ruses et double sens qui ne laissera aucun lecteur indemne.

Ce qu’ils en ont pensé :

« « Et tu vis encore » est une intrigue très prenante, une excellente idée de base avec une histoire dont on ne voit pas défiler les pages. » Kerry Legres, « Les Perles de Kerry » (blog littéraire)
« Émouvant, addictif, des coups au cœur au fil des mots et cette question qui nous taraude et qui prend tout son sens lorsque l’on referme le livre… Une lecture bouleversante et une vague d’émotions, de pages en pages. » Catherine Sicsic (correctrice littéraire)
« Frais, rapide et très rythmé, ce roman Feel good m’a fait passer un bon moment. » Matthieu Biasotto (auteur de thrillers)
« J’ai trouvé le livre bouleversant et la phrase de fin permet une remise en question de nos propres codes, de notre façon de penser et de voir les choses. Merci pour ce moment de lecture. » Cécile Quidé, « Mordus de thrillers » (groupe de lecture)

Mon avis : Petit roman qui m’a été conseillé par une amie et qui m’a beaucoup plu mais pas coup de cœur. Une histoire de famille, de clan, de vie et de mort… Le malaise pour moi vient de la question : qui est-on pour juger de la valeur de la vie ? Je le recommande sans hésiter car il tient en haleine… L’idée du scénario est originale et formidable… mais peut-être mon bémol est au niveau de l’empathie avec les personnages… L’auteur les a décrit mais je n’ai pas eu le déclic du cœur… et je me rend compte que c’est souvent le cas quand je lis des romans courts… pas assez le temps de faire connaissance … Comme c’est un premier roman, je suis curieuse de lire le prochain..

Extraits :

Est-ce d’ailleurs avoir le choix que de devoir choisir entre le pire et… le pire ?

Le contraste entre le froid du dehors et la chaleur de la boutique contribue un peu plus à cette ambiance hors du temps que procurent les fêtes de Noël.

Pour elle, la retraite, c’est une longue descente vers la fin, c’est se retrouver dans une maison vide, mais remplie de souvenirs.

Son foyer est tellement silencieux qu’elle entend le bruit assourdissant du temps qui passe.

Comme dans le conte de Lewis Carroll, il n’y a pas qu’un pays des merveilles, il y a aussi celui de l’autre côté du miroir…

Non ! Je ne peux pas utiliser le passé, pas encore, pas maintenant, je n’y arrive pas, je veux continuer au présent !
Le présent.
Le temps des vivants !

Ses yeux ont dû verser des torrents de larmes tellement ils ont l’air délavés.

Il est où mon Harrison Ford ? De la dernière croisade, on est passé à l’arche perdue !

Je vois pas tes yeux, mais j’imagine qu’ils sont éteints ; la noirceur a pris le pouvoir, tout est noir, en dedans comme en dehors

J’étais morte de trouille.
J’étais morte, mais j’étais vivante.

il n’avait jamais réussi à savoir pourquoi, mais ce n’était pas de la distance de désamour, plutôt un respect des zones obscures de l’un et de l’autre.

l’homme était encore parti, laissant place à l’animal et son instinct premier.

Elle voulait hurler de douleur, mais tout restait à l’intérieur.
Crier dans le silence, crier que c’était ici et maintenant.

Comment prendre soin de soi quand tout à l’intérieur n’est que questions, doutes, peurs et remords ?

il faut bien chercher des réponses à ses « pourquoi ? ». On veut absolument chercher une raison, une source au mal.
Un coupable !

Parfois, il vaut mieux agir sans savoir que savoir et ne plus vouloir agir.

C’est un truc de malade ! Bon, d’un autre côté, un truc de malade pour quelqu’un qui est à l’hôpital… Tiens, voilà que je me remets à faire de l’humour ! Oui, bon, pas terrible, mais ça revient !

Appanah, Nathacha «Les rochers de Poudre d’Or» (2003)

Auteur : Ayant le créole mauricien comme langue maternelle, Nathacha Devi Pathareddy Appanah, dont la famille descend d’« engagés » indiens immigrés à Maurice, écrit en français. Elle travaille d’abord à l’île Maurice comme journaliste pour Le Mauricien et Week-End Scope. Elle s’installe en 1998 en France, où elle poursuit sa carrière de journaliste dans la presse écrite et en radio. Ses articles sont publiés dans Géo Magazine, Air France Magazine, Viva Magazine et elle fait des reportages pour la Radio suisse romande, RFI, France Culture. Son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or, publié en 2003 aux Éditions Gallimard raconte l’épopée des travailleurs indiens venus remplacer les esclaves dans les champs de canne à sucre à l’île Maurice. Son deuxième roman Blue Bay Palace (Gallimard, 2004) donne à voir la schizophrénie d’une île Maurice entre l’image de la carte postale et une société très marquée par les classes, les castes et les préjugés. Dans La Noce d’Anna, publié en 2005 aux éditions Gallimard, la narratrice, tout en vivant la journée du mariage de sa fille, Anna, s’interroge sur la transmission entre mère et fille. Le Dernier Frère, publié en 2007, aux éditions de l’Olivier, raconte l’histoire de Raj, un garçon mauricien et de David, un jeune juif qui se retrouve enfermé à la prison de Beau-Bassin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Dernier Frère a reçu plusieurs prix littéraires dont le prix du roman Fnac 2007, le prix des lecteurs de L’Express 2008, le prix de la Fondation France-Israël. Il a été traduit dans plus de quinze langues. En 2015, parution de En attendant demain (Gallimard 2105) Paru en 2016, son roman Tropique de la violence est issu de l’expérience de son séjour à Mayotte où elle découvre une jeunesse à la dérive (source Wikipedia). Et toujours en 2016, «Petit éloge des fantômes» , 7 petites nouvelles.

Collection Continents Noirs, Gallimard -176 pages
Résumé : Avril 1892, Inde, colonie britannique. Des profondeurs du sous-continent, ils sont poussés vers l’océan. Un exilé volontaire et nostalgique sur les traces de son frère, un paysan meurtri par la misère et la domination des propriétaires terriens, une fascinante veuve au sang royal fuyant le bûcher, un candide joueur de cartes espérant trouver l’eldorado de l’autre côté de «l’Eau noire»… Ils rejoignent une centaine d’autres Indiens entassés dans les cales de l’Atlas pour les vertiges mortels d’une traversée de plusieurs semaines vers une île qu’on leur promet merveilleuse et fertile. Tout bas, on leur raconte que sous les rochers de ce pays mystérieux et clément, sommeille l’or. Ils ne savent pas qu’ils vont remplacer les esclaves des champs et passer de la soute à la soue, entre le bleu du ciel et le vert de la canne à sucre.
Juin 1892, île Maurice, colonie britannique. Le drapeau est anglais, mais ce sont les Français, installés ici depuis deux siècles, qui font marcher…
Avril 1892, Inde, colonie britannique. Des profondeurs du sous-continent, ils sont poussés vers l’océan. Un exilé volontaire et nostalgique sur les traces de son frère, un paysan meurtri par la misère et la domination des propriétaires terriens, une fascinante veuve au sang royal fuyant le bûcher, un candide joueur de cartes espérant trouver l’eldorado de l’autre côté de « l’Eau noire»… Ils rejoignent une centaine d’autres Indiens entassés dans les cales de l’Atlas pour les vertiges mortels d’une traversée de plusieurs semaines vers une île qu’on leur promet merveilleuse et fertile. Tout bas, on leur raconte que sous les rochers de ce pays mystérieux et clément, sommeille l’or. Ils ne savent pas qu’ils vont remplacer les esclaves des champs et passer de la soute à la soue, entre le bleu du ciel et le vert de la canne à sucre.
Juin 1892, île Maurice, colonie britannique. Le drapeau est anglais, mais ce sont les Français, installés ici depuis deux siècles, qui font marcher les affaires. Ce matin-là, ce sont eux qui attendent les Indiens de l’Atlas. Les destinées vont se nouer entre rêves et douleurs, haines et désirs, dans le village de Poudre d’Or aux rochers défiant le ciel et la terre et les songes des hommes.
Le journal de bord du médecin ivre, la rencontre des Noirs libérés de l’esclavage et des Indiens déportés resteront des moments inoubliables de ce roman historique fondé sur des faits avérés, tant l’auteur a le don de faire voir et d’émouvoir.
Prix RFO 2003
Mon avis : Quand je vois un livre d’Appanah, maintenant je m’empresse de le lire. Et quand on lit ce premier roman, on comprend la suite… Dès le premier roman elle subjugue. Elle nous parle de son ile, d’un pan de l’histoire que nous ne connaissons pas et nous dépeint des personnages attachants et crédibles.
Plusieurs personnages quittent l’Inde pour des jours meilleurs… Ils croient aux promesses des recruteurs qui sévissent en Inde pour amener de la main d’œuvre à Maurice. Non ce n’est pas de l’esclavage (il y a des contrats de 5 ans) mais cela y ressemble fortement. Ils sont engagés en remplacement des anciens esclaves africains et sont traités de la même façon… Certains fuient l’Inde, d’autres embarquent de leur plein gré… Cette partie du roman nous permet de faire connaissance avec les personnages et nous les rend de suite attachants.
La romancière va ensuite nous dépeindre la traversée en bateau… le cauchemar absolu. D’un côté les indiens, de l’autre les « blancs » ; certains sont compréhensifs (comme le capitaine) mais d’autres sont des monstres racistes et colonialistes, comme le médecin de bord brutal, méprisant, alcoolique.
Enfin nous touchons terre à Maurice : direction le village de Poudre d’Or… pour les hommes la découverte du travail dans les champs de cannes à sucre et pour les femmes qui ont fait la traversée le travail domestique. Et on ne passe pas sous silence le comportement des Blancs et des Noirs envers les Indiens…
Mais aucun personnage, aussi exécrable soit-il n’est totalement condamné par la romancière ; ils ont tous une (petite) part d’humanité ou de souffrance qui pointe sous leur brutalité… La fin du récit n’étant pas fermée, j’aime à croire qu’il y aura un peu de ciel bleu qui succèdera à la noirceur… ailleurs que dans le ciel étoilé…

