Penny, Louise « La faille en toute chose » (2014)

Penny, Louise « La faille en toute chose » (2014)

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache
Tome 9: « la faille en toute chose « (2014)

Résumé : Noël approche : la campagne revêt son blanc manteau et s’égaye de joyeuses lumières. Toutefois, pour l’inspecteur-chef Armand Gamache, le temps des retrouvailles au coin du feu est troublé par des ombres menaçantes. Ses meilleurs agents ont quitté la section des homicides, son fidèle lieutenant Jean-Guy Beauvoir ne lui parle plus depuis des mois et des forces hostiles semblent liguées contre lui.

Mon avis: Et voilà la 9ème enquête de Gamache bouclée. Et une fois encore j’ai été tenue en haleine jusqu’au bout. J’ai aimé me retrouver à « Three Pines » avec les habitants de ce petit village hors du monde. J’ai tremblé pour l’inspecteur chef Gamache, pour Beauvoir. Double suspense jusqu’à la fin : l’enquête et la vie privée de tout ce petit monde… Objectivement c’est une série magnifique, tant au niveau psychologique qu’au point de vue des enquêtes. En finesse, en délicatesse, en amitié et confiance.. C’est je pense ma série policière préférée. Merci à mes amis canadiens de m’avoir permis de la lire « en primeur » vu qu’Actes Sud les publie en France mais en retard sur le Canada..

Extraits :
Depuis des jours, des semaines, des mois – des années, si elle était honnête –, elle savait. Les monstres existaient. Ils vivaient dans des fissures de tunnels, dans des ruelles sombres et dans de jolies maisons en rangée. Ils s’appelaient Frankenstein, Dracula, et Martha, David, Pierre. Et le plus souvent, on les trouvait là où on s’y attendait le moins

elle avait oublié à quel point la neige pouvait être belle. D’après son expérience, c’était quelque chose qu’on devait enlever. C’était une corvée tombant du ciel.
Mais ici la neige était celle de son enfance : joyeuse, amusante, éclatante et immaculée. Plus il y en avait, mieux c’était. Elle était un jouet.

Je ne suis pas sûre que j’aimerais qu’on me peigne.
– Pourquoi ?
– J’aurais trop peur de ce qu’on pourrait voir.

… comprit alors comment la pourriture commençait. Comment elle s’installait : pas du jour au lendemain, mais progressivement. Un petit doute perçait la peau. Puis une infection s’implantait, faite de contestation, de critiques, de cynisme, de méfiance.

Il fallait l’éviter, le considérer comme disparu, invisible.
Il était non seulement persona non grata, mais persona non exista.

Le chef la regarda comme si elle l’avait giflé. Ce qui, dans le fond, avait été son intention – le gifler pour que son hamster intérieur cesse de tourner en rond.

Comme si la vie s’était tout simplement échappée d’elle, s’était déchargée, comme une batterie.

Beauvoir aimait les listes, Gamache aimait les pensées, les idées.
Beauvoir aimait poser des questions, Gamache aimait écouter.

Ce qu’elle aimait, c’était la magie. Transformer de l’eau en mousse. De la vaisselle sale en vaisselle propre. Une toile vierge en une œuvre d’art.
Plus que le simple changement, c’était la métamorphose qu’elle aimait.

Parfois c’était « Comment ? », presque toujours « Qui ? », mais la question obsédante dans toutes les enquêtes était : « Pourquoi ? »

En tant que personne qui connaissait la peur, il savait que le grand danger consistait à la laisser prendre le contrôle. La peur déformait la réalité, la consumait. Créait sa propre réalité.
Le meurtre était l’élément catalyseur, mais à la source il y avait presque toujours quelque chose d’insignifiant, invisible à l’œil nu. Qui remontait souvent à des années, des décennies. Un affront, resté sur le cœur, qui avait grossi et contaminé la personne l’ayant subi. Jusqu’à ce que ce qui avait été un humain se transforme en un ressentiment sur pattes, recouvert de peau. Qui se faisait passer pour un être humain. Se faisait passer pour quelqu’un d’heureux.

Nos vies sont comme des maisons. Certaines personnes sont autorisées à venir sur la pelouse, d’autres sur la galerie, d’autres encore à entrer dans le vestibule ou la cuisine. Nos amis les plus proches sont invités à pénétrer plus loin dans notre maison, jusque dans le séjour.

Charmant, souriant, pareil aux autres vu de l’extérieur, mais vide à l’intérieur ?

Une sorte de vernis, de laque la recouvrait. Comme si elle était déjà un portrait. Quelque chose de créé, pas réel.

la nausée s’était installée dans son estomac, comme une flaque d’eau croupie, stagnante.

C’était un de ces moments que recherchait un enquêteur des homicides. La petite contradiction entre ce qui était dit et ce qui était fait. Entre le ton de voix et les mots.

le directeur général pouvait sourire et en même temps vous engueuler. Il pouvait citer Chaucer et Tintin dans un français châtié ou en joual, commander de la poutine à midi et du foie gras au souper. Il était toutes sortes de choses pour toutes sortes de gens. Il était à la fois tout et rien.

« À-plat-ventrisme » était un mot trop fort pour décrire son comportement,

la personnalité d’un tireur embusqué. Il observait, attendait, et prenait le temps de bien viser. Il ne tirait pratiquement jamais, métaphoriquement ou littéralement, mais lorsqu’il le faisait, il ne ratait à peu près jamais sa cible.

Les mots sortis de sa bouche étaient aussi froids que des glaçons.

il sentait la sueur dégouliner, comme si son corps rond pleurait.

Malgré le désordre, la pièce avait un effet calmant, fort probablement attribuable au silence et à l’odeur de vieux livres.

… pas vraiment échevelée puisqu’elle était rarement « chevelée ».

Elle comprenait cependant les ordinateurs, et ils la comprenaient. Avec eux, la vie était simple. Il n’y avait pas de discussions, pas de disputes. Ils l’écoutaient et lui obéissaient.

Et c’est ça, le problème, avec une existence dorée. Rien ne peut se développer, s’épanouir.

Mal choisir les personnes avec qui on s’associait entraînait des conséquences. Il l’avait observé chez d’autres gens. Une personne un peu immorale était un problème. Deux ensemble étaient une catastrophe. Tout ce que ça prenait, c’était une rencontre fatidique. Une personne qui vous disait que vos désirs les plus infâmes, vos pensées les plus viles, n’étaient pas si terribles. Qu’en fait elle les partageait.

La dépendance est quelque chose de terrible. Elle vous vole votre santé, vos amis, votre famille, votre carrière. Et votre jugement. Elle vous vole votre âme. Et quand il ne reste plus rien, elle vous enlève la vie.

Penny, Louise : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

One Reply to “Penny, Louise « La faille en toute chose » (2014)”

  1. Quelle tension tout au long de cette neuvième aventure de Gamache et cie !!! Ici l’enquête pour meurtre passe un peu au deuxième plan derrière les menaces qui pèsent sur l’inspecteur-chef et tous ceux qu’il apprécie.

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