Vichi, Marco «Série Commissaire Bordelli»

Auteur : Né en 1957 à Florence, Marco Vichi vit en Toscane. Il publie son premier roman en 1999 « L’inquilino ». A partir de 2002, il publie les enquêtes du commissaire Bordelli. En 2004, il remporte le prix Fedeli pour « Il nuovo venuto » et en 2009, le prix Scerbanenco pour « Morte a Firenze ». Auteur d’une dizaine de romans, de deux recueils de nouvelles et de plusieurs scénarios, il est classé parmi les meilleurs romanciers italiens de la décennie par le Corriere della Sera. Après Le commissaire Bordelli, Une Sale affaire est son deuxième roman traduit en France.

«Série Commissaire Bordelli»   

Tome 1. Le Commissaire Bordelli (2006)

Paru en 10/18 (mars 2016)

Résumé : Découvrez la première enquête du commissaire Bordelli dans la Florence de 1963: un petit bijou écrit par un maître dans l’art des mots

Florence, été 1963. Le commissaire Bordelli est appelé dans une somptueuse villa dont la propriétaire ne donne plus de nouvelles. Il trouve la vieille femme inanimée sur son lit, ayant succombé apparemment à une violente crise d’asthme. Mais, devant cette scène trop parfaite, le doute s’installe rapidement, et les analyses médicales vont venir confirmer qu’il s’agit d’un meurtre. Bordelli mène l’enquête, aidé du jeune Piras et entouré de personnages hauts en couleur – Diotivede, le médecin légiste ; Dante, le frère de la défunte, scientifique génial et excentrique ; Botta, voleur et cuisinier hors pair ; Rosa, prostituée au grand coeur… Désabusé, nostalgique, solitaire, mais gourmand et bon vivant, le commissaire se meut dans une Florence déserte écrasée par une chape de chaleur, au volant de sa Coccinelle et poursuivi par ses souvenirs de la guerre et de la Résistance.

Mon avis : Je poursuis ma promenade italienne ; Naples, Turin, Venise, les rives du Pô… Et direction la Toscane et ma chère ville de Florence …La seule chose qui me parle : la touffeur des mois d’été à Florence dans ma jeunesse, la guerre contre les moustiques… et la mer à Forte Dei Marmi .. mais si vous pensez vous retrouver à Florence, c’est assez raté… Mis à part deux ou trois noms de rue.. cela pourrait presque être n’importe où… Le Commissaire Bordelli (on appréciera le nom !) est un homme qui vient de passer quinqua et qui n’a toujours pas trouvé la femme de sa vie. Il fume trop et il le sait et a une bonne descente. Mis à part cela, c’est un ancien combattant du bataillon San-Marco et un ex partisan, la guerre a occupé une grande part dans sa vie et les souvenirs remontent un peu ; très humain, anti-fasciste, il considère que la misère est une excuse aux petits larcins. Lors des rafles il se débrouille toujours pour relâcher les petits délinquants qui sont devenus ses amis et qu’il aide à sa manière dès qu’il en a l’occasion. Bourré de personnages atypiques qui rendent le contexte sympa ; et dès qu’ils sont un peu à la masse ou à la ramasse, ils deviennent ses amis. Pour lui la justice n’est pas tout à fait la même selon à qui elle s’applique et son chef devient fou de ne jamais le voir ramener de « prises » lors des descentes de police. Mais comme c’est un excellent enquêteur : pas grand-chose à faire pour s’en débarrasser… Ses collègues… il ne les apprécie pas… Heureusement, un nouveau arrive ; un jeune sarde, intelligent qui semble bien destiné à devenir son bras-droit, Piras (Nom très fréquent en Sardaigne. Désigne celui qui est originaire d’une localité portant ce nom (deux communes dans les provinces de Cagliari et Sassari). Sens du toponyme : lieu planté de poiriers. ) …et par le plus grand des hasards, fils d’un de ses compagnons du temps où il était à la guerre. Les personnages secondaires étant bien campés, il y a fort à parier qu’ils vont devenir récurrents ; le médecin légiste entre autres (Diotivede qui signifie Dieutevoit ), une ancienne pute Rosa, qui et son amie, des truands « reconvertis » en cuisiniers… Je pense toutefois que c’est davantage une présentation du personnage et de sa manière de fonctionner qu’une enquête approfondie car c’est un peu léger coté intrigue…bien que la déduction pour trouver le coupable est très bien vue… Mis au final, n’est-ce pas le Commissaire et la bande d’allumés qui gravitent autour de lui qui sont le principal sujet du livre. Mais un peu plus de présence de la ville de Florence serait bienvenue… ? je vais lire le deuxième pour voir si mon impression se renforce.

Extraits :

– J’ai toujours aimé découvrir ce que les choses dissimulent, surtout quand elles paraissent normales à première vue.

J’ai cinquante-trois ans, et il n’y a personne qui m’attend quand je rentre chez moi.
– C’est normal : tu vis seul.
– Ce n’est pas ce que je voulais dire.

– Il se peut que nous n’ayons rien à nous dire.
– Rien ne nous empêche de nous parler.
– Cette affirmation est absurde.

S’il avait fallu trouver une qualité à la guerre, c’était sans aucun doute la réunion forcée d’individus issus de toute l’Italie. La guerre lui avait permis de connaître d’autres dialectes et d’autres mentalités, d’autres légendes et d’autres espoirs.

ce silence nuragique, chargé de pensées, le ramenait aux patrouilles qu’il avait effectuées avec le père du garçon.

– Des pièces de monnaie anciennes. Je les fais bouillir dans de la boue pour leur donner une patine.
– Une arnaque…
– Mais non, c’est une façon de satisfaire les touristes.
– Le point de vue change tout. »

Il avait toujours jugé bizarre cet accessoire, une langue de tissu accrochée au cou qui échoue dans le potage quand on tend la main pour prendre le sel, un objet insensé. Il devait en avoir deux ou trois dans son placard, d’anciens cadeaux de femmes qui ne l’avaient pas compris et qui auraient aimé le faire changer.

– Le tuyau d’échappement n’arrête pas de péter, comme s’il digérait mal.

l’amour ne doit pas rendre égoïste, mais donner la force d’accomplir des actes importants.

Info : Un nuraghe est une tour ronde en forme de cône tronqué que l’on trouve principalement en Sardaigne. Cet édifice mégalithique est caractéristique de la culture nuragique, culture apparue en Sardaigne entre 1900 et 730 av. J.-C – Le terme nuraghe est sarde, où il se prononce [nuˈraɡe] (pluriel nuraghi en italien, nuraghes en sarde).

 

Tome 2. Une sale affaire (2017)

Paru en 10/18 (janvier 2017)

Résumé : Une nouvelle enquête du commissaire Bordelli, héros subtil et attachant, dans la Florence des années 1960

Avril 1964, le printemps ne semble pas vouloir arriver à Florence, dont le ciel gris et humide ne présage rien de bon. A quelques jours d’écart, deux fillettes sont retrouvées assassinées, chacune porte des marques d’étranglement et de morsures. Aucun indice, aucune trace, aucun suspect, le commissaire Bordelli piétine. Et pour ne rien arranger, son ami Casimiro, qui avait fait d’étranges découvertes sur les hauteurs de Fiesole, s’est évanoui dans la nature et le pire est à envisager. Les deux affaires sont-elles liées ? « Le commissaire Bordelli est magnétique et mélancolique comme un héros de Chandler. » La Repubblica

Mon avis : Un petit bémol, la même critique que pour le précédent. Je me dis chic ! J’adore Fiésole.. et bien deux noms de bleds, de ruelles : le tout principalement de nuit. Coté localisation, je suis frustrée. Mis à part quelques spécialités culinaires typiquement toscanes comme la « ribollita » … Sinon, l’équipe de branques qui gravite auteur du Commissaire est toujours aussi spéciale et atypique ; et on continue à fumer, boire, se goinfrer… Mais coté enquête, j’ai trouvé que cela devenait nettement plus intéressant. Meurtres d’enfants, remontée du nazisme, meurtre d’un nain petit truand que le Commissaire avait un peu sous son aile… Pas rigolo comme ambiance… Le Commissaire bourru et nostalgique, avec son collègue sarde Piras et son médecin légiste sont les 3 personnages récurrents, mais les personnages secondaires du précédent roman sont là aussi. Deux enquêtes s’entremêlent ; le Commissaire va à son rythme et finira par coincer le coupable… Un peu plus de Florence et tout sera parfait…

Extraits :

si un homme et une femme sont décidés à s’entendre, ils peuvent refaire le monde à eux seuls, mais s’ils veulent la guerre, des spaghettis trop cuits leur suffiront pour s’entrelarder à coups de couteau.

Le bon vin réjouit le cœur de l’homme, et l’eau lui fait trembler les jambes

Vous habitez seul ?
– Lorsque tu es seul, tu t’appartiens entièrement. Quand tu es ne fût-ce qu’avec un seul ami, tu ne t’appartiens qu’à moitié. C’est ce que disait un certain Léonard de Vinci. »

– Ne qualifie jamais un homme d’heureux avant de l’avoir vu mourir… Quel est donc l’auteur de cet aphorisme ?
– Sénèque,

Jamais il n’aurait imaginé un jour boire de l’eau-de-vie dans un ballon de chimie. Cela avait toutefois l’avantage de mesurer la quantité d’alcool ingérée.

Ils buvaient, les yeux dans les yeux, pareils à deux chiens qu’on aurait enchaînés de manière qu’ils ne puissent pas se mordre. Ils n’avaient pas d’autre choix que de boire et de se fixer, comme si chaque gorgée était un coup de fusil. Davantage qu’une boisson, ces verres contenaient la haine qui ne les avait jamais abandonnés…

Ne jamais se fier aux apparences ! Cela vaut pour la nourriture et pour les gens

– Vous autres du Nord faites tous la gueule. Vous savez vous foutre des gens, mais vous ne savez pas vous amuser… On dirait que vous avez peur des sentiments, bordel !

Mais savez-vous ce qui arrivera lorsque les femmes se mettront à réfléchir ? Pouvez-vous l’imaginer ? Moi, je vous le dis : ce pays changera radicalement.

– Je croyais que les Sardes étaient taciturnes et réservés !

Il lut les étiquettes : c’étaient des crus de choix… bordeaux, bourgogne, pouilly fumé, brouilly, anjou, saint-émilion, monbazillac, sauternes et naturellement champagne. Ces maudits Français avaient créé un monde céleste sur Terre, et pas seulement à Cluny.

Son silence était aussi dur et aride que sa terre d’origine.

Aimer et rêver étaient absurdes… et ça ne servait foutrement à rien. De toute façon, on meurt et il ne reste plus rien de nous…

 

 

Agus, Milena «Mal de pierres» (2007)

Auteur :  Issue d’une famille originaire de Sardaigne, Milena Agus est  italienne, née à Cagliari (Sardaigne) en 1959.  Elle est professeur et donne des cours d’italien ainsi que d’histoire dans un institut technique de Cagliari. Mère divorcée, Milena vit dans la maison familiale de sa grand-mère en Sardaigne, terre à laquelle elle s’attache profondément, et dont la passion ressort de façon très significative dans ses romans.

Résumé : Entourée de jeunes hommes qui pourraient demander sa main, l’héroïne tarde pourtant à trouver un mari car elle rêve de l’amour idéal. À trente ans, elle est déjà considérée une vieille fille par les siens, dans une Sardaigne qui connaît les affres de la Seconde Guerre mondiale… Et lorsqu’elle conclut une union très attendue, c’est en affirmant haut et fort que ce n’est pas par amour mais par raison. Comme son unique enfant, l’amour se fera attendre. Elle finira par le rencontrer sur le Continent, lors d’une cure thermale destinée à guérir son «mal de pierres», des calculs rénaux, mais qui aura raison aussi de son «mal d’amour». À sa petite-fille, elle racontera quelques décennies plus tard ses émotions, ses cheminements, tout en laissant des zones d’ombres. La vérité ne se recomposera que longtemps plus tard, de façon inattendue, lorsque la dernière pièce du puzzle se retrouvera entre les mains de la narratrice. Mais quelle est au juste la vérité?

Prix Relay du Roman d’Évasion – Prix Elsa Morante en Italie

128 pages «Une miniature. C’est ainsi que Dominique Vittoz, la traductrice, a défini ce texte. Et la comparaison me semble excellente. L’observateur aperçoit d’abord l’héroïne qui souffre de ce « mal de pierres ». Ensuite il découvre en arrière-plan les personnages secondaires peints jusque dans les moindres détails avec une touche d’une extraordinaire adresse et finesse. Avec une sensibilité et une liberté de langage étonnantes Milena Agus déroule pour nous l’histoire. Mais il vous faudra attendre les dernières pages pour tout comprendre. Enfin, presque tout, car comme dans la vie, la vérité se dérobe… Vous allez dévorer ce livre d’une traite, mais vous ne l’oublierez pas.»

Mon avis : J’ai eu envie de lire ce livre en le voyant nommé aux Césars 2017 du cinéma (8 nominations mais aucun César). Petit roman tout en finesse qui retrace l’histoire de la folie sous-jacente qui habite une femme… elle est qualifiée en filigrane de dérangée, de femme à lubies. Saga familiale qui couvre trois générations en 120 pages… La narratrice retrouve un petit carnet sur lequel sa grand-mère a couché sa vie rêvée, bien loin de sa vie réelle. Une vie qui serait « amour ». Un roman qui mêle folie et vraie vie, vérité et mensonges, au point où tout se mélange un peu aussi dans notre vision des choses. J’ai aussi aimé (comme toujours) les couleurs du récit… Entre le bleu du ciel sarde et le brouillard milanais… Entre des murs solides et des parois qui s’effritent… Entre apparence trompeuse et réalité cachée… Le seul moyen de vivre la réalité serait-il de se réfugier dans une vie rêvée ? Le dialecte sarde est employé à de nombreuses reprises. La vie de la grand-mère démarre vraiment quand elle fait un bref séjour sur le continent pour soigner des calculs rénaux. Elle va y rencontrer un homme. Elle va surtout y rencontrer l’Amour… le vrai le grand… pendant quelques jours… avant de retrouver sa vie réelle… enceinte… mais de qui ? de lui ? de son mari ? le fils qui va naitre quelques mois plus tard vivra de et pour la musique… La grande rencontre de la vie de la grand-mère restera un mystère, jusqu’à la découverte d’une lettre… Ce petit livre dévoile l’importance, l’influence, les conséquences, le pouvoir de l’écrit, de la poésie, de la littérature, de l’évasion par les mots, de l’imaginaire. Certains dons peuvent être aussi des malédictions.

Extraits :

Elles ne se sont jamais chamaillées, ni vraiment parlé, mais elles se sont tenu compagnie, jour après jour, un peu par la force des choses.

ils se sourirent en se regardant dans les yeux et ce soir-là ils restèrent sans manger ni boire.

« Une princesse. Vous vous comportez comme une princesse. Vous ne vous souciez pas du monde autour de vous, c’est le monde qui doit se soucier de vous. Votre seule tâche est d’exister. C’est bien ça ? »

« Et si nous embrassions nos sourires ? »

Tout était si étranger et si sombre, sous ce ciel plein de nuages, qu’elle pensa être arrivée dans l’au-delà, parce que seule la mort pouvait être ainsi.

Ma grand-mère a été tout entière à moi au moins autant que mon père tout entier à la musique, et ma mère tout entière à mon père.

Comme pendant toute sa vie on lui avait dit qu’elle semblait débarquer de la lune, elle eut l’impression d’avoir finalement rencontré quelqu’un du même pays.

Pour faire un tel sacrifice, disparaître pour le bien de l’autre, il faut l’aimer vraiment.

Et la nostalgie, c’est de la tristesse, mais c’est aussi un peu de bonheur.

D’après maman en effet, dans une famille, le désordre doit s’emparer de quelqu’un parce que la vie est ainsi faite, un équilibre entre les deux, sinon le monde se sclérose et s’arrête.

Dans chaque famille, il y a toujours quelqu’un qui paie son tribut pour que l’équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s’arrête pas.

Car au fond, en amour, il s’agit peut-être au bout du compte de se fier à la magie, on ne peut pas dire qu’on puisse trouver une règle, quelque chose à suivre, pour que tout se passe bien, par exemple obéir à des Commandements.

N’arrêtez pas d’imaginer. Vous n’êtes pas dérangée. Ne croyez plus jamais ceux qui disent cette chose injuste et méchante. Écrivez.