Extraits :

Ici, depuis des siècles, dans les familles de sang royal, les femmes montaient sur le bûcher avec leur mari. C’était une tradition comme une autre. De toute façon, que ferait une femme sans son mari ? Qui voudrait d’une veuve quand les jeunes filles vierges ne manquaient pas ? Surtout, qui prendrait le risque d’accueillir une femme qui porte tellement le mauvais œil qu’elle finit veuve ?

Je n’ai apporté qu’un seul livre, le même à chacun de mes voyages : La Tempête de Shakespeare. Sur un bateau, en direction des îles, en compagnie de fous, il n’y a rien de plus, comment dire, approprié.
Je le lis et le relis à chaque voyage et je ne cesse d’y découvrir de nouvelles choses. Comme si pendant qu’il était clos, le livre respirait et muait.

Le capitaine m’a dit que, pour les Indiens, traverser l’océan équivalait à perdre sa caste et à renaître sous la forme d’insectes. Selon lui, des histoires circulent sur les Indiens engloutis par l’océan, brûlés ou enlevés par des âmes maléfiques qui croupissent sous l’eau !

Leur ombre est un poison sombre qui se glisse sous ma porte, dans la serrure, dans la moindre craquelure où, le jour, danse la lumière.

Ce bateau est hanté par les morts.
Ils se promènent là où ils sont interdits.

Ils auraient pu crier, pleurer, se révolter, mais non, ils n’étaient pas comme cela, ces Indiens-là. Ils se disaient que demain, ils verraient leur terre promise.
… Demain…

Ne pensaient-ils pas que le destin aurait de toute façon le dessus sur tout ? Alors, à quoi bon lutter ?

Le vent prenait son élan là-bas à l’horizon, s’enroulait, s’empiffrait d’embruns, volait de la force aux vagues et se lançait avec acharnement dans le port.

Malgré la bataille de 1810 où les Français avaient dû céder l’île de France aux Anglais, les établissements sucriers étaient toujours aux mains des vaincus. Après l’abolition de l’esclavage, les Anglais leur avaient fourni une main-d’œuvre indienne peu chère et docile. Les Français étaient là depuis deux générations parfois et l’administration anglaise s’en arrangeait bien. L’important, c’était qu’il n’y eût pas de conflit majeur entre les communautés et que l’Union Jack flotte tous les jours sur le port. Pour eux, Maurice n’était qu’une colonie placée stratégiquement entre l’Afrique, l’Inde et pas très loin de l’île Bourbon, qu’ils lorgnaient en vain. Jamais ils n’avaient voulu en faire une petite Angleterre.

Il n’avait rien connu d’autre, il ne pouvait pas dire qu’il avait été malheureux. Il ne pouvait pas non plus dire qu’il avait été heureux – d’ailleurs, il n’arrivait pas à se faire une idée juste de ce que voulait dire ce mot.

derrière la carapace de sept ans de labeur et de désillusion, il y avait encore deux jeunes hommes insouciants en quête de pièces d’or, quelques étoiles de leurs larmes étaient de chagrin.

Les fissures du toit de paille se dévoilaient à la lumière du jour et les rayons tombaient comme des couperets autour d’elles.

Sans racines, nous sommes un peuple sans racines mais la mer nous appartient. La lumière nous appartient…

Chacun doit suivre son chemin. Badri n’avait pas bien compris la phrase mais il pensa qu’à chaque fois qu’il trouvait son chemin, il courait pour s’enfuir.

ce plat pays où le soleil se levait sans qu’on s’en rende compte tant on était courbé sous la tâche et il se recouchait sans quequi que ce soit n’ait eu le temps de lui rendre hommage.

Frappat, Hélène « N’oublie pas de respirer » (2014)

Résumé : Lorsqu’elle traverse les buissons odorants du maquis, en passant par les cuves du lavoir installé sous les arbres, l’odeur verte perd ses pouvoirs. Elle s’affaiblit au contact d’un plus puissant enchantement: la rumeur, toujours égale, toujours renouvelée, des eaux claires et fraîches du fleuve, que l’on écoute, des heures entières, en somnolant, en rêvant, sur les pierres brûlantes et douces, les yeux mi-clos.

Auprès d’une mère inaccessible, visage d’Anna Magnani dissimulé derrière la fumée bleue d’une Gitane, un souvenir est soudain convoqué puis diffracté par celui, lumineux, violent et âpre, granit et ombres bruissantes, de l’été corse. Dans une langue habitée, puissante de tragédie et de modernité mêlées, Hélène Frappat retrouve ici la géographie des origines, l’héritage choisi par les enfants de l’exil.

Paru dans La Collection « Essences » d’Actes Sud – Octobre 2014 – 96 pages

Mon avis : les odeurs et la couleur… les images se mêlent aux parfums pour esquisser les souvenir des passés… le passé gris et le passé multicolore, à l’unisson des sentiments ressentis…D’un côté les tons gris, la fumée, les nuages… De l’autre des couleurs vives. On y ajoute les croyances, les sorcières, les ogres, les légendes, la magie…et même l’enfer de Dante, évoqué au détour du nom de famille, le clan des Lanfranchi… Le noir, ce sont les femmes, le bleu les hommes, le rose les fleurs, le vert les tiges et les mousses, le rouge ce sont les roches… Paris, odeur et couleur de grisaille et de tristesse, même le fleuve est noir et menaçant ; le Sud, que ce soit la Corse ou l’Italie (Fiesole, Florence, Piémont.) c’est le soleil, les nuances, les odeurs de la nature et de la vie (fleurs, forêt…), les aux scintillent…

Et puis moi, si on me parle de Cesare Pavese, (auteur du Métier de vivre), on me cueille par le cœur…

Décidemment, celle collection « Essences » m’enchante… j’espère que de nouveaux contributeurs vont venir y déposer de petits textes… je verrais bien Jeanne Benameur écrire dans cette collection…

Extraits :

C’était l’hiver, ou bien la violence du souvenir interdit les couleurs.

Mon enfance est coupée en deux. La première est tombée dans le puits noir de l’oubli. De l’autre, quelques souvenirs flous s’échappent. La première est en noir en blanc ; l’autre en couleurs.

De l’odeur de la première enfance, je possède des images muettes. Elles ressemblent à des photographies en noir en blanc ; aux instantanés d’une vie à l’arrêt.

L’écran de la mémoire refusait de s’éteindre.

Dans l’air parisien, la fumée de cigarette se confond avec le couvercle protecteur du ciel gris. Elle ponctue les conversations des promeneuses, enveloppe leurs rêveries complices.

La cigarette des jours et des nuits parisiens incarne la jeunesse inconnue de ma mère, une époque qu’au fil du temps j’ai reconstituée à travers le nom des cafés (la Coupole, le Sélect, le Dôme), des peintres (Gen Paul), des luttes (la guerre d’Algérie), des idoles (Sartre, Juliette Gréco, les actrices effrontées de la Nouvelle Vague).

Le maquis était un langage ; la cigarette, un écran de silence opaque.

Elle fait tomber de l’huile d’olive dans une assiette remplie d’eau et, selon les ronds que l’huile dessine, devine si le mal est grave. C’est l’occhiu, l’œil.

Le fusil est une langue sans grammaire, sans liaison.

Le monde des adultes, distinct des créatures errantes, obéit à deux couleurs.

L’odeur bleue est la sueur des hommes, l’odeur de chasse, familière aux chiens, qu’exhalent leurs ventres proéminents, leurs torses aux teintes de terre sèche.

Le noir est l’odeur domestique des pièces où, par les après-midi caniculaires, n’entre jamais la lumière, l’odeur de renfermé des armoires et des buffets, l’air poussiéreux des greniers. C’est le noir sucré des églises, où les bouquets de lys blancs, sur la nappe brodée recouvrant l’autel, face aux bancs où s’entassent les obscures silhouettes, renvoient l’unique lumière.

La pluie douce et grise, les orages violents annonçant la fin de l’été donnent au parfum des eucalyptus une présence insoutenable.

Dans l’enfance de ma mère, les routes en terre rouge formaient des lacs de pluie où sautaient les enfants. En mai et juin, les touffes d’œillets sauvages dressaient leurs corolles rose pâle au sommet des tiges vert tendre que l’averse avait lavées de la poussière écarlate des roches de Monte Rosso, sur la route de Zicavo.
Le torrent même avait son odeur, fétide près du lac noir ou de la plage de Fondilugu (tellement isolée du pont qu’à chaque été, les baigneurs la débarrassaient des troncs d’arbres et des fougères), pétillante dans les cascades d’eau transparente que transperce le soleil. Au lavoir, une senteur écœurante de mousse assaillait les enfants. Avec leurs pieds, ils frottaient les bassins escarpés en granit jusqu’à ce que la mousse, et son odeur verte, disparaisse.

 Après la mort de son frère, Romulus construit une ville qu’il baptise roma, en mémoire peut-être du rumon, fleuve en étrusque, berceau d’eau qui protège les enfants.

De mère en fille, la langue de la forêt et du fleuve se transmet.

C’est une langue nocturne, ponctuée par les signaux qu’envoient les astres, et les mises en garde que les rêves prémonitoires adressent aux dormeurs.

Au bord du chemin, les chardons brandissaient leurs corolles menaçantes.

L’image jaune vient du passé. Sur les routes corses, la même fleur se dresse, couronnée de piquants interdisant de la toucher.

En Corse, les incendies réunissent les hommes. Le feu traverse les montagnes, enjambe les torrents et les lacs. Le feu est langue universelle.

Notre forêt est langage. Sans phrases écrites, sans liaisons, elle est la langue qui parle derrière toute phrase, tout silence. Le silence de ma mère était aussi vivant.

Infos :

le peintre Gen Paul : http://www.roussard.com/genpaul2007/actualites/biographie.html

 

La Collection « Essences » d’Actes Sud (voir page sur le blog)

Dahl, Kjell Ola « Le noyé dans la glace» (2012)

Auteur : Kjell Ola Dahl, né le 4 février 1958, est un écrivain et scénariste norvégien, auteur de roman policier. Il amorce sa carrière littéraire par la publication en 1993 d’un thriller intitulé Dødens investeringer, premier titre d’une série policière consacrée aux enquêtes du commissaire Gunnarstranda et de l’inspecteur Frank Frölich. Sur les 8 titres que compte la série, seuls 4 ont été traduits en français , en commençant par le 3ème « L’Homme dans la vitrine » , le 5ème « Le quatrième homme », le 7eme « Faux-semblants » et le 8ème «Le noyé dans la glace»

Collection Série Noire, Thrillers, Gallimard – Parution : 27-02-2014, 384 pages

Série Gunnarstranda et Frank Frölich (le 8ème / 4ème enquête traduite)

Résumé : Un matin de décembre, le corps d’un homme est repêché dans le bassin portuaire qui jouxte l’Hôtel de Ville d’Oslo. De prime abord, cela ressemble à un simple accident, suite à une fête trop arrosée. Mais l’inspecteur de police Lena Stigersand, chargée d’effectuer les premières constatations, a tôt fait d’avoir des doutes. Le noyé, Sveinung Adeler, devait rendre un rapport extrêmement sensible au fonds pétrolier norvégien (le plus riche de la planète), concernant ses investissements dans une compagnie exploitant des phosphates au cœur du Sahara occidental. Et, d’après les sources de Lena, Adeler aurait eu, la veille de sa « chute », un entretien avec une députée très en vue, chargée du contrôle de la commission des finances du Parlement. Mais quels étaient leurs liens exacts ? Et pourquoi les services secrets semblent-ils s’y intéresser ? Manipulation, corruption, trafic d’influence… Les criminels en col blanc ont parfois du sang sur les mains. Etroitement surveillée par sa hiérarchie, Stigersand devra mener une enquête aussi complexe que périlleuse dans les plus hautes sphères du pouvoir, jusqu’à risquer sa propre vie. S’il y a quelque chose de pourri au royaume de Norvège, elle-même pourrait bien se noyer sous une épaisse chape de glace.

Mon avis : Bien aimé. Une jeune policière, un journaliste, le monde de la politique..
Pas ce qu’on pourrait appeler une nouvelle enquête de Frölich … même s’il n’est pas totalement absent du livre. C’est plutôt Gunnarstranda et Lena Stigersand qui sont les deux policiers qui sont au cœur de cet opus…
Une Lena un peu perturbée par les fêtes de Noel, sa santé et son aventure sentimentale avec un journaliste … L’intrigue se déroule dans une ambiance frisquette. Par moment c’est lent, puis cela s’accélère. On visite les bas-fonds, les sous-sols du métro, on se frotte au monde de la politique, des magouilles, de la haute finance… C’est le troisième livre que je lis de cet auteur nordique et il est comme son titre : glaçant… Mon seul regret : les personnages ne sont pas attachants mais l’intrigue est bien ficelée… Malgré ce petit bémol, je vous suggère un plongeon en eau glacé en ces jours de canicule…

Extraits :
Elle se faisait l’effet d’un hérisson, d’ailleurs elle devait y ressembler et, après tout, qu’importe ? Au-dessous de zéro, la beauté passe après la santé. Les passants sur le trottoir non déblayé, qui avec son bonnet, qui dans sa parka ou ses bottes fourrées, auraient été de bons sujets d’observation sociologique, à l’image de l’homme quelques mètres devant elle. Caban et bonnet en tricot. Moufles doublées.

Quand elle était petite, son père avait possédé une Fiat 500 d’époque qui restait au garage. Cette vieille voiture occupait tous ses loisirs et il l’entretenait chaque hiver pour pouvoir l’utiliser en été. Il avait adoré cette voiture, avait adoré la faire démarrer. Pour elle aussi, cette voiture avait été comme un conte de fées. On y était si à l’étroit qu’on se serait cru dans une voiture de manège échappée du parc de Tivoli.

