Mey, Louise «Embruns» (2017)

Auteur : Après Les Ravagé(e)s (2016), elle vient de publier son deuxième roman Embruns (voir article) . La suite de « Les Ravag(é)es est prévue pour 2018
Paru chez Fleuvenoir – 336 pages

Résumé : Béa, Chris et leurs deux rejetons de presque vingt ans sont charmants, sportifs, talentueux et, surtout, ils forment une équipe complice.

Voilà une famille qui a le bon goût dans le sang, chérit les matières nobles, les fruits du marché, le poisson jeté du chalutier, la tape amicale dans le dos des braves. Voilà une team unie qui porte haut les valeurs d’authenticité, d’équité, d’optimisme. Les Moreau – c’est leur nom – ne perdent pas une miette de leur existence. Ils sont insupportablement vivants.
Et comme le veut l’adage, les chiens ne font pas des chats : Marion et Bastien sont les dignes héritiers de leurs parents. Ils ne les décevront pas.
Pour l’heure, tous les quatre se sont réfugiés le temps du pont du 14 Juillet sur une île de Bretagne. Un coin de paradis si prisé qu’il est impossible d’y séjourner sans passe-droit. Mais, même l’espace d’un week-end, impossible n’est pas Moreau.
Seulement, quand au retour d’une balade Béa, Chris et Bastien trouvent la maison vide, la parenthèse enchantée prend soudain l’allure d’un huis clos angoissant. La petite île, devenue terrain boueux d’une battue sous la pluie pour retrouver Marion, va révéler un autre visage : celui d’une étendue de terre entourée d’eau où vit une poignée d’individus soudés comme des frères et aguerris aux tempêtes.

 

Mon avis : Alors bienvenue en Bretagne : sauvagerie garantie à tous les niveaux…
Un suspense magistral, un presque huis-clos angoissant au possible, machiavélique à souhait. Je l’ai dévoré, pas lâché… totalement happée par l’histoire. Je ne vous en dot pas plus…
Et immédiatement, je me suis fait prêter le précédent par la copine : je replonge dans l’univers de cette jeune romancière française .

Extraits :

Comme les doigts d’une même main, dont les gestes se complétaient, fluides, assurés.

« La seule surconsommation qui ne me dérange pas, déclarait Chris, c’est celle de la culture. »

— Franchement, sur l’échelle du danger, ce type est entre le hamster et le concombre de mer.

Entre les rafales de vent frais, le soleil chauffait la peau.
— Polaire et coups de soleil, de vraies vacances bretonnes.

C’était l’heure blanche, ce moment suspendu avant que le jour ne se retire complètement, où les teintes claires jaillissent du décor, amplifiées par un étrange effet d’optique.

— Bienvenue en Bretagne. Là où il fait beau plusieurs fois par jour.

À deux mètres, la vue se brouillait sous la violence de la pluie. On aurait dit que le ciel s’était posé par terre.

Le Goulet, ben voyons. Pourquoi pas la Pointe du Pendu ou le Pic aux Écorchés ? Pourquoi les coins pourris ont toujours des noms pourris ? Pourquoi on fait pas des camps de torture qui s’appelleraient Aux lilas bleus ? »

il savait que se heurter à ses peurs pouvait marcher. Il s’agissait de volonté.

Ils se regardèrent, et plus rien n’exista. Ils se regardèrent comme si tout en ce monde s’écoulait loin d’eux, comme s’il ne restait sur un radeau perdu dans l’univers que leurs visages tournés l’un vers l’autre.

Ensemble. Cette joie sauvage de s’être trouvés qui battait en eux comme un cœur unique, depuis le début.

Sa bouche devint acide. Elle choisit ses mots avec attention, cobra en équilibre.

Elle piétinait tout sur son passage. Le pouvoir corrosif qui s’écoulait tranquillement hors d’elle, comme un collier de perles rondes et régulières, déchirait tout ce qui pouvait être déchiré, et cela lui procurait un plaisir infini.

On ne soigne pas les sociopathes. On ne leur apprend pas la compassion, l’empathie.

L’eau semblait l’appeler, l’inviter, avec les mouvements souples d’un rideau de velours sombre. Elle l’imaginait tiède et moelleuse, comme un immense oreiller de plumes, comme un sommeil profond. Elle se laissait porter, avec une légèreté d’innocente, savourant pour la première fois l’abandon, ses muscles apaisés.

Je ne suis pas un génie, moi, mais pendant l’année, je ne suis pas non plus ici à manger des racines.

Les feuilles des arbres semblaient avoir été tracées par un enlumineur précautionneux, soucieux du détail

 

3 thoughts on “Mey, Louise «Embruns» (2017)

  1. Bien sûr je vais me jeter dessus et sur le précédent aussi .Merci Catherine de toujours nous trouver d’excellentes lectures .

  2. J’adore les thrillers psychologiques, j’étais donc très impatiente de lire « les Embruns », ce d’autant plus que l’histoire se passe en Bretagne, région de France que j’affectionne particulièrement.
    Après un début très prometteur, j’ai été finalement assez déçue; je m’attendais à beaucoup mieux et je n’ai pas été happée par le suspens tant attendu.
    Je ne regrette pas de l’avoir lu, mais n’en garderai pas un souvenir impérissable.

    • Ah dommage. Moi j’ai bien aimé. J’ai trouvé original et bien construit car je n’avais pas du tout imaginé la fin…. Merci d’avoir partagé ton avis Geneviève.

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