Raufast, Pierre « Habemus Piratam » (2018)

Raufast, Pierre « Habemus Piratam » (2018)

Auteur : Pierre Raufast est né à Marseille en 1973. –  Il est ingénieur diplômé de l’Ecole des Mines de Nancy. Il vit et travaille à Clermont-Ferrand. Après «La fractale des raviolis» il publie en 2015 «La variante chilienne» en 2017 «La baleine thébaïde» (qui figure parmi les trois finalistes du Prix du Public du Salon de Genève 2017) , « Habemus piratam » en 2018 , « Le cerbère blanc » chez Stock en 2020.

(Alma Editions) – 4.10. 2018 – 232 pages

Résumé : L’abbé Francis n’en revient pas : un cyber-pénitent s’installe un beau matin dans son confessionnal. Le hacker, sorti de nulle part, a décidé d’avouer ses forfaits. La vallée de Chantebrie en est toute chamboulée… L’abbé Francis ne confesse en général que de petites querelles de paroissiennes. Un jour, il reçoit les confidences d’un mystérieux pirate informatique qui s’accuse d’avoir enfreint les Dix Commandements.
Avec délice, le prêtre plonge dans des histoires incroyables, comme celles du faux vol de la Joconde, de la romancière à succès piégée par un drone ou de Toulouse privé d’électricité au nom des étoiles. Il met alors le doigt dans un engrenage numérique qui va l’entraîner beaucoup plus loin que prévu… Et, pendant ce temps, c’est également une jolie pagaille dans le paisible petit bourg où tous les secrets semblent impatients de reparaître, fussent-ils enfouis dans les profondeurs du temps ou le coin du pré.
Dans ce quatrième roman, Pierre Raufast allie son talent de conteur à ses connaissances professionnelles en sécurité informatique. Il en résulte un délicieux cocktail d’anecdotes réalistes, d’humour, de suspens et d’espiègleries.

Mon avis : J’ai retrouvé avec plaisir l’humour de Pierre Raufast, dans un domaine totalement Et je vous rassure de suite, nul besoin d’être un as en informatique pour suivre les tribulations d’un curé dans le Darknet… Il y a des subtilités informatiques qui m’ont échappées, mais cela ne me m’a pas posé de problèmes.
Bienvenue dans le confessionnal du père Francis qui au lieu de confesser les tricheries au scrabble des grenouilles de bénitier va se retrouver face à un pirate informatique qui craint pour sa vie. Et assistons aux confessions de ce drôle de paroissien en l’écoutant parler de ces manquements aux Dix Commandements…
Un curé qui va vouloir savoir si lesdites confessions sont du domaine de l’invention ou de la réalité et s’aventurer dans les méandres du Darknet…
Le curé va aussi nous parler des événements qui mettent en émoi sa petite paroisse : il s’en passe des choses ! Cela va de la perte d’une petite culotte à la mort inexpliquée d’une octogénaire.
Même si ce n’est pas mon préféré des romans de cet auteur, j’ai passé un excellent moment.
Toujours autant de verve et d’inventivité. J’ai aussi bien aimé les réflexions comparatives entre le monde d’avant Internet et le monde actuel… et en professionnel de l’Informatique, l’auteur à travers ce roman, sensibilise à la dangerosité potentielle d’Internet. Changer vos mots de passe et sécurisez vos données !
Jubilatoire…

Extraits :

J’ai obéi à deux divinités : le dollar et le microprocesseur. Ces deux démons m’ont donné ces dix dernières années mes plus grandes joies et les plus belles espérances.

Au lycée, nous avons connu les joies des Amiga. Des bécanes 32 bits surpuissantes basées sur le fameux Motorola 68 000 et dotées de quatre canaux audio. Enfin des machines avec des capacités graphiques avancées !

C’était mon « plombier » et j’étais le sien, on s’échangeait des tuyaux. Moi, des nouvelles du monde underground, les astuces des derniers malware, lui fuitait des informations gouvernementales.

Mais que valent quelques phrases face à la brutalité des faits ?

Parfois, on aimerait pouvoir se détacher d’un souvenir, comme un caillou que l’on jette au fond d’un lac.

Dans les années 1950, les gens ne s’intéressaient pas aux choses du monde. Les diableries modernes n’existaient pas, seules comptaient les petites affaires locales. La boulangerie, l’école, les quatre bars, l’église, le cordonnier, les deux boucheries étaient des lieux d’échanges où se troquaient quotidiennement les informations. Le cancan était la matière première de nos parents, le sel de leur vie.

Sénèque disait que le plus grand obstacle à la vie était l’attente.

Je compris avec cette affaire-là que, si l’habit ne fait pas le moine, la beauté, elle, ouvre les portes de tous les monastères.

Il n’y a que trois types de pirates informatiques. Les jeunots qui apprennent, ceux qui croupissent en prison et ceux qui se font oublier dans un paradis fiscal.

Elle avait compris depuis longtemps que moins elle en savait et mieux elle dormait.

Il y a quelques mois, sa paroisse était la plus morne du département. Plus rien ne s’y était passé depuis le passage mouvementé de Godefroy de Bouillon en 1096 lors de sa première croisade (sans parler du jour historique où Poulidor s’était pointé à l’improviste au Café des Sports pour manger leur fameux coq au vin).

— En sécurité informatique, si vous ne voyez rien, c’est que vous ne cherchez pas suffisamment. Tous les ordinateurs sont infectés. Ceux qui vous prétendent le contraire ne s’en sont pas encore rendu compte. Point barre.

Curieuse époque où les preuves matérielles sont remplacées par des preuves immatérielles. Les avatars électroniques trahissent leur maître et sèment derrière eux des métadonnées personnelles incroyablement bavardes. Notre double numérique est devenu notre pire ennemi. Un Judas en puissance, un traître incorruptible et froid qui compile, jour après jour, de précieuses informations à notre insu.

— Eurydice, du grec Eurudikê qui signifie « la vengeance », était une nymphe des bois.

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