Il leva les yeux et passa le doigt sur la pile de livres sur sa table de nuit. « Lequel d’entre eux es-tu en train de lire ?
— Tous, dit-elle, soulagée de parler d’autre chose.
— Tous ? À la fois ?
— Non, un à la fois, mais je finis toujours par commencer un nouveau livre avant d’avoir terminé le premier. J’ai toujours fait ça.
— Mais tu tires quand même quelque chose de tes lectures ? demanda-t-il avec un sourire en coin, comme s’il ne la croyait pas.
— C’est ma manière de lire des livres », se justifia-t-elle en s’asseyant dans le lit.

Oui, c’est bien la seule où j’excelle : boire du thé et allumer des bougies.

La politique est parfois comme le miroir de l’eau qui prend la couleur de ce qui l’entoure et qui dépend aussi de l’œil qui regarde.

Celui qui est chargé de trancher des questions d’éthique doit souvent être plus doué pour la parole que pour la morale. »

J’ai un cancer. C’était la première fois qu’elle disait ces mots à haute voix. Sa façon de prononcer cette phrase, oui, le son des mots eux-mêmes lui avait fait froid dans le dos.

Comment avait-elle pu faire la bêtise de noyer son désespoir dans l’alcool ? Il fallait qu’elle se ressaisisse et vite, pour reprendre le fil.
Mais quel fil ?

Il faut que tu redeviennes la personne la plus importante de ta vie au lieu de te réduire à être une figurante dans la vie des autres.

La presse norvégienne manque d’autocritique et, vu ce qu’elle se permet, sa crédibilité baisse chaque jour davantage. La seule instance à pouvoir mettre un peu d’ordre là-dedans, c’est la presse elle-même. Nous avons besoin de liberté d’expression mais, plus encore, nous avons besoin d’une culture de l’expression

La vie n’est pas comme une autoroute dans la plaine du Pô. La vie est une route sinueuse qui, de temps à autre, comporte des pentes à gravir. Des fois, on résout les problèmes en un clin d’œil. D’autres fois, il faut se munir de patience.

Vuillard, Eric «L’ordre du jour» (2017)

L’auteur : Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web – mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d’Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre et le prix Alexandre Viallate pour 14 juillet.

Actes Sud – 160 pages

Résumé : L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet.

« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. » E.V.

Mon avis : 1933- 1938, avant l’Anschluss. Une page d’histoire pas jolie jolie que nous raconte Eric Vuillard. Le livre commence avec la rencontre entre Herman Goering et Adolf Hitler et vingt-quatre dirigeants des plus importantes entreprises allemandes qui vont financer sans moufter la campagne nazie… Il nous raconte la prise du pouvoir par les nazis, la période qui précède la guerre, et la manière dont Hitler a manœuvré et manipulé les gens. Et au final on se rend compte que tout aurait pu être autrement si les grands industrielles (entre autres) n’avaient pas cédé aux manœuvres d’Hitler… La rencontre entre Chamberlain – Ribbentrop est pour moi le clou du roman ! Hallucinant d’apprendre que Ribbentrop était le locataire de Chamberlain ! Description de l’entrée de Hitler en Autriche avec les véhicules allemands tombant en rade, ferveur des autrichiens, rappels des entretiens Goering/ Ribbentrop …

Un livre court, qui éclaire un pan de l’histoire. Un roman historique ? Moi je vois plus cela comme un essai, un récit sur une période spécifique. En effet l’intrigue se suffit à elle-même et c’est de la grande Histoire sans petite pour l’accompagner…

Extraits :

La littérature permet tout, dit-on. Je pourrais donc les faire tourner à l’infini dans l’escalier de Penrose, jamais ils ne pourraient plus descendre ni monter, ils feraient toujours en même temps l’un et l’autre. Et en réalité, c’est un peu l’effet que nous font les livres. Le temps des mots, compact ou liquide, impénétrable ou touffu, dense, étiré, granuleux, pétrifie les mouvements, méduse. Nos personnages sont dans le palais pour toujours, comme dans un château ensorcelé.

Mais les entreprises ne meurent pas comme les hommes. Ce sont des corps mystiques qui ne périssent jamais.

Une entreprise est une personne dont tout le sang remonte à la tête. On appelle cela une personne morale.

La corruption est un poste incompressible du budget des grandes entreprises, cela porte plusieurs noms, lobbying, étrennes, financement des partis.

Et les vingt-quatre bonshommes présents au palais du président du Reichstag, ce 20 février, ne sont rien d’autre que leurs mandataires, le clergé de la grande industrie ; ce sont les prêtres de Ptah. Et ils se tiennent là impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’Enfer.

Les manœuvres les plus brutales nous laissent sans voix. On n’ose rien dire. Un être trop poli, trop timide, tout au fond de nous, répond à notre place ; il dit le contraire de ce qu’il faudrait dire.

Enfin, dans un élan désespéré, s’accrochant à sa bonne foi comme à une pauvre bouée de sauvetage…

Pourtant, tout a l’air calme. Les fauteuils sont revêtus d’une tapisserie vulgaire, les coussins sont trop mous, les boiseries régulières, les abat-jour cernés par de petits pompons.

À toute vitesse, dans le plus grand désarroi, il fouille les poches des siècles. Mais sa mémoire est vide, le monde est vide…

une norme constitutionnelle, monsieur, vous barre la route aussi puissamment qu’un tronc d’arbre ou un barrage de police !

Le fait accompli n’est-il pas le plus solide des droits ?

Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas.

 

Info :

L’escalier de Penrose : un objet impossible prenant la forme d’un escalier. Il a été conçu en 1958 par le généticien britannique Lionel Penrose, en se basant sur le triangle de Penrose créé par son fils, le mathématicien et physicien Roger Penrose. L’escalier de Penrose est une représentation en deux dimensions d’un escalier faisant quatre virages à angle droit, revenant ainsi à son point de départ ; selon la perception commune, les marches forment une boucle, constituant une perpétuelle montée (ou descente, selon le sens de rotation) ; en d’autres termes, il semble n’y avoir ni point le plus haut, ni point le plus bas. (Wikipedia)

 

Image : 15 mars 1938

Amoz, Claude « La Découronnée » (2017)

 

Auteur : Née en 1955, Claude Amoz, de son vrai nom Anne-Marie Ozanam, est agrégée de lettres classiques, professeur de chaire supérieure en khâgne et en chartes au Lycée Henri-IV. Elle a notamment participé à l’édition de La Germanie — Vie d’Agricola de Tacite (1998), des Vies parallèles de Plutarque (2002) et des Portraits de philosophes de Lucien de Samosate (2008) aux éditions des Belles Lettres. En tant que romancière, elle a choisi le pseudonyme androgyne de Claude Amoz pour éviter que ses romans ne soient d’emblée qualifiés de « féminins », avec tous les a priori qui accompagnent cette étiquette. Elle ferait volontiers sienne la formule de Flaubert : « L’écrivain ne doit laisser derrière lui que ses œuvres. Sa vie importe peu » Elle écrit des romans noirs dans lesquels les personnages sont confrontés à « un passé qui ne passe pas » et qui a toujours des conséquences plus ou moins graves. Ses thèmes favoris sont les blessures d’un passé douloureux, la fragilité de la mémoire, la recherche d’identité, la vérité, le désir, la famille, l’Histoire. Elle a déjà publié plusieurs romans noirs remarqués dont Bois-Brûlé, prix Mystère de la critique, et Etoiles cannibales, prix du Polar SNCF.

