Läckberg, Camilla «La sorcière» (2017)

 

Actes noirs – Novembre, 2017 / 14,5 x 24,0 / 704 pages

10ème enquête d’Erica Falck et Patrik Hedström

Commentés sur le blog : « La faiseuse d’anges » (06.2014) , « Le Dompteur de lions » (2016) , «La sorcière» (2017),

Résumé : Une fillette de quatre ans disparaît de la ferme isolée de ses parents. Après une longue battue, Nea est retrouvée nue sous un tronc d’arbre dans la forêt, assassinée. Fait troublant : la fillette se trouvait à l’endroit où, trente ans plus tôt, avait été découvert le corps sans vie de la petite Stella, une fillette du même âge qui habitait la même ferme. À l’époque, deux adolescentes, Marie et Helen, avaient été condamnées pour le meurtre : elles avaient avoué avant de se rétracter. Désormais mariée à un militaire autoritaire et psychopathe, Helen mène une vie recluse, non loin de la ferme, dans l’ombre des crimes passés. La belle Marie, quant à elle, est devenue une star du cinéma à Hollywood ; pour la première fois depuis la tragédie, elle vient de revenir à Fjällbacka pour un tournage. Cette coïncidence et les similitudes entre les deux affaires sont trop importantes pour que Patrik Hedström et son équipe puissent les ignorer, mais ils sont encore loin de se douter des répercussions désastreuses que va avoir leur enquête sur la petite localité. De son côté, Erica Falck écrit un livre sur l’affaire Stella. Une découverte la trouble : juste avant son suicide, le policier responsable de l’enquête à l’époque s’était mis à douter de la culpabilité des deux adolescentes. Pourquoi ?

Dans ce dixième volet, le plus ample et peut-être le plus abouti de la série Fjällbacka, Camilla Läckberg est au sommet de son art.

Mon avis : Pas tout petit le Läckberg 2017. C’est l’un de mes Läckberg préférés (L’enfant allemand n’est toujours pas détrôné). L’autrice y aborde plusieurs problèmes de société (poids du passé, poids de l’homosexualité, de l’apparence physique, solitude, refuge dans le travail ou le sport, peur d’affronter, mensonge, manque de confiance en soi, manipulation, peur de l’étranger, difficulté de s’intégrer, violence, terrorisme, mal-être des adolescents, poids des médias et de la rumeur). Le coté gnian-gnian a été effacé. La vie de famille des différents protagonistes continue d’alimenter le roman mais pas en mode pleurniche. Pour moi c’est un gros plus. J’ai toujours attendu le nouveau Läckberg car j’aime bien ses intrigues mais il y avait toujours ce petit bémol…

Trois périodes entre lesquelles on navigue en alternance : 1671, 1985 et 2015.

1671 : l’âge des sorcières : Pour moi il aurait pu être nettement raccourci. C’et peut-être l’essence de ce livre, la raison pour laquelle tout va arriver… mais cela n’apporte pas énormément à l’histoire de lui avoir accordé autant de place.

1985 : meurtre de Stella une fillette de 4 ans

2015 : une autre fillette disparait et est retrouvée morte au même endroit que Stella

Les deux meurtres sont-ils liés ? Sur fond de racisme anti-migrants et d’incompréhension dans les relations parents/enfants… les policiers du Commissariat de Fjällbacka entrent en scène, aidés bien évidemment par Erica. Celui qui commence par ce livre va avoir bien du mal à s’y retrouver car les personnages récurrents sont toujours partie intégrante des récits…

Extraits :

Tant de personnes étaient touchées par la mort d’une seule. Ses effets se propageaient comme des ronds dans l’eau, mais ceux qui se trouvaient à l’épicentre souffraient bien sûr le plus. Et la peine passait de génération en génération.

La gamine s’entêtait à l’appeler maman, comme si par là elle pouvait transformer Marie en mère poule dodue et pâtissière.

Elle n’avait pas besoin de beaucoup d’efforts pour entrer dans un rôle, faire semblant d’être une autre. Elle s’y était entraînée dès toute petite. Mensonge ou théâtre, la différence était ténue, et elle avait très tôt appris à maîtriser les deux.

Elle n’avait pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures, l’espoir et la peur l’avaient maintenue éveillée. Maintenant, elle voulait juste dormir pour effacer tout ça. Que tout ne soit qu’un rêve. Son corps se détendait, le bois de la table semblait aussi doux qu’un oreiller, elle se laissa aller.

Ils laissaient le quotidien filer son petit bonhomme de chemin, sans à chaque instant s’interrompre pour se réjouir de ce qu’ils avaient. Comme la plupart. Il fallait qu’il arrive quelque chose pour qu’on apprécie chaque seconde passée avec ceux qu’on aime.

