Modiano, Patrick «Souvenirs dormants» (2017)

 

Auteur : Patrick Modiano, né en 1945, est l’un des plus talentueux écrivains de sa génération. Explorateur du passé, il sait ressusciter avec une précision extrême l’atmosphère et les détails de lieux et d’époques révolues, comme le Paris de l’occupation, dans son premier roman, «La Place de l’étoile», paru en 1968. Avec «Catherine Certitude», il nous fait pénétrer dans l’univers tendre d’une petite fille au nom étrange, dont l’enfance se déroule dans le quartier de la gare du Nord, à Paris, au cours des années 1960.

Il est le quinzième écrivain français à recevoir la prestigieuse récompense, le Prix Nobel de littérature, le 9 octobre 2014.

Collection Blanche, Gallimard – Parution : 26-10-2017 – 112 pages

Résumé : « »Vous en avez de la mémoire… »
Oui, beaucoup… Mais j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée. »

Mon avis On recroise des silhouettes de femmes qu’on a connues dans le début du long roman qu’il écrit depuis des années… Des souvenirs, des images, des réminiscences… De l’intemporel, nimbé de brouillard… La mémoire qui va et vient… qui se révèle au contact d’un mot, d’un nom, d’une vision, d’une rencontre. : Que dire ? C’est un Modiano que j’ai aimé.   Du Modiano quoi…

Souvenirs dormants de Patrick Modiano. Entretien : http://www.gallimard.fr/Media/Gallimard/Entretien-ecrit/Entretien-Patrick-Modiano.-Souvenirs-dormants/(source)/295670

Extraits :

À cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer : il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. La pente était glissante.

Paris, pour moi, est semé de fantômes, aussi nombreux que les stations de métro et tous leurs points lumineux, quand il vous arrivait d’appuyer sur les boutons du tableau des correspondances.

À la sortie de la librairie, le jour était tombé. Et à cette heure-là, en hiver, c’était la même sensation de légèreté que très tôt le matin quand il faisait encore nuit.

Elle posait de bonnes questions, comme un acupuncteur connaît les endroits précis où il faut piquer les aiguilles.

Elle avait certainement tout oublié. Ou alors, elle voyait cela de loin – de plus en plus loin à mesure que les années se succédaient. Et le paysage finissait par se perdre dans la brume. Elle vivait au présent.

Je tente de mettre de l’ordre dans mes souvenirs. Chacun d’eux est une pièce de puzzle, mais il en manque beaucoup, de sorte que la plupart restent isolées. Parfois, je parviens à en rassembler trois ou quatre, mais pas plus. Alors, je note des bribes qui me reviennent dans le désordre, listes de noms ou de phrases très brèves. Je souhaite que ces noms comme des aimants en attirent de nouveaux à la surface et que ces bouts de phrases finissent par former des paragraphes et des chapitres qui s’enchaînent

Je devais être invisible pour eux, à cette époque. Ou bien, tout simplement, vivons-nous à la merci de certains silenes.

Quand je pense à cet été-là, j’ai l’impression qu’il s’est détaché du reste de ma vie. Une parenthèse, ou plutôt des points de suspension.

Il existe des lieux dont vous ne vous méfiez pas à première vue à cause de leur apparence banale et qui vous transmettent, au bout de quelques instants, de mauvaises ondes.

À mesure que passent les années, vous finissez sans doute par vous débarrasser de tous les poids que vous traîniez derrière vous, et de tous les remords.

Mille et mille sosies de vous-même s’engagent sur les mille chemins que vous n’avez pas pris aux carrefours de votre vie, et vous, vous avez cru qu’il n’y en avait qu’un seul.

Dans vos souvenirs se mêlent des images de routes que vous avez prises et dont vous ne savez plus quelles provinces elles traversaient.

 

 

 

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