Paru chez  Rivages – 300 pages – Avril 2017 – Sélectionné pour le Grand Prix de Littérature Policière 2017

Résumé : Viâtre, une ville au bord du Rhône. Ce sont les vacances d’été, la chaleur est étouffante. Johan et Guy Mesel sont frères mais tout les oppose: Johan est un universitaire brillant et un passionné d’escalade alors que Guy, complexé par sa petite taille et dévoré par l’eczéma, est agent technique dans un lycée professionnel en montagne. Ils décident d’échanger leurs appartements pour la durée des vacances et c’est ainsi que Guy s’installe dans le logement que Johan vient d’acheter à Viâtre, dans la montée de la Découronnée. Il est saisi par l’atmosphère qui y règne et s’aperçoit que les lieux portent encore la trace des précédents occupants, en particulier un coffre à jouets dans une alcôve. Dans la même ville, Habiba est employée aux cuisines d’un foyer pour SDF sur lequel règne un prêtre tyrannique. La fille d’Habiba, Zahra, partage la vie du père de Camille, une adolescente qui a perdu sa mère dix ans plus tôt. La famille habitait dans la montée de la Découronnée et Camille garde en mémoire des souvenirs flous de scènes violentes entre ses parents. Un mystère plane sur les circonstances de la mort de sa mère dont elle a conservé des photos. Il y a aussi la vieille Maïa, qui a élevé les frères Mesel, et un détective privé pas forcément très doué pour les enquêtes. Tous ces personnages semblent liés d’une façon ou d’une autre à la montée de la Découronnée et aux drames qui s’y sont déroulés…

Mon avis : Une magnifique découverte que cet auteur. Du noir dans la touffeur de la canicule, dans une ville imaginaire des bords du Rhône (Viâtre : ce nom est-il en rapport avec le mot latin Viator qui signifie voyageur, celui qui voyage – en philosophie l’être humain comme un être toujours en devenir, « en route vers », tendu vers un idéal ou à la poursuite de ses désirs ?) Des enquêtes qui vont laisser subsister des zones d’ombre, des personnages attachants de par leurs fêlures ou fractures qui ont tous commencé leur vie avec des « blancs » qu’il va s’agir de combler. Il va leur falloir fouiller et affronter des souvenirs enfouis. Tant que le passé ne refait pas surface, il est impossible de vivre.

Le point de départ : un échange d’appartement entre deux frères pendant les vacances. Une femme qui veut se rapprocher de ses fils adoptifs. Et la quête du passé… un enfant disparu, une mère décédée, des doutes et des soupçons… Les mystères des lieux vont-ils permettre aux images de remonter à la surface ? En s’abritant derrière des prénoms et des déguisements, certains personnages essaient de se protéger pour avancer. Les enquêtes s’apparentent à des fouilles archéologiques et on creuse en profondeur pour ramener à la surface des petits bouts d’informations et faire revivre le passé. Et plus on se penche sur des faits lointains, plus c’est difficile de retrouver des traces… Sensible, émouvant, attachant, profond, bien écrit..

Tout ce que j’aime. Je vous le conseille vivement.

Extraits :

Les vacances d’été, un temps de loisir auquel chacun aspire, mais pour lui, cette année, le mot a retrouvé son sens premier.
Vacances, vacuité, vide.
Un vide dangereux.

les cimes qui enserrent la vallée de l’Arve ne lui inspirent que de l’effroi. De la tristesse aussi, quand le soleil disparaît derrière les parois rocheuses, si tôt. Le ciel est encore bleu, mais d’un bleu glacial, qui serre le cœur.

Ses ambitions se bornent à passer laborieusement d’aujourd’hui à demain, d’une semaine à l’autre.

Encore quelques phrases, puis elle a raccroché, selon l’expression qu’on utilise encore, alors que les appareils ont perdu leur crochet depuis longtemps, avant même d’abandonner leur fil.

« Clair et net » : l’expression le ravit ; il la répète plusieurs fois, d’un ton pénétré. Elle finit par entendre « clarinette ».

Deux vagabonds, chacun aidant l’autre à lancer des racines dans un sol nouveau. Deux boiteux faisant béquille commune. Mais il était impossible d’aller plus loin dans le partage.

cette intuition vient du fait que sa tante ne sait pas lire : elle est ainsi beaucoup plus réceptive aux signes inconscients par lesquels les gens trahissent des vérités qu’ils ignorent parfois eux-mêmes.

Rapetasserun des mots préférés de Sol.
« Réparer, ce serait trop prétentieux. Je les raccommode comme je peux, avec mes outils et mes doigts. Mais elles gardent leurs cicatrices. »

J’ai l’impression que ma mémoire est pleine de trous.
– Vaut mieux pas de souvenirs que des mauvais. »

Tant de choses qu’elle ne peut confier à personne, même à sa propre conscience.

Il dort dans le berceau d’osier qu’on appelle ici un moïse. Et l’histoire de Moïse lui revient.

Cette femme porte une absence en elle, comme une blessure.

Un tesson à côté du tesson qu’il faut, une confidence confrontée à une autre, qui la complète exactement, des rapprochements patients, et la vérité se retrouvera.

Le temps est une illusion, tout dépend de l’intensité avec laquelle tu le vis : quelques minutes peuvent être beaucoup plus riches que des années d’indolence.

la misère a changé de visage. Les pauvres ne sont plus squelettiques, mais boursouflés. Et c’est pareil pour le teint. Autrefois, les riches se protégeaient du soleil tandis que les paysans étaient tannés par les travaux du dehors : maintenant bronzage et minceur sont signes de réussite.

Les choses qu’on essaie d’enfouir finissent toujours par remonter.

Tout fils qui naîtra, jetez-le au fleuve… ordonne Pharaon.
Le Nil… Le Rhône

En hébreu, on ne dit pas la mer Morte, mais la mer de sel. Yam hamelahr.
Le sel, les larmes.

Le jour est levé, mais on dirait qu’il n’y a pas eu de nuit. Les corps ont de plus en plus de mal à supporter cette chaleur qui ne leur laisse aucun répit, même pendant l’obscurité.

Les gens à la dérive ont besoin de croyances, et plus celles-ci sont étranges, plus elles les rassurent.

le pont Noyé. Un symbole de solitude. Ne dit-on pas que les gens qui renoncent à communiquer coupent les ponts ?

Voilà ce qu’elle a gagné à fouiller dans le passé : réveiller les vieilles peurs, se retrouver fragile, nue.

Dehors, la chaleur semble encore plus violente, comme si l’absence du soleil lui conférait une existence autonome.

Ces derniers temps, elle se plaint de voir les objets lui échapper, c’est le mot qu’elle emploie. »

Les choses lui échappent, la vie lui échappe – cette phrase triste qui leur vient à l’esprit à tous deux, aucun ne la prononce.

Infos : ( pas trouvé de Fort de Dun en France)

Fort de Dun : Dun Aengus ou Dun Aonghus (Dún Aonghasa en irlandais) se situe sur Inis Mór, une des Îles d’Aran, au nord-ouest de l’Irlande. Dún Aengus est un site archéologique important, qui offre un panorama spectaculaire. Dún Aengus a été appelé « le monument barbare le plus magnifique d’Europe ». Le nom de Dún Aengus signifie « le fort d’Aengus », dun signifie « forteresse » en gaélique. Dans la mythologie celtique irlandaise, Aengus ou Oengus est un dieu solaire fils du Dagda. Ce nom pourrait avoir été celui du chef des Fir Bolg réfugiés dans l’île après leur défaite dans la guerre qui les opposa aux Tuatha Dé Danann selon le Lebor Gabála Érenn.

Giacometti – Ravenne « L’Empire du Graal » (2016)

Giacometti – Ravenne « L’Empire du Graal »  (2016)

11ème enquête du Commissaire Antoine Marcas :  Voir sujet global : « Série Commissaire Antoine Marcas »

Résumé : Oubliez tout ce que vous savez sur le Graal.

Palais pontifical de Castel Gandolfo. Sur ordre du pape, les cinq cardinaux les plus influents du Vatican prennent connaissance d’un rapport explosif rédigé par Titanium, le leader mondial des algorithmes. Le compte à rebours de l’extinction de l’Église catholique a commencé.
Paris, Hôtel des ventes de Drouot. En remontant une filière de financement du terrorisme, Antoine Marcas, le commissaire franc-maçon, assiste à la mise aux enchères d’un sarcophage du Moyen Âge. Un sarcophage unique au monde, car il contient selon le commissaire-priseur, les restes d’un… vampire.
C’est le début de la plus étrange aventure d’Antoine Marcas.
Une enquête périlleuse qui va le mener, en France et en Angleterre, sur la piste de la relique la plus précieuse de la chrétienté.
Le Graal. Une enquête aux frontières de la raison qui ressuscite Perceval, le roi Arthur et la geste légendaire des chevaliers de la Table ronde.

