Bello, Antoine « L’homme qui s’envola » (2017) 384 pages
Auteur: né le 25 mars 1970 à Boston dans le Massachusetts, est un écrivain et entrepreneur français et américain. C’est l’arrière-petit neveu de Marcel Aymé.
Romans: Amérique (1990) – Éloge de la pièce manquante, (1998) – Les Falsificateurs (2007) – Les Éclaireurs (2009) – Enquête sur la disparition d’Émilie Brunet (2010) – Mateo (2013) – Roman américain (2014) – Les Producteurs (2015) – (2016) – L’homme qui s’envola (2017) –
Scherbius (et moi) (2018)
Recueil de nouvelles: Les Funambules (1996)
Gallimard La Blanche – 04.05.2017 – 320 pages / Folio – 21.02.2019 – 384 pages
Résumé:
Walker a tout pour être heureux. Et pourtant, il ne supporte plus sa vie. Entre sa famille, son entreprise et les contraintes du quotidien, le temps lui échappe. Il décide alors de mettre en scène sa mort et de s’enfuir. Malheureusement pour lui, Nick Shepherd, détective spécialisé dans les disparitions, soupçonne que Walker est encore vivant. S’engage entre les deux hommes une fascinante course-poursuite à travers les Etats-Unis.
En jeu : la liberté, une certaine conception de l’honneur et l’amour d’une femme.
Balayé par le grand souffle de l’aventure, L’homme qui s’envola est un récit captivant sur la fragilité des réussites humaines. Prix du roman Version Femina 2017
Mon avis: ❤️❤️❤️❤️
Un roman choral avec trois personnages – Walker, Sarah et Nick Shepherd – qui s’expriment suite à une disparition: le disparu, sa femme et un enquêteur.
Lecture très agréable et distrayante mais avec un coté psychologique qui permet de ne pas le ranger dans la catégorie feel-good.
J’ai beaucoup apprécié ce roman – sans aller jusqu’au coup de coeur – qui se lit vite avec parfois le sourire aux lèvres et parfois une tension et du suspense imputés à une chasse à l’homme. Walker va-t-il disparaitre définitivement après sa mort annoncée ? Va-t-il être déclaré mort définitivement ?
Un joli couple qui semble mener une vie parfaite avec amour, gloire, beauté, argent, trois enfants… Sauf que le mari sent qu’il ne peut plus vivre de cette manière bien qu’il adore sa femme et ses enfants. Il a besoin de respirer et pour ne pas faire souffrir sa femme, il décide de disparaitre corps et âme et planifie une mort accidentelle ne souffrant aucune contestation.
Sauf que… quand il y a mort sans corps et avec beaucoup d’argent à la clé… les assurances s’en mêlent.. et engagent Nick, un « Skip tracer », chercheur de disparus.
Au départ il y aura le disparu – qui se transformera en proie au moment où il y aura soupçon de disparition volontaire et non de mort accidentelle – et le chasseur; puis la donne change et nous auront deux chasseurs qui vont s’affronter. Entrer dans la tête l’un de l’autre pour comprendre comment ils pensent, changer de peau en quelque sorte, faire de « l’effraction mentale » comme le dit l’auteur.
Mais se pose aussi toute une réflexion sur le couple…
J’ai aimé les trois personnages.
Extraits:
La vraie richesse, le seul bien qui ne s’achetait pas, c’était le temps. Il savait où passait chaque seconde de ce précieux combustible et cherchait constamment des façons d’en tirer un meilleur rendement. C’était leur conjonction qui l’étouffait. Il n’en voulait à personne, il avait juste l’impression d’être victime d’une malédiction.
Il avait mis du temps à comprendre pourquoi cette vie en apparence idéale lui pesait tant : il était un faiseur. Le reste du monde parlait ; il agissait. Les autres procrastinaient, s’analysaient, se trouvaient toutes sortes de raisons de ne rien faire ; lui allait de l’avant, à son rythme, imperméable au doute.
L’inconnu l’appelait, c’était une question de vie ou de mort. Il préférait vivre avec le remords d’être parti qu’avec le regret d’être resté.
chaque enfant réagit à sa façon à la mort d’un parent. Certains s’effondrent, d’autres affectent l’indifférence, tous sans exception sont traumatisés.
Je me protège derrière des mots, je me noie dans le minuscule.
Je ne suis pas totalement idiote. Je sais qu’en m’abrutissant à la tâche, je recule le moment où je devrai faire mon deuil.
Qu’un jour, il faudra y passer.
Un jour, mais pas tout de suite.
Saint Augustin disait : “Mieux vaut se perdre dans sa passion que perdre sa passion.”
Aristote, Poe, Mandela ont grandi sans père. Leurs biographes disent qu’ils en ont tiré une fortitude supplémentaire, un besoin de donner un sens à leur existence.
L’entêtement de certaines épouses à prétendre que tout va bien constitue souvent l’une des raisons qui poussent leurs maris à prendre le large.
Il ne m’a pas seulement privée d’avenir, il m’a aussi volé mon passé. Même les bons souvenirs en sont peut-être de mauvais. Ma vie est devenue une mascarade où je ne suis plus sûre de rien, où le vrai et le faux se confondent.
mon sentiment d’être piégé et d’abdiquer peu à peu le contrôle de ma vie.
J’espère que vous ne croyez pas que je vous juge. Au contraire, je suis très admiratif de ce que vous et… de ce que vous avez réussi à construire. Simplement, mon métier m’a appris que les conjoints ont rarement la même lecture de leur mariage.
Je n’avais plus de vie. Entrer dans la tête de mes proies m’épuisait. Je me vidais peu à peu de ma personnalité.
Je crois qu’il est parti parce qu’il se sentait prisonnier.
— Prisonnier ? De quoi ? Personne n’était plus libre que lui.
— Détrompez-vous. Chaque lien que nous contractons, chaque obligation que nous endossons, bride notre liberté. Les époux se promettent fidélité et assistance. Les parents s’engagent à pourvoir aux besoins de leurs enfants. L’acheteur d’une maison s’endette pour vingt ans. Voiture, résidence secondaire, portefeuille boursier, autant de fils à la patte, de servitudes volontaires. La possession aliène, disait Walker, or votre famille possède beaucoup.
Je crois que l’amour est un miracle, le fruit d’une subtile alchimie entre deux esprits, deux corps, des lieux, une époque, un contexte.