Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

5ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie)
(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)
L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48

La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
La Dame de Zagreb (en français 2016) – se déroule en 1942
Les Pièges de l’exil (en français 2017) – se déroule dans les années 1950
Prussian Blue (2017 en anglais)

Résumé : 1950. À la fin de La Mort, entre autres, embarqué sous un faux nom pour l’Argentine avec Adolf Eichman, Bernie Gunther va y retrouver le gratin des criminels nazis en exil. Ayant révélé sa véritable identité au chef de la police de Buenos Aires, il constate que sa réputation de détective l’y a précédé. Une jeune fille est assassinée dans des circonstances atroces, et Bernie se dit que cette affaire ressemble étrangement à une enquête non élucidée qui lui avait été confiée lorsqu’il était flic à Berlin sous la république de Weimar. Soupçonnant l’un des très nombreux nazis réfugiés dans sa ville, le chef de la police, sollicite l’aide de Bernie qui accepte sans grand enthousiasme. Une série de flash-backs nous ramènent à Berlin en 1932, éclairant les progrès de ses investigations, qui posent d’embarrassantes questions sur les rapports entre le gouvernement de Perón et les nazis.

Mon avis : Bienvenue à Buenos-Aires ! Dans l’Argentine de Juan et Evita Perón. On continue notre périple en compagnie de Bernie. On se retrouve en Argentine et Bernie va mener l’enquête. De fait des crimes qui ressemblent diablement à une enquête non élucidée se produisent. Quel est le criminel qui a traversé les océans pour continuer ses méfaits. Un criminel reste un criminel. Ce n’est pas le fait de changer de nom qui va changer le bonhomme… Et comme c’est la suite du précédent, nous savons bien qu’il a fui l’Allemagne pour l’Argentine en empruntant la filière nazie mais qu’il est loin d’en être un. J’ai beaucoup aimé ce livre qui éclaire à la fois les politiciens argentins et les anciens SS qui ont fui l’Allemagne. Mengele, Adolf Eichmann, Kammler : des hommes qui nous font frémir… Bernie lui est pareil à lui-même, il ne change pas beaucoup avec les années… toujours aussi incisif, caustique, attachant, et imprévisible ( j’ai halluciné en lisant la scène de la bagarre au concombre…) Historiquement parlant, l’auteur est toujours aussi intéressant à lire. Décidemment j’aime revivre l’histoire avec Bernie. Et comme en fin de livre il quitte l’Argentine, je me réjouis de visiter d’autres pays en sa compagnie…

Extraits :

Quelque part au fond du fleuve, près de Montevideo, gisait l’épave du Graf Spee, un cuirassé de poche invinciblement sabordé par son capitaine en décembre 1939 pour éviter qu’il ne tombe aux mains des Britanniques. À ma connaissance, c’était la seule et unique incursion de la guerre en Argentine.

Pour pratiquer la langue de Gœthe et de Schiller, vous avez intérêt à aiguiser vos voyelles avec un taille-crayon.

L’humour n’est pas la qualité première des Argentins. Ils sont beaucoup trop soucieux de leur dignité pour rire de grand-chose, sans parler d’eux-mêmes.

S’il n’avait pas l’air d’un commissariat, il en avait indéniablement l’odeur. Tous les commissariats sentent la merde et la peur.

Un homme ne devient pas un psychopathe rien qu’en endossant un uniforme, par conséquent on peut supposer que beaucoup de psychopathes ont trouvé, dans la SS et la Gestapo, un abri douillet en tant qu’assassins et tortionnaires patentés.

Ils ont de nouveaux noms, de nouveaux visages pour certains. Nouveaux noms, nouveaux visages et amnésie. I

Ses sarcasmes étaient aussi caustiques que de l’acide de batterie et, avec un entourage aux capacités intellectuelles inférieures aux siennes, cela faisait fréquemment des éclaboussures.

Difficile de  persuader un homme de nous parler une fois qu’on lui a tranché la tête !

Tous les journaux sont fascistes par nature, Bernie. Quel que soit le pays. Tous les rédacteurs en chef sont des dictateurs. Tout journalisme est autoritaire. Voilà pourquoi les gens s’en servent pour tapisser les cages à oiseaux. »

Parfois, il vaut mieux ne pas lâcher la proie pour l’ombre. C’est ce qu’on appelle la politique.

Romulus et Rémus ont été abandonnés non pas parce qu’ils étaient malades, mais parce que leur mère était une vestale qui avait violé son vœu de chasteté.

« Qu’est-ce que prétend Hitler ? demandai-je. Que la force réside non dans la défense mais dans l’attaque ? »

Mais je suis du genre optimiste. Il faut ça pour être flic. Et quelquefois, il suffit de suivre son instinct.

« Oh, je ne suis pas un hitlérien fervent, mais je crois en Hermann Gœring. C’est un personnage beaucoup plus imposant que Hitler.
— En diamètre, c’est sûr. » Ce fut à mon tour de sourire de ma petite plaisanterie.

Si je n’étais pas flic, je croirais peut-être aux miracles. Mais je le suis et je n’y crois pas. Dans ce boulot, on rencontre des fainéants, des idiots, des pervers et des je-m’en-foutistes. Hélas, c’est ce qu’on appelle un électorat ! »

Et de vous à moi ? Je n’aime pas les nazis. C’est juste que j’aime les communistes un peu moins.

« Ça ne t’arrive jamais d’avoir mal à la bouche ? Avec toutes les saloperies qui en sortent ?

« Et ce n’est pas que j’adore les Juifs. C’est juste que j’adore les antisémites un petit peu moins. »

Voilà le problème d’être un espion. On a vite fait de se croire espionné soi-même.

En Argentine, il vaut mieux tout savoir plutôt que d’en savoir trop.

J’ai été flic, vous vous souvenez ? Nous faisons tout ce que font les criminels, mais pour beaucoup moins d’argent. Ou même pour rien, dans le cas présent.

Je sais la boucler.
— Tout le monde, répondit Skorzeny. Le truc, c’est de le faire et de rester en vie en même temps. »

Mon espagnol s’était beaucoup amélioré, mais il tombait en pièces comme un costume bon marché dès qu’il affrontait l’argot local.

Mais, alors que Berlin faisait étalage de son vice et de sa corruption, Buenos Aires cachait son goût pour la dépravation comme un vieux prêtre qui dissimule une bouteille de cognac dans sa poche de soutane.

Tout le monde disparaît à un moment ou à un autre en Argentine. C’est un passe-temps national.

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Photo : Argentine – Buenos Aires . Casa Rosada

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