Mon avis : Et c’est parti pour un, non deux voyages… La quête du Graal de Marcas et une plongée dans la quête de Perceval ! Bienvenue en forêt de Brocéliande… J’ai adoré. Si le monde continue comme maintenant, la foi catholique sera prochainement réduite à une peau de chagrin et l’Islam gouvernera le monde. Mais jusqu’où l’Eglise est-elle prête à aller pour triompher ? Entre thriller ésotérique, guerre de religions, fable et légende… Amour entre père et fils, entre mari et femme, fidélité chevaleresque, un petit zeste d’Indiana Jones … du glauque, de la quête, du merveilleux, du rêve et du cauchemar… et aussi beaucoup d’informations historiques, des précisions sur les apports des maçons dans la culture actuelle (la manière de marcher des tailleurs de pierre – les chiffres le 3, le 5, le 7) et petits détails intéressants, un cours sur l’héraldique …Une fois encore sous le charme des aventures du Commissaire Marcas. La chasse au Graal est ouverte…. Et une belle révision de Chrétien de Troyes en prime…Mais je pense que certains vont trouver la légende arthurienne un peu trop présente..

Extraits :

Il m’a parlé d’ours polaires assis sur la banquise. Avec le réchauffement climatique, ces plantigrades voient leur territoire se réduire d’année en année, plaque de glace après plaque de glace, et finissent par couler dans l’océan. Ce rapport lui inspirait la même crainte, ce serait l’équivalent d’un réchauffement climatique pour l’Église.
Albertini devint livide.
— Soyez précis.
— C’est pourtant limpide. L’Église est un ours, assis sur une vaste banquise, une banquise durcie par la foi de plus d’un milliard de fidèles.

La pluie et le vent torturaient son parapluie avec un sadisme inhabituel en cette période de l’année.

ses parents lui avaient inoculé le virus d’une merveilleuse maladie. Une fièvre qui donnait à celui qui en était frappé la faculté de remonter le temps. La maladie de l’histoire.

N’écoute jamais les adultes. Il faut toujours croire aux contes de fées.

Sa vie affective était devenue plus désertique que le Sahara et le Gobi réunis. Comme le chevalier du conte…

Elle lui lança un regard aussi acéré que le gros couteau de boucher avec lequel elle s’apprêtait à découper la chair tendre et rosée.

Les hommes veulent du merveilleux.

l’Église est empoisonnée par le rationalisme et que l’antidote consiste à injecter du merveilleux à haute dose. En l’occurrence le Graal.

Eh bien Star Wars, c’est la Force, l’Église catholique, c’est la Foi. À la différence que vous, ça fait deux mille ans que vous projetez le même film. Malheureusement pour vous, vous avez zappé les effets spéciaux.

Chrétien de Troyes publie son Conte du Graal autour de 1190, or à cette époque l’Occident subit de graves revers en Terre sainte. À la tête de ses armées, Saladin prend Jérusalem et la plupart des places fortes de la région. Les chrétiens sont expulsés, massacrés ou envoyés en esclavage. Il ne reste plus que quelques bastions comme Tyr et Antioche. Face à la catastrophe, le pape Grégoire VIII lance la troisième croisade. Le Graal est une magnifique parabole d’une nouvelle quête, celle de la reconquête de la Terre sainte. Ce n’est pas un hasard si les écrivains continuateurs de Chrétien de Troyes vont tous axer la quête du Graal dans une optique de plus en plus chrétienne.

je place la science au firmament, non pas comme une idole, mais comme une manifestation de l’esprit de Dieu.

on ne faisait plus rêver en parlant de l’odeur de vieux cuir des reliures et du plaisir sensuel à tourner les pages de papier.

Une uchronie, c’est quand tu modifies le sens des événements, que tu imagines un autre destin à l’Histoire. Que se serait-il passé si César avait échappé au poignard de Brutus ? Si Napoléon l’avait emporté à Waterloo ?

Un monde sans couleur est un monde sans âme. Un esprit sans couleur est un esprit sans vie.

la tradition ésotérique française. Une tradition souvent dédaignée au pays de Descartes et de Voltaire, mais fondatrice, car elle plongeait ses racines dans un incroyable terreau imaginaire, historique et culturel. Où se retrouvaient dans une chaîne séculaire aussi bien l’alchimiste Nicolas Flamel, les fées de Brocéliande, le dernier grand maître des Templiers, Jacques de Molay, ou les énigmatiques Cathares hérétiques de Montségur. La substantifique moelle de ses best-sellers mondiaux se nourrissait, sans état d’âme, de ce fabuleux patrimoine légendaire.

Quelle est cette couleur qui baigne notre cerveau, fruit de millions d’années d’évolution ? Il fut un temps où nous avions un arc-en-ciel en tête : nous avions foi en l’avenir, dans le progrès. Nous rêvions d’utopie, d’un monde plus juste, plus beau. Eh bien, en ce troisième millénaire, cette couleur a viré au gris. Un gris sans âme, sans rêve, sans espoir. Et ce gris se densifie jusqu’à devenir noir. Un noir de peur, de méfiance, d’intolérance propagées par les journaux, la télévision, la radio et les réseaux sociaux. Les politiques ne nous apportent aucune espérance. L’insécurité, le chômage et le terrorisme ont tout gangrené. Nos cerveaux ont pris la couleur de la nuit.

Le bleu des nuits célestes, l’orange des aubes d’été, le vert naissant des printemps, l’or jaune du soleil, le rouge des passions. Des teintes éclatantes pour colorer à nouveau le cerveau des hommes. C’est ce que j’essaye de faire humblement dans mes romans. Je ne suis qu’un modeste peintre qui redonne de l’éclat à l’imaginaire des hommes. Tel est mon but, réveiller en vous le sens du merveilleux… ou du conte de fées. Appelez ça comme vous voudrez.

Ré-enchanter le monde, voilà l’enjeu de ce troisième millénaire. Sinon, nous laisserons à nos enfants un monde en gris et en noir.

Pour cette église du polar, le genre repose sur deux piliers d’airain. Le style, l’écriture si tu préfères, et la dénonciation de l’injustice sociale. Or, je n’ai ni la prétention d’avoir une plume dorée à l’or fin, ni le désir, et encore moins le talent, d’imiter les grands du genre, un Manchette, un Ellroy, un Burke ou un Pouy. Le polar marque le quotidien au fer rouillé du réel, alors que le thriller ésotérique le sublime. Je ne suis pas non plus Umberto Eco… Moi, je succombe avec délices aux sortilèges de l’ésotérisme ! Je ne suis qu’un modeste romancier qui veut faire rêver ses lecteurs. Mais ce rêve n’entre pas dans les canons de l’orthodoxie…

Best-seller ! Chut… malheureux ! Tu abordes un autre tabou. Tu prononces le mot honni. Dans les cénacles élitistes littéraires, plus tu as de lecteurs plus tu deviens suspect. Très… français comme vision. Mon Dieu, cachez ces chiffres de vente ! Haro sur ces engeances littéraires souillées de marketing, véritables insultes à la pureté originelle du livre !

Il fut un temps où les vampires et les morts-vivants étaient tout aussi réels pour nos ancêtres que la pluie ou le soleil.

Le vampire, le mort-vivant, qu’il soit d’origine démoniaque ou issu du corps d’un mortel, a traversé et influencé toutes les civilisations. Qu’importe son nom ou ses incarnations. Incubes et succubes chez les Mésopotamiens, Lamia et Empusa pour les Grecs, Stryges dans la Rome impériale, Aluka pour les juifs, Dhampires en Bohême, Nosferat ou Strigoïs en Roumanie, toutes ces créatures ont toujours infesté les campagnes à la tombée de la nuit pour puiser leur vie dans le sang.

Ainsi, en Irlande, il fallait éviter de croiser le Dearg-Dul au coin d’une forêt sombre, les soirs de pleine lune. Les Écossais, eux, craignaient la Baobhan Sith, une fée à l’allure envoûtante qui hurlait à la mort dans la lande. Et parfois même, les vivants buvaient le sang des défunts afin de s’approprier leur force et leur courage, comme certaines tribus vikings du Danemark.