Nous ne sommes pas trop pour tout garder et être sentimental. Pour nous, les souvenirs sont là.”

Elle posa la main sur le cœur.

“le mal est l’absence de bonté”. Et qu’on naissait sûrement avec une égale tendance d’un côté ou de l’autre. Qui, par la suite, était renforcée ou adoucie en fonction du milieu et de l’éducation.

 

Si la vie lui avait appris quelque chose, c’était bien que les femmes avaient intérêt à ne pas sortir du rang. Ou à nourrir de trop grands espoirs. Il n’y avait que des déceptions à récolter sur cette voie.

Moi aussi, j’ai du mal à me reconnaître. Mais ce qu’il y a de bizarre, c’est qu’à l’intérieur on se sent pareil. Parfois, j’ai un choc en me voyant dans le miroir, et je me demande : c’est qui, cette petite vieille ?

Un jeune homme avec les yeux affamés d’un journaliste de caniveau la dévisageait avidement.

Ce pays lui avait garanti un toit, de quoi manger. Et la sécurité. Ici, pas de bombes. Ici, on ne vivait pas sous la double menace des soldats et des terroristes. Mais même en sécurité, il était difficile de vivre dans les limbes. De ne pas avoir de maison, rien à faire, aucun but.

Ce n’était pas une vie. Juste une existence.

C’était juste sacrément dur d’aimer les Suédois. Ils rayonnaient de méfiance et le regardaient comme un être inférieur. Pas seulement les racistes. Eux, ils étaient faciles à cerner. Ils montraient ouvertement ce qu’ils pensaient, et leurs mots rebondissaient sur sa peau. C’était les Suédois ordinaires qui étaient difficiles à supporter. Ceux qui étaient au fond des gens bien, qui se considéraient eux-mêmes comme larges d’esprit, ouverts. Ceux qui s’informaient sur la guerre, qui s’indignaient, envoyaient de l’argent aux organisations humanitaires et donnaient des vêtements pour les collectes. Mais qui jamais n’imagineraient inviter un réfugié chez eux. C’était eux dont il ne ferait jamais la connaissance. Et comment alors connaître son nouveau pays ?

Ses propres cicatrices étaient intérieures. Mais cela ne signifiait pas qu’elles aient fait moins mal qu’une ceinture arrachant la peau du dos.

Ils évoluaient dans la même maison sans se toucher, pas même avec leur chagrin.

Beaucoup les considéraient comme un duo mal assorti mais, en fait, elles avaient été comme deux pièces de puzzle qui s’emboîtent. Chacune avait trouvé chez l’autre ce qui lui manquait, ce qui leur avait donné à toutes les deux une raison de vivre.

Au fil des ans, il avait trouvé bien trop de preuves de la part d’ombre que recelait chaque personne, et dont on ne savait jamais quand elle pouvait prendre le dessus. Il la portait sûrement en lui, lui aussi. Il faisait partie de ceux qui croyaient dur comme fer tout le monde capable de tuer – il s’agissait juste de la hauteur du seuil. Le vernis social était mince. En dessous dormaient des instincts sans âge qui pouvaient ressurgir n’importe quand, si les bonnes conditions étaient réunies. Ou plutôt les mauvaises.

La personne qu’elle avait en face d’elle lui faisait plutôt l’effet d’une coquille. À la surface lisse et parfaite, mais vide.

Tout avait un point de rupture. Les personnes aussi.

C’était formidable de bavarder avec les enfants, ils faisaient plein de réflexions et, comme toujours, posaient mille questions. Elle avait désormais compris que “parce que” n’était pas une réponse suffisante.

Ce geste était son armure. Sa défense. Son indifférence était une cape d’invisibilité derrière laquelle il pouvait se dissimuler.

Mais le mur qui les séparait ne faisait que grandir à mesure que les secrets s’accumulaient. Ils l’étouffaient sans qu’il sache pourquoi.

Comment pourraient-ils naviguer, sans joie de vivre ? Les voiliers n’étaient pas mus que par le vent.

La colère avait été sa pire ennemie, elle était désormais son amie. Il avait pris sa colère par la main et elle lui avait donné de la force. La vraie force, on ne l’avait pas avant de n’avoir plus rien à perdre.

C’était un des mystères de l’existence : plus on attendait quelque chose, plus cela semblait mettre longtemps à arriver.

One thought on “Läckberg, Camilla «La sorcière» (2017)

  1. Vu les avis positifs, je pense m’attaquer à ce nouvel opus malgré quelques déceptions avec les précédents, et malgré les 700 pages de celui-ci.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *