Redondo, Dolorès «De chair et d’os» (2015)

Redondo, Dolorès «De chair et d’os» (2015)

le deuxième volet de la trilogie du Baztán (Legado en los huesos)

 

«Le gardien invisible»,  «De chair et d’os» ,  «Une offrande à la tempête» la trilogie du Baztán

Résumé

Brillant élément du commissariat de Pampelune, l’inspectrice Amaia Salazar se voit chargée d’enquêter sur d’atroces crimes sexuels. Les victimes sont des femmes et tout semble indiquer que les bourreaux soient leurs maris ou compagnons. Mais des rituels macabres, qui rappellent des pratiques de sorcellerie locale, laissent penser qu’un fou diabolique pourrait orchestrer ces meurtres en série. Salazar n’en a pas fini de découvrir les turpitudes de cette vallée de Baztán dont la rivière semble emporter les secrets terrifiants.

Amaia Salazar a d’autant plus de mal à mener son enquête qu’elle vient de donner naissance à l’enfant qu’elle et son compagnon ont tant désiré. Pas facile de devenir mère quand la mort rôde et que le souvenir de celle qui vous a donné la vie vous inflige de violents cauchemars. Mais la jeune femme entend bien aller jusqu’au bout de ses recherches, quels qu’en soient les résultats.

Mon avis : J’avais beaucoup aimé le premier volet et je me suis à nouveau laissé embarquer dans la « magie » basque. Des crimes sordides, une ambiance en nuances de gris, dans une nature peu amène, entre pluies et inondations, dans la montagne, une région sauvage. Maintenant Amaia cumule les rôles d’épouse, mère et inspectrice… Cela fait beaucoup… Et elle va se trouver au cœur d’une enquête dans laquelle elle se trouvera à la fois enquêtrice et impliquée. Suspense total. Une enquête qui mêle psychologie, psychiatrie, racines, présent et passé. Les contes et légendes, les pouvoirs (sur)naturels, les blocages, les haines viscérales, l’instinct… mais aussi l’intelligence, l’amitié, les liens familiaux, la force de l’amour, la rigueur… L’imbrication mythologie/enquête fonctionne parfaitement. Pour être parfaitement honnête, le lien Mère-enfant m’a semblé parfois un peu trop appuyé ; mais c’est un petit détail par rapport à tout le reste.

Le tome un est paru en édition de poche chez Folio policier (n° 752) ; le troisième volet n’est pas encore traduit

 

Extraits :

Un tarttalo, c’est un être mythologique, non ?

— Je crois… oui, un cyclope de la mythologie gréco-romaine, et basque aussi, c’est tout ce que je sais.

Pendant des années elle avait hébergé la peur en elle comme une visiteuse indésirable et invisible qui se manifeste seulement dans les moments de faiblesse.

La peur était un vieux vampire qui planait au-dessus de son lit quand elle dormait, tapi dans l’ombre, et hantait ses rêves par d’horribles présences.

Certaines batailles sont perdues d’avance, et parfois il vaut mieux ne pas lutter aujourd’hui pour mieux le faire demain.

Elle avait lu quelque part qu’il ne faut pas revenir dans un lieu où on a été heureux, car c’est une façon de commencer à le perdre, et elle se disait que l’auteur de cette phrase avait raison. Les lieux, vrais ou fantasmés, idéalisés par l’imagination, peuvent se révéler terriblement réels et assez décevants pour en finir d’un coup avec le rêve. C’est un bon conseil pour qui possède plus d’un lieu où revenir.

Dès qu’elle franchissait le seuil, elle sentait mille présences enveloppantes qui l’accueillaient dans une paix quasi utérine.

Ils firent l’amour sans bruit, d’une façon intense et profonde, avec cette force qui sert à se venger de la mort, à se dédommager de ses outrages. Le sexe d’après les enterrements, le sexe après la mort d’un ami, le sexe qui affirme qu’on est vivant malgré les souffrances, le sexe intense et fier de la réparation, destiné à effacer la sordidité du monde, et qui y parvient

Quand on décide qu’on aime tellement quelqu’un qu’on renonce à tous les autres, on ne devient ni aveugle ni invisible, on continue de voir et d’être vu. On n’a aucun mérite à être fidèle quand on n’est pas tenté par ce qu’on voit, ou quand personne ne nous regarde. La véritable épreuve se présente quand apparaît quelqu’un dont on tomberait amoureux si on n’était pas en couple, quelqu’un qui est à la hauteur, qui nous plaît et nous attire. Quelqu’un qui serait la personne idéale si on n’avait pas déjà élu une autre personne idéale.

C’est quelque chose que certains ont du mal à accepter, mais dans cette équipe le mâle dominant est une femme.

« Quand tu sais que tu es devant une sorcière, croise les doigts comme ça », lui disait-elle, passant le pouce entre l’index et le majeur, « et si elle te parle, réponds-lui “Seule à jamais”. C’est la malédiction des sorcières, elles sont seules et jamais elles ne trouvent le repos, pas même après la mort. »

Elle alla au tableau électrique et alluma toutes les lumières. L’éclairage puissant parvint à éloigner les fantômes du passé, qui s’enfuirent dans les recoins sombres, que la lumière n’atteignait pas avec autant de force.

Ce n’est pas toujours l’été, et ce n’est pas pour ça que l’automne est mauvais.

Dans une affaire criminelle, l’enquêteur essaie de construire un puzzle dont il ignore le nombre de pièces et l’image qu’il représentera une fois terminé. Il y avait des puzzles auxquels il manquait des pièces, qui resteraient comme des trous noirs dans l’enquête, des espaces d’obscurité absolue où on ne saurait jamais ce qui s’était réellement passé.

… cet individu n’est pas un homme, c’est un spécimen humain de sexe masculin, et entre ça et un homme, il y a un abîme.

En général, les jeunes choisissent de se sentir fiers de leurs racines sans le poids qu’éprouvent leurs aînés.

Les jeunes, pour la plupart, considèrent l’histoire, au-delà de la guerre civile, comme l’ère quaternaire.

Comme tu le sais, ceci est un mariage, pas une condamnation à perpétuité, si ça ne te plaît pas…

Un village comme celui-ci est trop petit pour les rêves d’un garçon tourmenté

La solitude et la douleur chez un adolescent sont comme le chien et le percuteur dans un pistolet.

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