Le symbole de l’homme qui marche pourrait indiquer cette progression. Il sort de la tombe de l’ignorance pour aller vers la lumière. Vers le Graal.

— « La souffrance a ses limites, pas la peur. » Arthur Koestler

Tout est symbole. Si le langage parle à l’esprit, le symbole, lui, parle à l’âme. Là où les mots renvoient à des choses ou à des concepts, par le biais de la raison, le symbole, lui, fait appel à l’émotion ; il fait vibrer en chacun des sensations inconnues, des souvenirs oubliés et il en dévoile les correspondances profondes et véritables

— Mais c’est la vérité.
— La vérité de la raison, oui. Mais celle de l’imaginaire est tout autre.

Une pénombre diffuse colorait en sombre toute la partie inférieure de la construction.

L’héraldique, les hiéroglyphes de la féodalité, comme le disait votre bon vieux Victor Hugo.

Un blason se décrypte en fonction de quatre éléments fondamentaux. La couleur, la partition, les pièces et les meubles. La combinaison de ces quatre éléments explique l’extraordinaire variété des armoiries.

Ici, commençait un château obscur et merveilleux où seuls les chevaliers archivistes et paléographes pouvaient chevaucher entre les murailles de papier.

Mille vies n’auraient pas suffi pour dévorer les quatre-vingt-cinq kilomètres de linéaires entreposés dans ce royaume souterrain. Un royaume peuplé de fantômes parcheminés.

(Les archives) : C’est le cœur nucléaire des origines du christianisme – et, comme dans les centrales atomiques, il faut se protéger de sa radioactivité.

Vous lisez le français ?
— Oui, n’est-ce pas la langue de la diplomatie vaticane ?

À Brocéliande, continua l’écrivain, Morgane fut recueillie par Merlin qui lui apprit les secrets de la magie, puis lui confia la tâche de mettre à l’épreuve les chevaliers qui se lançaient dans la quête du Graal.

— C’est la Grande Ourse, reconnaissable entre toutes : elle a la forme d’une casserole.
— Exact. Ursa Major. C’est fascinant.
— Je ne vois pas en quoi, répliqua Antoine, c’est la constellation la plus banale de la voûte étoilée.
— Pour toi, mais dans la tradition celtique, elle est connue sous un autre nom bien plus mystérieux : Karr Arzhur, le Chariot d’Arthur. Parce que le nom d’Arthur vient du mot « ours », Arzhen breton ou Arth en gallois… Voilà pourquoi le plantigrade orne son blason et que le surnom d’Arthur est le roi des ours.

De tous les feux qui enflamment l’esprit, l’imagination est le plus puissant, déclara Theobald, surtout quand on fait souffler le vent dans le bon sens. Déjà nos spécialistes travaillent à préparer l’opinion, à l’orienter… croyez-moi, aujourd’hui, entre les algorithmes et le Big Data, jamais la science n’a été aussi proche de Dieu.

L’imaginaire ! Les hommes en ont aussi sûrement besoin que l’air, l’eau ou la foi. L’Église a commis une faute impardonnable en abandonnant l’imaginaire des hommes à l’industrie du divertissement culturel. Et aux autres religions. Nous devons à nouveau offrir du rêve à nos fidèles.

Était-il possible que l’on puisse abuser les hommes jusqu’à leur faire croire tout et son contraire ? Ou alors la science de manipulation avait-elle atteint un tel point qu’elle servait les intérêts de Dieu ?

Fort est celui qui assume ses faiblesses, faible est celui qui les nie.

Chacun est parti affronter la Quête, son arme favorite à la main. Qui, son courage légendaire, qui, sa volonté de fer, qui, son intelligence hors pair. Et pourtant, tous ont échoué. Parce que tous ont cru que le Graal était une conquête, alors qu’il est un destin. Et un destin ne se conquiert pas, il se mérite.

Le miracle est dans l’œil de celui qui le vit

Si ce que nous savons nous élève, c’est ce que nous ignorons qui nous révèle.

… l’adversaire intérieur. C’était bien l’homme qui le nourrissait par ses frayeurs irrépressibles, qui lui donnait corps par ses peurs incontrôlées.

Il est plus facile de tuer un démon que vaincre sa peur du démon

Pour l’enfant de Cornouailles, où chaque arbre a une âme et chaque pierre sa légende, le merveilleux était aussi quotidien que la rosée du matin. Toutefois, il avait appris à se méfier de ses propres impulsions. L’intelligence du cœur n’est pas innée. À chaque intuition, il fallait une pierre d’angle.

L’art des signes n’a rien à voir avec la magie. C’est une haute science : là où les hommes aveuglés par eux-mêmes ne voient que passer le hasard, celui qui connaît l’alphabet du destin peut lire dans le grand livre de la vie.

Son caractère était pareil à un paysage qui se dévoilait progressivement : peu à peu surgissaient des parcelles inattendues.

l’important n’est pas de connaître son avenir, l’important c’est d’y participer en pleine confiance.

Savez-vous qu’en latin gauche se dit sinister ?
— Comme sinistre ?
— Exactement, dans la science des signes visibles, tout ce qui va vers la gauche est mauvais présage.

le visage figé par une douleur devenue muette d’être trop vive. Il ne sentait plus ni son corps ni sa vie. La souffrance ne brise pas la volonté, non, elle la broie, l’émiette au vent et il n’en reste que cendres.

La logique est une folle boussole dans les champs magnétiques du merveilleux.

Infos :

Mythologie :

Asmodée, gardien des trésors enfouis : Le nom Asmodée viendrait de l’altération du nom d’un démon avestique, Aešma-daeva, littéralement démon de la colère qui pourrait aussi signifier en hébreu « celui qui fait périr ». Il est mentionné dans le livre de Tobit, III.8, chassé du corps de Sara par l’archange Raphaël. Traduit en latin par Asmodeus, sa signification est « Le souffle ardent de Dieu ». ( voir sur wikipédia)

Visite de Paris :
– La rue Henry-de-Jouvenel est la plus courte de Paris. Elle ne compte que trois numéros dont le premier a été donné à ce long mur de pierres, gravé en lettres noires, « Bateau ivre » de Rimbaud.
– la rue Férou. C’est là qu’Alexandre Dumas, dans Les Trois Mousquetaires, place la demeure d’Athos.
– Galerie Vivienne : L’escalier monumental du numéro 13 conduit à l’ancienne demeure de Vidocq après sa disgrâce

Les chiffres : le 3, le 5, le 7 …
En symbolique, le cinq représente l’être humain – les cinq sens, les cinq doigts de la main qui servent à saisir la matière. C’est aussi l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci, celui qui a les bras et les jambes écartés dans un pentagone. Et en hébreu, la signification du chiffre 5 est : « saisissement ».Voltaire : — Ce chantre des Lumières, franc-maçon sur le tard, grand pourfendeur de l’Église toute sa vie, termine sa lettre « en baisant humblement les pieds » du Saint-Père.

 

Van Cauwelaert, Didier « Le Retour de Jules » (2017)

Paru chez Albin-Michel, 176 pages, mai 2017

Résumé : « Guide d’aveugle au chômage depuis qu’Alice a recouvré la vue, Jules s’est reconverti en chien d’assistance pour épileptiques. Il a retrouvé sa fierté, sa raison de vivre. Il est même tombé amoureux de Victoire, une collègue de travail. Et voilà que, pour une raison aberrante, les pouvoirs publics le condamnent à mort. Alice et moi n’avons pas réussi à protéger notre couple ; il nous reste vingt-quatre heures pour sauver notre chien. »   Au cœur des tourments amoureux affectant les humains comme les animaux, Didier van Cauwelaert nous entraîne dans un suspense endiablé, où se mêlent l’émotion et l’humour qui ont fait l’immense succès de Jules.

