Ivey, Eowyn «La fille de l’hiver» (2012)

Ivey, Eowyn «La fille de l’hiver» (2012)

 

Auteur : Eowyn Ivey a grandi en Alaska où elle vit toujours avec son mari et leurs deux filles. Cette ancienne journaliste, devenue libraire, aime à se définir comme une entremetteuse, qui présente des livres aux lecteurs. La fille de l’hiver est son premier roman, inspiré d’un conte russe, mais aussi de ses expériences personnelles et de son cadre de vie.

Fleuve Editions (12/01/2012) 430 pages / 10/18 – (12.2013) p.480 –

Résumé :  Pour oublier la mort de leur bébé, Mabel et Jack s’exilent en Alaska. Mais sur ces terres sauvages, le couple s’enferme dans sa douleur. Jusqu’à ce soir d’hiver où il sculpte un bonhomme de neige : une petite fille apparaît près de leur cabane, talonnée par un renard roux. Hallucination, miracle ? Et si cette enfant farouche était la clé d’un bonheur qu’ils n’attendaient plus ?

Premier roman éblouissant, au réalisme poétique et à l’écriture élégante, La fille de l’hiver est un conte intemporel, hanté par le désir et le merveilleux. Ensorcelant.

 

Mon avis : Première chose que j’ai faite en commençant le livre. Allez rechercher le livre de mon enfance (La petite fille de la neige, par Arthur Ransome, traduit par André Bay, dans Contes des pays des neiges, Flammarion, 1955, p. 99.) et relire le conte.

Juste féérique… Tout comme ce conte des neiges revu et revisité. J’ai adoré ce moment de poésie et de magie, de douceur et de rêve. Un roman qui parle à l’imagination, entre réalité, légende et fantastique… Juste superbe et gros coup de cœur, pour qui aime s’évader…

Un voyage dans la magie des grands espaces. Un conte fantastique sur ce que c’est que d’être parents aussi… Alors certes il y a de la tristesse, de la mélancolie, de la solitude. Mais tellement d’amour, de solidarité… Les caresses de la neige, les baisers des flocons, le rapport à la nature, aux animaux. Les solitudes qui se rapprochent, la couverture silencieuse des éléments… des peurs et des angoisses, et des éclats de joie et de spontanéité pour faire briller des étoiles… Et quel joli prénom que Faïna (grec – brillante, lumineuse). Le blanc et le bleu, la neige et le ciel, les étoiles et le firmament, la nature… Des habits couleur hiver, scintillants et étincelants… des plumes de cygne blanc… et une touche de couleur : le renard roux…

Cela se passe en Alaska mais cela pourrait être dans n’importe quel endroit ou l’hiver est rude et la nature hostile, ou il faut se battre pour survivre et vivre de la terre… Et aussi un maitre mot : espoir …

Extraits :

 

Quand elle faisait le ménage, les crins de son balai crissaient sur le plancher telles les dents pointues d’une furie qui lui grignoterait le cœur.

Elle n’ouvrait plus aucun de ses chers livres, dont les pages lui paraissaient sans âme.

Elle ne se rappelait pas quand elle avait caressé ces mains, ce visage pour la dernière fois. À cette pensée, elle se sentit très seule. Quelques fils d’argent se mêlaient à sa barbe d’un roux foncé. Quand étaient-ils apparus ? Ainsi, lui aussi grisonnait. Ils vieillissaient de conserve, mais chacun de son côté, à l’insu de l’autre.

Comme elle les détestait, ces réunions. Enfant déjà, elle ne se sentait pas à l’aise quand il y avait beaucoup de gens autour d’elle, mais en vieillissant, elle trouvait tout ce déballage, cet étalage d’indiscrétions, atroce. Pendant que les hommes discutaient affaires en se promenant dans le verger, elle restait prisonnière du cercle des femmes passant en revue les décès et les naissances, comme si l’on pouvait papoter pour ne rien dire à ce sujet.

Tandis que la conversation reprenait autour d’elle, elle se demanda si elle avait vraiment dit la vérité. Était-ce pour cela qu’ils étaient montés jusque sous ces latitudes… pour reconstruire leur vie? Ou avait-elle fui, la peur aux trousses ? Peur du gris, pas seulement celui décelable dans sa chevelure et sur la peau fanée de ses joues, mais le gris qui creuse son lit plus profond, jusqu’à l’os, la menaçant de la réduire en une fine poussière que le vent viendrait balayer comme un rien.

L’Alaska n’était pas une terre généreuse. Peu fertile, sauvage, indifférente aux souffrances humaines. Tout cela, il l’avait vu dans les yeux fendus de ce renard roux.

Des pieds à la tête, elle était pailletée de cristal de glace, à croire qu’elle venait de traverser une tempête de neige ou une pluie d’étoiles.

Tout ce qu’il lui restait de ce conte de fées, c’étaient quelques illustrations. Ces bribes du passé se mirent à l’obséder. S’il existait un tel récit, peut-être était-il basé sur un fait réel ?

Mais on n’a pas besoin de comprendre les miracles pour y croire, au contraire, songeait Mabel. Pour avoir la foi, il fallait cesser de chercher des explications et se contenter de tenir la petite chose au creux de votre main, le temps qu’elle se change en eau et vous glisse entre les doigts.

Mais elle avait beau prendre plaisir à coudre, c’était dans la broderie qu’elle comptait exprimer son regain d’espoir, chaque point serait un reflet de sa dévotion, chaque flocon l’accomplissement d’un miracle.

Telle une truite arc-en-ciel qui bondit dans l’onde pure d’un ruisseau, la petite avait plusieurs fois en sa présence révélé sa nature profonde. Un être sauvage chatoyant dans des eaux noires.

L’âge venant, je me rends compte que la vie est souvent plus fantastique et plus cruelle que tout ce à quoi nous croyions, enfants, et qu’il n’y a sans doute pas de mal à trouver de la magie parmi les arbres.

Il reprit sa marche, s’efforçant de ne pas calquer ses pas sur les battements précipités de son cœur.

Alors ils se nichaient dans les bras l’un de l’autre et se délectaient de leurs lèvres, de leurs yeux, de leurs cœurs.

Pourquoi faut-il toujours que ce soit la faute de quelqu’un ?
— Parce que c’est comme ça.
— Non. Parfois ce sont des choses qui arrivent, tout simplement. Ce n’est pas toujours ce qu’on attend ou ce que l’on espère, mais nous n’avons pas à nous mettre en colère, tu ne crois pas ?

Pourtant, ce qu’Ada avait écrit à propos de la joie était tout à fait vrai. Lorsqu’elle se tient devant vous, bras et jambes nus, un sourire mystérieux aux lèvres, il faut la serrer tant que l’on peut contre son cœur.

Le chagrin, c’était comme ça. Les années en estompaient les aspérités, et puis, tout d’un coup, sans crier gare, il revenait dans toute son acuité.

 

 

One Reply to “Ivey, Eowyn «La fille de l’hiver» (2012)”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *