Lépine, Elise «Les courants d’arrachement» (RLH2026) 352 pages

Lépine, Elise «Les courants d’arrachement» (RLH2026) 352 pages

Autrice: Française, née en Haute Loire en 1985.  journaliste au Point et à France Culture. «Les courants d’arrachement» est son premier roman.

Grasset – 07.01.2026 – 352 pages

Résumé:

Casablanca, 1955. Une femme est allongée sur un rocher encerclé par les vagues. Bientôt, les courants d’arrachement l’empêcheront de regagner la terre. En face d’elle, sa fille dort sur la plage, exposée au danger. Affleurent à sa mémoire les épisodes de sa vie : son enfance de misère en Normandie ; son placement dans une famille de cour fauchée par la Shoah ; son adoption par son oncle fortuné au Maroc ; la prison d’un mariage de raison et l’emprise d’un frère incestueux. 

Dans ce chaos, son amour pour un homme l’a sauvée : Jean, amant secret et père de son enfant, disparu depuis cinq ans et dont elle vient d’apprendre qu’il ne reviendrait pas. L’océan monte. Sur le rocher des condamnés, Reine veut-elle encore vivre ?  Saga familiale, épopée intime et fresque historique, Les Courants d’arrachement déroule vingt ans d’histoire de France, des années 30 aux dernières heures du Protectorat, à travers le destin d’une héroïne solaire et intrépide. 

Un premier roman majestueux. Interprétation humaine

Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️
Enormissime mega coup de coeur pour ce premier roman. Une histoire bouleversante, sensible et captivante qui ne verse jamais dans la sensiblerie et le pathos, une plume magnifique…
Les courants d’arrachement sont des courants qui vous entrainent au large… et vous condamnent à mourir. Toute la question est là ? La mort est-elle préférable à la vie ? Faut-il se battre pour survivre ? Et se venger de tous les malheurs que l’on subit en affrontant chaque vague comme une revanche contre les coups du destin, affrontant la vague comme pour enfin laisser derrière elle les obstacles du passé, les franchir et les rejeter dans le passé.
Celle qui risque bien de se laisser emporter, c’est Reine, une jeune femme dont la vie est faite d’arrachements…
Et dans ce roman, la force des courants de la mer est parallèle à celle des arrachements de la vie, pour une jeune fille ballottée par la vie depuis l’enfance.
Tout commence en France en 1938 quand sa mère décède suite à un accident domestique.

Reine et l’une de ses soeurs vont être confiées par le père à une famille aisée, la famille Rouge, une famille qui considère les deux fillettes comme leurs filles adoptives, mais le destin va une fois encore passer par-là, et les arracher à cette famille. La cause de l’arrachement : la famille est juive et la Deuxième Guerre Mondiale est là…
Puis les événement s’enchainent… et je vous laisse plonger avec la jeune fille et affronter les vagues successives… Va-t-elle sombrer ou en sortir vivante?
J’ai tellement aimé rencontrer tous ces personnages si différents. Beaucoup d’affection pour Madame Rouge et détestation de certains personnages, comme Gustave, le frère de la jeune fille ou Estelle, sa tante…

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux romans d’une autrice que j’aime énormément, Cécile Coulon, en lisant ce livre.

Extraits:

L’émotion, l’émotion tournait autour d’elle comme un chien qui montre les dents. 

Il cherchait à percer son secret, à toucher le noyau des sentiments, là où la porte était fermée.

[…]découvrant ce pouvoir de faire mal sans un geste brutal, voici donc comment les enfants riches se battent, pensait-elle

Elle n’avait jamais possédé quelque chose dont elle ne pouvait pas faire profiter sa sœur. Si la beauté ne pouvait pas être rompue et distribuée comme le pain, alors elle n’en voulait pas.

Rire, après tout pourquoi pas. Ce n’était pas plus bête que pleurer. C’était toujours moins périlleux que de se lancer dans un labyrinthe de larmes, de regrets et de sanglots.

Nette et charcutière, la douleur s’en prenait aux nerfs, aux côtes, aux entrailles, interdisait l’abandon des sanglots.

Il faut aller fort et vite. Comment sont les courants ? Fous. La mer est reine maintenant, la femme qui s’y jette oublie jusqu’à son propre nom. De l’eau par-dessus la tête. Détraquée par les courants. Une marionnette. Le fluide l’emporte, la jette contre la pierre, la bouscule, l’attire vers le fond. La nageuse est à sa respiration, son cœur qui bat, ses membres qui fendent les flots. Avancer. Combattre. L’eau resserre son emprise autour de ses jambes, son buste, ses bras. Elle se tend. Elle n’a jamais été plus musclée qu’à cet instant précis, ni plus forte.

Chaque mouvement de ses bras contre l’eau est une révolution. Une brasse contre celle qu’elle fut quand elle a accepté, le soir du saccage de la maison des Rouge, d’abandonner ses parents adoptifs. Une autre brasse contre celle qu’elle fut quand elle a laissé Gustave se tenir près du lit de Zélie, sans rien dire. Une autre brasse pour retrouver Jean. Ils s’en vont. Elle n’est plus la fiancée d’un autre. Elle rompt le bail, reprend sa liberté. Une autre brasse pour grimper sur un paquebot, son homme à côté d’elle, son ventre bientôt rond de leur enfant à naître. Vers la vie. Une autre brasse et elle retrouve la trace des Rouge, ils sont vivants, elle rachète avec madame Rouge chaque pièce de porcelaine qu’elle avait dû brader. Une autre brasse pour élever sa fille dans une maison où on ne fait pas danser les enfants sur les tables avec des chansons grotesques. Une autre brasse pour éclater le visage de Gustave à coups de poing. En nageant elle réécrit sa vie. En survivant aux courants d’arrachement, elle se venge.

En nageant elle réécrit sa vie. En survivant aux courants d’arrachement, elle se venge.

Sa nouvelle vie lui donnait les moyens de racheter son enfance perdue avec un supplément d’âge adulte.

La tante s’était redressée sur sa chaise, le venin partant de son ventre pour venir frapper ses méninges qui tournaient à toute allure. Elle n’allait pas lâcher sa proie. 

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