Stresi, Alexia « Grand prince » (RL2026) 279 pages

Stresi, Alexia « Grand prince » (RL2026) 279 pages

Autrice: actrice, scénariste et romancière française née le 11 septembre 1971 à Nantes. Elle est la compagne de François Berléand depuis 2004.

Romans: « Looping » (2007- sélection finale du prix Goncourt du premier roman) – Batailles (2021) – Des lendemains qui chantent (2023) – « Grand prince » (2026)

Flammarion – 14.01.2026 – 279 pages

Résumé:
L’existence, c’est formidable, paraît-il. C’est surtout long, estime Simone Guillou. A 85 ans, elle pense heureusement avoir fait le plus gros. Il ne peut plus rien lui arriver. Vraiment ? Elle ne le sait pas, Simone. Elle est à mille lieues de s’en douter. Mais la vie lui réserve enfin une surprise… A Barthon-en-Retz, entre océan Atlantique et campagne, il sera question d’un crapaud en ciment, d’une enquête pas tout à fait policière, de la récolte du sel, et d’amour. 

Ah, et aussi de Pierre Soulages. Le peintre ? Oui, le peintre. Après le succès « Des lendemains qui chantent », Alexia Stresi signe un roman lumineux qui confirme son talent pour créer des personnages inoubliables. Grand prince raconte l’inattendu renouveau d’une vie.

Mon avis: 

Quelle belle leçon de vie et d’espoir qui fait vivre la corde sensible, avec brio, sensibilité et tendresse, sans jamais tomber dans la sensiblerie. J’ai adoré ce livre, tout comme le précédent de cette romancière.
Simone a 85 ans. Elle a eu une vie bien remplie: elle a tout d’abord été saunière, puis elle a tenu la caisse du magasin de coiffure de son mari avant de tenir une petite parfumerie. mais maintenant elle semble perdre gout à la vie, se fait rattraper par le mal de vivre, un début de laisser-aller… Il faut dire que c’est triste de vivre seule : son mari est décédé, son fils ne vit pas près de chez elle et ne fait pas beaucoup d’effort pour aller la voir et elle n’a pas d’autres enfants, car elle a perdu une fille alors qu’elle était toute jeune. Alors mis à part sa petite fille, Celine, avec laquelle elle entretient une belle relation… et une amie d’enfance, il ne se passe pas grand chose dans sa vie. Surtout qu’il ne se passe pas grand chose dans son petit village. Alors à quoi bon s’accrocher à la vie ?
MAIS…Un matin elle se réveille et s’aperçoit qu’elle a été victime d’un vol : on lui a dérobé une grosse grenouille en ciment de près de 80 kilos qui était devant chez elle ! Et la disparition de ce crapaud va bouleverser sa vie… aussi étonnant que cela puisse paraitre .. Elle va s’intéresser à Venise, au peintre Soulages, elle va découvrir la bibliothèque de son village, le bouddhisme…
Alors comme on le dit … « En voiture, Simone » (j’ai appris l’origine de cette expression) et vous ne serez pas déçus du voyage : c’est tendre et poétique, les personnages sont attachants, on sourit, on se dit que la vieillesse réserve bien des surprises et des joies… et que le noir de Soulages va contribuer à colorer la vie de Simone et lui redonner les couleurs de la vie.
Une belle lecture avec beaucoup de tendresse et d’espoir, qui démontre qu’avec un petit coup de pouce, un évènement qui bascule le quotidien, la machine peut redémarrer…

Le crapaud n’est pas un prince charmant mais il va libérer la vieille dame de sa mélancolie et lui redonner goût à la vie. 

Extraits:

Sans compter la méchanceté d’une petite phrase qui s’est mise à tourner dans sa tête. À quoi bon, ma cocotte ?
Le jour où la vie vous pose la question, ça fait un sale effet.

L’espoir, voilà l’ennemi, songe-t-elle. Comment se guérit-on de ce poison ? Ce qu’elle peut s’en vouloir d’en être encore là à son âge. Lâche donc la rampe, s’ordonne-t-elle, arrête de t’accrocher ma fille, laisse filer une bonne fois.

Se parler à soi-même, à voix haute et sur ce ton, c’est le signe que vraiment, ça suffit. C’est vrai, quoi. Il n’y a rien d’aussi pénible que les gens qui s’apitoient sur leur sort. On arrête ça tout de suite.

Le pire, quand on n’a pas la tête à ce qu’on fait, c’est que les objets en profitent.[…] Ce ne sera peut-être pas une vérité scientifique, mais alors comment expliquer que ses lunettes viennent d’aller par terre, qu’une de ses chaussettes a disparu pendant la nuit et que son tube de dentifrice est vide. Elle veut bien tout ce qu’on veut, Simone, n’empêche qu’à ses yeux, ça n’est pas loin de prouver la mauvaise volonté des choses.

Une chose qui arrive, on ne peut pas faire comme si elle ne s’était pas produite. Dans la vie, on n’efface pas. On s’accommode.

Si monsieur Soulages ne parle pas précisément de salins, ses cépages, ça revient au même. Ici ou cent mètres plus loin, ils ne donneront pas le même raisin. Et cette différence de sol, elle n’est écrite nulle part, on la découvre avec le temps. Tu reçois ta parcelle, tu fais avec tes couches de terre, les sous-couches, l’exposition et ce qui s’ensuit, l’ensoleillement, la force des vents, les pluies… D’une saison à l’autre, tout change.

Vivre ensemble le moment, cent fois oui. En expliquer les raisons, résolument pas. Simone a maintenant l’impression que son silence est un trésor. Ni douleur comme elle en a eu l’habitude, ni manque de mots pour réussir à le briser. Celui-là est une force, quelque chose de neuf. La sensation d’avoir des choses à l’intérieur de soi qui font se sentir riche.

Venise n’est pas en Italie
Venise, c’est chez n’importe qui…
Venise n’est pas là où tu crois
Venise aujourd’hui c’est chez toi.
(Reggiani)

S’émerveiller, se laisser porter, c’est plutôt une qualité de l’enfance, ça. Ou alors de la grande vieillesse. Oui, il faut être soit très jeune, soit très vieux, pour s’ébahir sans trop chercher à comprendre.

Tout point d’arrivée digne de ce nom peut se transformer en point de départ. Simone a eu l’occasion de le constater, ces derniers temps.

Au fond, une enquête, ça ressemble beaucoup à la vie. Il y a au moins autant de culs-de-sac.

Essayer d’être là, c’est devenu son truc. Ni perdue dans ses souvenirs, ni effrayée par ce qui va arriver. Là, maintenant. Sacré coup à prendre, ça. La tête veut toujours s’en aller ailleurs. Reviens ici, ma cocotte, faut-il lui répéter. Cette chose de vivre l’instant, c’est vraiment coton. Force est de constater que ça occupe bien.

Ce qu’elle m’a aussi appris, c’est à respecter les autres sans pour autant s’oublier, soi.

Dans la vie, il faut commencer par tenter avant de décréter qu’on n’est pas capable. Des petites victoires, il y en a plein à portée de main, beaucoup plus qu’on ne pense, pourvu qu’on se donne la peine d’essayer.

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