Mon avis : Mais quelle déception ! Moi qui suis une amoureuse des écrits de Van Cauwelaert et qui étais tombée amoureuse de Jules… Peut-être que j’en attendais trop… J’ai comme une impression de remplissage pour aboutir à pas grand-chose… Bien sûr il y a quelques jolies trouvailles mais il manque ce petit supplément d’âme … Il parle de sentiments, mais je ne les ai pas ressentis… Jolie histoire d’amour entre deux chiens, belle histoire d’amour entre 2 et 4 pattes, mais trop de « déplacements2, de pistage, de courses et pas assez d’intime pour me faire apprécier le roman. J’ai eu l’impression de prendre tous les moyens de locomotion, mais jamais en compagnie des personnages… Mais il donne quand même dans le positif… l’amour soulève des montagnes et mon côté fleur bleue aime bien cela. Côté intérêt : apprendre qu’il existe des chiens annonciateurs de crises d’épilepsie et avoir des informations supplémentaires sur le dressage des chiens d’utilité publique

Mais je saisis l’occasion pour vous dire lisez « Jules », le tome 1… qui vient de sortir en édition de poche 😉

Extraits :

La poitrine avait l’air d’origine, bien que si peu accordée à son corps anguleux, ses fesses maigres et ses joues creuses.

… ça s’est bien passé ?
Je réponds oui. C’est plus simple : inutile de rajouter une couche de détresse et de rage impuissante à la situation absurde …

J’en ai marre de me cogner dans ces murs invisibles que j’ai laissé monter autour de moi

le carnage qu’il a failli commettre à la Daeshetterie, justifie son intention en disant que, pour lutter contre le terrorisme, on ne peut pas toujours faire du social.

Reprendre la main sur le destin, exprimer tout ce que tu perçois, tout ce qui t’échappe… Transformer la douleur, la détresse en beauté…

En termes de motivation pour l’animal, la détection d’une ceinture explosive est fondée non pas sur la chasse à l’homme, mais sur le jeu. C’est pourquoi aucun kamikaze ne peut échapper à un chien qui traque son doudou.

Quels que soient les épreuves, les peurs, les doutes, j’ai à nouveau rendez-vous avec moi-même sous le regard des autres.

Et puis la vie de couple avait apporté son lot d’érosion…

Je n’aurais jamais cru que le bonheur était renouvelable à ce point. Avec les mêmes personnes, en dépit de l’usure, des drames, des malentendus, des fausses trahisons et des vraies tromperies.

égocentrique à façade conviviale

 

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Adler-Olsen, Jussi «Selfies» (2017)

Auteur : Carl Valdemar Jussi Adler-Olsen, né le 2 août 1950 à Copenhague, est un écrivain danois. Depuis 2007, Jussi Adler-Olsen s’est spécialisé dans une série de romans policiers dont Dossier 64, qui a été la meilleure vente de livres en 2010 au Danemark ; ainsi il a reçu cette année-là la distinction du meilleur prix littéraire danois, le prix du club des libraires : les boghandlernes gyldne laurbær ou « lauriers d’or des libraires ».

Série Les Enquêtes du département V :  : MiséricordeProfanationDélivranceDossier 64L’effet PapillonPromesseSelfies

la 7ème enquête du Département V…

Résumé : Elles touchent les aides sociales et ne rêvent que d’une chose : devenir des stars de reality-show. Sans imaginer un instant qu’elles sont la cible d’une personne gravement déséquilibrée dont le but est de les éliminer une par une.

L’inimitable trio formé par le cynique inspecteur Carl Mørck et ses fidèles assistants Assad et Rose doit réagir vite s’il ne veut pas voir le Département V, accusé de ne pas être assez rentable, mettre la clé sous la porte.

À condition que Rose, plus indispensable que jamais, ne se laisse pas assaillir par les fantômes de son propre passé…

Mon avis : Une fois encore le plaisir de retrouver Mørck et son équipe. Et j’ai beaucoup plus aimé que le tome 6 qui m’avait semblé un  petit cran en-dessous des autres.  Dès le début, on voit qu’une fois encore les collègues de la Crim danoise n’ont qu’une envie : faire fermer le département V. Vont-ils y arriver ? Suspense… J’aime tout autant suivre la vie des personnages que les crimes à élucider. Une plongée dans le passé de Rose et dans ses démons, et en parallèle l’enquête, ou plutôt les enquêtes… Et une fois encore, il n’y a pas que l’équipe qui débloque complètement. On fait la connaissance d’une belle brochette de nanas totalement déconnectées de la réalité… Entre l’assistante sociale qui pète les plombs et les bimbos assistées qui voient la vie en grand… Je vous laisse plonger dans la vie de tout ce petit monde… et vous laisser rattraper par le passé…Un seul petit regret : Assad commence à parler de mieux en mieux le danois et il y a de moins en moins de citations approximatives…

Extraits :

Elle observa pendant un long moment la circulation pareille à un mouvement incessant de dominos. Le bruit sourd de dizaines de moteurs, le kaléidoscope des véhicules de toutes les couleurs lui donnaient des sueurs froides.

elle avait aussi la sensation que son corps était trop petit pour y mettre tout ce qu’il était supposé contenir. De même qu’il aurait fallu plusieurs cerveaux pour y entreposer ses innombrables pensées qui, de toute façon, restaient confuses. Si le disjoncteur central ne sautait pas et si elle ne trouvait pas un moyen pour gérer les black-out, elle allait finir par imploser.

… n’avait jamais été très douée pour lire le compas de l’existence, comme son père avait coutume d’appeler le destin.

Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour lui rendre la vie le plus simple possible, comme ces types qui balayent devant la pierre de curling pour qu’elle glisse bien

Alors qu’il détestait tout travail de bureau, hormis celui qui consistait à poser les pieds sur le sien en fumant cigarette sur cigarette.

Fumer à en mourir et permettre à son âme meurtrie de quitter son corps.

il savait que ce n’étaient pas les affaires élucidées qui venaient vous hanter aux petites heures de la nuit, mais celles qui ne l’avaient jamais été.

elle avait plongé, telle un Mister Hyde au féminin, dans ses plus sombres instincts et trouvé le chemin de sa nouvelle et probablement courte vie.

Les parfums des femmes avec qui elle avait grandi avaient toujours eu cet effet-là sur elle. Quand elle était enfant, elle mettait alternativement le N° 5 de Chanel et de l’eau de Cologne sur ses poignets pour devenir sa mère ou sa grand-mère et plus tard dans la vie, elle avait fait la même chose avec les parfums de ses sœurs.

un déguisement pouvait avoir le même effet que l’alcool. L’un comme l’autre favorisaient la confiance en soi et laissaient apparaître au grand jour des traits de caractère qu’en temps normal on préférait dissimuler.

Le destin avait uni la victime et son bourreau dans cette symbiose orgasmique. L’une en donnant sa vie, l’autre en la recevant.

« Comment faut-il vous le dire, Mørck ? Par lettre anonyme avec des mots découpés dans un journal ? En lettres de néon ? Par hiéroglyphes gravés dans le marbre ou sous forme de sculpture moderne représentant une pyramide de lettres géantes ? PRENEZ LA VOIE HIÉRARCHIQUE, OK ! »

Elle adorait le ronronnement puissant de ce moteur, il évoquait l’action. Le vol d’un hélicoptère de combat au-dessus d’une jungle dense devait résonner de même. Ce bruit de rotor et de mort avait été le pouls de la guerre du Vietnam. Poétique, régulier et rassurant, à condition d’être du bon côté du front.

Il n’y avait rien de plus sexy que le rire d’une femme.

Pas de problème. La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt, comme on dit !
– Non, on dit l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.
– L’avenir ? » Il regarda Carl d’un air incrédule. « Pas là d’où je viens, en tout cas.

Il sentit à nouveau chez elle cette fragilité et cette tristesse qui rend la peau comme translucide et marque un visage à force d’espoirs déçus et d’occasions manquées.

« C’est vrai qu’il est chiant, mais au moins il est juste.
– Ah bon ? Pourquoi tu dis ça, Assad ?
– Parce qu’il est chiant avec tout le monde. »

Pour avoir l’air plus fatigué que maintenant, il aurait fallu qu’il soit mort

il vit le monde à travers un film de larmes qui lui donnait une apparence irréelle.

Les émotions passaient sur son visage comme des nuages dans le ciel, son regard était intense et ses mains gesticulaient avec passion.